Zibeline n°44-45-46 2 aoû 2019
Zibeline n°44-45-46 2 aoû 2019
  • Prix facial : 2,50 €

  • Parution : n°44-45-46 de 2 aoû 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (200 x 280) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : Martigues cultive son patrimoine populaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Aixtases musicales 18 festivals Envolées lyriques à l’Archevêché La mezzo-soprano Lea Desandre (Lauréate HSBC 2016) et le luthiste Thomas Dunford, tous deux aux jeunes carrières déjà internationales, arpentent les siècles, du XVII e au XX e avec un programme consacré à la musique française. Expressive dans son phrasé et ses intonations, la jeune artiste sait rendre avec une sobre et lumineuse élégance les variations des textes (parfaitement articulés) et des mélodies, soulignant certains traits avec espièglerie, sertissant d’autres de poésie. Les accords du théorbe ourlent l’ensemble d’une fine dentelle. Ici Les berceaux de Gabriel Fauré attendent le retour des marins, les Soleils couchants de Déodat de Séverac déversent leur lumière nimbée de mélancolie, là, tout n’est plus que Tristes déserts (Marc-Antoine Charpentier) pour l’amant délaissé… L’inévitable thème baroque des amours champêtres est traité avec une espiègle distanciation, dans une auto-parodie de la fantaisie pastorale  : la bergère de Michel Lambert préfère aux effusions sans doute un peu trop larmoyantes de son amant, « son troupeau, sa houlette et son chien, ouaf ! ». Le théorbe s’emporte dans les intermèdes de Robert de Visée, au point de casser une corde, occasion de rappeler que le luthiste du roi, son « jukebox », était sans doute le mieux payé de tous les musiciens. La légèreté prime, en une pétillante plongée dans le monde de l’opérette avec « J’ai deux amants… » d’André Messager  : « Mon Dieu, que c’est bête un homme, alors vous pensez…deux ! » ! Bissés, trissés, les deux artistes offrent un extrait de Haendel et finissent sur Dis, quand reviendras-tu de Barbara… Abolissant les frontières entre les catégories. Pointe libertine Julie Fuchs (soprano, lauréate HSBC de l’Académie 2013) et le pianiste Alphonse Cemin (lauréat HSBC de l’Académie 2010) reviennent à Aix, comme à un rendez-vous familier, drainant une salle comble, sur un répertoire qui offrait « des mots de femmes, par des femmes et par des hommes », en un croisement d’univers où la création contemporaine rejoint les périodes plus anciennes. Ainsi, la cantatrice, d’une lumineuse présence, abordait la toute nouvelle œuvre du jeune compositeur Arthur Lavandier (présent au concert), Le chant des accusées, quatre pièces pour soprano et piano à partir d’archives de procès au Parlement de Paris aux XVII e et XVIII e siècles  : sorcellerie, « recel de grossesse », « réparation d’honneur » … Les mélodies soulignent avec une virtuose puissance la violence des accusations, des châtiments, le terrifiant obscurantisme qui les nourrit. Y répondaient la Aixtases Un concert par jour pour que tout au long du festival d Léa Desandre et Thomas Dunford Julien Benhamou suave légèreté des mélodies de Debussy sur les Ariettes oubliées de Verlaine, la tendresse de chansons de Barbara sur des arrangements composés spécialement pour ce beau duo par Pablo Campos (également présent). Une pointe libertine se dégustait avec les poèmes de Louise de Vilmorin sur les airs de Francis Poulenc. À la « partie française » succédait une « américaine », où le sulfureux Sun in my mouth de Björk précédait la composition savante et contemporaine de George CrumbApparition, d’après des poèmes de Walt Whitman ; la mort prend alors les traits d’une « Sombre mère » libératrice et apaisante. Julie Fuchs, actrice, espiègle, éloquente, se glissait enfin dans les musiques de Cole Porter. Le duo cédait aux rappels avec bienveillance, en bis, un Rossini nous ramenait au bel canto, puis en ter, on se quittait sur le phrasé de Debussy avec Apparition de Paul Verlaine et « la fée au chapeau de clarté », incarnée par le chant. MARYVONNE COLOMBANI
musicales la ville frémisse de musiques'Aix  : pari tenu et gagné ! Grands Orchestres au Grand Théâtre Raphaël Pichon a trouvé dans l’œuvre de Mozart un écrin parfait pour son amour de la vocalité et son goût du montage, dans son Requiem comme dans les concerts programmés tout au long du festival. « Vado, ma dove ? » et « Chi sa, chi sa, qual sia », doivent leur texte à Da Ponte et leur musique au génie viennois, mais ont été insérés en 1789 dans une version remaniée de l’opéra Il bubero di buon core, signé par le compositeur Vicente Martín y Soler. Ils ponctuaient la Symphonie 40 et la Symphonie 41  : en s’appropriant cette pratique dialogique, Raphaël Pichon confirme son souhait de demeurer fidèle à l’esprit plutôt qu’à la lettre de cette époque élégamment revisitée. L’équilibre mozartien entre sensualité, accents tragiques et subtile ironie est rendu à merveille par la soprano Siobhán Stagg, qui interrompt le déroulement du concert pour convoquer l’imaginaire de l’opéra. Si bien qu’on pourra se demander si ce sentiment de décalage est à imputer à la nature vocale ou orchestrale des œuvres choisies ou au traitement même du timbre et du son que Pichon et l’ensemble Pygmalion proposent. Entre la voix vibrante et vibrée, tour à tour légère et dense de la soprane, et le grain baroque appuyé des instruments d’époque et leur sécheresse de phrasé, deux univers semblent s’esquisser, malgré la complicité communicative des musiciens, de la chanteuse et du chef, et la qualité d’interprétation du tout. Mais ces petites irrésolutions de texture sont vite balayées par un sens affirmé du mouvement et de la couleur. Sensualité épurée Le programme élaboré par Esa-Pekka Salonen a fait quant à lui frémir le Philharmonia Orchestra sur des pages plus tardives, et savamment choisies  : Sibelius, compositeur phare de la Finlande natale de Salonen, y côtoyait le plus imposant Stravinsky, qui n’a plus aucun secret ni pour le chef ni pour l’orchestre qu’il dirige depuis plus de dix ans. L’orchestre frappe ici par sa transparence  : les voix et les pupitres brillent de toute part. Portées par l’acoustique du GTP, les lignes se font entendre dans leur individualité. Fait rare  : les accords plaqués et autres clusters font résonner les timbres de chaque instrument, des cuivres rugissants aux bois suaves. Cette distinction des lignes impressionne mais ne sacrifie pourtant ni la nature des œuvres, ni l’inventivité de leur interprétation. Sur Sibelius, le phrasé cotonneux souvent prêté à Debussy laisse la place à une sauvagerie du trait empruntée plutôt à Stravinsky. Sur L’Oiseau de feu, c’est le lyrisme des envolées et la grâce de l’arabesque impressionniste qui priment au fil des premiers mouvements, jusqu’à la conclusion endiablée qui s’impose. Entre ces deux exégèses, le Concerto pour violoncelle d’Esa-Pekka Salonen, donné ici en création française et interprété avec virtuosité et souffle par Trus Mørk, fait office de manifeste. Son rapport fluctuant et postmoderne au rythme alterne épures suspensives, coucous d’horloge et galops dansants. Les sons mutent, se greffent l’un à l’autre, s’amoncellent en couches infimes le temps de moments contemplatifs, pour mieux s’amalgamer dans un mouvement dansant. Diablement sensoriel ! L’Orchestre de Paris, sous la direction avisée d’Ingo Metzmacher, a choisi de donner le célèbre Chant de la Terre de Mahler, et d’y entrecroiser les voix sublimes de Sarah Connolly et d’Andreas Schager  : malgré une prononciation Esa Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra Camilla Greenwell suite p.20-21 > quelque peu expéditive, la mezzo-soprano fait montre d’une sensualité et d’une gravité bouleversantes, quand les élans vitaux du ténor wagnérien se dardent d’un désespoir d’autant plus poignant. Un grand moment ! Donné en première partie de ce concert et également en création française, Über die Linie VIII a confirmé à ceux qui en douteraient encore que Wolfgang Rihm est un des compositeurs les plus passionnants de son temps. L’inquiétude mahlérienne y demeure intacte, et jamais mise à distance  : d’une simple quinte s’échevèlent motifs et lignes brisées, renouvelés par les timbres versatiles d’un orchestre décidément irréprochable. SUZANNE CANESSA 19



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