Zibeline n°42 juin 2011
Zibeline n°42 juin 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°42 de juin 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 10,2 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... cap sur l'Égypte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 70 - 71  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
70 71
70 LITTÉRATURE À VOUS DE LIRE Correspondance en gare de Marseille Salle fervente, voire fébrile ; il fait chaud au Conservatoire en ce 26 mai et le maître, penché encore sur les élèvescomédiens de Jean Pierre Raffaeli auxquels il fait la classe, tarde à se manifester. Ce fut bien sûr comme une apparition et, Michael Lonsdale a déjà ouvert de son pas mesuré un sentier de murmures et de frissons avant de s’asseoir à la table de lecture. Se saisissant du micro (« j’ai l‘impression de manger une glace ») la voix des voix évoque doucement un souvenir lié à Marseille : un paquebot en partance pour le Maroc avec des serviteurs en turban... Auditoire acquis, un brin déçu bientôt par la lecture des quelques lettres tirées de la correspondance fleuve (520 lettres retrouvées dans un sens, 270 dans l’autre) entre Stefan Sweig et Romain Rolland ; 19 octobre 1914, la barbarie a commencé et nos deux pacifistes démènent leur plume pour se prouver mutuellement que leur confiance en l’homme n’est pas entamée ; la voix fatiguée, lointaine, un peu sourde, très au-dessus de la mêlée file parfois dans une accélération inattendue vers d’autres horizons comme pour signifier que c’est bien de lecture qu’il s’agit et qu’elle n’incarne personne... Murmures appuyés, accentuations murmurées laissent l’auditeur un peu seul à tenter de ne pas trop s’affranchir du sens. Respiration puis plongée dans la Lettre d’une inconnue, glaçante nouvelle de Stefan Sweig ; le détachement du lecteur fait tourner les mots en circuit fermé, à l’intérieur de la voix même, avec soupirs, césures et syncopes, suspensions du souffle qui peu à peu agissent en rendant paradoxalement toute son énergie à ce texte dévastateur. Et le charme agit au moment même où la voix se tait : secret des dieux ! À quai Deux jours plus tard les étudiants du Conservatoire, soulevés par l’enthousiasme festif de la fanfare Vagabontu, emmenaient leur fraîcheur de lecteurs de l’Alcazar à Saint Charles, lisant quelques textes à l’oreille des passants dont certains s’accrochaient au wagon, ramassant les salves de mots propulsés par les canons de Générik Vapeur sur l’escalier monumental. Récoltant en approchant des quais les regards de supporters de Rugby rentrant chez eux, de supporters de Footballattendant le match du soir, tous attentifs à ce surgissement de jeunes illuminés des mots de blanc vêtus… qui montèrent dans l’Orient Express entendre d’autres lectures… Dont une très émouvante d’Agnès Regolo, Stefan Zweig encore, un peu plus tardif, quand les nazis brûlent ses livres sous ses fenêtres, quand il découvre les vertus du voyage (forcé !) À Vous de Lire 2011 Patrick Bedrines en exil à Londres. Ou quand il vante, ému, le plaisir (déjà !) disparu de la pratique épistolaire… Dans les autres wagons, une exposition exceptionnelle descendue de Paris pour un tout petit jour ! Quel dommage ! des Michael Lonsdale X-D.R pièces rarissimes, inestimables, tablettes d’argiles, papyrus, parchemins, premiers manuscrits papier, incunables et leurs enluminures, tapuscrit original et illustré du Petit Prince… le tout déroulant une histoire limpide, superbement scénographiée, de l’objet livre, jusqu’aux rotatives, et au numérique. Trois wagons passionnants qui ont fait le tour de France, mais qui auraient dû s’attarder davantage à chaque étape pour que les « provinciaux » puissent un peu approcher ces pièces parisiennes, enfermées d’ailleurs le plus souvent loin des vitrines publiques, dans le cœur saint de la BNF… D’autres lectures en sortant de ce précieux voyage : Anne Alvaro qui déambulait, Vénus Khoury-Ghata, Agnès Régolo encore, attiraient passants et voyageurs hors des salles d’attente vers un temps peuplé de mots lus, caresses inattendues de l’esprit… Plus de mille personnes y sont passées, paraît-il ! MARIE-JO DHÔ ET AGNÈS FRESCHEL Ces lectures, cafés littéraires et exposition ont eu lieu dans le cadre de la manifestation nationale A vous de lire coordonnée à Marseille par Les Écritures Croisées : Liberté obsessionnelle Denis Lavant Delphine Michelangeli/Zibeline Inscrite dans le cadre d’À vous de Lire ! et organisée par Les Nouvelles Hybrides, la manifestation Le Bruit des mots a offert une journée de parcours littéraire sur le thème de la correspondance. Des lettres d’amour et de résistance, réelles ou imaginaires, distillées dans les villages de La Bastidonne, Mirabeau et La Tour d’Aigues, avec des invités-lecteurs de marque : Nathalie Quintane, Marie-Noëlle Viviani, Sarah Dropsy et Denis Lavant. Ce dernier, installé dans la petite cour à ciel ouvert de la mairie de la Tour d’Aigues, s’est transformé en Mikhaïl Boulgakov, cet auteur russe censuré par le pouvoir soviétique. Spolié, confronté à la misère, désespéré, détruit, il relate dans Les Lettres à Staline sa longue descente aux enfers, pendant laquelle il envoya cinq lettres à Staline pour qu’il intervienne en sa faveur, oscillant entre espoir, soumission, fascination, courage et lâcheté. Qualifié « d’auteur satirique portant atteinte au régime soviétique », il n’aura de cesse de réclamer l’exil, qui ne lui sera jamais accordé. « Un écrivain qui se tait est condamné à périr » hurle Denis Lavant, formidable, incandescent, animal poétique aussi violent que tendre. Un comédien rare, à couper le souffle par sa vérité et son énergie communicative, qui tire de sa poche un pipeau ou un bandonéon pour exprimer, entre rire et colère, sa révolte ou sa résignation. Un rebelle brisé qui plaidera, avant d’abandonner, pour le retour au pays de son ami exilé, le dramaturge Erdman. DELPHINE MICHELANGELI Les Lettres à Staline ont été lues le 28 mai à la Tour d’Aigues ()
FESTIVAL DU LIVRE DE LA CANEBIÈRE LITTÉRATURE71 o Des mots pour la route Durant trois jours, le Festival du livre de la Canebière a investi le square Léon Blum Cette 3 ème édition, intitulée Carnets de route, a invité les enfants des écoles d’abord puis le public en général aux voyages, dans le temps, l’espace, l’imagination. Avec la volonté affichée de multiplier les approches et les rencontres sous le signe de la diversité et de l’altérité, deux notions chères à l’association Couleurs Cactus, organisatrice de l’événement. Un festival qui, au fil des ans, gagne en profondeur littéraire et sait se renouveler. Fidèles au poste, les nombreuses associations parmi lesquelles Cultures du Cœur 13, qui animait cette année 2 ateliers d’écriture pour adultes sous la houlette de l’écrivaine Elise Blot ou Peuple et Culture Marseille, dont 5 membres du Cabinet des lecteurs ont lu des extraits de Joëlle Sambi et de Wilfried N’sondé, en ouverture de la rencontre avec les deux auteurs. Fidèles aussi les libraires du secteur, les éditeurs indépendants et les auteurs, qui dédicacent, discutent avec leurs lecteurs et leurs collègues, à l’ombre des micocouliers, en toute simplicité. Fidèle enfin François Thomazeau et sa presque légendaire balade culturelle sur la Canebière. Parmi ces invariants, qu’on regretterait bien de ne pas retrouver, quelques innovations 2011. Ainsi cette autre balade le long de la Canebière, au fil des lectures nomades que la comédienne Bénédicte Sire a concoctées. Emmenant le public dans des endroits insolites de part et d’autre de la célèbre avenue (salon de coiffure en étage, salle de PMU, chambre d’hôtel ou hall de théâtre…), elle lui offre des extraits littéraires, de Stendhal à Sarah Vidal en passant par Seghers ou Cendrars, en résonance avec les lieux choisis. Une très jolie façon de faire entendre les voix des écrivains et découvrir le quartier selon un angle inattendu. Autre nouveauté du côté des animations littéraires, le Café nomade, sorte de bistrot où l’on vous saoule de mots. Vous vous asseyez à une table, un lecteur de la Cie Orphéon théâtre intérieur vous y rejoint et vous y propose une lecture à la carte ; lecture pour vous seul, murmurée les yeux dans vos yeux, délicieux voyage sur les mots des autres. Entre deux déambulations littéraires, on a aussi pu découvrir la poésie d’Hélène Sanguinetti (voir ci-dessous) et de nouvelles maisons d’édition, telles Elan Sud venue d’Orange ou Porte- Voix, créée à Marseille par la comédienne de la lecture Anne-Marie Mancels. Celle-ci, qui dit avoir été inspirée par le film La lectrice, a choisi de mettre sa voix au service de textes essentiellement marseillais et à destination d’un public de non-voyants ainsi qu’aux jeunes que la lecture rebute. On a également vu avec grand plaisir le spectacle Le massacre des Italiens, mis en scène par Jérémy Beschon à partir du texte de l’historien Gérard Noiriel et magistralement interprété par Virginie Aimone. Quant aux rencontres littéraires, de qualité, elles ont permis cette année encore d’entendre de nouvelles voix venues d’ailleurs, entre autres de Tunisie, avec l’historienne et romancière Sophie Bessis et son éditrice Elizabeth Daldoul. La discussion, animée par notre collaboratrice Aude Fanlo, a bien sûr fait la part belle aux récents événements et à tous les espoirs que la liberté d’écrire et de parler suscite là-bas aujourd’hui. Le dernier soir, le festival a embarqué au Vieux-Port sur le Don du vent, afin de célébrer l’année des Outremers au son de la littérature et de la poésie antillaises et des tambours de Massilia Ka. De belles rencontres et de beaux voyages donc, au fil des mots, au cœur des livres. FRED ROBERT Lecture poétique Courte mais intense rencontre avec Hélène Sanguinetti. Elle rappelle qu’elle habitait au 47 avenue de la Libération, anciennement Bd de la Madeleine, quand elle a écrit son premier poème à l’âge de 12 ans, à quelques pas du 135 où avait habité Artaud. Émotion à l’évocation du port, de sa lumière, ce « caillou ». Sa voix s’élève avec assurance malgré la rumeur de fond, et séduit d’emblée. Le regard bleu vous traverse et vous séduit. Battant parfois la mesure d’une main, tapant un coup sonore de l’autre, Hélène Sanguinetti fait vibrer les différentes voix qui traversent ses textes, échanges familiers ou mots de la chair et des larmes, et les personnages qu’elle évoque surgissent, fulgurants. Elle a choisi de nommer ces moments « Vivances », néologisme qui souligne son plaisir au partage de sa parole. CHRIS BOURGUE À lire D’ici, de ce berceau, Flammarion 2003 Le héros, Flammarion 2008 Helene Sanguinettil Lecture Festival du Livre La Canebiere Dan Warzy/Zibeline Fete du Livre de la Canebiere Agnes Mellon Le Festival du livre de la Canebière s’est déroulé à Marseille les 10, 11 et 12 juin. Comme l’année dernière, Zibeline, partenaire de la manifestation, publie la nouvelle et l’illustration lauréates du concours (voir en dernières pages) À lire Sophie Bessis, Dedans Dehors (Elyzad, coll. Eclats de vie) Joëlle Sambi, Le monde est gueule de chèvre Wilfried N’sondé, Le silence des esprits (Actes Sud) Lémy Lémane Coco, Grand Café (Ibis rouge) Alexandre Clément, Sournois (L’Ecailler et depuis peu en version audio chez Porte-Voix).



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 1Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 2-3Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 4-5Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 6-7Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 8-9Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 10-11Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 12-13Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 14-15Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 16-17Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 18-19Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 20-21Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 22-23Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 24-25Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 26-27Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 28-29Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 30-31Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 32-33Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 34-35Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 36-37Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 38-39Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 40-41Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 42-43Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 44-45Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 46-47Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 48-49Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 50-51Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 52-53Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 54-55Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 56-57Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 58-59Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 60-61Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 62-63Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 64-65Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 66-67Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 68-69Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 70-71Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 72-73Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 74-75Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 76-77Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 78-79Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 80-81Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 82-83Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 84-85Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 86-87Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 88-89Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 90-91Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 92-93Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 94-95Zibeline numéro 42 juin 2011 Page 96