Zibeline n°42 juin 2011
Zibeline n°42 juin 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°42 de juin 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 10,2 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... cap sur l'Égypte.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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48 THÉÂTRE CAVAILLON MARSEILLE AVIGNON Le plaisir des imbroglios Le propre des vaudevilles, surtout lorsqu’ils sont comme ici poussés tout au fond ultime de leurs derniers retranchements, est d’être inracontables. Le texte de Catherine Zambon est en tous cas délicieux, fusant à toute allure et regorgeant de clins d’œil hilarants. La mise en scène ne l’est pas moins, rythmée, osant les gadgets les plus kitchs, fignolant jusqu’à l’obsession les accessoires, les couleurs forcément saturées, et un décor qui n’en finit pas de receler des surprises et des détournements. Alexandra Tobelaim fait preuve ici d’un sacré métier ! Elle dirige au millimètre un quatuor d’acteurs d’exception, qui s’amuse comme rarement sur scène à emprunter l’accent russe ou corse, à tituber sous l’effet d’un calmant, à se méprendre, à désirer, jalouser, aimer, protéger, tromper, turgescer, démiurger, mentir sans jamais trahir, et puis à mourir pour de faux, comme Bergman au Louvre Patrice Chéreau a mis en scène les Rêves d’automne de Jon Fosse dans un cadre génialement inadéquat : la pièce de l’auteur norvégien, traversée de fantômes oniriques aux allures de personnages bergmaniens, se perd dans son décor surdimensionné, sous les tableaux et les murs monumentaux du Louvre. Les personnages isolés dans l’immensité cérémonieuse et glaçante y laissent leur chair… retrouvant ainsi l’exacte étrangeté du cimetière où sont censés se dérouler ces Rêves. C’est que la pièce de Jon Fosse parle de cet espace intermédiaire, celui où les vivants croient rendre visite aux morts. Dans ce musée les vivants sont aussi étrangers que dans les travées peuplées de fleurs coupées et de pierres gravées d’épitaphes muettes. Les corps s’y croisent, fantômes sans voix d’une grand-mère disparue, d’un fils fragile. Fantôme d’un amour aussi, qui croit pouvoir renaître, et qui entraîne vers le désespoir de tous et la mort de chacun. L’histoire de désir qui s’y Scintillements fugaces Cabaret NoNo Agnès Mellon dans un jeu d’enfants. Le tout sous l’œil d’un groin (si si) forcément rose, bruyant et goguenard. Bref du plaisir, du rire franc, sans jamais l’impression de se moquer salement ou de s’enliser dans une soupe Villa Olga X-D.R noue est celle d’une coupure et tous les hommes y succombent, le fils, le mari et le père, tandis que les femmes, la mère et les deux épouses, se déchirent, mortes déjà de tous les cordons qu’elles ont dû rompre pour donner la vie ou l’amour. Alors le temps s’écoule. Lent. Avec de brutales ellipses, des raccourcis qui proscrivent le réalisme, et jouent magistralement avec les conventions dramatiques. Les femmes y règnent, insupportables, hystériques, possessives, et les hommes subissent, résignés, leur loi. Valeria Bruni Tedeschi compose une nerveuse maladroite souvent trop appuyée, tandis que Bulle Ogier dose et maitrise, jusqu’à l’insupportable, ses débordements assassins, et que Marie Brunel passe, superbe, délaissée, triomphante : Chéreau et Jon Fosse semblent partager la même méfiance envers les femmes… AGNÈS FRESCHEL Le Cabaret Nono, pièce maitresse et fondatrice de l’esprit de la compagnie, a toujours autant de charme : réunis au centre et encerclés d’artistes, les spectateurs sont des convives et partagent des numéros d’une qualité visuelle tout à fait hors du commun… Assumant et transcendant leurs physiques de freaks sublimés par des costumes délirants, et des lumières et effets spéciaux au cordeau, les acteurs enchainent de courts numéros entrecoupés de moments de groupe où ils jouent et chantent, et se révèlent des musiciens sacrément en place, encadrés qu’ils sont par le petit orchestre qui les suit tout au long du spectacle. Tout cela reluque avec une joie carnavalesque du côté de la mort, version zombie joyeux mais quand même, parfois un peu glaçant, comme une Famille Adams qui aurait fait un tour dans la poésie surréaliste et en serait revenue chargée de perles noires en formes de lapsus. Et cela fuse sans répit, enchainant tableaux vivants sur scène, numéro de vélo sur la piste colorée qui pour une fois encercle, chant commun, apostrophe oulipienne au centre du cirque, sans regarder à la dépense, avec Reves d'automne Pascal Victor/ArtComArt grasse, juste parce que c’est astucieux, rythmé, que ça pastiche gentiment le vaudeville, les soaps policiers, et caricature les mœurs étranges des riches de la Côte : la Cie Tandaim est basée à Cannes, et connaît l’abondance et l’absurde de ses faits divers… AGNÈS FRESCHEL Villa Olga, pièce de plage, a été jouée en tournée Nomades autour de la scène nationale de Cavaillon du 19 au 25 mai À noter La Cie Tandaim jouera la Seconde surprise de l’amour de Marivaux du 5 au 27 juillet (21h15) dans le cadre de Villeneuve en scène (voir p10) 04 32 75 15 95 www.villeneuve-en-scene.fr Rêves d’automne s’est joué à la Criée du 6 au 11 juin À noter Patrice Chéreau met en scène un autre texte de Jon Fosse lors du Festival d’Avignon (voir p7) force comédiens, danseuses, musiciens, costumes… On y plonge sans songer, attendant cependant un plat de résistance, un moment moins fugace qui nous amènerait vers un sentiment plus consistant, un moment esthétique plus bouleversant. Les délicieuses mignardises se succèdent jusqu’au bout, puis on rentre chez soi, les yeux encore remplis d’images et de musique, mais sans trop savoir, au fond, ce que l’on a vécu. AGNES FRESCHEL À noter Le Cabaret Nono se tient jusqu’au 25 juin Campagne Pastré, Marseille 9 e 04 91 75 64 59 www.theatre-nono.com
LES INFORMELLES SIRÈNES ET MIDI NET THÉÂTRE 49 Haut Bas Fragile 1 et 2 Quoi de neuf au théâtre ? L’omme sans h qui aurait avalé ses histoires pour mieux les recracher, comme celui de Jacques Rebotier face au poulailler de la Gare Franche. « Paraissez ! Disparaissez ! » dit le poète aux bêtes qui encombrent la terre et cette injonction dramatique pourrait finalement illustrer ces Informelles 2011 (on ne les décompte plus, on les millésime) déployées en deux semaines, articulées autour d’un dimanche de réflexion. Ce nouveau Discours aux Animaux de toutes espèces aura donné du poids au premier volet expatrié dans l’ancienne fabrique de fûts métalliques et le jardin attenant ; proférant avec une virtuosité égale de la langue et des pieds, sans cesse virevoltant aphorismes, imprécations et autres perles langagières, Rebotier dans un dialogue impromptu avec une oie de hasard, livre matière à rire haut de l’essentiel. Essentiel, dont tente aussi de nous parler mais en bafouillant encore La Maison, création de Marie Lelardoux, si sérieuse et si sévère, si dépouillée (belles ombres, cadres vides, espace morcelé, table survivante) que s’y déchiffre avec peine dans ces ruines de l’humain un tragique trop grand pour une scène Burn out, Pascale Bongiovanni Erik Damiano/le petit cowboy que personne ne s’approprie vraiment, qui reste vide et génère bien vite ennui et agacement. La soirée s’était pourtant ouverte sur du bel canto sans façon a cappella, histoires sur le fil du rasoir vaguement cousues main par Christian Mazzuchini et ses compères de tchatche ; toutes choses plutôt sympathiques… mais que venaient faire là ces hommes à bois de cervidés, ces femmes aux corps écrits se terrant sous les fourrés ou traversant l’espace en patins à roulettes, sortis tout droit des happenings du vieux 20 e siècle ? On les retrouve la semaine suivante tentant de semer le trouble sur un boulevard Garibaldi qui en a vu d’autres... puis sur la scène partagée des Bernardines qui accueille de nouveau Jacques Rebotier sans son oie mais avec de malicieuses compagnes : la grande Elise Caronfredonnant divinement sa petite musique de vie et la violoncelliste Adeline Lecce, peinant davantage à articuler cordes et voix, à trouver sa place tout simplement. On y retrouve aussi Christian Mazzuchini sans son chien, des plumes de poule plein les poches, modelant gentiment dans son costume de (r)om(me) la pâte-mot/la pâte-moi de Christophe Tarkos ; tendresse, émotion qui se nourrit des maladresses ; c’est toujours bon à prendre ! Et tant qu’à parler de soi autant ne rien laisser dans l’ombre ; Pascale Bongiovanni fait exploser son métier et sa personne (éclairagiste ou créatrice lumière selon l’humeur) en éclats de voix ou stridences euphorisantes ; corps jeté dans l’arène elle s’expose jusqu’à l’épuisement de ses 400 000 volts avec beaucoup de générosité. Et le dimanche alors ? Repos dans la création ? Pas vraiment ! comme on le sait, c’est le jour du Philosophe : Heinz Wismannau centre du dispositif avec à sa droite des gens très bien, à sa gauche des gens très bien, suscite et conceptualise - terme fâcheux - la parole des uns et des autres face à deux documentaires tout aussi nécessaires : Les Roses Noires d’Hélène Milano et Holunderblüte de Volker Koepp, l’un dévoilant à travers le choix d’un langage identitaire et réactif les difficultés de jeunes filles de banlieue à habiter leur sexe et à sortir d’un isolement mortifère ; intelligence des images et leçon de vie parfaitement universelle ; l’autre, tourné dans l’« exclave » russe de Kaliningrad, redonnant une histoire à des enfants emprisonnés dans le cycle des quatre saisons d’une nature impériale, victimes de l’incurie des adultes, sauvés par leur imagination et leur créativité ; comment oublier les aquarelles de la jeune fille muette commentée par sa sœur qui a tout compris de l’éternité qu’offre l’œuvre d’art ? Alors quoi de neuf au théâtre ? MARIE-JO DHÔ Les Informelles se sont déroulées du 16 au 28 mai o Holunderblute, film de Volker KoeppVolker KoeppLe doigt sur la couture ? Nouvel appel de la sirène : une musique tonitruante accompagne le surgissement de mannequins vêtus de vêtements disparates, bleus de travail, blouses de ménage - coiffés de sachets de papier ou de plastique, chaussés de brodequins ou de talons aiguilles. Une voix off monocorde parle d’un monde envahi par les images qui gère les rapports entre des gens préoccupés par leur seul reflet dans le miroir. Comment dépasser le monde des apparences ? C’est la question que nous pose Matthieu Bouchain avec ses 40 bénévoles que l’aventure semble réjouir, et qui portent des jambes sur leur tête en guise de parure ou une chaussure en couvre-chef. Le dernier tableau tient à la fois du défilé contestataire et de la procession ! Habillés de blanc après quelques esquisses de striptease, ils se rassemblent sous des étendards, dans des mouvements amples proches de l’aïkido. On se prend alors à rêver à une marche libératrice qui nous embarquerait pour un monde meilleur ! CHRIS BOURGUE Le défilé des Marques par la Cie T.Public s’est donné le 1er juin sur le parvis de l’Opéra Vincent Lucas,, oï 4 F 21. 146 "k : 00 6114) 1



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