Zibeline n°41 mai 2011
Zibeline n°41 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de mai 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : chantiers... construire face à la mer.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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90 PHILOSOPHIE LE NUCLÉAIRE, SUITE Notre petit article sur le nucléaire a suscité plusieurs réactions, légitimes, de lecteurs, scientifiques pour la plupart, spécialistes ou non du nucléaire. Nous tentons ici de répondre à leurs arguments le plus honnêtement possible… Le débat reste ouvert ! Nucléaire et capitalisme Centrale nucléaire FaAniAllr FrailALIFISili La critique faite généralement aux anti-nucléaires est de ne pas écouter les spécialistes. Mais sont-ils à mêmes d’apprécier les risques liés à ce qu’ils défendent ? On pourrait faire l’analogie avec les spécialistes de la finance : sont-ils aptes à évaluer les risques liés à la financiarisation croissante de l’économie ? Ces risques ont été pointés par des critiques citoyennes. Ce sont aussi des citoyens qui ont par exemple divulgué les pages sombres de l’histoire de France : la vérité émerge, dans certaines disciplines, de la confrontation d’avec ce qui n’est pas elle, en sortant d’un monde de spécialistes où on retire aux citoyens le droit d’avoir peur : fiez-vous à nous (et consommez), ne pensez pas ! Quels sont les arguments des pro-nucléaires ? La transparence : Les normes de transparence sont très importantes en France ; EDFest sous contrôle d’autorités indépendantes ; tous les accidents sont répertoriés. Passons sur le fait qu’EDF est en fait juge et partie, et que c’est un combat d’obtenir une petite transparence. Il faudrait également passer sous silence les conditions d’exploitation de l’uranium au Niger… Le site de la Criirad est clair quant à la provenance des informations ! Mais le spécialiste ne peut admettre que ce qu’il connaît est sous condition politique ; l’histoire, le nucléaire, l’économie sont sous cette condition. Il ne peut y avoir de transparence dès qu’il est question de la politique énergétique : elle relève du secret et de la diplomatie. Les retombés de Tchernobyl sous toujours sous secret défense. Les menteurs de l’époque ont eu droit à un non-lieu malgré le fait avéré du mensonge. Les pratiques de Tepco pendant des dizaines d’années au Japon montrent bien que l’exploitation nucléaire génère le mensonge dans les faits. Les morts : L’accidentologie due au nucléaire est très faible si on la compare au reste ; les cancers dus au tabac dépassent largement ceux dus aux radiations naturelles ou du fait de l’homme : il y a plus de danger de contamination dans la nature que du fait des centrales ; les problèmes posés par un accident sur une centrale nucléaire restent limités. Accordons que jusque là tout va bien, que rien de bien grave ne s’est produit, et l’humanité a vécu de bien pires atrocités ; mais n’est-ce pas le rôle des Cassandre que d’empêcher la réalisation de ce qu’ils craignent ? Ne leur doit-on pas les normes dont ils exigent que le nucléaire soit entouré ? Les prophètes du présent ne prennent aucun risque en disant que jusqu’ici tout va bien… Steffen Kuntoff Irremplaçable : Les énergies alternatives, que les pronucléaires soutiennent aussi, ne sont pas à même de subvenir aux besoins de la planète ; et les autres polluent ; le nucléaire est la seule solution. Certes le lobby nucléaire allié à l’économie productiviste a drogué l’humanité à une consommation d’énergie folle (même si deux milliards d’humains n’ont pas accès à l’électricité) ; on nous a empêché de penser un autre monde moins kilowattvore. Les solutions écologiques en général ne sont pas dérisoires, mais elles ne sont porteuses d’aucune croissance… et sont donc moins investies. Par exemple, on interdit des solutions d’herbes naturelles qui éloignent les insectes mais ruineraient le marché des pesticides…
PHILOSOPHIE91 On néglige la géothermie qui ruinerait le défilement des kw/h. Le marché n’est pas vertueux, par nature, et il ne pense pas à long terme… Déchets : On peut enfouir les déchets sans aucun risque pour l’humanité même dans 100 000 ans ; les solutions techniques existent ; et puis dans 100 000 ans l’humanité aura d’autres problèmes plus graves que les déchets nucléaires. Pourquoi ces solutions ne sont-elles pas mises en œuvre ? Parce que tout ce qui n’est pas production est négligé, et falsifié… En bref, à supposer même que l’énergie nucléaire ne soit pas un danger en soi, elle ne se prête pas à une pensée émancipatrice, ni les physiciens qui la soutiennent : il faut s’en passer pour penser un monde débarrassé des rapports de productivité et d’exploitation par l’argent… La connaissance : L’expérience atomiste est sans doute la plus belle aventure scientifique humaine et il serait aberrant de renoncer à ce voyage au bout de la matière et de sa connaissance. Les anti-nucléaires ne veulent pas arrêter la recherche médicale liée à l’atome et profaner la tombe de Pierre et Marie Curie ! On peut très bien suspendre la recherche liée au clonage sans mettre en péril la génétique. Il est tout à fait possible d’isoler les problèmes. Cet argument de la généralisation fait passer toute alternative et critique comme un retour en arrière au nom de la recherche. C’est de l’usage du nucléaire dont il est question, pas de la recherche atomique. Le matérialisme : C’est la première fois que l’humain réalise pratiquement la « création matérielle » : certains atomes lourds ont été créés ab initio par l’expérience humaine. Or toute connaissance matérielle que l’humain pratique le sort de son aliénation. Il est tout à fait possible d’user de l’atome de manière sûre et intelligente. Ce n’est pas l’énergie nucléaire qui est aliénante mais le cadre productiviste qui préside à son exploitation. C’est la pratique du profit sur l’atome qui est incompatible avec la pratique scientifique de l’atome. Certes. Mais nous vivons dans une société capitaliste. Tant qu’il en sera ainsi, l’énergie nucléaire constitue une menace. En l’état actuel des choses ce qui pose problème c’est : -l’exploitation de l’uranium -la production gérée à la légère avec la privatisation de l’électricité et des entreprises de sous-traitance, et des ouvriers sous payés qui s’occupent de l’entretien des centrales -l’impossible résolution actuelle des choses de la gestion des déchets. Il ne s’agit effectivement pas de science mais de politique, d’exploitation et d’inconscience productiviste, que le nucléaire plus que toute autre activité humaine porte à son paroxysme. RÉGIS VLACHOS Merci à ceux qui ont pris la peine de répondre à notre article et de fournir ces arguments à notre contradiction ! Coupable à Hiroshima Entre 1959 et 1961, le philosophe autrichien Günther Anders a entretenu une correspondance avec Claude Eatherly, le pilote de l’avion météo de l’escadrille américaine qui largua la bombe sur Hiroshima. Le pilote dit juste à l’Enola Gay : go ahead, allez-y, et ne s’en remit jamais Anders, qui fut le mari d’Hannah Arendt, est attiré en tant que philosophe par ce cas unique dans l’histoire de l’humanité de conscience morale : un homme coupable mais pas responsable d’un meurtre de masse qui veut faire admettre sa responsabilité. En 1959 le philosophe tombe sur un article du Times au sujet de ce pilote de l’escadrille d’Hiroshima interné puisqu’accusé de trouble mentaux. Phénomène extraordinaire : cet homme n’était pas accusé de folie pour avoir exterminé des gens mais pour vouloir faire reconnaître ses crimes : de fait il commettait des braquages de banques, sans prendre l’argent, puisque l’injonction de larguer la bombe n’était pas considérée comme un crime. Anders lui dit dans sa première lettre : « Puisque la culpabilité monstrueuse n’est pas entendue, vous avez essayé de parler le seul langage qu’on entend, celui de la petite délinquance. » Eatherly est l’anti Eichmann : il ne peut continuer une vie normale après sa démobilisation. Dans les années 50 il décide de tuer le héros célébré qu’il est dans son pays. Les troubles de la conscience après un meurtre dans le cadre militaire ou politique n’ont que peu d’exemples et le cas Eatherly est remarquable ; Anders : « Vous l’avez fait, vous êtes un frère à qui la malchance a dévolu de faire ce que chacun de nous aurait fait. Vous l’avez fait, mais depuis que vous l’avez fait on peut apprendre par vous, uniquement par vous, ce qui serait advenu si nous avions été à votre place. » Comment continuer une vie normale après sa participation à des massacres ? S’il est difficile de porter la culpabilité d’un ou plusieurs morts, comment porter celle de 200 000 ? Joe Stiborick, membre de l’équipage de l’Enola Gay, continua une existence de héros aux États-Unis et déclarera à la fin de sa vie que son plus grand regret était de ne pas s’être marié plus tôt ! Pour Eatherly il faut racheter sa dette, purger sa conscience des remords qui le troublent même lorsqu’il est interné ; la seule solution : envoyer de l’argent à Hiroshima et empêcher la guerre à jamais. La rencontre épistolaire avec Anders fera germer ces idées... Pas de morale sans anticipation possible Anders de son coté a suspendu ses recherches philosophiques en cours dès 1945. Selon lui après cette date on ne plus penser la technique comme avant. Désormais nos capacités d’action dépassent le champ de notre imagination : alors la morale devient impossible. Nos capacités d’anticipation sont invalidées par l’imprévisibilité induite par la technique moderne. Imprévisibilité qui s’accroit également par la division du travail moderne qui spécialise la tâche de chacun, le mettant dans l’impossibilité de concevoir l’ensemble du processus technique auquel il participe. Impossible aussi de confier le monde tel qu’il est à des spécialistes, pour des actions qui pourraient entraîner la fin du monde. Avec la Bombe et la guerre froide, la fin du monde est comme un pion parmi les autres dans le jeu d’échec politique. Pour Anders, Eatherly personnifie les problématiques contemporaines : le danger de la fin du monde et la conscience morale au paroxysme de ses troubles faits chair. Pas simple de penser tout cela pour un militaire de 25 ans. Mais le fait qu’il pense, qu’il veuille qu’on reconnaisse sa culpabilité et par là-même celle des USA est inconcevable pour les autorités. Ainsi on a réussi à lui faire admettre qu’il souffrait antérieurement d’un complexe de culpabilité refoulé du fait des ses rapports à son père : Hiroshima ne pouvait justifier qu’il se sente coupable ! Les tourments de la conscience sont balayés dans le domaine pathologique. Si un homme regrette les massacres de la guerre et a peur de guerres à venir, c’est qu’il est malade. Anders le rassure, d’une formule qui pourrait résumer notre responsabilité face au nucléaire, même civil : « Aie le courage d’avoir peur, élargis ta perception du temps. Ne sois pas lâche. À chaque champ de compétence se construit une division du travail ; chaque problème appartient à un champ de compétence dans lequel nous n’avons pas le droit d’intervenir. On nous dit vous n’avez pas le droit d’avoir peur, vous n’avez pas le droit d’avoir une conscience. La responsabilité est leur affaire. Aie le courage d’avoir peur. » R.V. « Hors limite pour la conscience » dans Hiroshima est partout Günther Anders Seuil, 26 euros



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