Zibeline n°41 mai 2011
Zibeline n°41 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de mai 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : chantiers... construire face à la mer.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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88 HISTOIRE MUCEM Une langue m commune Les Mardis du MuCEM invitaient le 10 mai Jocelyne Dakhlia, directrice d’études à l’EHESS, pour nous parler de la « lingua franca », une « langue métisse en Méditerranée » Jocelyne Dakhlia X-D.R. Pour Dakhlia ce qu’on appelle Langue Franque illustre un continuum historique à travers la méditerranée, une communauté en partage sur les deux rives. Une « lingua franca » qui était considérée comme un mythe, car il ne pouvait y avoir pour les sceptiques de langue commune aux sociétés européennes et aux sociétés islamiques… La réalité est toute autre. Faite d’un mixte de langues, parlée également sur toutes les rives, elle se compose essentiellement d’italien à l’Est du bassin méditerranéen et d’espagnol à l’Ouest d’Alger. Si le provençal et le portugais y laissent leurs empreintes, le grec ou l’arabe en sont quasiment absents. Elle est bien connue de Molière qui l’use au travers de son bourgeois gentilhomme, Monsieur Jourdain devenu mamamouchi. Ce registre du comique est d’ailleurs un emploi privilégié que l’on retrouve à l’opéra. Mais des auteurs comme Diderot, Leibnitz la connaissent et Rousseau la cite comme langue universelle. Au sud de l’Europe et de la Méditerranée, on la parle largement. Elle ne se cantonne pas aux zones d’échanges : par l’intermédiaire des captifs, elle est employée dans les maisons urbaines et dans les campagnes, loin à l’intérieur des terres. Les rapts, reflets de la violence guerrière, font transiter des milliers d’hommes dans l’autre camp : Cervantès, captif à Alger, en est le saisissant exemple. L’espace diplomatique use aussi de la « lingua franca ». C’est avec elle que le Bey de Tunis accueillait les ambassades françaises. Cependant les traités étaient rédigés, eux, dans une langue nationale (le turc, l’italien ou le français). Au moment où, progressivement, se fixe l’adéquation entre le territoire et la langue, la « lingua franca », véritable véhicule linguistique, demeure neutre. Elle permet d’échanger avec l’autre sans se soumettre à sa domination symbolique. Son aire de diffusion, vaste, s’étend de l’Europe du Nord au sud du Sahara. Lamartine, lors de son voyage en orient, fait traduire des textes arabes en langue franque et, à partir de là, les traduit lui-même en français. Répandue, usuelle, la « lingua franca » fait lien entre les cités du continent méditerranéen et révèle la familiarité des sociétés islamiques avec les langues latines. On ne peut donc soutenir, à la suite de Bernard Lewis, conseiller de G. Bush, que le déclin du monde oriental résulte d’un refus d’apprendre, par mépris, les langues latines. Du nationalisme au renouveau Avec la colonisation européenne, la « lingua franca » disparaît. Le colonisé se voit obliger de parler une langue qu’il ne maîtrise pas, qu’il écorche, un « petit nègre », le sabir. Finie la langue de convention entre les parties, place à la soumission et au nationalisme linguistique. Les phénomènes de décolonisation, dès le début, renforcent l’épuration nationaliste. Au XIX e siècle, la Grèce, libérée des ottomans, expurge de son langage les apports turcs ou italiens. Les processus d’unification linguistique se généralisent et fragmentent la Méditerranée. Mais aujourd’hui une nouvelle tendance, liée à la jeunesse et aux flux migratoires, se dessine. La mixité linguistique (mots français ou anglais) se retrouve sur les radios de langue arabe. « Dégage » crièrent les tunisiens au potentat Ben Ali ! Un rapport libéré à la langue française s’établit. Cette évolution traduit un rapport décomplexé à langue de l’ancien maître. La fréquentation des média occidentaux a permis une familiarité avec la vie démocratique. La nature universaliste des mots d’ordre des manifestants a montré combien les peuples se distanciaient de l’image colportée à leur propos. Finie la représentation de l’altérité radicale où le despotisme oriental et la revendication religieuse régnaient au Sud et la démocratie au Nord. Dans ce contexte, la réaction des Européens est paradoxale : les réjouissances face aux succès démocratiques ont correspondu avec la volonté de fermer les frontières aux migrants du Sud ! Peut-on espérer que les évolutions linguistiques contribueront désormais à la réduction des distances ? RENÉ DIAZ Mare nostrum ? 0 Wolf Lepenies était accueilli le 12 avril à l’Alcazar pour musée de la Méditerranée et de l’Europe, et non l’inverse, pour opérer un renversement de perspective. ». Et une lecture au public des Mardis du MuCEM. Ce « sociologue de formation, historien d’inclinaison » est venu c’est seulement au prix d’un effort intellectuel de ce d’Allemagne parler de la Méditerranée aux marseillais. type que l’on arrivera à dépasser l’opposition européenne historique entre latinité et germanisme, qui a D’ailleurs, pour commencer il cite Fernand Braudel avec une émotion sincère : « J’ai passionnément aimé la pour descendant l’eurocentrisme maladif qui tient nos Méditerranée, sans doute parce que venu du Nord, comme tant d’autres, après tant d’autres. » faisons pas l’erreur de croire qu’elles vont conduire leurs dirigeants. « Les révolutions arabes, par exemple. Ne Et en effet, il l’air de l’aimer cette région du monde où pays jusqu’à nous, laissons-leur la chance de trouver sont nées les trois religions monothéistes, le droit romain, la médecine arabe et la philosophie. Il parle du contours différents des nôtres. Le capitalisme nordique leur propre voie vers une forme de démocratie aux choix des mots, et soutient que lorsqu’on passe d’un a fait que la Méditerranée n’est plus le centre du monde, mais l‘Europe ne l’est pas non plus ! » Pas plus que projet d’Union de la Méditerranée à une Union pour la Méditerranée on fait celui de la condescendance au la latinité : la Méditerranée a deux rives, sinon trois, lieu d’opter pour un équilibre entre pairs. et le Mare Nostrum de l’Empire Romain reste… un À vrai dire, selon lui, « Les noms sont toujours un problème. Le MuCEM, c’est bien, mais il faudrait l’appeler GAELLE impérialisme colonisateur dont nous sommes issus ! CLOAREC Wolf Lepenies MuCEM
ABD GASTON DEFFERRE ÉCHANGE ET DIFF DES SAVOIRS HISTOIRE 89 L’indochinois inconnu M. Nguyen avait 18 ans lorsqu’il est arrivé à Marseille en 1939. Il est actuellement l’un des seuls survivants des 20 000 indochinois que l’administration coloniale a fait venir en France aux abords de la deuxième guerre mondiale, pour les mettre au travail dans les rizières camarguaises, la poudrerie de Saint-Chamas, les zones forestières ou les salins. Sur les grands panneaux de l’exposition qui nous révèlent le destin des ces « travailleurs inconnus », on peut lire qu’ils ont été parqués dans le bâtiment des Baumettes, avant d’être répartis dans divers camps insalubres où sévissaient la tuberculose, la malnutrition et les parasites. Il pleure presque, ce monsieur de 90 ans, en prononçant son discours. On l’imagine jeune homme vif et plein d’énergie, débarquant en Provence à l’orée de la guerre, peinant sur notre sol pendant des années. Nous sommes le 9 mai 2011, et il vient enfin d’être reconnu par la France. En guise de Marianne, c’est Aïcha Sif, présidente de la commission culture au Conseil Régional PACA, qui est venue honorer M. Nguyen et son compatriote M. Tran. L’élue lui succède au micro ; elle aussi a la gorge serrée, et lorsqu’elle dit : « Ce n’est pas tous les jours que l’on a le privilège de vivre des instants chargés d’une telle émotion. » On la croit sans difficulté. Si cette reconnaissance est aujourd’hui possible, c’est grâce à la persévérance de Pierre Daum, journaliste et auteur de l’ouvrage Immigrés de force, travailleurs indochinois en France, 1939-1952 (Actes Sud, 2009). Une entreprise fondamentale de recherche est à l’origine de l’exposition, car Pierre Daum a dû parcourir le Vietnam en long et en large pour retrouver la trace des derniers travailleurs indochinois encore en vie. « Cela n’a pas été simple, car ils ne s’étaient jamais constitués en association, et la plupart avaient disparu dans la nature. » Robert Mencherini, historien, a quant à lui mené l’enquête dans les documents d’archives pour retracer les étapes poignantes du parcours de ces hommes. On citera notamment les rapports de gendarmerie révélant des mutineries contre leurs conditions de travail, aux Salins de Giraud et à Aubagne en juillet 44, et ce cartel qui relate les suites de la Libération : « À Marseille, les travailleurs indochinois prennent le contrôle de leurs camps, mettent en place leur propre administration et se syndiquent massivement à la CGT. Au niveau national, à la suite d’un congrès tenu à Avignon en décembre 1944, est mise en place une délégation générale représentative des travailleurs indochinois. Leurs histoires nous mentent Christian Salmon est venu faire partager lors d’une conférence d’Échange et diffusion des savoirs les grandes lignes de son Storytelling, publié en 2007. En l’agrémentant d’exemples empruntés à l’actualité nouvelle. Le livre démontre par l’exemple l’utilisation volontaire dans le management, puis dans marketing, et donc dans le marketing politique, d’une histoire individuelle refabriquée. Des récits qui guident les choix des consommateurs mais aussi des électeurs, qui votent par sympathie ou antipathie, et non pour des idées ou des programmes. Ainsi « De Gaulle racontait des histoires, mais des histoires nationales. VGE parlait le langage de l’expertise. Aujourd’hui en France il est question de savoir si on va élire un expatrié qui a grossi ou un ancien Secrétaire qui a divorcé et perdu du poids. » Barack Obama a été élu parce qu’il a su créer un roman personnel, comme l’avait fait Bush avec sa rédemption d’ancien alcoolique. Ou Bill Gates, SteveJobs, la mythologie des start-up. Le but ? « Produire un individu néolibéral ». Car cette façon d’entremêler le vrai et le faux interdit de connaître le réel, que la confusion avec le fictionnel empêche d’expérimenter. D’où les avatars qui formatent un peu plus des individus séparés d’euxmêmes : « On n’est plus dans la mimesis, mais dans le simulacre. Plus dans la société du spectacle selon Debord, qui servait à conjurer les révoltes, mais dans la société du simulacre qui conjure la passivité, néfaste à la consommation. Le Storytelling permet de stimuler l’excitation. » Il concluait que les hommes avaient « inventé des histoires pour transmettre l’expérience, non pour prescrire des conduites. » La technique du storytelling attaque le noyau symbolique des individus, leur puissance d’imagination en la niant, leur capacité de conceptualisation en l’endormant. La solution ? Reconstituer des espaces réels, à quelques-uns, en sortant de l’audience… AGNÈS FRESCHEL Cette délégation, sous l’influence de militants trotskistes, prend position pour l’indépendance de l’Indochine et dénonce l’envoi de troupes françaises au Vietnam. » Un grand merci aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, pour offrir la possibilité d’assumer cette histoire qui est la nôtre, et que nous connaissons si mal. GAELLE CLOAREC Des travailleurs indochinois dans les Bouches-du- Rhône Jusqu’au 31 mai Archives départementales, Marseille 04 91 08 61 00 www.culture-13.fr 0 Vu Quoc Phan Christian Salmon Anabell Guerrero



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