Zibeline n°41 mai 2011
Zibeline n°41 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de mai 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : chantiers... construire face à la mer.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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82 LIVRES LITTÉRATURE Pour se construire Le roman se présente comme cinq récits croisés de vies très différentes, qui ne se rencontrent jamais mais présentent des ressemblances dans leur recherche d’authenticité. Caroline Le Gall propose ici son premier livre, à mi-chemin entre la confidence et le journal intime : cinq paroles morcelées se partagent les pages et évoquent leurs expériences, leurs souvenirs ou leurs attentes. Certains des récits intriguent comme celui de Luc dont les cauchemars suivent une chanteuse de cabaret, qu’il finira par rencontrer et aimer. Celui d’Hugo, le SDF qui aime lire et retrouve des émotions d’enfance grâce à La vie devant soi de Romain Gary ou celui de Maya qui émeut quand on comprend qu’elle s’adresse à son époux décédé, lui faisant partager son amour toujours vif et sa vie désormais solitaire. Cette femme de 80 ans a un tel besoin de partage qu’elle se met à écrire des lettres qu’elle dépose chez sa boulangère ou sur les bancs du parc. Cependant ces pages qui devraient donner à entendre des voix différentes se ressemblent beaucoup, comme si l’auteure n’avait pas encore trouvé la musique juste de chacune, ni su résister à certaines facilités dans les images, telle celle de la nuit qui « se déroule comme une bobine de fil »... CHRIS BOURGUE Le grain de sable Caroline Le Gall Velours, 14,50 € Sombre héros Balles d’argent est le premier des romans du mexicain Élmer Mendoza traduit en France, un roman saisissant, simple et percutant qui aurait pourtant de quoi déstabiliser le lecteur. De par son style, aux antipodes de ce qu’on a l’habitude de lire dans un roman noir, avec des phrases courtes qui se succèdent sans temps mort hormis la distinction des chapitres, sans tirets ni guillemets, un style sec et nerveux qui mêle conversations et descriptions et qu’il faut apprivoiser, mais qui permet paradoxalement une grande liberté de lecture. De par le lieu de l’action aussi, un Mexique qui n’a rien d’attirant tant la violence y est omniprésente, où vivre et mourir ne se distinguent plus vraiment. Élmer Mendoza écrit sur le Sinaloa, une région montagneuse à l’ouest du Mexique, berceau du narcotrafic, et sur la ville de Culiacán dans laquelle le flic Edgar Mendieta, alias Zurdo, le gaucher, enquête sur le meurtre d’un avocat prometteur, par ailleurs fils d’un éminent homme politique, retrouvé la tête perforée d’une balle d’argent. Dans une ambiance délétère, mais dont s’accommode le jusqu’au-boutiste Mendieta, défilent politiciens véreux, trafiquants, femmes sublimes souvent vénéneuses et fantômes d’un passé qui pourrit sa vie. « Un bon flic est un flic mort, déclara-t-il avant de reprendre sa marche. Si la police mexicaine était intègre, je n’y aurais pas ma place », « quelle vie de merde ! ». Autant dire qu’à ne rien avoir à perdre, on risque tout. DOMINIQUE MARÇON Balles d’argent Élmer Mendoza Gallimard, coll. Série noire, 17 € Le cercle des initiés Et si la figure du dandy que l’on croyait désuète s’invitait à nouveau à la table ? Denis Grozdanovitch est un lecteur érudit, cinéphile et photographe passionné ; c’est aussi un sportif émérite et un joueur d’échecs aguerri. Dans le roman La Secrète mélancolie des marionnettes, Denis le narrateur pratique l’allusion littéraire, cinématographique et sportive avec l’aisance d’un fin tacticien. C’est un jeune écrivain à l’avenir prometteur qui, après son Petit traité de désinvolture couronné de succès (toute ressemblance…) étire le temps chez une contessa à Florence. Cadre idyllique pour s’imprégner des splendeurs picturales et architecturales de la Toscane, goûter aux bons vins et aux mets délicieux tout autant qu’au plaisir de conversations savantes avec les autres maîtres du jeu. La Secrète mélancolie des marionnettes est un roman sur l’art de philosopher sans s’appesantir tout en argumentant âprement : qu’importe si les rencontres sont factices et les dialogues sonnent faux pour peu que les personnages, pittoresques, connaissent l’ivresse du discours brillant et savoureux. Brèves apparitions qui renforcent la fiction romanesque ! Entre deux conversations piquées de belles tirades, d’ironie et de digressions poétiques, Denis (lequel des deux ?) griffonne un carnet de notes dont jaillira peut-être un troisième livre… Ces conciliabules faussement improvisés sont le prétexte à discourir sur « la tactique proustienne de la remémoration », le rapport entre le ralentissement du temps et la pratique littéraire, le pouvoir des éidola, la nécessaire distanciation ironique pour replacer la littérature à sa vraie place : « une éclosion d’insectes éphémères un soir d’été, au bord d’une rivière, aussi vite réengloutis dans l’indifférencié qu’ils en avaient mystérieusement surgi ? » MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Denis Grozdanovitch a rencontré ses lecteurs à la librairie Harmonia Mundi à Aix et Prado Paradis à Marseille dans le cadre des Escales en librairies La Secrète mélancolie des marionnettes Denis Grozdanovitch L’Olivier, 20 € ra 174. 14011'7'ij in tp ! nuderr : dri mar iormitesr. L : I.
RENCONTRES LIVRES 83 Un balcon sur la mer Comment échapper au titre du film de Nicole Garcia, cinéaste associée au 23 e Printemps du Livre de Cassis ? La magie du lieu - l’amphithéâtre marin de la Fondation Camargo dévoile l’horizon que l’on sait - et le soleil inondant les deux week-end de la manifestation ont eu raison de toutes les crispations esquissées à la lecture du programme, de son thème Féminin Pluriel et de quelques-uns de ses invités dont on peut penser que les écrits vains n’en font pas des auteurs ! Car on y a rencontré des romancières, des vraies, de celles qui traitent la langue comme une expérience unique à chaque roman et savent en parler : pour raconter finement, sans effet, toujours à la hauteur des questions posées comme Maylis de Kérangal (prix Médicis 2010 pour Naissance d’un pont), pour convoquer des personnages drapés dans leur pan d’Histoire comme Francine de Martinoir ou Claude Pujade-Renaud qui ressuscite la passion polyphonique de Sylvia Plath et Ted Hugues ; pour se taire élégamment aussi et cela Hélène Lenoir, dont les deux derniers romans résistent à la sous-narration, sait bien le faire ! Le talentueux cabotinage d’Antoine Spire et la haute malice de Serge Koster n’en sont pas venus à bout … On y a soigneusement écouté des femmes de tête : Christine Brard à travers l’histoire du pantalon rappelle salutairement que le genre se déplace mais ne détruit pas la norme tandis que Myriam Revault d’Allonnes, en un discours d’une densité bienvenue, interroge la désaffection de nos sociétés pour la démocratie et alerte sur sa fragilité. Mais il n’y aura aucune question du public, remobilisé très vite autour de la lionne Carrère d’Encausse qui de pichenettes intellectuelles en scintillantes assertions redore le blason de la Russie de Poutine et embarque manu militari tout son monde pour l’aujourd’hui qui chante là-bas... ovation ! On a fermé les yeux sur le bronzage de Jean-Paul Enthoven pour savourer ses portraits de femmes « appels de fiction » ; on les a rouverts (la rumeur : « comme il est beau, comme il est beau ! ») bien La religion relie ? Entendre et lire un philosophe, non pas un de ces jouets médiatiques dont la pensée se résume à trois concepts passant bien à la télé, mais un homme qui a passé sa vie à lire et éclaircir la pensée des autres, afin d’édifier et de transmettre la sienne, est un moment de bonheur. Ardu, mais partagé : la librairie L’Odeur du Temps débordait de monde, debout, pour écouter Jacques Bouveresse parler de Wittgenstein et de Bertrand Russell. À propos de religion il parle peu de lui-même : il fut chrétien mais considère qu’il a « cessé de croire » au moment où il n’a plus pu admettre que le Christ était littéralement le fils de Dieu (« si on ne croit pas à ça, comment peut-on se sentir chrétien ? ») et avoue en souriant, en réponse à une question presque ultime qu’il « adorerait croire » en la religion naturelle de Rousseau. En revanche il éclaire précisément la Jacques Bouveresse X-D.R o grand devant le bildungsroman que constitue le parcours hors-norme de Luc Ferry. Quant à Patrick Poivre D’Arvor, il a tenu à faire savoir qu’il n’est pas un plagiaire et qu’il est construit par le Romantisme allemand ; on attend des preuves MARIE-JO DHÔ compréhension actuelle des enjeux religieux. Sur les bienfaits de la religion tout d’abord : on sait que Russell, comme Freud, est plus que sceptique sur son effet civilisateur. Selon lui les abus de la religion sont intrinsèquement en elle, indissociables, et il faudrait, pour en garder les éléments positifs, se séparer des dogmes, ce qui n’a jamais été possible. Mais Russell, philosophe « violemment anti-chrétien » concède que la religion permet de s’élever au-dessus de la vie des sens dans un mouvement de prise en compte de l’autre. Wittgenstein « méprisait » Russell, du moins la partie de son œuvre qui touchait à la religion, et laissait voir de la sympathie pour les Chrétiens. Perçu comme un rationaliste il avait pourtant une méfiance réelle envers les scientifiques, et s’il rejetait le dogme religieux il défendait sa possibilité de bouleversement passionnel, qui permet de provoquer des changements dans l’individu pour atteindre un moi impartial : celui de la vérité dans la pensée, de la justice dans l’action, de l’amour universel dans le sentiment. Mais pour Russellune religion ne peut valoir que par ses raisons, ses preuves, et non par son utilité : on ne peut croire parce que la religion est un ciment social, ou parce qu’elle rend heureux. Pour Wittgenstein on ne peut vivre dans cette rationalité sans être éclairés par une lumière idéale. Mais croire parce que c’est utile est une imposture « comme celle que pratique Nicolas Sarkozy lorsqu’il dit que l’instituteur ne peut remplacer le curé. Non seulement il sort de la loi de la laïcité, puisqu’il devrait citer tous les ministères, mais il justifie la religion par son utilité éducative ». Jacques Bouveresse parla encore de croyance réaliste arman..rrraur rWrr'n4 FLM Jill prii5un Le 23 e Printemps du Livre de Cassis s’est tenu du 30 avril au 8 mai à la Fondation Camargo. Printemps du livre de Cassis X-D.R. (littérale) au dogme qui est invalidée aujourd’hui, mais est la seule possible pourtant… puisque croire à une interprétation antiréaliste (symbolique ?) de la création ou de l’humanité du Christ relève à peine du religieux… Il parla encore de la solidarité qui disparaît et que les religions et les athéismes, dans leurs antagonismes et leurs degrés différents de croyance, doivent ensemble parvenir à refonder. AGNÈS FRESCHEL Jacques Bouveresse a rencontré ses lecteurs dans le cadre des Escales littéraires à l’Odeur du Temps, Marseille, et aux Vents du Sud, Aix Que peut-on faire de la religion ? Jacques Bouveresse Agone, 19 €.. RIME



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