Zibeline n°41 mai 2011
Zibeline n°41 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de mai 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : chantiers... construire face à la mer.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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80 LIVRES LITTÉRATURE In memoriam Les éditions Nil ont lancé depuis peu une nouvelle collection, sous la direction de Claire Debru. Petite si l’on considère son format, elle a tout pour devenir une grande. Les Affranchis, c’est son nom, propose à des écrivains d’aujourd’hui de rédiger en quelques dizaines de pages LA lettre qu’ils n’ont jamais écrite. Annie Ernaux vient ainsi d’inaugurer la collection avec L’autre fille, adressée à sa sœur aînée, morte plus de deux ans avant sa naissance. Comme souvent chez Ernaux, cela commence par une photo. Portrait, et surtout trace infaillible de l’existence concrète de celle qu’elle peine à considérer comme sa sœur car, écritelle, « Je ne t’ai jamais touchée, embrassée. Je ne connais pas la couleur de tes yeux. Je ne t’ai jamais vue. Tu es sans corps, sans voix, juste une image plate sur quelques photos en noir et blanc. […] Tu es l’enfant du ciel, la petite fille invisible dont on ne parlait jamais, l’absente de toutes les conversations. Le secret. ». La lettre qu’elle lui écrit ici vise donc, par l’écriture, à donner corps à cette absence, à comprendre le silence de ses parents. Et le sien aussi, long de soixante ans. Car petite, elle a surpris une conversation, elle a entendu le « récit » proféré par sa mère, « un récit clos, définitif, inaltérable, qui te fait vivre et mourir comme une sainte », « qui m’exclut ». De ce sentiment de relégation, voire de malédiction, l’auteure tirera (à quel prix !) la fierté de l’élue, « choisie pour vivre » … et pour écrire. S’adresser enfin à l’autre fille, c’est peut-être pour Annie Ernaux mettre un point final à l’histoire de ses parents commencée avec La place. Pour le lecteur, ce sont de belles retrouvailles avec un ton à la fois si intime et tellement universel. FRED ROBERT A.nnk Ern au Ltuirtrl : k L’autre fille Annie Ernaux Nil éditions, Coll. Les Affranchis, 7 € Mexico à cœur ouvert Parmi les invités latino américains du dernier festival CoLibris, François Arango. Que venait donc faire ce Français, chef du service de réanimation d’un grand hôpital parisien, dans une rencontre dédiée aux écritures contemporaines d’Amérique du Sud ? La promotion de son premier roman certes ; plus sûrement encore, la rencontre d’écrivains mexicains et de passionnés du Mexique comme lui. Arango a travaillé plusieurs années dans ce pays ; il y a côtoyé la misère dans les services d’urgences ; il en est revenu habité d’une culture millénaire et plus que concerné par l’agonie des minorités indiennes, la guérilla du Chiapas et la corruption des élites locales. Tout cela constitue la toile de fond de son thriller Le jaguar sur les toits. Avec les dérives de certains laboratoires pharmaceutiques. Avec aussi la tentaculaire et fascinante Mexico, ses averses tropicales, sa pollution et ses embouteillages. Un climat et une société violents dans lesquels s’épanouissent à l’aise, en cette année 1996, politicards et hommes d’affaires véreux, sans compter les psychopathes comme Le Jaguar. Non content d’enlever et de sacrifier des hommes politiques selon les rituels aztèques, celui-ci prend un malin plaisir à servir de fausses pistes au trio lancé à sa poursuite, offrant au lecteur une formidable balade au cœur de la ville (métro et parcs compris) et même quelques excursions dans les montagnes. Le récit n’échappe pas aux poncifs du genre. Mais il semble qu’Arango ne s’en soucie guère. Sa plume alerte mêle finement l’érudition historique et scientifique et la gouaille des polars d’antan ; il parsème son histoire de clins d’œil à la littérature, au cinéma. Bref, comme son Jaguar, il s’amuse… F.R. 6 dessinateurs en quête d’ancêtres Où se trouve l’origine de la bande dessinée ? Dans les bas-reliefs de l’Egypte ancienne, sur la tapisserie de Bayeux ou les vitraux des églises médiévales ? Six dessinateurs contemporains ont creusé plus profond dans les entrailles de la terre, en quête du dessin premier ! Emmanuel Guibert, Pascal Rabaté, Troubs, Marc-Antoine Mathieu et Etienne Davodeau, autrement dit le réseau Clastres, sont partis à la rencontre de leurs confrères du paléolithique. Pendant deux ans, ils ont visité les grottes ornées du Sud-ouest de la France et en ont rapporté Rupestres ! Un album magnifique, protéiforme, où, sur quelque 200 pages de textes, de planches dessinées, d’esquisses, de tableaux, de photos, ils déroulent leur expérience inédite et visiblement marquante. Obscurité de la caverne, jeu des ombres sur les parois, énigme des dessins, beauté pérenne d’un cheval qui bondit des flancs de la pierre, le livre offre les émotions vives et confuses de la petite troupe, comme le carnet de bord collectif d’un voyage au centre de la Terre. Il n’y a pas vraiment d’histoire, plutôt une succession d’impres sions, de réflexions, sur la force de l’image, sur sa fragilité aussi. Sur le nécessaire retour au silence, à la contemplation, à la lenteur : « Cet art, celui sur la paroi, a 30000 ans de patience. Notre époque n’y résiste pas ». Au-delà de ces méditations, l’ouvrage vaut surtout pour sa grande qualité graphique. Styles et techniques s’y mêlent dans un savant chaos de bruns, d’ocres, de noirs, de rouges, et certaines doubles pages sont une splendeur. Un beau livre à lire et feuilleter, pour s’enchanter d’un art rupestre superbement revisité. F.R. Rupestres ! ouvrage collectif Futuropolis, 25 € Le jaguar sur les toits François Arango Métailié noir, 19 €
LIVRES 81 Sur les chemins d’encre Les lecteurs de René Frégni retrouveront avec émotion un ami dans ce journal qu’il écrit d’octobre « qui a été rouge et or » à juin, sans plan, pour le plaisir d’« attraper un souvenir, une lumière, un peu de vie », un geste qu’il a fait toute sa vie, depuis ses 19 ans « dans une prison militaire glacée par les brouillards de la Meuse ». Les autres découvriront un homme sensible et généreux. On croise les personnages de son présent, de son passé. Sa fille Marilou qui est partie vivre sa vie, dans une autre ville, avec un « étudiant délicat », son enfant, devenue une femme. Sa mère, maigre et sauvage, tant aimée, morte un 4 décembre, qui « comme toutes les mères ne nous abandonnent pas, qui nous confient en partant à un monde de douceur, un petit coin qui ressemble à l’enfance, à un jardin, aux jours d’été, à la lumière ». Isabelle, « la fiancée des corbeaux », « qui restent là des jours à observer ses gestes, ses pas, la douceur de sa vie », la fille de Lili, à qui René Frégni dédie son livre, qui perd peu à peu la mémoire et meurt le 24 janvier. À petits pas « Faire et défaire, c’est toujours du travail » aurait pu dire avec une grâce industrieuse une petite main d’antan devant le 52 e livre de la collection Le Refuge qui a pour titre Un Plan Lecture, pour auteur Hélène Gerster, mais dont la jaquette ne fait mention que de... 49 titres par ordre alphabétique d’Audinet à Zrika, Gerster comprise. Première station poétique, curiosité piquée ; on fonce à la dernière page, histoire de constater que la liste des 62 auteurs lus pendant la résidence au cipM, classés par l’initiale du prénom, est qualifiée de non exhaustive (les auteurs entendus eux semblent contenus dans un 22 définitif) ; encore un pas en arrière, livraison du protocole et invitation à (re)lire : la démarche ici n’est pas la négation de la marche mais son équivalent. Comment alors rendre compte d’une promenade-lecture avec une résidente qui ne tient pas en (à sa) place ? Son ami Tony, qui a passé 27 ans de sa vie en prison, dont 10 à Atlanta, qui lui offre un 38 spécial ! « Ton stylo a changé ma vie, ce petit bijou changera ta façon de décrire les tueurs ». Ses jeunes voisins d’en face au 3 e étage, dont il observe avec volupté les corps nus, sans voir les têtes. Une petite fille de 85 ans, dans sa robe coquelicot qui fait du stop tous les dimanches pour aller danser à la Belle Epoque… On relit avec lui les livres qui l’accompagnent, ceux de Giono et surtout le Journal d’un voleur de Genêt qui « parle à l’oreille de sa jeunesse ». Ceux qu’il achète au Poivre d’âne à Manosque. Tous les sens en éveil éprouvent avec lui le temps qui a passé, depuis les chemins noirs, sur les chemins d’encre, dans cette Provence qu’il décrit à petites touches impressionnistes, sensuelles, avec la tendresse des loups. L’écriture a mûri, gagnant en simplicité et violente douceur, « érotique écriture » … ANNIE GALVA Hélène Gerster est une P-A-P-E (plasticienne avec pratique d’écriture) qui aime les villes, cartes et territoires, et les porte parfois en sautoir ; formidable de voir se dessiner les rues de New-York en fil d’argent ou le cours de la Seine en perles d’eau douce ; ici, c’est un moment de Marseille qui se brode ligne à ligne et le passage fait la page, le monde se renouvelle de blanc noirci et de vide rempli ; la route se trace légèrement, d’instants en mémoire d’autres instants ; le texte rend à la vie et fait remonter à la surface les auteurs « absorbés » par l’artiste ; le lecteur se repère facilement ; le terrain cède vite ; c’est joli, élégant et « les bribes d’intimité éventrée » que laissent voir les ordures sur les trottoirs de la ville sont minutieusement recyclées. Se lit sans peine et sans affect. MARIE-JO DHÔ Mao et moi Avoir été marxiste-léniniste aurait pu garantir chez l’auteur une écriture mort-née, mais par la grâce ou plutôt l’intelligence du participe passé, la phrase de Jean Claude Pinson rescapée de toutes les hécatombes idéo/phraséologiques vivifie toute expérience présente de la langue et engage de fait le lecteur à lui emboîter le pas ! Combinant tout en les démontant lyrisme et Grand Récit ironique, cette autobio bigarrée, un peu bancale parfois, construit loin de l’aigreur tourmenteuse une espèce de prose du transécarlate, une petite marche avec le rubicond emblème de toutes les révolutions. Drapeau Rouge (alias DR) est un personnage à part entière, comme Beaudelaire qui peut plaire, Pssoa qui a cédé son e ou Lukacs Georg en pleine orthographe qui n’a rien perdu de sa raideur dogmatique. Aïe, sujet souffrant et rigolo, double bien sûr et dont le pluriel est « nous » (potaches saillies et métaphores zinguées comme erreurs de jeunesse émaillent le texte constamment drôle néanmoins) anime les 13 tableaux ou chapitres, s’amuse, souvent en vers, de l’épopée pipeau du Maoïsme pour en exhiber les leurres et en réactiver la puissance poétarienne. On aura compris qu’il n’y a rien d’innocent ni de naïf dans cette sottie qui rêve d’aujourd’hui chantant (enfin ? de nouveau ?) loin des cimes et aussi de poésie chamane à la Mandelstam ; à bonds et à gambades comme l’écureuil bleu de Chalamov. « La page, comment s’en contenter, quand on a dès le départ cherché une beauté immense où se perdre, s’anéantir et cru trouver l’extase au beau milieu d’une mer de drapeaux rouges ». Sous les pavés de la dérision, l’hymne est toujours prêt à renaître... MARIE-JO DHÔ l Wh 1



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