Zibeline n°41 mai 2011
Zibeline n°41 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°41 de mai 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : chantiers... construire face à la mer.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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28 THÉÂTRE CHÂTEAUVALLON MARTIGUES CAVAILLON À mots voilés Comment parler de « la sensualité toute orientale » du monde arabe fantasmé par l’imaginaire colonial français ? et tout aussi vivace aujourd’hui… Le propos est épineux mais l’auteur-metteur en scène Lofti Achour, qui œuvre à Paris et Tunis, relève le défi avec finesse. Prenant prétexte d’un talk-show à la française, brassant matériaux textuels (les acteurs Jawhar Basti, Thierry Blanc, Anissa Daoud et Lina Murad, tous excellents), visuels (témoignages réels filmés qui disent l’amour au XXI e siècle) et sonores (chansons d’amour réinventées), Hobb story sex in the (arab) city trace avec humour, et sans jamais falsifier la réalité, ce qu’est le « nouveau discours amoureux » dans la société arabe contemporaine. Discours d’une complexité infinie, hommes et femmes pris conjointement dans les mailles du filet des traditions familiales, de l’islam, de l’organisation tribale, mais également évoqué sans détours dans les récits mythologiques, les contes et le Coran. Lofti Achour réussit à le dédramatiser et à tenir à distance le réel par le mélange piquant de saynètes télévisuelles, de chansons et de parodies, sans pour autant nier la souffrance vécue, l’ignorance, l’incompréhension entre les deux sexes, la fracture d’une jeunesse écartelée entre la société d’ici et d’ailleurs. Celle des contrées orientales où l’amour et le sexe sont paradoxalement omniprésents et mystérieux, avec l’islam comme maître du jeu. Il offre un spectacle cru, vivifiant, spontané sur la quête du « plaisir perpétuel » tout en interrogeant l’unicité de la structure théâtrale par la multiplication des espaces de jeu et des points de vue : anachronique dans sa forme, Hobb story sex in the (arab) city reflète avec justesse la disparité de ce nouveau discours amoureux. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Hobb story sex in the (arab) city a été joué le 6 mai au CNCDC Châteauvallon à Ollioules Manipulateur manipulé Berlin, avril 1945, Hitler est retranché dans son bunker avec Eva Braun, Heinrich Goebbels et ses six enfants, son chien Blondie et son serviteur Herr Linge. Bruit de sirènes, bombardements, la fin approche et pourtant… Pourtant on veut fêter l’anniversaire du Führer, ou plutôt de Schicklgruber, alias Adolf Hitler, et croire que rien ne s’achève et que la victoire est proche. Encore un discours à la nation et tout sera joué. Mais en ce jour la mort rode, et chacun, retranché dans un épouvantable déni, fuit ses pensées dans le tabac ou l’alcool, voire l’attente d’un chocolat chaud qui résoudrait l’impossible angoisse. Neville Tranter, fondateur du Stuffed Puppet Theatre et marionnettiste virtuose, campe un Linge tout d’uniforme Hobb Story... Eric Legrand Georg Pöhlein nazi vêtu, et manipule à vue dans le même temps l’un ou l’autre des personnages. Les pantins aux yeux hallucinés, à la bouche vorace, expriment l’extrême noirceur de leurs âmes torturées, déchues, qui ne sauraient se relever, dans une mise en scène en clair-obscur qui oscille entre tension dramatique et humoristique. « La bêtise est émouvante » entend-on de la bouche du fils Goebbels ; elle est même absurde dans ce bunker aux allures de fin du monde que visite la mort, marionnette effrayante aux dents d’or qui échouera à faire un tour de magie mais gagnera finalement la partie. DO.M. Schicklgruber, alias Adolf Hitler a été joué au Théâtre des Salins le 10 mai Sauvez la Turakie ! Turak theatre « Ici pas de sens interdit, ni de voie à sens unique. Entrer dans l’univers du Turak, c’est se raconter sa propre histoire avec ce qu’on a attrapé dans son entonnoir à imagination. » Les Fenêtres éclairées de Michel Laubu sont une sorte de monde parallèle dans lequel notre imaginaire et nos sens peuvent s’évader, un peu comme quand on était gosse et qu’on gloussait délicieusement devant un cartoon auquel on ne comprenait pas grand-chose mais qui nous réjouissait. Ici, le Turak Théâtre nous invite devant les fenêtres de l’appartement d’un habitant en collerette, un vieux célibataire en bord de mer (on imagine) qui gravite dans un monde abracadabrant. Personnage principal (Michel Laubu et sa marionnette au rictus figé, en totale symbiose), empêtré dans sa solitude, entre son chat farceur et des objets du quotidien qui déraillent. Une histoire d’insularité comme les aime le poète bricoleur qui s’est entouré de musiciens live pour conter la dérive de cette île flottant en Turakie, sur une musique de Rodolphe Burger, planante à souhait. On nage en plein surréalisme, devant ce génial théâtre d’objets, de bric et de broc, un monde qui s’éclaire comme des petits riens, entre vol de chaises groupées, assiettes qui parlent, mouches rockeuses, guitares en goguette... On ressort de ce rêve dansant sous le charme. Sans avoir vraiment tout compris, mais avec délectation ! DE.M. Les fenêtres éclairées s’est joué au théâtre de Cavaillon le 3 mai o
Elle n’a rien vu à Hiroshima La mise en scène de Christine Letailleurest superbe : les corps nus, les lumières qui les sculptent pudiquement, les images et les écrans qui allument des espaces dans le noir épais de la nuit amoureuse, tout cela parle aux sens, et le travail des deux comédiens, qui va subtilement du chuchotement à la logorrhée soudaine de la parole libératoire, de la confession extirpée de soi, est splendide. Mais elle dit dans le même temps l’incroyable faille de l’écriture de Duras. Le film d’Alain Resnais, bouleversant, est dans toutes les mémoires des spectateurs, et la mise en scène de ce scénario ne peut qu’écrire par-dessus une autre histoire, qui la laisse transparaître derrière. Le chefd’œuvre de Resnais complétait l’écriture romanesque : en travaillant en contrepoint avec les images d’archives après la bombe, il en disait toute l’horreur. La mise en scène de Christine Letailleur, en inscrivant les dialogues dans l’intimité d’une chambre, révèle l’incongruité de cette histoire de passion adultère entre une Française qui a aimé un soldat Allemand, et un Japonais qui vit dans Hiroshima dévasté. On peut vénérer ou détester le style Durassien, ses répétitions et ses jeux syntaxiques, son vocabulaire restreint et déliquescent, sensuel, langoureux et brutal. 50 ans après il garde toute sa singularité, et sa force taillée dans la chair. Mais après 50 ans ce scénario qui prend Hiroshima comme décor, comme prétexte, a quelque chose de gênant. Comme si la romancière, si friande de faits divers extrapolés, était passée juste à côté du précipice absolu du siècle. Resnais, après Nuit et Brouillard, ne pouvait qu’y plonger : le scénario, sans ses images, pérégrine juste au bord sans le voir. AGNÈS FRESCHEL Hiroshima mon amour a été joué aux Salins les 3 et 4 mai 4011 4 4 I AVIGNON MARTIGUES THÉÂTRE 29 X-D.R. Les jeunes talents d’Avignon Le Festival Emergence(s) a réussi son galop d’essai. 10 jours de découvertes de jeunes talents, rassemblant plus de 1000 spectateurs dans 4 lieux fédérateurs d’une ville qui peine, malgré une pléiade de théâtres, a offrir une place aux compagnies émergentes. Concerts, film et spectacles auront rythmé la cité grâce à la conviction de Damien Baillet de Surikat Productions, un organisateur né. Dans l’Animal du Temps, 1 re partie du Discours aux animaux de Valère Novarina, on est resté en marge de la promenade promise par les Ephémères Réunis dans l’intériorité d’un homme pétri d’humanité. S’attaquer à la langue de Novarina est d’une témérité certaine ! Pour s’y frotter véritablement dans un seul-en-scène, il ne suffit pas de mémoriser la partition orale : il faut plonger à nu dans ce langage fleuve, labyrinthique, monstrueux. Et devenir ce fleuve, ce labyrinthe et ce monstre, ce à quoi Charly Caraballo ne parvient pas. Par pudeur peut-être. Plus accessible, au théâtre Golovine, la soirée danse a révélé deux compagnies à suivre de près. Yourik Golovine des Eponymes, révélé déjà aux Hivernales, continue sa belle recherche dans les espaces contraints. Avec Derviche, accompagné par le mouvement centrifuge de la sculpture d’eau de Pepjin Lambermont, il offre une courte performance tourbillonnante et hypnotique inspirée de la voie des derviches, expérimentant le mouvement giratoire. Puis la cie 2 temps 3 mouvements, avec le poétique Sous nos yeux, a réveillé le public dans un trio énergétique et engagé sur les effets des écrans sur le corps. Pour finir, la Cie On est pas là pour se faire engueuler continue sa recherche pluridisciplinaire. Et dévoile dans ce 3 e opus de Tout au bord l’engagement de l’auteur-comédienne Laetitia Mazzoleni qui s’accorde le (bon) temps de construire en plusieurs étapes sa création. DE.M. Le Festival Emergence(s) s’est tenu du 5 au 14 mai dans divers lieux d’Avignon Derviche Delphine Michelangeli L’amitié en chantier Après les Langues paternelles, l’un des spectacles-bijoux du dernier Off, le collectif De Facto s’est enfermé 15 jours en résidence au théâtre des Doms pour amorcer et présenter à un petit comité de spectateurs son nouveau projet. Rendez-vous singulier donc avec cette structure bruxelloise qui aime les formes particulières et les dispositifs surprenants. Découverte engageante dans l’intimité d’un spectacle en devenir, où les idées sont jetées en friche pour se resserrer vers une vraie trouvaille spectaculaire. Un projet de théâtre sur l’amitié, comme son titre à la Montaigne l’indique. « On pensait que ça serait simple et joyeux de faire de notre vie une fiction. » Pas si facile puisque l’une des comédiennes/amies a abandonné le projet en route… On suit les pistes sur le plateau en chantier, les espaces d’idées délimités au scotch ou par de simples éclairages. Ici, une TV qui diffuse Chronique d’un scandale, un film sur l’amitié (destructrice) de 2 femmes. Là, un écran avec une vidéo souvenir de la résidence aux Doms. Les trois comédiens, T-shirts Fuck Parce que c'etait lui... X-D.R the clock et clopes au bec, se cherchent entre solitudes et déclarations d’amour. Ils écoutent l’Overseas Telegram de Gainsbourg ou l’Amitié de Françoise Hardy, « une chanson un peu cucul la praline mais quand tu es seul c’est beau et émouvant. » C’est le temps des copains, en effet, entre les rêves d’artistes, les dédicaces à la radio, les serments à respecter, les engueulades… et bientôt les déceptions ? « Parce que l’amitié est multiple, parce qu’elle est résistance et utopie, parce qu’elle porte une promesse. » Sensible. DE.M. L’étape de travail de Parce que c’était lui-s, parce que c’était moi(s) a été présentée aux Doms, Avignon, le 4 mai



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