Zibeline n°40 avril 2011
Zibeline n°40 avril 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°40 de avril 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,8 Mo

  • Dans ce numéro : menaces sur la culture... alerte !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 LIVRES LITTÉRATURE Dans les plis du ciel Il est des livres, rares, qui vous transforment un peu. Le dernier roman de Philippe Forest peut être de ceux-là, pour peu que vous fassiez l’effort d’entrer dans le rythme poétique de sa langue. C’est un gros roman, plus de 500 pages d’une écriture serrée, labyrinthique, qui avance dans le temps mais revient sans cesse sur elle-même, enroule ses strates qu’elle précise à chaque passage, livrant ses clefs narratives comme involontairement, et parsemant son chemin de réflexions subtiles, lumineuses, profondes, sur notre siècle affolé, la nature du roman, son efficacité imparfaite contre le cheminement de la mort, la douleur et l’acceptation de ce qui disparaît, et de ce temps perdu qu’on ne peut rechercher. Car il n’est pas d’anamnèse dans Le Siècle des nuages, pas de madeleine au thé, pas d’espalier en fleurs ni de racine noueuse dans le Jardin du Luxembourg. Les objets n’ouvrent aucune porte, et le souvenir des êtres chers, des histoires, ne persiste qu’un temps dans les mémoires. Sincères condoléances, ce sont les seuls mots qu’Allan parvient à écrire pour accompagner le bouquet de fleurs qu’il s’est finalement décidé à envoyer à sa mère au moment des funérailles de son père. C’est aussi le titre du roman d’Erling Jepsen, récemment traduit en français, second volet de ce qui était relaté dans L’art de pleurer en chœur et variation sur certaines des obsessions de l’auteur, inceste, violences et secrets de famille. Lorsque que le 2 e épisode de ce petit règlement de comptes entre parents débute, il y a 9 ans qu’Allan et sa sœur Sanne ont été bannis de la maison familiale ; depuis qu’Allan, devenu auteur à succès, a révélé dans ses fictions un certain nombre d’horreurs intimes qu’il aurait mieux fait de taire. Mais voilà, maintenant le père est mort, rien n’empêche désormais la mère de revoir ses enfants. Retour donc du frère et de la sœur au pays natal, dans le Jütland méridional. Sauf que Ne reste à la fin que ce roman, émouvant cadeau fait à son père mort, à sa mère qui l’oublie, aux lecteurs qui retrouvent au détour des pages des sensations qui sont presque les leurs, et qu’ils n’ont su nommer. Un hommage mesuré au siècle de nuages qui précède le nôtre, où les aviateurs comme son père ont relié les hommes, puis transformé le ciel en terrain de guerre, et le sol en ruines fumantes, irradiantes, tandis que le monde rétrécissait, et qu’eux-mêmes partaient en cendres… Magnifique roman du passé, qui sidère pourtant notre aujourd’hui, alors que les bombardiers de France pilonnent la Lybie, et qu’un nuage né pas loin d’Hiroshima semble nous conduire, peut-être, vers un autre siècle. AGNÈS FRESCHEL Le siècle des nuages Philippe Forest Gallimard, 21 € Syndrome de Reykjavik Les règles du jeu sont simples : faites-vous prendre en otage à l’insu même de vos gardiens/ravisseurs et savourez aigrement (un minimum de souffrance est requise néanmoins) votre imposture doublée si possible d’inconfort ; observez placidement ; méditez sur les choses, les gens et surtout le temps qui passe. Point de vue imprenable et humble prison, le dessous du lit peut se révéler un lieu privilégié ! Le roman de Bragi Olafsson (ex-bassiste de Björk, le détail a son importance), aimable et grinçant à souhait, développe certaines variations virtuoses, et gratuites, du syndrome de Stockholm. Le narrateur, Emil, est affecté d’une tendance légère à l’empathie avec ses agresseurs du quotidien : voisin de siège encombrant dans l’avion, fiancée autoproclamée, amicale « compagnie » qui en son absence supposée envahit sa maison et engloutit ses réserves d’alcool… Sa placidité va le pousser à se cacher sous son lit pour fuir l’intrusion d’un indésirable entré par la fenêtre et c’est tout… oui c’est tout et on s’ennuie un peu, comme lui sans doute ; comme lui on écoute la bande son formidable (les non-invités passent fébrilement d’Elvis Presley à King Tubby ou au quatuor pour piano de Mahler) les conversations indigentes, et on attend. « Je suis assailli par l’étrange sentiment que cet appartement n’est pas plus à moi qu’à un autre » : l’inquiétude ne va pas plus loin sur le chemin de Kafka (le narrateur se voit sans complaisance comme un acarien) et l’absurde s’installe et se répète trop systématiquement pour maintenir l’intérêt jusqu’à la fin. Mais justement, il n’y a pas de fin… Trop facile ! MARIE-JO DHÔ Les animaux de compagnie Bragi Olafsson traduction de l’islandais de Robert Guillemette Actes Sud, 20 € Petits arrangements avec le mort tout ne se passera pas exactement comme prévu, et qu’après celle du père, c’est la figure de la mère qui en prendra un coup… On n’en dira pas plus. Au lecteur de découvrir cette peu ordinaire vieille dame indigne, et surtout le style inimitable du romancier danois. Car s’il y a du Genitrix ou du Festen dans cette chronique, le ton décalé, les changements constants de point de vue, l’humour cynique et l’autodérision lui enlèvent (presque) tout son caractère plombant. Avec beaucoup de subtilité, Jepsen instille le doute. Et se garde judicieusement de toute morale… FRED ROBERT Sincères condoléances Erling Jepsen traduit du danois par Caroline Berg Sabine Wespieser, 23 €.1111.111. moo. LE SILCII DES NLACES _. L Philippe Forest était l’invité d’Écrivains en dialogues en mars (voir p 70) Les animaux de cornpagnie Bragi Olafsson était présent au Salon du livre de Paris L4 ! 1 11=42,M1 Filorii4n*1 ricooviorrirairof41 Erling Jepsen était présent au Salon du livre de Paris
ARTS HISTOIRE LIVRES 67 Inventaire à la Plossu Bernard Plossu est un infatigable marcheur et photographe. Depuis que le musée Gassendi de Digne l’a invité en 1994 à mettre ses pas dans ceux des géologues dans la Réserve géologique de Haute Provence, il n’en finit plus d’arpenter les vallées, les clues, les pics, les plateaux. Tout autant qu’il déambule dans Digne, au pays des escaliers et des angles de rues. Profitant de ce que « le musée à ciel ouvert » lui a proposé d’inscrire ses productions au cœur du territoire naturel 1, les éditions Yellow Now publient dans la collection Côté Photo deux ouvrages à deux voix : L’inverse est exactement vrai avec l’auteure et poète Nathalie Quintane et …Des millions d’années. La réserve géologique de Haute Provence avec le professeur de sociologie David Le Breton. De cette errance dans les ruelles de Digne, que restet-il ? Un petit livre noir et blanc format carte postale, photos rectangulaires et sages, entre lesquelles le texte de Nathalie Quintane vagabonde dans d’étranges soubresauts verbaux (« des minettos, des davolis, des minettos davolis bondissant sur le chemin mexicain ») ; ses mots s’affolent alors même que les images se raidissent : cadrages au cordeau, verticalité des lignes qui tombent à pic. Et les ombres noires, ogresses, qui engloutissent les génoises, une devanture, le contrefort d’une balustrade. La voix de David Le Breton, elle, célèbre la marche comme « une ouverture au monde qui invite à l’humilité », cite les Élégies de Duino de Rilke pour dire que le marcheur reste toujours au seuil du monde. Éloge de la lenteur et de la gourmandise à s’abandonner aux odeurs, aux sons, au vent, aux variations de lumière qui sied à Bernard Plossu dont les clichés dépassent la duplication du réel. Dans cette Réserve, le photographe retrouve peut-être Géronimo qui l’accompagne depuis ses années américaines… MARIE GODFRIN-GUIDICELLI (1) l’exposition au musée Gassendi s’est déroulée du 2 décembre 2010 au 3 avril 2011 … Des millions d’années. La réserve géologique de Haute Provence Photos Bernard Plossu, texte David Le Breton Co-édition Yellow Now et musée Gassendi, 20 € L’inverse est exactement vrai Photos Bernard Plossu, texte Nathalie Quintane Co-édition Yellow Now et musée Gassendi, 6,50 € Transformation volontaire Les deux auteurs ont entrepris de raconter « Euroméditerranée », la grande opération qui emplit tout le panorama marseillais dès qu’il s’agit de l’avenir économique de Marseille ou de ses transformations urbanistiques. Qui ignore l’ampleur et l’importance du projet ? Pourtant, si l’opération est célèbre, la réelle connaissance du projet, de ses étapes, de ses enjeux, reste dans un flou vaporeux. Absence de confrontation politique ? Opération trop ample et dirigée trop discrètement pour faire la une de la gazette locale ? L’initiative de Brigitte Bertoncello et Jérome Dubois, inscrite dans la collection « La ville en train de se faire » des éditions Parenthèses où d’autres grandes métropoles françaises sont auscultées, est salutaire et instructive : elle met à jour les ressorts qui guident la construction de cet espace marseillais et, plus largement, celui de la métropole Marseille. Le propos part d’un basculement des aires « écodynamiques » : Marseille doit aujourd’hui se remettre au centre de sa région urbaine et se situer dans une Méditerranée en reconstruction. L’illusion d’une renaissance industrielle disparue, il reste à la vieille cité phocéenne à devenir, comme ses voisines de la rive Nord, une ville « post-industrielle ». Conscient de l’intérêt stratégique de la métropole dans cet espace économique, l’État a joué un rôle décisif dans le lancement du projet, et les auteurs montrent combien l’intrication des différentes échelles de décision, du local à l’Europe, a donné un caractère particulier à la gouvernance d’« Euroméditerranée ». De même la fédération d’espaces locaux dénués de perspectives et de cohésion collective est une autre spécificité du projet. Au travers des 480 ha inscrites dans le périmètre, c’est Marseille qui se réveille ! La Joliette aspire à devenir un centre d’affaire dont la tour CMA CGM est déjà une illustration. La cité de la Méditerranée s’avance avec le MuCEM accolé au fort St Jean, le CERem, le Silo, les Docks. La Belle de Mai devient un lieu culturel rayonnant. Le souffle du renouveau s’étend avec l’extension vers le Nord du périmètre… RENÉ DIAZ.. MIWONS'YANNtE L 11.46, LANNI 1%11.¢1...10 MARSFILLE Mk DE NTERRANEE ACC RATEU MÉTROPOLE Marseille euroméditerranée, accélérateur de métropole Brigitte Bertoncello, Jérome Dubois Parenthèses, 22 € Le grand paysage et l'industrie, 7 la redécouverte d'un site oublie... infoeeditionsparentheses corn iffir d. Thierry Durousseau Une cité industrielle en Camargue : Salin-de-Giraud 16,5 x 24,5 cm, 144 p.. 1'0 p13r-r, dess ! rs et p9otcograph es er (JD] eJr 2011 (coebitior caLe13). ISBN 5171-2416364-253-5/19



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