Zibeline n°40 avril 2011
Zibeline n°40 avril 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°40 de avril 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,8 Mo

  • Dans ce numéro : menaces sur la culture... alerte !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 THÉÂTRE ARLES BERRE AVIGNON OUEST PROVENCE Fidélité de (bête de) scène o Premier spectacle de Michel Raskine, créé en 1984, Max Gericke ou pareille au même est aujourd’hui un grand classique, affichant plus de 250 représentations au compteur. Remonté tous les dix ans, réinterrogé, Folie douce el Le « Poète de scène » Pierre Guéry, comme il aime à se définir, a offert une lecture intime et sensible de deux nouvelles dont il est l’auteur, Alien-Nation et En quel pays étrange (édités chez Maelström), accompagné par 3 comédiens de la compagnie avignonnaise Jeux de mains jeux de vilains. Fraîchement sortis du Conservatoire, ceux-ci se confrontent à l’exercice en invitant régulièrement des auteurs dans le cycle Lectures en présence : dans l’intimité de ce Très P’tit Théâtre Isle 80, on sentait ce soir là plus qu’une lecture au débotté, une vraie recherche de théâtralité. La parole du poète -très bon slameur qui semble s’ignorer- est en effet dense, répétitive, syncopée, entre Hymne à la jeunesse Michel Cavalca Mario del Curto approfondi, avec la même actrice, l’exceptionnelle comédienne Marief Guittier. Un spectacle qui bouge donc, nourri par l’expérience de vie de la comédienne et la confrontation du texte avec le monde en mouvement. Cette première pièce de Manfred Karge, inspirée d’un fait divers, raconte une histoire d’usurpation d’identité par une veuve, Ella, qui joue à être son mari, Max, pour échapper au chômage. Ce à quoi se rajoute une crise économique dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, pour compléter le tableau. Si le personnage prend l’apparence d’un homme pour sa survie, il n’en perd pas pour autant sa féminité qui se dévoile comme une pelote détricotée, et dans ce rôle de clown expressionniste l’actrice fétiche de Raskine se révèle extrêmement troublante. Entre rage de survivre et dédoublement de personnalité furieux, sa maîtrise de la voix nous cingle et nous transporte sur un plateau réduit qu’elle transforme en champ de bataille. Une spirale infernale, étouffante, où des chausse-trapes la happent vers un vide et une déshumanisation inévitables. Un monstre à la théâtralité étonnante qui hurle « bouffe ou crève, je suis un homme », mêlant l’histoire germanique à sa quête intime. Un miroir brisé. DELPHINE MICHELANGELI Max Gericke ou Pareille au même s’est joué au théâtre d’Arles les 24 et 25 mars affolement et balancement, décousue comme une musique contemporaine à laquelle il faudrait quelques minutes pour s’habituer. Elle a ce p’tit grain de folie et d’abandon qui colle bien avec le thème de ses écrits, pour lesquels il déclare avoir « recherché l’impression d’un premier jet semblable aux jaillissements et aux délires parfois cruellement lucides de la parole schizophrène. » DE.M. La Lecture en Présence de Pierre Guéry a eu lieu le 31 mars au théâtre Isle 80, Avignon o Lentement, très lentement s’avancent sur scène deux vieux, courbés, abîmés, hésitants ; ils se parlent tout en progressant péniblement, sur fond de ritournelle italienne. En quelques minutes tout est là : la complicité et l’agacement que produisent tant d’années vécues ensemble, la lassitude qu’induit la nostalgie d’une existence finissante, l’ennui qui fait resurgir les mêmes jeux, les mêmes mots. Mais le vieux ne partira pas tant qu’il n’aura pas délivré au monde son message intime et éclatant. Soudain tout s’anime, les invités arrivent, « tous les personnages, tous les propriétaires, tous les savants », et avec eux les chaises, qui s’alignent, nombreuses, envahissantes. La mise en scène dépouillée de Luc Bondy, où le noir domine, laisse toute sa place à la performance X-D.R L’épopée de chacun a Pepito Matéo parle de lui mais il s’adresse à tous. De la maison de retraite imaginaire d’où résonnent les échos des paroles recueillies auprès de personnes âgées, le conteur comédien affronte sa propre crainte de vieillir, et tente de répondre à la question cruciale : comment bien vieillir ? Et pour approfondir cette question universellement partagée, et frôler le mythe de la vie éternelle, il émaille le spectacle d’extraits tirés de l’épopée de Gilgamesh. Ces étapes ponctuent celles que supposent le récit, entre présent et projection, étapes d’une vie qui se fait parfois déliquescente mais que l’humour de Pépito Matéo hausse au niveau du périple effectué par Gilgamesh. Car s’il est comédien il est surtout conteur, et se régale en jongleries verbales où les jeux de mots côtoient les détournements langagiers pour finir souvent en poésie pure. Après tout comment bien vieillir regarde chacun, mais l’humour et la poésie aident à coup sûr à prolonger le plaisir ! DO.M. Dernier rappel a été joué à Berre le 25 mars des deux comédiens (incroyables Dominique Reymond et Micha Lescot) qui rendent visibles ces invités fantômes, passant des uns aux autres, avec force mimiques et contorsions forcées, drôles et émouvants, bouleversants parfois. Jusqu’à disparaître pour faire place à l’orateur, celui-là même qui délivrera le message tant attendu, et qui apparaît, farce ultime, en crooner de music hall, personnage absurde qui n’arrivera à articuler qu’une incompréhensible logorrhée… Sans aucun doute la pièce de Ionesco la plus cruelle aujourd’hui. DOMINIQUE MARÇON Les Chaises a été joué au Théâtre de l’Olivier, à Istres, le 2 avril
MARTIGUES CAVAILLON CHÂTEAUVALLON ATP AIX THÉÂTRE 17 Ne pas séduire Il l’écrit dans son avant-propos à Kolik, et le revendique : Hubert Colas a choisi l’écriture de Rainald Goetz parce « cette langue n’est pas séduisante ». En cela son projet est parfaitement réussi : la langue ne séduit pas. Et si, comme toujours, le talent de Thierry Raynaud épate -seul en scène assis devant une centaine de verres d’eau qu’il descend peu à peu-, pour une fois il ne sourit pas, n’accroche pas le regard, n’établit pas de lien. Bref il ne séduit pas : ses nuances infinies d’intensité, de rage, d’atonie, d’angoisse, ses changements millimétrés de rythme et de tessiture, ses gestes qui surgissent comme autant de conséquences incontrôlées des sentiments qu’il fait naître en lui avec une visible virtuosité, tout cela devrait donner corps et chair à la langue, qui reste morte. En panne d’incarnation, parce qu’elle ne dit Comment concerner Il est rare de voir un spectacle avec des amateurs qui les emmène aussi loin. Pascal Rambert a travaillé avec une quarantaine d’amateurs volontaires et leur a appris à se déplacer, à occuper l’espace et le temps, à parler même, au micro, et surtout à acquérir cette sorte de naturel complètement fabriqué des comédiens, sans gommer la particularité émouvante que dégagent les amateurs sur scène. Il les cantonne bien sûr à des choses simples, mais leur donne justement la possibilité de les réussir sans ridicule… ce qui est rare lorsque les professionnels « utilisent » des amateurs. La prestation des trois comédiennes professionnelles est très efficiente, et les encadre. Celle du philosophe Éric Méchoulan est plus ambigüe : maladroit comme un amateur sur scène, ce professionnel de la parole didactique en use avec virtuosité pour démontrer, comme en chaire, comment fonctionnent les systèmes économiques primitifs (le don et ses obligations), l’âge moderne qui introduit la vente et valorise le travail, la philosophie d’Adam Smith, le travail improductif, l’économie de service, la fabrication du désir de consommer… Bref, un cours d’histoire économique, tendance philosophie plutôt que sciences, rien, elle produit pourtant des éclairs fugaces quand elle se permet de faire enfin, fugitivement, des phrases. Mais cette plongée dans la « vérité » de la folie o plutôt basique et illustré sans invention, sans distance et sans humour. Brecht, avec Sainte Jeanne des Abattoirs, a fait beaucoup plus fort en son temps pour expliquer le capitalisme, et il n’est nul besoin d’aller jusqu’aux subprimes pour comprendre les déviances des bulles spéculatives… L’entreprise de Pascal Rambert reste donc partiellement réussie : si les participants au spectacle sont visiblement concernés, les spectateurs restent semble-t-il au dehors de cette (micro) histoire économique du monde, dansée. Qui a chanté à tout venant mais justement ne danse pas, ne joue pas, assez. A.F. Une (micro) histoire économique du monde, dansée a été joué aux Salins, Martigues, le 8 avril À venir Une (micro) histoire économique du monde, dansée Avec 36 amateurs de la région de Cavaillon Le 14 avril Scène nationale de Cavaillon 04 90 78 64 64 www.theatredecavaillon.com Pierre Grosbois Sylvain Couzinet Jacques reste une entreprise vaine : avant la parole il n’y a pas de pensée (Au commencement était le verbe est peut être le seul verset sensé de la Genèse), et tenter d’écrire ce rien avec des mots est absurde. Reste quelques beaux moments : la parole dans le noir qui tourne autour de vous et n’est plus que du son, la belle évocation du plaisir rassurant des équations, et une ombre en négatif, lente, qui apparaît parfois au lointain comme un spectre. C’est peu, mais c’est déjà ça, et très pur. AGNÈS FRESCHEL Kolik a été créé aux Salins, Martigues, le 8 avril Nora c’est nous o o Une fois de plus les ATP d’Aix invitaient leurs adhérents, et les autres, à un très beau moment de théâtre, dans la salle très agréable du Bois de l’Aune, dans LE quartier populaire d’Aix. Pour deux pièces d’Ibsen adaptées et mises en scène par Daniel Veronese. Fasciné par les magnifiques personnages des pièces du dramaturge suédois, mais convaincu que son analyse sociale, datée, n’a plus la même force, Daniel Veronese a déplacé les intrigues dans le temps, modernisé très largement vocabulaire et syntaxe, adapté les relations sociales et professionnelles aux nôtres. Emilio Camarin Et surtout confié l’énergie des deux pièces à ses comédiens, étonnants, qui vous embarquent sans repos, pour trois heures en espagnol sur-titré, dans un jeu très réaliste, à fleur de peau et de contact, capable de faire surgir des vagues d’émotion surprenantes… La maison de poupée est particulièrement réussie. Nora l’écervelée infantile prend peu à peu conscience de son oppression consentie, qui ressemble à celles de tant de femmes soumises à leur mari et/ou aux impératifs sociaux de la mode… Hedda Gabler fonctionne un peu moins bien : enfermée dans le décor de poupée de la pièce précédente, l’intrigue s’adapte moins à notre temps. Si on comprend les liens qui attachent Nora à son mari, liens symboliques qui n’ont que peu changé, on se demande pourquoi Hedda reste : elle semble aujourd’hui pouvoir se débarrasser du sien, médiocre, et de son ancien amant, autrement que par le meurtre et le suicide. Le déplacement temporel et le décor étant moins justifiés l’émotion passe (un peu) moins bien, même si les comédiens restent tout aussi épatants. A.F. Hedda Gabler et La Maison de poupée ont été jouées à Aix le 22 mars et à Châteauvallon les 18 et 19 mars



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