Zibeline n°39 mars 2011
Zibeline n°39 mars 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°39 de mars 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,1 Mo

  • Dans ce numéro : la Marseillaise, un chant révolutionnaire ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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92 PHILOSOPHIE LE RIRE À l’heure où le Merlan programme un cycle intitulé Courage… rions !, où la critique politique médiatique s’exerce essentiellement par l’humour corrosif, où nombre de théâtres réhabilitent le vaudeville, provoquer le rire des citoyens spectateurs semble une des voies choisies pour réveiller le désir de résistance… Mais comment les philosophes perçoivent-ils le rire ? Rire est-il philosophique ? Si l’on en croit Montesquieu, pour qui « la gravité est le bonheur des imbéciles », et Nietzsche qui pense que la philosophie est ce qui nuit à la bêtise, le rire et la philosophie semblent aller naturellement de pair. Allons plus loin : nombreux sont les esprits qui à leur époque ont usé de ce stratagème pour critiquer le clergé, le pouvoir, les mœurs. C’est le fameux castigat ridendo mores (elle corrige les mœurs par le rire) qui justifie l’existence de la Comédie depuis Plaute jusqu’à Molière. Ainsi l’humour est banni de toutes les dictatures : l’interdiction de dérision, de caricatures, ou Guillon et Porte virés du service public, sont des indices du degré de liberté d’une société : s’intéresser au rire est politique. Des différents rires Plus profondément, comme le dit Bergson, le rire nous renseigne sur les capacités de travail de l’imagination humaine, collective, sociale et populaire ; sur l’art et sur la vie. Donc la philosophie doit s’emparer du rire ; saisie très théorique cependant car les diverses catégories de rires et de rieurs ne se laissent pas circonvenir aisément par des concepts ! Comme dirait le grand Kant, ça donne à penser ! Mais penser quoi ? Ce qu’il dit plus sérieusement ailleurs (et sur autre chose) est que le rire est essentiellement un concept empirique qui ne se laisse pas facilement déterminer : il n’est fait que d’exemples contradictoires. On pourrait reprendre les plus belles définitions de Freud et Bergson, on y trouverait toujours quelque chose à redire : aucune ne convient intégralement à tous les rires. Commençons d’abord par savoir comment l’on rit, en s’attachant d’abord au mode le plus abstrait : le mot d’esprit. Manifestant surtout la prétention de celui qui le fait, et la volonté de montrer son intelligence et son détachement, il était très pratiqué par les Aristocrates et les Précieuses comme on peut le voir dans le film Ridicule de Leconte, ou chez les imbéciles de Molière. Mais, pas toujours drôle, le mot d’esprit fait partie des références philosophiques obligées sur le sujet du rire, depuis Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient de Freud… Donc j’en dis deux mots. Humour et comique Pour Freud « le processus comique ne supporte pas le surinvestissement opéré par l’attention », et tout ce qui resserre la Nicole Claveloux - Okapi distance entre le sujet et le réel est un obstacle au comique. Il est d’accord en cela avec Bergson qui précise que le rire surgit dans une situation de détachement des évènements. La thèse principale du Mot d’esprit est celle du rire de décharge : une dépense d’énergie psychique est épargnée, et l’énergie ainsi désinvestie est libérée. Le plaisir du mot d’esprit semble provenir de l’économie d’une dépense d’inhibition. Certes. Mais le mot d’esprit ne soulève en général qu’un sourire de convenance. Plus drôle que le mot d’esprit est la blague fondée sur un principe comique, comme la naïveté dont on ne sait si elle est feinte. Ainsi une bourgeoise arrivant en retard à l’invitation de l’astronome Cassini pour voir une éclipse de lune et s’écriant : « Mais monsieur Cassini pourra recommencer pour moi ! » ; ou celle d’une bourgeoise du XIX e siècle contemplant un portrait de Descartes et s’exclamant : « Dieu que c’est ressemblant ! ». On peut aussi évoquer ces idiots d’Auvergnats qui avaient de si beaux volcans et qui les ont laissé s’éteindre… Ces blagues, qui ne sont pas fondées sur l’esprit à la française, ni sur l’humour à l’anglaise, reposent sur des situations comiques dérisoires. Différence que Pierre Desproges résuma parfaitement : « Comment reconnaître l’humour anglais de l’humour français ? L’humour anglais souligne avec amertume et désespoir l’absurdité du monde. L’humour français se rit de ma belle-mère. » Burlesque et grotesque Mais la thèse de Bergson qui dit que le comique est « du mécanique plaqué sur du vivant » n’opère pas avec évidence lorsqu’il s’agit de comique verbal, de blagues : est-ce le fait que le sujet dit une chose énorme sans réagir comme un vivant qui nous fait rire ? Selon Bergson il énonce mécaniquement,
k.:5 A 1,11-'.1.1 KS AUXL.E.CrE URN 1.1{1...6, 111 ; sans s’adapter. Sa définition est plus claire quand elle concerne l’homme qui marche et se vautre par terre, situation comique ancestrale ; il poursuit mécaniquement sa marche sans s’adapter à l’incident de parcours qui le fera tomber. Cette mécanique est bien évidemment la logique de la comédie/farce où les comédiens adoptent la « raideur mécanique de l’habitude » dans des situations où l’esprit s’attendrait à un comportement plus adapté. Cette mécanique comique si bien comprise par Bergson, se prolonge d’une indifférence et d’un détachement à ce qu’on fait ou dit : « Et bien si la bourse est risquée parce qu’un jour on gagne et l’autre on perd, je ne jouerais qu’un jour sur deux » ; logique non ! Ce détachement et cette indifférence transparaissent bien évidemment dans les jeux de Chaplin ou de Buster Keaton que Bergson semble avoir théorisé juste avant qu’ils naissent. En bref, le comique au sens propre du terme s’ignore lui-même, ou plus exactement joue à s’ignorer. Ceci est vrai pour Chaplin, Guillon, les Arlequins ou autres mécaniques, qui sont des personnages indifférents et détachés. Mais De Funès, Coluche, ou Scapin et Figaro ne sont pas indifférents à ce qu’ils disent ou font ; le propre des comiques d’aujourd’hui est souvent de savoir qu’ils font rire, de se regarder « jouer ». Où est le processus comique dans ce cas ? C’est, dit Bergson, ne lâchant rien à sa définition du mécanique plaqué sur du vivant, le propre du grotesque : « Le comique est ce côté de la personne par lequel elle ressemble à une chose, cet aspect des événements humains qui imite, par sa raideur d’un genre tout particulier, le mécanisme pur et simple, l’automatisme, enfin le mouvement sans la vie. Il exprime donc une imperfection individuelle ou collective qui appelle la correction immédiate. Le rire est cette correction même. Le rire est un certain geste social, qui souligne et réprime une certaine distraction spéciale des hommes et des événements. » Voilà pourquoi on rit : quand du mécanique s’introduit sur du vivant et que nous économisons une dépense d’énergie psychique pour adapter l’énoncé au réel (comique verbal), les faits à leur représentation (comique de situation), l’espace à sa perception (comique de gestes) ; les notions de mécanique et d’économie d’énergie permettent de faire une grossière synthèse de Freud et Bergson ! Rire de tout ? Il n’empêche qu’il y a des rires bêtes : les rires brutaux, rires des bourreaux qui se moquent de leurs victimes en laisse ; ou les rires d’inhibition ou sociaux, rires de pudibonderie infantile, ou de supériorité sociale : dans les deux cas ces moqueries ou désinhibitions idiotes seraient plutôt le fait de ceux qui ne savent pas régler leur propre subjectivité par une juste distance dans leur rapport à autrui. Évidemment rire n’est pas libérateur si c’est pour faire part de sa névrose communicationnelle, ou de préjugés sociaux fatigants, ou de sa propre imbécillité. Mais la vraie question est « doit-on rire de tout ? ». Puisque le rire est liberté du surgissement de l’imprévu dans le cours des choses, le rire de provocation est bien évidemment bénéfique. Si le rire casse les conventions sociales ou les abus des grands, il prend aussi le risque du mauvais goût dans le bain de la grossièreté (scatologie, sexualité, insulte…). Le sens de l’humour témoigne donc de notre sens de la limite, entre une désinhibition bénéfique et irrévérencieuse, et les frontières que l’on trace entre soi et le sexisme, le racisme, la moquerie de classe. Rire des puissants ou de soi-même est toujours plus sain que rire des blondes, des belges et des concierges. À moins qu’on en soit un ? RÉGIS VLACHOS Au fait pour finir : vous connaissez la différence entre Tintin et Milou ? C’est que Milou n’a pas de chien ! Pm AU 12 AVRTL 1011 mARs.cru.r r -r Co Festival. ri 11.:ENCON1'RE.F ; LITTERAFRES LATINU - ANIERICAINES rAPAICILIF rifi:-.FrgTr-AF PA'SI On, F.1 ; R LIN TLERES ! NYE RUA ; RE N I 14 ROEIT1ERES EXT.ERIE I : ItEN LA MARELLE VIJJ.L les trniaGe. d'ainevro Cafésiit.tóiire, debatS, table rund_e-S, contes, ateliers scolaires, musique, exposition Ac 1 ilarlindis maiming biter iLErmu, Mt1 7imitt:4.6Jurcin ititmlo NARAJrçJ SOUR, AIM MUM/1,7115.110DCM Pair.d9IfELO Celtalp, lid:td c BERM Mtg. ! ARUN ()zgaiisix). 1379EaRUCEREB FIi, cc.,ntr,a9 1 ittÉnal res 7..Edr:91399. S-An.da d] 1.-ms.7rogco52.p9r Iltrsizics Ftsd.o-Feoadis Elk Ity.l ! ior 2 au. n111t991]EiLêç:B.Eastt5.EI Mir-k, fE2tLvt, d9.1'2.5rigo parArna I v. avef,E-oll-NtIr..6 Piano)/4r.n4rivis BEE RI= 12'- ; Te :.:j4:1 ! C 511. 1,L'... ; (11ro2 6 El'anu,Le



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