Zibeline n°39 mars 2011
Zibeline n°39 mars 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°39 de mars 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,1 Mo

  • Dans ce numéro : la Marseillaise, un chant révolutionnaire ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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44 MUSIQUE La force du destin Il aura fallu quelques mots pour que Tatiana, Nataliya Kovalova, superbe soprano à la voix puissante et profonde, tombe éperdument amoureuse d’Eugène Onéguine, Armando Noguera, baryton argentin, au timbre chaud, doublé d’un formidable talent d’acteur. Il aura fallu quelques danses pour que Vladimir Lenski, Florian Laconi, ténor brillant et émouvant, fasse une crise de jalousie à Olga, Marie Lenormand, et provoque son ami Eugène en duel. La mort de Lenski sur la conscience, Onéguine erre avant de recroiser Tatiana. Renversement des rôles, il lui déclare sa flamme, mais, elle, mariée au prince Grémine, Nicolas Courjal, basse énorme, sonore, restera fidèle à son mari, malgré son amour pour Eugène. Au terme d’un dialogue saisissant d’émotion, l’opéra s’achève sur un air magnifique plein de désespoir et de OPÉRA Amours amères Fidèle à son engagement artistique, l’Opéra de Toulon programmait en cette fin février une œuvre injustement méconnue de Giaccomo Puccini, dernier grand compositeur lyrique italien. La Rondine, ou L’hirondelle en français, est une comédie lyrique traitant des affres de deux amants rarement jouée sans doute à cause du contexte historique sombre dans lequel elle vit le jour. Créée en 1917, elle fut remaniée deux fois par le compositeur indécis quant à son issue puis perdue et ne sortit de l’oubli que dans les années 90. Giuliano Carella et l’orchestre de l’opéra en ont livré une version splendide mettant en valeur l’excellence du métier de Puccini en tant qu’orchestrateur et portant au sommet une distribution vocale homogène, talentueuse et très émouvante. En effet, Maria Luigia Borsi soprano au timbre rond et douleur, à la hauteur du désarroi des protagonistes : c’est le destin ! Eugène Onéguine, d’après Pouchkine, est un monument. L’œuvre, d’une parfaite unité, dévoile le formidable talent de mélodiste de Tchaïkovski. Les chœurs, soutenus par de belles harmonies et des couleurs d’orchestre exquises, ici superbement portés par les musiciens et chanteurs de l’opéra d’Avignon dirigés efficacement par Rani Calderon, alternèrent avec des airs plus beaux les uns que les autres. Le reste de la distribution vocale, également impeccable, participa au succès de cette représentation, tout come la mise en scène de Claire Servais : sobre, inventive, efficace, superbe. Une grande œuvre, servie par un grand spectacle. CHRISTOPHE FLOQUET D Eugène Onéguine a été joué au Théâtre Opéra d’Avignon les 20 et 22 février puissant incarnait avec grâce l’héroïne touchante d’indécision (Magda) et le ténor Marc Laho à la voix sûre brillait en amant éploré (Ruggero). De mêmes tessitures mais à l’opposé sur l’échelle du drame et donc plus légers aussi vocalement, Francesco Marsiglia (Prunier) et Rosanna Savoia (Lisette) s’emparaient de leurs rôles plus frivoles avec talent et conviction. Cette production digne d’éloges, aidée par une mise en scène limpide et efficace de Gino Zampieri épousant au plus près le livret, placée dans un contexte années folles avec des décors au style art déco épuré du plus bel effet et des costumes superbement mis en lumière avait tout pour combler les amateurs : un sans faute chaleureusement applaudi où audace rimait avec qualité. ÉMILIEN MOREAU Eugene Oneguine Cedric Delestrade - ACM-Studio - Avignon La Rondine Filippo Brancoli Pantera Un baiser ? Pas sur la bouche Christian Dresse On se demande ce qui a pu pousser Alain Resnais à tourner en 2003 une adaptation de l’opérette l'opéret Pas sur la bouche de Maurice Yvain. De prime abord c’est c'est un pur divertissc divertissement Années folles, une sorte de comédie musicale boulevardière au style balancé du music-hall. L’octogénaire y avait pourtant déniché quelque miroir de notre temps, singeant une bourgeoisie snob et réac à la botte affairiste des States, encline à railler les avant-gardes et la femme en quête de liberté… On loue le dessein de l’Odéon de faire revivre pareil succès ! Pas sur la bouche, joué les 19 et 20 février, mis en scène par Pierre Sybil, adhère à l’esprit des années 1920 : silhouettes longilignes, robes tubulaires découvertes au genou, coupes au carré, décor art déco accroché de pastiches de Lempicka et Matisse… Le piano et la batterie font swinguer la fosse dirigée par Jean-Pierre Burtin. Les six filles du Chœur Phocéen dansent aussi bien qu’elles chantent et donnent de l’opulence à un plateau de solistes, excellent dans la comédie comme les roucoulades. On alterne, sur un tempo endiablé, quelque parodie sur l’Art (Dadas et cubistes s’y muent en « cucu-istes »), air avec hoquet, duos bariolés, ballet mexicain, une leçon de baiser… et de fatales grivoiseries ! JACQUES FRESCHEL
MUSIQUE 45 Wozzeck… le choc ! Du chaos orchestral, issu d’un grondement tellurique, émerge peu à peu un « si » qui déjà persiste et vole vers l’aigu. Au climax de la scène du crime, une pulsation obsédante, doublée d’une irrésistible montée par degré à l’orchestre, ne laisse plus planer de doute : Wozzeck (Andreas Scheibner) va passer à l’acte ! Animé d’une pulsion impérieuse, il égorge Marie (Noëmie Nadelmann). Soudain cette fameuse note (le « si ») gagne toute la place, envahit l’espace sonore au gré d’un crescendo ahurissant… Rarement musique, dans l’histoire de l’opéra, a fait à ce point corps avec son sujet comme celle composée par Alban Berg en 1925. Avec Wozzeck, on se situe à la lisière de la folie. Dans le climat social tendu de l’après-guerre et en plein expressionnisme germanique, l’atonalité qui s’y développe trouve sa pleine justification. Mais ne nous y trompons pas : la turbulence chaotique exposée est jumelée d’une organisation métronomique ! Wozzeck est sans conteste un chef-d’œuvre auquel on ne reste pas indifférent. C’est un choc quand on le découvre : on y reste planté comme devant Le Cri de Munch ! La lecture qu’en fait Guy Joosten est saillante, puissante. S’il égratigne quelques conventions liées au livret (un « Ange de mort » se substitue à l’Idiot et s’approprie le dialogue final des gosses, Wozzeck remplace l’enfant lors du monologue miséricordieux de Marie…), ce dernier renforce sa violence cynique. L’auberge, figurée par une « tente » militaire mouvante, est le lieu de tous les vices (fornication, prostitution, beuveries, travestissements…) et des o fantasmes : ceux du héros sans doute, psychologiquement instable et en proie à des hallucinations. Mais tous ceux qui en surgissent, du capitaine clownesque (Gilles Ragon), du médecin démiurge (Frode Olsen) au tambour-major punk et bestial (Hugh Smith) et toute une ménagerie délirante (les hommes du Chœur de l’Opéra totalement déjantés !), symbolisent de fait un monde plus fou encore que celui qu’on attend. Au final, Wozzeck se trouve seul, au centre des regards et de cette « tente » dont les parois fragiles sont tombées. Du haut d’une imposante passerelle, à la lumière lunaire de réverbères, on observe l’œuvre accomplie. Ceux qui l’ont humilié le raillent encore, jusque dans sa mort même, pitoyable, avant que s’élève, dans l’excellente fosse d’orchestre (sous la baguette millimétrée de Lawrence Foster), une page tonale (enfin… libératrice ?) d’un lyrisme à tirer les larmes. Inoubliable ! JACQUES FRESCHEL Wozzeck est à découvrir jusqu’au 20 mars à l’Opéra de Marseille 04 91 55 11 10 www.marseille.fr Noemi NadelmannSF - Oscar Alessio Les conservatoires sont des garderies ! Alors qu’elle vient d’animer une master classe autour des Noces de Figaro, Mireille Delunsch dresse un bilan sombre de l’enseignement du chant en France mireille delunsch Studio cui cui Aude Boissaye Zibeline : Que pensez-vous du projet de Cyril Rovery de constituer un pôle de spectacle et de promotion lyrique dans la région ? Mireille Delunsch : Je suis très attentive à cela : les chanteurs sont mal formés à la scène en France. Il y avait auparavant des classes d’art lyrique dans les Conservatoires, mais elles ont souvent disparu. Et puis les conservatoires en province sélectionnaient pour Paris… Ils ne font plus ce travail : ce sont des garderies ! Il y a trop peu d’heures d’enseignement et, de plus, les professeurs ont une attitude exclusive débile et empêchent leurs élèves d’aller voir ailleurs. Or lors des auditions les diplômes ne servent à rien : seuls le style et la voix comptent. Il y a un fossé entre l’enseignement et la réalité professionnelle. Quelle a été votre formation ? Je suis passée par le théâtre, la danse, la pratique instrumentale, le chant en chœur et j’ai grandi dans une famille où j’ai été accoutumée à la musique… par imprégnation ! Aujourd’hui les jeunes gens n’ont aucune idée de ce qu’est l’art lyrique. J’ai débuté à 21 ans dans le cadre d’une petite association qui montait des œuvres peu jouées comme L’Étoile de Chabrier… Vous savez, même lorsque les moyens sont limités, il faut que les acteurs soient bien dirigés. Ce travail avec des gens de théâtre m’a servi, plus tard, avec les grands metteurs en scène. Même si ces derniers, souvent, ne savent pas quoi faire avec la musique ! Quels conseils avez-vous donnés aux jeunes chanteurs ? J’ai animé récemment une master classe à Séoul… le niveau n’est pas le même ! Mais j’ai travaillé ici dans un esprit professionnel, en montrant aux chanteurs comment travailler sur la conception des rôles. Cela passe par le mental et le sentiment, et renforce la technique et le style. J’adore enseigner ! Ça permet de trouver des solutions pour soi-même. Je devrais bientôt diriger une classe de chant à Berne. On vous a entendue il y a peu à l’Opéra de Marseille dans La Belle Hélène : c’était une prise de rôle ? Oui ! Je suis plutôt soprano alors que le rôle est celui d’une mezzo… mais bon ! L’équipe a résolument défendu la mise en scène de Savary et on a eu du plaisir à travailler ensemble. Ce qui est dommage c’est qu’il ne reste aujourd’hui que peu d’opérettes au répertoire, alors que c’est un bon moyen, pour les jeunes en particulier, d’accéder à l’opéra. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR JACQUES FRESCHEL La prochaine master classe de l’O.P.T. sera dirigée par Marie-Ange Todorovitch sur Carmen, les 14 et 15 avril à l’amphithéâtre de La Timone (entrée libre). www.operatheatrepourtous.com



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