Zibeline n°39 mars 2011
Zibeline n°39 mars 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°39 de mars 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,1 Mo

  • Dans ce numéro : la Marseillaise, un chant révolutionnaire ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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16 POLITIQUE CULTURELLE JOURNÉE DE LA FEMME Femmes artistes en Méditerranée Le 10 mars se tenait à la Cité du livre d’Aix une table ronde de haute volée, rassemblant cinq artistes exceptionnelles qui ont conjugué leurs voix sur le thème épineux « être femme, être artiste en Méditerranée » Résistant aux obscurantismes qui cherchent à les réduire au silence, dans une politique générale de sclérose de la culture, les femmes des pays du sud de la Méditerranée parlent à rebours des stéréotypes. Premier acte insurrectionnel ! Car si seule la violence est médiatisée, il est des forces de progrès artistiques pacifiques qui répondent aux questionnements existentiels. Laïcisation Wassyla Tamzali, écrivaine, militante, Directrice du Programme de l’Unesco pour la Promotion de la condition des femmes en Méditerranée, insiste sur la laïcisation, absolue nécessité des pays arabes, rappelle que le féminisme repose sur une recherche d’égalité, de liberté ontologique, et se réjouit de voir des danseuses à ses côtés : le corps est le lieu de la domination dans des pays où on le cache de manière caricaturale, sacralisant une morale sexuelle par ces interdits. La mise en scène du corps est donc essentielle dans les pays du sud méditerranéen, où l’on a remplacé « une grande religion monothéiste qui parle de transcendance par des règles comportementalistes dans lesquelles on réduit l’intelligence » ! Elle évoque ensuite l’Algérie, « qui a 20 ans » et est un « nous magnifique ». Mais quel travail austère doit être accompli pour devenir « je » dans le « nous » ! Le féminisme, qui peut toujours attendre, sera-t-il sacrifié à l’autel de la révolution ? « La liberté passe par la destruction des mythes. Aujourd’hui les jeunes filles en Algérie affirment qu’elles ne veulent pas le respect, mais l’égalité. Les jeunes, femmes et hommes, refusent que la libération de leur pays passe par le sacrifice de la liberté individuelle et disent de façon très forte qu’ils veulent être des sujets libres. » Sonia Chamkhi, écrivaine et universitaire, insiste sur le fait que les femmes Tunisiennes veulent un état laïc : la séparation entre la religion et l’état protège les femmes. Pour les Tunisiennes, il s’agit autant de préserver les acquis que de fournir un effort pédagogique en direction des classes les plus déshéritées, proies faciles pour les islamistes qui créent un lien social sécurisant. Cinéaste aussi, elle présentait à Aix et Marseille L’art du Mezoued, (voir ci-contre). Créer ! Mona Saudi raconte sa vie, extraordinaire, sa relation à la sculpture depuis son enfance, la transgression que cet art représentait alors : sa mère lui disait que les statues étaient des personnes qui avaient désobéi à Dieu et avaient été transformées en pierres ! Ce qui lui a appris, à rebours, que sans liberté, il est impossible de créer… Libre, elle l’a été, partant pour le Liban à 17 ans, liant des amitiés avec les intellectuels, vivant de ses dessins et surtout, de ses sculptures. Visiter l’exposition de ses œuvres en hommage à Saint-John Perse est un bonheur : les illustrations de Chant pour un équinoxe, traduit en 10 langues, jouent avec l’esthétique minérale. « Je dessine comme je sculpte, je suis restée liée à la terre. » La pierre se décline, remodelée en une géométrie intérieure mouvante. Au sein d’un même espace, les variations se révèlent infinies. Danse cosmique aussi des dessins inspirés du poème Tablettes de Petra d’Andonis, les écritures et les formes s’enlacent en échos majeurs. Les chorégraphes des deux spectacles présentés au Pavillon Noir, plus jeunes que les autres intervenantes, n’éprouvent pas le besoin d’affirmer leur féminisme avec la même force. « Nous sommes femmes, tout simplement » s’exclame Bouchra Ouizguen dont le spectacle Madame Plaza montre bien qu’elle « n’aime pas les cases » (voir zib’25). Nacera Belaza quant à elle évoque le voyage intérieur qui lui a permis d’aller à la rencontre d’elle-même. « Soi est un univers », l’art est une conséquence de l’introspection. Sa révolte, est « sourde, sculptée, canalisée pour sortir au fil du temps. » Elle cherche ainsi le point de jonction entre Le Cri Laurent Philippe vie intérieure et chorégraphie. Son spectacle, Le cri, est une danse de l’immobilité. Les seuls mouvements des bras rythment l’espace en de lancinants émois, un Boléro de Ravel soufi. Ce mouvement immobile comme immuable nous fait pénétrer dans une intériorité exaltée. Nous sommes en face d’un tableau où les lignes inlassables exacerbent l’espace. Sur le support vidéo, l’accélération des gestes se résout en monolithes épurés. Visiblement la femme est née. MARYVONNE COLOMBANI Le Cri a été dansé les 11 et 12 mars, Madame Plaza le 9 mars au Pavillon Noir. Exposition de Mona Saudi Hommage à Saint-John Perse jusqu’au 11 juin à la Cité du livre, Aix. O
POLITIQUE CULTURELLE 17 La femme mémoire du peuple ? Rencontre avec une tunisienne, universitaire, écrivaine et cinéaste Sonia Chamkhi, qui a participé à la révolution tunisienne, « venue des couches populaires d’abord et pas des classes moyennes comme on a pu l’entendre », était invitée par la Cité du Livre à Aix pour la table ronde Être femme, être artiste en Méditerranée. Sonia Chamkhi a présenté deux de ses films à l’Institut de l’Image, et un documentaire au CRDP L’Art du Mezoued. Zibeline : D’où vous est venue l’idée de réaliser un documentaire sur le Mezoued ? Sonia Chamkhi : Le mezoued est d’abord un instrument de musique, une cornemuse traditionnelle fabriquée avec une peau de chèvre, qui a donné son nom à un genre de musique populaire, un art interdit pendant les années Bourguiba, aseptisé sous Ben Ali. C’est un art issu de l’exode rural ; au départ, ce sont des ouvriers, célibataires, qui chantent et dansent leur exode, leur Quand une femme dit non, c’est NON ! Le 8 mars pour la Journée Internationale des Femmes, l’association des Femmes Chefs d’Entreprise de Marseille et d’Aix-en-Provence et les Rencontres Films Femmes Méditerranée ont décidé de présenter à l’Alhambra le film d’UN réalisateur iranien, Kambozia Partovi. Parmi le public qui a fort apprécié la projection, une trentaine de femmes chefs d’entreprise de la région. Sonia Chamkhi A.G rejet parfois. Ils l’ont transmis à leurs enfants et avec le développement des cassettes, ils ont fait concurrence à la musique arabo-andalouse : cela a indisposé l’élite tunisienne. Paradoxalement, c’est une musique que tout le monde connaît et apprécie, qui a un succès populaire incroyable. Une musique d’hommes, essentiellement ? Oui ! Un univers, masculin, viril ! Un art privé de mémoire, de traces. J’ai décidé de faire un film sur cet art « underground », contestataire, qui risque de se perdre, qui est méprisé par l’élite responsable de son exclusion de l’enseignement musical en Tunisie, même au Conservatoire des Arts populaires. C’est une musique basée sur l’improvisation qui raconte les gens, leur quotidien. Le projet n’a pas dû être facile à monter… Non ! C’est une auto production ! J’ai entamé des démarches pour le financement, sans succès, alors je l’ai réalisé avec mes économies. J’ai fait des recherches pendant deux ans et des repérages durant six mois : aucun document écrit, aucune étude musicale, aucun répertoire des musiciens. J’ai travaillé avec un musicologue et un spécialiste des expressions populaires qui m’ont beaucoup aidée. Je suis allée dans les quartiers populaires rencontrer des musiciens qui m’ont impressionnée. Le film Café transit retrace la résistance d’une femme iranienne, à la frontière irano-turque. Après le décès de son époux, Reyhan (interprétée avec beaucoup de sensibilité par la femme du réalisateur, Fereshteh Sadre Orafaiy) devrait, selon la coutume du lévirat, épouser son beau-frère, Nasser, qui s’occuperait d’elle et de ses deux enfants. Elle refuse et choisit de rouvrir le restaurant routier que tenait son mari. Et ça marche ! Les routiers s’arrêtent et apprécient les plats alléchants qu’elle leur concocte cachée dans sa cuisine, en particulier, Zacharias (superbe Nikolas Padapopoulos qui en a fait « craquer » plus d’une dans la salle !), un Grec à qui elle fait oublier son chagrin d’amour. Elle prend sous son aile Svieta, une jeune Russe qui a fui la guerre. Et c’est Cafe Transit de Kambozia Partovi avec beaucoup de nostalgie que tous deux se souviendront de ces moments passés dans le « nid » bleu, de Reyhan, que Nasser réussira à faire fermer, sans parvenir à la soumettre. Ce film, réalisé par celui qui a été le scénariste des films de son ami Jafar Panahi -Le cercle et Le Ballon blanc-, a le mérite de montrer que la ténacité des femmes paie. Jusqu’en Iran ! ANNIE GAVA C]3r4.CIUf PUNIER HETOLU] DU C]U1S A MDT NET, (N : 1h:L}ElJNNhNT u51LtEh1 MERCREDI 6 AVRIL 12000 J’ai pu mettre un visage sur des musiciens dont les gens autour de moi adoraient la musique comme Salah Farzit. Comment le film a-t-il été accueilli ? Il est sorti le 14 août 2010 au cinéma l’Afric’Art à Tunis et a reçu un accueil enthousiaste. Salah Farzit y était présent. « A chacun de mes succès, je suis arrêté par la police. Pourquoi ? Pas la moindre réponse. Au commissariat, ne sachant que faire de moi, on finit par me relâcher. Mais c’est comme ça… », dit- il dans le film. Ce soir-là un tabou a été dépassé. Comment conciliez-vous votre travail en cinéma et votre activité d’écrivaine ? J’écris entre deux films, période qui dure environ 4 ans. Ce n’est pas évident de faire des films en Tunisie ! PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA, 0", SIRENES T. ID1 Pw AE TSti. Ora Wmrti, a >ti 4 R.Li'Qrg. 4.71L. NET pFRWS GP 0414Rh ! MARSEILLE lieu. CS L:i11 -



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