Zibeline n°39 mars 2011
Zibeline n°39 mars 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°39 de mars 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,1 Mo

  • Dans ce numéro : la Marseillaise, un chant révolutionnaire ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 POLITIQUE CULTURELLE JOURNÉE DE LA FEMME Les femmes et leurs représentations Journées des femmes, mois de la femme… ces célébrations ont quelque chose d’insupportable en ce qu’elles présupposent que le reste du temps est détenu par les hommes… mais elles sont nécessaires. La sous-représentation des femmes dans les sphères de direction, aux postes de décision, dans les conseils d’administration, est flagrante. Et ne progresse pas depuis 30 ans. En revanche la sur-représentation des femmes dans les petits boulots, les temps partiels contraints, et au chômage, l’est tout autant. Sans parler des inégalités de salaires (27% !) qui ne se résorbent pas plus que l’inégalité de la répartition des tâches ménagères et familiales… Pourtant les femmes sont aujourd’hui plus diplômées, et meilleures à tous les niveaux scolaires et universitaires. Elles sont aussi beaucoup moins nombreuses à commettre des délits, et moins encore des crimes… Pourquoi ces inégalités criantes dans les faits, qui persistent malgré l’égalité de droit, restent-elles peu visibles dans les discours ? C’est que dans les médias, la presse, dans le monde scolaire et universitaire, dans les syndicats les femmes sont nombreuses… mais dirigées par des hommes. De même dans la culture : Le 8 mars, malice du calendrier, dans le cadre des Mardis du MuCEM Thierry Fabre recevait la sociologue Irène Théry, directrice d’études à l’EHESS sur le thème de Genre et sexualité à l’heure de la mondialisation : un « choc des cultures » ? Devant une salle comble et comme toujours très attentive, Irène Théry a d’abord souligné qu’elle tenait à distance l’idée de cultures antagonistes et voulait proposer de renouveler le regard sur l’Autre, en passant par une conception un peu différente de l’égalité des sexes. En effet un consensus existe au niveau des démocraties sur la nécessité d’agir dans le sens des droits des femmes. Mais la controverse surgit quant au contenu à lui donner : la sociologue rappelle pour exemple ses doutes sur la parité qui, tout en mettant fin aux « plaintes » ne s’attaque pas aux causes de la disparité. L’égalité ne saurait être simplement mesurable aux droits acquis qui font de la femme un homme comme un autre mais doit constituer une nouvelle façon de « poser les questions » selon la formule de Castoriadis. Elle doit engager une conception générale de la société et donc interroger le lien entre les sexes, la répartition des valeurs attachées au féminin et au masculin : il s’agit d’inventer une nouvelle façon de les faire tenir ensemble. La complémentarité est encore à penser sans renier une identité sexuée et sans rupture aveugle avec les sociétés du passé, sans mépris donc pour des systèmes plus traditionnels. C’est à cet endroit que s’inscrit la notion de genre, qui récuse l’essentialisme, le déterminisme biologique ou culturel et prend en compte les rôles à jouer dans une société par une personne. Cette notion, fondée sur la trajectoire, l’articulation, « l’interlocution » et non le clivage peut être un outil pour avancer vers l’utopie encore, sans le modèle de l’égalité de sexe. Démontrant combien il y a d’hypocrisie et d’irresponsabilité à désigner l’Autre (en l’occurrence le musulman) comme barbare car ne respectant pas l’égalité comptable, Irène Théry fait un bref historique de la civilité sexuelle dans nos sociétés : de la morale double du XIX e siècle ancrée dans l’ordre sexuel matrimonial (aux filles la névrose, aux hommes le bordel) et tout en maintenant l’interdit de l’inceste, on est passé à la toute puissance « législative » du consentement censé garantir la liberté… les femmes lisent, vont au spectacle, au cinéma bien plus que les hommes… mais pour y contempler, très majoritairement, des discours masculins. Et l’image des femmes trimballées par le monde de la communication est de plus en plus contraignante : jeune, mince, belle, soignée, performante, active, mère, ménagère, la femme doit tout réussir, et toujours plaire… Il semble donc urgent de travailler à changer la représentation de la femme ! Car Zibeline, mensuel féministe mais pas féminin, culturel sans rubrique cuisine, beauté ou jardin, constate chaque mois que malgré l’attention particulière que nous portons aux créations et discours des femmes, elles restent minoritaires même dans nos pages ! Si dans notre région plusieurs lieux culturels importants sont dirigés par des femmes, elles restent très minoritaires dans les programmations. Qu’en est-il des femmes artistes, des intellectuelles, et plus particulièrement, à l’heure de son bouleversement, où en sont-elles sur l’autre rive de la Méditerranée ? A.F. Pour un féminisme relationnel Et puis ? Et la réflexion malheureusement s’arrête-là ! Alors que la vraie question est consentir à quoi ? pour quoi ?, question posée par exemple par une association comme « Ni Putes, ni Soumises » à l’ensemble d’une société, ou les manifestations de femmes en Italie « Sexe oui... bunga-bunga non ! ». S’il est absolument nécessaire d’éviter l’angélisme social, qui fait croire qu’il suffit de décréter l’égalité ou de faire table rase, ou l’autosatisfaction (on est en train d’y arriver, nombre de gens pensent l’égalité acquise), si on ne peut ignorer le désarroi ou les souffrances liées à la destruction d’un ordre traditionnel, la question de ce qui induit les femmes et les hommes à consentir à la domination réelle doit être clairement posée. Et combattue. MARIE-JO DHO fRP ; Nk :'1 IIIiRY Ji J31S l'J[C'l'lüY JJi SEXE 1.14F Yf+lf.F,I F +.cppO{HE L7C l' ! i ; {IJTI Le dernier ouvrage d’Irène Théry paru sur le sujet est La distinction de sexe, une nouvelle approche de l’égalité (Odile Jacob 2007). Dans le cadre des conférences initiées par Échange et diffusion des savoirs, Irène Théry traitera de la question des Métamorphoses du corps humain : le « biologique » et ses malentendus, le 24 mars à 18h30 à l’Hôtel du département (04 96 11 24 51). Dans le cadre de Perspectives Plurielles (groupe de rechercheaction sur les croisements Genre/classe/race), conférence de Souleymane Hassane, historien et philosophe : Genres, classes,cultures et domination, le 22 mars au Polygone étoilé (Marseille) ; présentation des derniers travaux de Jules Falquet, sociologue, féministe, enseignantechercheure à l’UFR de Sciences Sociales à Paris à la librairie Regards, centre de la Vieille Charité, le 1er avril à 18h30 ; exposé-débat sur le féminisme « radical » aujourd’hui avec Jules Falquet et le groupe Perspectives Plurielles, le 2 avril à 14h Au Seul problème (Marseille).
POLITIQUE CULTURELLE 15 Femmes et ouvrières « Qui est plus oublié que l’ouvrier ? L’ouvrière ! » aime à rappeler Edmonde Franchi, directrice du Cocktail théâtre et auteur de Carmenseitas. Son spectacle, plein de verve et d’humanité ne cesse de susciter débats et conférences. Certes, il n’y a plus de cigarières aux entrepôts de la Seita, mais leur histoire avec ses luttes se mêle à l’histoire tout court, et nous entraîne à des questionnements qui restent d’une actualité toujours vive et parfois douloureuse. Les deux grands centres des archives de la région, les ABD de Marseille et le centre aixois des Archives départementales se sont attachés avec une belle justesse au sujet, unissant le rappel de la pièce, par la lecture d’extraits, l’exposition de huit panneaux qui reprennent les dates et les témoignages (sur environ un siècle), et des débats rassemblant des historiens spécialistes de cette période. Une expo de fureur et d’humour Les panneaux constituent un fond de scène où les notations précisent les dates marquantes : 1890, et Marie Deleuil, première représentante du syndicat des ouvrières fédérées aux tabacs de Marseille et qui partit à Riom, Orléans… pour aider à la création de syndicats tous majoritairement féminins. La loi de 1940 d’épuration de l’administration, où 7300 fonctionnaires sont licenciés, rétrogradés, mis à la retraite d’office, avec la double peine pour les femmes épouses de juifs ou de communistes… Les slogans sont pleins d’une ironie grinçante : « Dans la femme tout est bon ! », de la « femme-femme » parangon de la mode jusqu’à la ménagère ou/et l’ouvrière !, « Les mains de la femme sont des bijoux dont je suis fou » ! et 1200 femmes roulent les cigares à la main 11 heures par jour et six jours par semaine… payant le prix du « progrès » de la mécanisation qui engendre l’augmentation des cadences et des accidents du travail, les doigts coupés… Un texte fort Des extraits de Carmenseitas sont lus par l’actrice Catherine Sparta et le metteur en scène de la pièce, Agnès Regolo. Portraits de Lucia, de Martine, de Rose, de Fernande, veuve de guerre, évocation de la grande Être et devenir Dédié aux femmes d’exception, le cycle Au nom des femmes initié par l’Alcazar en collaboration avec le Festival Films Femmes Méditerranée et le CMCA, a proposé cette année trois films dont les réalisatrices, chacune à leur façon, mettent en scène des prises de conscience et des combats féminins contre l’injustice ou la résignation. Ainsi suit-on, fascinés par la force poétique des images de Shirin Neshat, l’itinéraire symbolique des quatre iraniennes de Women without men vers un verger métaphorique. Ainsi regarde-t-on, émus et amusés, les neuf paysannes turques du documentaire Oyun de Pelin Esmer, formidables d’énergie et de détermination, reconquérant l’estime d’elles-mêmes et celle des autres, se réappropriant un destin pas toujours drôle, distançant leurs malheurs par la création d’une grève du 30 novembre 1938 (la semaine de 40 heures s’assortissait d’heures supplémentaires, on pouvait ainsi travailler 48 heures !) : l’enquête menée par Edmonde Franchi pour construire son spectacle rassemble des témoignages précieux… Les textes sont dits avec une belle et sensible émotion : dépouillés du contexte scénique, ils acquièrent une force d’un autre ordre. Les deux lectrices rappellent l’enjeu principal, la lutte contre l’oubli, la résistance à l’effacement. Elles évoquent la capacité du théâtre à parler du passé au présent, et ainsi à induire un questionnement sur nos représentations de nousmêmes, qui seules peuvent changer les rapports réels entre les sexes… De l’anecdotique à l’histoire Trois historiens débattent ensuite sur le thème plus général de la femme et le monde du travail. Caroline Mackenzie, présidente de l’association Les Femmes et la Ville, lit les recherches d’Yvonne Knibiehler, fondé sur les témoignages de quatre femmes de la manufacture des tabacs. Philippe Mioche rend compte de son travail pour rassembler les documents et remet à Jacqueline Ursch, directrice des Archives Départementales, les 20 enregistrements des femmes o pièce de théâtre. Ainsi partage-t-on les indignations de la jeune actrice Shadi, figure centrale du film documentaire de Maryam Khakipour, tout au long du voyage qui la conduit Women without men de Shirin Neshat de la manufacture de la Belle de Mai. Cette dernière insiste sur le caractère essentiel du témoignage oral, « on y entend vibrer quelque chose ». Robert Mencherini développe, généralise à partir des témoignages, compare les différents secteurs d’activité. Discrimination, aliénation, assujettissement aussi aux maris auxquels les femmes, par la loi étaient contraintes de remettre leur salaire jusqu’en 1965 ! Le débat qui suit est passionné, passionnant aussi. « La lutte contre le pouvoir, c’est la lutte de la mémoire contre l’oubli » a dit Kundera. Se pencher sur le travail de nos mères n’est pas superflu, pour comprendre la condition féminine actuelle, en particulier celle des femmes au travail, moins payées, victimes de chômage, de temps partiel imposé et de discriminations à l’embauche comme à l’avancement… MARYVONNE COLOMBANI Carmenseitas sera joué le 25 mars à l’Espace Gérard Philippe à Port-Saint-Louis-du-Rhône. o Agnès Mellon avec ses collègues de Téhéran à Paris. L’histoire de ces comédiens de la joie expulsés de leur théâtre, invités par Ariane Mouchkine pour monter un spectacle à Vincennes, révélant en contrepoint toute la perversité d’un système politico-religieux hostile non seulement aux femmes mais aussi au rire et à l’improvisation incarnés par la troupe du Siâ Bâzi proche de notre commedia dell’arte, menée par le Noir, Arlequin-Scapin, fourbe et joyeux. Comme Shadi, ces acteurs, prisonniers de l’auto-censure sournoise que toute dictature instille en chacun, directement menacés par un metteur en scène choisi par le pouvoir pour les surveiller et qu’Ariane remet vertement en place dans une scène d’anthologie, retrouvent sous nos yeux ravis une confiance perdue. ÉLISE PADOVANI



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