Zibeline n°38 février 2011
Zibeline n°38 février 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de février 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture au coeur des enjeux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 76 - 77  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
76 77
76 HISTOIRE ÉCHANGE ET DIFFUSION DES SAVOIRS La carte Franco Farinelli, géographe italien de son état, était convié à s’exprimer sur les bouleversements actuels de la cartographie La cosmogonie grecque pensait la distinction à partir de trois entités originelles : Ciel, Terre, Océan permettent de sortir du chaos où tout est confusion. L’union du Ciel et de la Terre entraîne le don d’un manteau qui recouvre Chton (terre) et sur lequel on peut distinguer montagnes et fleuves, ses formes dessinées : elle change alors de nom et devient Gê. Dans la pensée occidentale, ce manteau implique symboliquement que l’on ne connait pas les choses mais seulement leur forme. Anaximandre (VII e s avant J.-C.), lui, construit la première carte géographique de la terre, en bronze. Il fixe les choses et, en contrepartie, en interdit le changement. État et perspective Cette méditation sur l’espace conduit, plus tard, à une autre construction, celle de l’État moderne. Comme la carte, il est né de la logique géométrique, et réduit la réalité à l’espace. Il est continu, c’est-à-dire que son territoire tient en un seul bloc. Il est homogène, autrement dit peuplé de gens d’une même culture. Il est isotropique, centré et le territoire monde est un regard spatial, un monde qui se transcrit par la carte. Decouverte de l'Amerique - Christophe Colombdebarque sur l'ile de San Salvador en 1492 autour d’une capitale. Ainsi, la notion d’espace remplit le cadre de pensée occidental. Elle émerge réellement à partir de la renaissance italienne. À Florence, au XV e siècle, Brunelleschi édifie le portique de Lo spedale degli innocenti. Il rompt avec le passé et impose ce que nous appelons, depuis, la perspective : le sujet, immobile, voit instantanément ce qu’il a devant lui, et, d’un seul coup d’œil, embrasse ce qui est visible. La relation du sujet avec la réalité en est changée : entre l’être et l’objet naît une distance, mesurable, qui permet de connaître, et l’œil tient la place essentielle dans cette appréhension. Les villes, l’urbanisme, reprennent ce modèle florentin : on construit et l’on perçoit selon la géométrie linéaire. Lorsque Christophe Colombdécouvre l’Amérique, il décrit sa vision comme un point qui apparaît sur l’horizon : un point de fuite, celui-là même qui règle la perspective moderne. La découverte du nouveau Monde sphère Aujourd’hui, nos conceptions sont bouleversées par l’informatique : l’espace et le temps se confondent. Les lieux s’inscrivent comme une série de points indépendants. Mieux, avec le Web, tout tient dans un seul lieu, la distance s’est anéantie dans l’immédiateté. La globalisation a fait de l’espace une annexe dans l’explication du fonctionnement du monde. La terre de carte est devenue sphère, et la sphère ne peut être réduite à la carte car certains points disparaissent. C’en est fini d’une mondialisation constituée de flux et organisés par des points, les villes, sur la surface de la terre. Notre fonctionnement économique crée une instantanéité des événements et supprime, de ce fait, la distance du sujet à l’objet. Dans notre mondesphère, nous avons les objets en face de nous sans pouvoir les reconnaître. Tous les points y sont à la même distance, et en mouvement, en même temps, contrairement à l’organisation de la perspective. Comment alors se représenter et décrypter le monde actuel ; comment alors éviter les crises ? Même soutenu, le débat n’apporta pas de réponse. RENÉ DIAZ La crise de la raison cartographique, conférence du 3 février Un magistrat à la voix claire Quel orateur, ce Denis Salas ! Une conférence d’une heure et demie que l’on ne voit pas passer, un propos lucide, nuancé et convaincant... Cette fois encore un intervenant du cycle Échange et Diffusion des Savoirs force le respect. Frisson, lorsque le magistrat évoque Mama Galladou, immolée en 2006 dans un bus marseillais par une bande de jeunes incendiaires. Une question est alors apparue centrale : la victime demandait à connaître la vérité, elle voulait savoir qui avait jeté le chiffon imbibé d’essence. Or « le droit n’a pas besoin d’aller chercher cette vérité-là », puisque tous les jeunes étaient reconnus « co-auteurs » des faits. La vérité judiciaire « n’est pas un fait, une donnée accessible ; elle est toujours de l’ordre du récit, de la représentation, du témoignage. » C’était aussi la demande des familles lors de l’affaire des hormones de croissance ; même sans condamnation pénale, les accusés sont confrontés aux victimes, « et ce n’est pas rien, cette confrontation cognitive, cathartique. » C’était le cas lors des procès des dignitaires nazis après-guerre, lorsqu’il a fallu identifier l’inextricable faute, car du côté de l’accusation on attendait la réponse de la justice à l’irréparable, une narration intelligible, la qualification des actes. « Les mots du droit se posent sur des crimes sans nom. » Denis Salas questionne la preuve, le passage du temps de l’écrit, du dossier, à celui du débat contradictoire où « l’oralité des débats secoue l’écrit », l’intime conviction, et décrit le mécanisme de l’erreur judiciaire « cristallisée sur une vérité emportant tous les acteurs de la justice dans son sillage. » L’affaire Outreau a laissé des traces, et le magistrat souligne l’articulation délicate entre l’intérêt des victimes et celui des prévenus, autour de la notion de vérité. Il nous dit le rôle des médias dominés par l’émotionnel, l’importance cruciale d’avoir une justice indépendante face aux compromissions politiques et aux intérêts financiers. Parle de démocratie, autre frisson... Et revient à Mama Galladou, qui a eu sa réponse lorsque l’un des jeunes incendiaires a fini par avouer. « Cette demande des victimes a un sens. Jetées hors de l’humanité, avec un corps souillé, elles espèrent une part d’humanité chez leurs agresseurs, qui leur permette de retrouver la leur. Mettre un visage, un nom sur cette violence anonyme. Cette demande inédite de vérité est le défi que la justice doit relever. » Une part d’irréparable demeure, seulement on peut alors se dire : c’est toujours un monstre, mais il appartient au genre humain. GAËLLE CLOAREC Qu’est-ce que la vérité judiciaire ?, conférence du 27 janvier
ABD GASTON DEFFERRE LE PHARO HISTOIRE77 Tenir aux autres o La Bibliothèque Départementale des Bouches-du- Rhône héberge jusqu’au 16 avril une exposition magnifique. Magnifique, parce que ce que l’on y voit est beau : les photographies sont expressives, bien cadrées, bien construites, et les textes, maquettes et illustrations sont tous de grande qualité. Mais elle est surtout magnifique par ce qu’elle offre généreusement : un accueil et une chaleur humaine rares. La scénographie inventive et empreinte de sens du détail invite au voyage tout autant qu’à s’attarder auprès de chacune des personnes rencontrées. Dépaysement : le « bled » est loin, on est invité à s’y rendre via différents itinéraires, par le Sahara et les oasis ou par la côte. De Bou Saad, petit village du sud tunisien, on dirait que les artistes ont tiré la substantifique moelle ; riche idée d’associer images fixes et sons ! Quelques réglages techniques et l’iPod gracieusement prêté à l’accueil nous transporte à l’ombre d’un palmier. Des enfants s’ébattent, un mécanicien fait vrombir un moteur (la 404, le dromadaire du désert), l’instituteur du village murmure, un slammer écrit à sa mère et une vieille dame évoque le passé en caressant son chat. Il est aisé de s’attarder ici ou là, selon qu’un visage soudain se met à nous parler intimement, ou qu’un objet détourné de sa fonction première avec ingéniosité aura retenu notre regard : ah, poésie des coussins-millefeuilles en boîtes d’œuf, du kanoun fait avec une jante en métal ! On est loin de notre culture de l’abondance et du gaspillage… Au-delà du bled Car cette exposition nous parle aussi, par hasard (mais les coïncidences ont souvent du sens), de la révolution tunisienne. Conçue avant les événements, les portraits de Ben Ali y apparaissent au détour des images, la pauvreté s’affiche aussi, les conditions de vie qui fleurent la misère, et puis ce mot, « bled », et son histoire, qui d’un terme S. Keller S. Keller Arabe connotant l’attachement et l’appartenance a fait, en Français des colonisateurs, un mot péjoratif et méprisant… L’exposition élargit son champ, passe les frontières. Du récit et de la musique partout, de vieux écouteurs en bakélite, une chanson de Pigalle, Dors petit bled, plus loin quelques portraits en pied et la possibilité d’entendre chaque homme et chaque femme vous livrer son histoire dans le creux de l’oreille. Voilà la cornemuse traditionnelle dite « mezwed », dont le nom signifie viatique, la provision que l’on emporte pour la route ; elle est arrivée ici au temps des croisades. Et l’art postal, l’atelier d’écriture, les planches de bandesdessinées... Qui eût cru que le mot « bled, évocateur de grammaire ou de mal du pays, éveille tant d’échos ? » C’est qu’il y en a des choses à voir dans cette exposition, à tel point que l’on se demande si l’on n’a pas réellement été embarqué en voyage, le temps d’une visite ! À l’heure du retour on a encore en tête la voix douce d’un adolescent chantant en arabe le dépaysement. À l’origine de ce beau séjour, deux jeunes gens, Samuel Keller, Michaël Zeidler, partis de la Drôme pour découvrir le monde. Ils l’ont fait avec grâce, pudeur et générosité, et rigueur scientifique. Sans oublier le ludique, pour qu’à tout âge on puisse en profiter. Ne vous en privez pas. GAËLLE CLOAREC Un lieu, des liens Jusqu’au 16 avril ABD Gaston Defferre, Marseille 04 91 08 61 00 www.biblio13.fr Écologie de Fos(se) Sous l’égide du commandant de la marine de Marseille, une conférence organisée par Jean Boutier, infatigable animateur et chercheur renommé, a permis d’assister à l’exposé de Daniel Faget spécialiste des relations entre les écosystèmes et les sociétés. Dans le golfe de Fos, dès le XVIIIe, les populations parlent de dépérissement. Dans les archives, le mot « stérilités » traduit l’inquiétude des pêcheurs devant la raréfaction des espèces. Il semble que la « pêche aux bœufs », en fait un chalut, véritable révolution sur les côtes méditerranéennes, ait fortement augmenté les prises mais aussi dégradé les fonds. Parallèlement, seuls les plus fortunés ont pu investir dans les nouveaux bateaux, laissant pour compte les plus modestes des marins. À Marseille les industriels du savon se sont installés sur le quai de Rive Neuve, au début du XVIII e siècle, et génèrent des résidus acides très corrosifs, les « cendres » ou « terres » de savonnerie. Ces déchets, encombrants et dangereux, sont jetés dans le port. La protestation des autorités municipales, suite à l’obstruction générée dans le bassin, oblige les savonniers à déverser leurs rejets dans les anses voisines : la Réserve, le Pharo, les Catalans. Autant de zones dévastées pour la faune et la flore ! La troisième source de dégâts provient de l’urbanisation et de tous les détritus que l’on immerge sans précautions. L’ensemble de ces atteintes provoquent une raréfaction des espèces comme le phoque moine ou la datte de mer. Au XIX e siècle, une étape est franchie dans le saccage. La surpêche entraîne une hausse des prix du poisson, la baisse de la consommation au profit des coquillages et, désormais, la confection de la bouillabaisse avec des espèces venues de l’Atlantique, acheminées par le fameux P.L.M ! Les anses se remplissent de « terres » de savonnerie, tandis que l’extension du port vers la Joliette aura l’heureux effet de les faire disparaître dans les nouveaux aménagements. Quant aux eaux usées, abondantes, elles bénéficieront d’un nouvel émissaire, à Cortiou, pour diffuser la pollution à l’Est de la ville. Ces atteintes au milieu conduisirent la population à une réaction paradoxale : il fallait détruire les prédateurs marins qui menaient une concurrence déloyale ! La Royale et les techniques de guerres furent mobilisées pour détruire dauphins, marsouins et autres phoques ; même la baleine prend place dans le panorama des monstres (en 1870, on exhibe dans les rues de Marseille un cétacé échoué dans une crique du Château d’If) ! Fort heureusement, dans cet âge de ténèbres écologiques, des naturalistes, comme Antoine Marion et Paul Gourret, œuvrèrent pour établir les responsabilités. Prise de conscience ténue mais vouée à de grands développements… On attend avec impatience la sortie du livre de Daniel Faget et la suite de ses développements ! RENÉ DIAZ Transformations de l’environnement maritime dans le golfe de Fos depuis le XVIII e siècle, conférence du 20 janvier au Pharo, Marseille



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 38 février 2011 Page 1Zibeline numéro 38 février 2011 Page 2-3Zibeline numéro 38 février 2011 Page 4-5Zibeline numéro 38 février 2011 Page 6-7Zibeline numéro 38 février 2011 Page 8-9Zibeline numéro 38 février 2011 Page 10-11Zibeline numéro 38 février 2011 Page 12-13Zibeline numéro 38 février 2011 Page 14-15Zibeline numéro 38 février 2011 Page 16-17Zibeline numéro 38 février 2011 Page 18-19Zibeline numéro 38 février 2011 Page 20-21Zibeline numéro 38 février 2011 Page 22-23Zibeline numéro 38 février 2011 Page 24-25Zibeline numéro 38 février 2011 Page 26-27Zibeline numéro 38 février 2011 Page 28-29Zibeline numéro 38 février 2011 Page 30-31Zibeline numéro 38 février 2011 Page 32-33Zibeline numéro 38 février 2011 Page 34-35Zibeline numéro 38 février 2011 Page 36-37Zibeline numéro 38 février 2011 Page 38-39Zibeline numéro 38 février 2011 Page 40-41Zibeline numéro 38 février 2011 Page 42-43Zibeline numéro 38 février 2011 Page 44-45Zibeline numéro 38 février 2011 Page 46-47Zibeline numéro 38 février 2011 Page 48-49Zibeline numéro 38 février 2011 Page 50-51Zibeline numéro 38 février 2011 Page 52-53Zibeline numéro 38 février 2011 Page 54-55Zibeline numéro 38 février 2011 Page 56-57Zibeline numéro 38 février 2011 Page 58-59Zibeline numéro 38 février 2011 Page 60-61Zibeline numéro 38 février 2011 Page 62-63Zibeline numéro 38 février 2011 Page 64-65Zibeline numéro 38 février 2011 Page 66-67Zibeline numéro 38 février 2011 Page 68-69Zibeline numéro 38 février 2011 Page 70-71Zibeline numéro 38 février 2011 Page 72-73Zibeline numéro 38 février 2011 Page 74-75Zibeline numéro 38 février 2011 Page 76-77Zibeline numéro 38 février 2011 Page 78-79Zibeline numéro 38 février 2011 Page 80