Zibeline n°38 février 2011
Zibeline n°38 février 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de février 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture au coeur des enjeux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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68 LIVRES LITTÉRATURE Haletant Abandonnant le polar marseillais Philippe Carrese livre un livre-choc, qui met en scène la folie du pouvoir et sa perversion. Comment un homme prend la direction de ses compagnons prisonniers dans un camp de travail que les SS viennent de déserter, fuyant l’avancée des troupes soviétiques, en 1945. Dans la neige et le froid des monts Tatras à la frontière de la Slovaquie, sans aucun moyen de communication avec le monde extérieur, il faut survivre. Quelques femmes réservées au plaisir des soldats, des enfants sélectionnés pour leur type aryen, des tchèques, des hongrois, des italiens, et un savant polonais constituent ce peuple perdu. Le jeune Matthias, âgé d’une douzaine d’années, est chargé de tenir le journal de l’organisation de la survie du camp rebaptisé « République ». Dankso prend en main le destin de ses camarades, organise travaux et repas. Mais très vite on sent que son autorité et le pouvoir qui en découle l’enivrent, et il va jusqu’à Confort, vraiment ? Pour mettre en garde ses contemporains contre les technologies nouvelles au service de la surveillance, Grégoire Hervier les plonge dans la fiction d’un monde super-fliqué qui, sous couvert de recherche du bonheur et du confort, détruit les libertés individuelles. Dominique Dubois, homme ordinaire, retrouve un emploi après 6 mois de chômage et s’installe à Zen City, restant en contact avec ses copains par l’intermédiaire de son blog. Il leur raconte le confort de son nouvel univers aseptisé avec frigo automatiquement réapprovisionné, surveillance et sécurité. Un coup de blues ? Aussi sec un coach en image personnelle propose nouvelle garde-robe, nouvelle voiture, nouveau look ! Mais le vernis se craquelle très vite et Dominique entre en résistance sans le vouloir : à la suite du branchement de sa vieille s’installer dans le bureau et les appartements abandonnés du chef des bourreaux. Désormais il régente, condamne. Malgré son jeune âge, Matthias, le narrateur, est de moins en moins dupe et va écrire un cahier secret dans lequel il relate ses observations sur la folie de Dankso. Il ne reste qu’à tenter l’impossible : la fuite. D’une redoutable efficacité, le récit de Carrese fonctionne comme un feuilleton, ménageant régulièrement des rebondissements qui tiennent en haleine, transportant le lecteur d’horreur en abomination, jusqu’à son dénouement implacable. Un faux témoignage qui fait froid dans le dos. CHRIS BOURGUE Enclave Philippe Carrese Plon, 20 € guitare électrique il fait sauter tout le système RFID (identification par radiofréquence) de son immeuble. Espionnage, découverte d’un réseau d’expérimentation de neurosciences en laboratoire, double-jeu, le roman ménage de grands moments de suspens. Dans la forme il alterne les dialogues enlevés, les restitutions d’enregistrements, les échanges sur le blog, les comptes-rendus de l’éditeur du journal de Dominique. L’ensemble est saisissant : cette fiction terrifiante deviendra-t-elle réalité ? Nos choix les plus banals ne sont ils pas déjà surveillés et répertoriés ? C.B. Zen City Grégoire Hervier Le Diable Vauvert, 18,50 € Deux femmes puissantes Parmi tous les romans primés à l’automne dernier, beaucoup ont été chroniqués par Zibeline. Mais il nous en manquait un, et non des moindres ! Voici cet oubli réparé, et l’occasion de découvrir un auteur et une œuvre remarquables. À tout juste 34 ans, Sofi Oksanen, née en Finlande d’un père finlandais et d’une mère grandie en Estonie durant l’occupation soviétique, est déjà dans son pays une figure des lettres et de l’engagement politique et social. De son énergie à secouer la langue de bois, de sa révolte contre une certaine fascination européenne pour les totalitarismes de gauche, on trouve de nombreuses traces dans son 3 e roman, Purge, qui accumule les prix depuis sa parution en 2008. Prix Finlandia (l’équivalent de notre Goncourt) dès sa sortie, prix Rutenberg en 2009 ; et en 2010, le prix du roman Fnac, le prix du livre européen, plus le Fémina étranger ! Impressionnant… et mérité. Car Purge est un grand roman. De ceux qui accrochent et ne lâchent plus ; de ceux qu’on ne peut pas simplement refermer pour passer à autre chose. Comme beaucoup de jeunes écrivains actuels, Oksanen s’empare de l’Histoire pour écrire son histoire, qu’elle situe pour sa majeure partie en Estonie occidentale, et qu’on pourrait résumer à la rencontre de deux femmes. 1992 : la vieille Aliide aperçoit dans sa cour une fille inconnue, « boueuse, loqueteuse et malpropre », Zara. Elle la recueille, la soigne, la cache ; elle a senti sur elle l’odeur familière de la peur, venue rôder à nouveau. Tandis qu’Aliide vaque à ses conserves de légumes, passés le mutisme méfiant et les mensonges, peu à peu se dévoilent les secrets de chacune et commence un éprouvant voyage dans le temps et la mémoire d’un pays qui a payé cher sa liberté. Deux femmes, deux époques, mais toujours la violence, la honte et le silence. La description crue des objets et des gestes quotidiens, le rendu minutieux des sensations soulignent avec force ces deux caractères que la vie a trempés. Au risque de les contraindre à trahir, à tuer… FRED ROBERT Purge Sofi Oksanen Stock, La Cosmopolite, 21,50 € Philippe Carrese Enclave.11111.1. Cr 1.1.1.11E1MerliMimi I le Nam, rx ma I atIrr- 9- r*.A Crx. sme,143. u Lt Ouvrage sélectionné pour le Prix des lycéens et apprentis de la Région Paca Ouvrage sélectionné pour le Prix des lycéens et apprentis de la Région Paca
Totem et papous Dès La première empreinte, un « paléo thriller » édité en 2002 par l’Écailler du Sud, Xavier-Marie Bonnot s’est fait une place dans la littérature policière de qualité. Ce docteur en histoire et en sociologie, titulaire d’un master de littérature, journaliste et documentariste a tout de suite su concocter des romans à déguster sans modération. Intrigues efficaces et documentées, enchâssements subtils, style vif, personnage récurrent attachant, tout pour accrocher l’amateur de polar. Mais pas seulement. Comme les précédentes, la cinquième enquête de Michel de Palma, alias Le Baron, entraîne le commandant atypique de la SRPJ de Marseille, ses coéquipiers, et le lecteur à leur suite, dans une traversée au long cours, une remontée des fleuves et du temps. À la rencontre des sociétés traditionnelles de Nouvelle-Guinée cette fois-ci. Car, par leur mise en scène macabre, le meurtre augural du Dr Delorme, et les autres ensuite, ressemblent à tout sauf à de banals règlements de compte entre caïds et trafiquants d’arts premiers. Le Pays oublié du temps touche à cette dimension mercantile (c’est tout de même un polar !) mais convie à une réflexion plus large, étayée par des références à Freud, Lévi- Strauss, Mead, à des récits et des documentaires aussi. Méditer sur les notions de civilisation et de barbarie ; remettre en cause la suprématie occidentale et ses modèles imposés ; visiter les maisons des hommes, rencontrer les Big Men, entrevoir le sentier des fantômes, c’est à tout cela qu’invite ce roman ambitieux. Ce n’est pas peu. FRED ROBERT Le Pays oublié du temps Xavier-Marie Bonnot Actes Sud, actes noirs, 21 € LIVRES% A41D MARIE AOHkOf Le Pavs uubliKx du temps 160 69 Instantanés du temps Les écorchés, les cabossés de la vie, Marie-Sabine Roger a le don de les mettre en scène, avec tendresse, dans des nouvelles dont la chute surprend souvent : une vieille, tordue comme un vieux cep, dans un fauteuil roulant, une bande de vieux cramés du bulbe comme les définit Vince, la Castagne qui a soixante ans, n’est pas vieux mais a de l’âge, une jeune femme qui, après avoir accompagné dans son dernier voyage son oncle, André qui a vécu sa vie, alors qu’elle occupe le terrain, va avorter ; un homme toujours en manque d’elle, pour qui vivre est un exil depuis huit ans. Et puis il y a tous les gestes de la vie qu’elle décrit avec justesse et sobriété : la valse de deux mariés dans un village l’été ; la joie d’un vieux conducteur de poussepousse qui a gagné en une course de quoi manger pour dix jours, les derniers adieux d’une femme à son père ; le sourire d’une petite fille de quatre vingt dix ans qui tient son premier nounours serré entre ses bras. Une vieille paysanne qui a toujours travaillé dur et qui, partant dans une résidence pour vieux, découvre qu’il ne fait jamais noir en ville et qu’à présent elle va vivre… Chacune des dix nouvelles douces-amères du dernier recueil de Marie-Sabine Roger nous offre une émotion, comme le souvenir d’un instant que chacun a vécu, comme une photographie de Doisneau ou de Sabine Weiss. À découvrir et savourer. ANNIE GAVA Il ne fait jamais noir en ville Marie-Sabine Roger Thierry Magnier, 16 € Marie-Sabine Rager i2* Si vivre est difficile… Huit petites nouvelles composent Les petits de Frédérique Clémençon dont les figures héroïques sont des enfants. Toutes, réalistes et cruelles, relatent avec détachement les faits de petites vies ordinaires, des micro-événements vécus parfois comme des tragédies, ancrés dans une banalité partagée. C’est d’autant plus effroyable que l’auteure émaille ses récits de minuscules détails et de longues descriptions, et se plaît à détricoter tous les fils des relations filiales et amoureuses. Les pères sont souvent des personnages en creux, absents ou pensés comme tels, faibles par incuriosité (Le bannissement de Jean) ou irresponsabilité (dans Les mains de maman Paul ne comprend pas sa désertion) ; la vie n’est que renoncements et ennui et les souvenirs heureux flottent comme « des rêves mauvais » (Les pianistes) ; l’incapacité à grandir et à être heureux écrase également les êtres (l’homophobie détruit Salim dans Deux tu l’auras). Suprême acidité la mort rôde partout, en rêve ou pour de vrai, dans la disparition de l’être aimé ou haï, dans l’espoir de sa mort même, ultime délivrance. La jeune Adèle ne souhaite-t-elle pas ardemment la mort de sa mère car elle l’empêche de rêver (Le rêve de Lazare) ? Tous, petits et grands, étouffent, asphyxiés par l’amour ou le désamour, la jalousie ou l’abandon : l’amour est amer, mesquin, réduit à son plus simple appareil, convenu, si rarement partagé… Même l’amour maternel est désossé jusqu’au sang de manière clinique par Frédérique Clémençon qui ose écrire l’inavouable (Les Petits). Le recueil condense une telle souffrance que l’on s’inquiète : si le ton était moins neutre et l’écriture moins blanche, ces huit petites nouvelles seraient-elles supportables ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Les petits Frédérique Clémençon L’Olivier, 18 € Les petits Frè I riqug. Clemeroçon



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