Zibeline n°38 février 2011
Zibeline n°38 février 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de février 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture au coeur des enjeux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 LIVRES RENCONTRES 11/4'intitvra Hommes à histoires Fatos Kongoli JohnFoley Deux écrivains se rencontrent dans un train, échangent des mots et pas des moindres « Pain, amour, liberté, ça se dit comment en albanais ? » demande le Français ; émerveillé par la réponse, il en fait tout un poème et la conversation se poursuit à Marseille... Fatos Kongoli et Jacques Jouet se sourient finement et n’ont de cesse de se faufiler dans la singularité de l’autre, manifestement ravis de se retrouver sur le terrain de la différence ; par exemple le premier, celui de Tirana, croit au « style... qui fait l’homme » ; l’autre, l’Oulipien, n’y croit pas et veut les avoir tous ! Lecture d’une page de Bodo, dernier roman de Jacques Jouet (voir Zib’37) qui déploie fastes et vicissitudes de l’Afrique de la décolonisation, commentée malicieusement par l’ami dans un français raffiné : on ne comprend pas grand chose à ce livre magnifique mais difficile à absorber, reste la beauté de la langue qui serait alors le signe d’une relation spirituelle « Ça pleut direct ! » Front couronné d’étoiles… comme un vrai poète à l’ancienne, Bernard Noël porte les stigmates nobles de sa fonction : front large et haut, gloire de cheveux blancs et regard dévoreur d’espace. Invité de marque au « cabanon des auteurs » du Théâtre du Petit Matin, l’homme amène avec lui la paix des profondeurs et l’inquiétude fervente d’un présent qui va vite. L’œuvre est célébrée, connue pour de bonnes ou de mauvaises raisons : l’auteur rappelle, sourire en coin, après lecture d’un extrait de l’Outrage aux mots, les circonstances de la condamnation du Château de Cène pour « outrage aux mœurs » et sa réaction contre son propre avocat Bernard Noel X-D.R à une réalité africaine très complexe ? Riposte immédiate : ce roman n’est ni celui d’un amoureux, ni celui d’un spécialiste, il est simplement le fruit d’une vieille culpabilité de pays colon et d’ailleurs l’œuvre de Fatos Kongoli est elle aussi construite sur le concret des situations, mêlant intime et politique ; suit une liste pittoresque de thèmes récurrents : les poux, l’alcool, le sexe, la famille... Éclats de rire prolongés par la lecture d’extraits de La vie dans une boîte d’allumettes (voir Zib’37) marqués par la cruauté et l’émotion. C’est que Fatos Kongoli assume fort bien la part autobiographique de ses récits, jusqu’à intégrer, non sans humour, des figures d’écrivains, ratés le plus souvent, dont l’un a même le dérisoire privilège de se nommer... Balzac (« Balzac, c’est moi ! »). Se faisant traiter de romancier « pur » (« ce n’est pas une injure n’est-ce pas ? », l’Albanais se revendique alors'Jacques Jouet Isabelle Raviolo Robert Badinter plaidant son caractère inoffensif ! La voix vient de loin, traine un peu, remonte dans la tête et fait de la place au silence et à l’autre ; lectures choisies, plutôt politiques (La Peur de l’autre ou Le Grand massacre) et plutôt de la prose respirée, vibrante et mesurée (« il est juste et raisonnable d’en finir avec la servilité ») en écho à l’actualité immédiate. Suivant la règle du lieu, l’auteur s’est présenté comme un chantier de fouilles, corps et langue stockant du « passage », du temps, des gens... « Écrire, c’est poser des traces d’où se lèveront des ombres ». Le livre est la tombe de la belle au bois dormant qui attend d’être réveillée par le lecteur. Ils sont là les lecteurs, tout près et le dialogue, doux et patient, construit par petites touches le portrait d’un homme-poème, sa quête de sens « interminable », son désir jamais arrêté, son attente de l’événement verbal, de la « précipitation de mots », son accueil respectueux de ce qui vient. Le travail en cours scelle la fidélité au « nous » impossible et toujours à l’horizon espéré : 7 monologues nés des 7 pronoms personnels ! En guise d’au revoir généreux, le poète lance une invitation à la rencontre et... au silence « La civilisation peut recommencer dans les couvents ». MARIE-JO DHÔ Le Théâtre du Petit Matin a invité Bernard Noël le 11 février. La rencontre a été suivie le 12 février de la présentation de la Langue d’Anna dit par Agnès Sourdillon.comme écrivain « d’un petit pays » et qualifie l’ami français, à l’aune de son territoire natal, d’écrivain « large », ce qui n’est pas pour déplaire à Jacques Jouet qui se lance alors dans un éloge vibrant de la diversité, et ranime pour l’occasion le manifeste Oulipien : refus de l’essence ou de l’être « qui fait le style », mise à distance par la multiplication des attaques et points de vue, travail collectif pour désamorcer le singulier, réconciliation du conceptuel et de l’artisanat et méfiance permanente contre le ludique. Surtout quand on se nomme comme il se nomme ! Après quelques élégantes considérations sur la langue française, héritage paternel et espace de liberté dans l’espace clos de Tirana, Fatos Kongoli reconnaissant son attachement à des thèmes personnels comme celui du pays meurtri lance un « je ne peux pas écrire autre chose » qui sonne comme un bel aveu de puissance littéraire ! MARIE JO DHO La rencontre du 25 janvier aux ABD, Marseille, était présentée par Pascal Jourdana dans le cadre d’Écrivains en dialogue Libre et laïque L’écrivain AhmedKalouaz, inaugurait le 8 février une nouvelle formule de rencontres intimistes à la Bibliothèque départementale de Marseille. Il a rappelé ses débuts dans l’écriture avec des pièces de théâtre commandées et diffusées sur France-Culture, puis de nombreuses nouvelles, avant d’aborder le roman. Celui sur son père (Avec tes mains, Le Rouergue, voir Zib’37) s’est imposé un jour ; il l’a écrit très vite, en deux mois. Portrait d’un père mutique, ignorant les caresses. Mais partageant des gestes, ceux du labeur. Encore aujourd’hui quand il bricole, fait du ciment, AhmedKalouaz est avec son père, ces gestes lui appartiennent et sont les mots de leur dialogue. Le livre est aussi le portrait d’une génération, celle de la guerre d’Algérie, celle qui donnait « l’impôt révolutionnaire » au FLN sous peine de mort. Selon l’écrivain le danger aujourd’hui c’est l’islamisme politique, ceux qui veulent imposer des lois religieuses, voilent les femmes et cloitrent les filles. AhmedKalouaz, algérien français et laïque, se bat pour la liberté des corps et des esprits avec des romans qui traitent des femmes battues, de la drogue, de l’enfermement. CHRIS BOURGUE AhmedKalouaz aux ABD X-D.R
Canal historique Le nouveau roman de Juan Gabriel Vásquez nous entraîne à nouveau dans l’histoire Colombienne, et Panaméenne. Mais il remonte plus loin que Les Dénonciateurs (Actes Sud), un magnifique petit roman centré sur un père et un fils, la délation, et le comportement criminel du gouvernement colombien envers les réfugiés juifs allemands pendant la 2nde guerre mondiale. Histoire secrète du Costaguana est plus ambitieux, et un brin moins réussi. Plus épais, embrassant une période nettement plus large, plusieurs événements historiques qui sont autant de péripéties nécessaires à l’avancement de la narration, il a quelque chose des grandes fresques de Gabriel Garcia Marquez. Avec même parfois une tentation pour le fantastique, volontairement inassumée, il est fondé sur l’histoire des vaincus, les racines de la main mise américaine sur le Canal panaméen, les fausses révolutions fomentées par les capitalistes, les utopies des français déclassés trompés par Ferdinand de Lesseps, et les luttes fratricides de Colombiens fanatiques de Dieu ou de la révolution. Là encore l’auteur choisit de mettre en scène un père et un fils narrateur, invente autour d’eux une atmosphère épaisse, odorante et une foule de personnages attachants. Joseph Conrad n’est pas le moins intéressant, et Nostromo ainsi que Cœur des ténèbres interviennent comme des matrices qui ponctuent à l’envers la vie du narrateur… qui hélas intervient trop systématiquement dans son récit, commentant lourdement parfois les structures qu’il met en place sans laisser tout à fait se dérouler le plaisir de la fable. Comme si l’auteur avait eu peur de se laisser emporter par les flots trop puissants et l’atmosphère délétère d’un Canal embourbé depuis toujours dans les replis fangeux de l’histoire. AGNÈS FRESCHEL LITTÉRATURE LIVRES 67 HIBkUire Secrilr duC.-,e.tagUpna A Juan Gabriel Vásquez était l’un des invités des Belles étrangères 2010, consacrées aux écrivains colombiens (voir Zib 35) Histoire secrète du Costaguana Juan Gabriel Vásquez Ed du Seuil, 22 € La vie des bêtes Olivia Rosenthal n’est pas à proprement parler une amie des animaux, même si Les Félins m’aiment bien, monté au théâtre Gérard Philipe de Saint Denis en 2005, a permis à un public élargi d’entendre cette parole à fictions singulières, traversée, façonnée par la part animale de tout un chacun ; l’œuvre passée et présente carbure au « vivant », dans sa version collective et partagée : son précédent roman On n’est pas là pour disparaître mettait en scène la douleur de connaître une vie en pointillés en compagnie de la maladie d’A... ; le dernier, au titre rigolo-métaphysique Que font les rennes après noël ?, bien plus complexe que ne le laisse craindre la 4 ème de couverture « ni les animaux ni vous, ne savez comment faire pour vous émanciper » ne fonctionne justement ni par simple analogie ni par interpellation directe ; le « vous » de la narratrice est un « je » d’écriture et un pacte de lecture scellé dès la case départ Vous ne savez pas si vous aimez les animaux, mais vous en voulez absolument un, vous voulez une bête. C’est l’une des premières manifestations de votre désir, un désir d’autant plus puissant qu’il reste inassouvi ». OK, c’est parti pour une traversée implacable des steppes de la vie débutante et c’est la mère qui conduit le traîneau. On se laisse glisser de paragraphe en paragraphe sur une écriture rythmée comme des stances sans trop savoir à qui ou à quoi l’on a affaire : les « je » successifs sont les autres, des « il » ou « elle », des voix de dompteur, soigneur, équarrisseur, boucher même - tout le cycle jusqu’à la viande refroidie ! - qui exposent méthodiquement leur expérience et la croisent avec celle de la narratrice qui se cherche une identité sexuelle entre King-Kong et la Féline de Jacques Tourneur ! Drôle et brillant, intellectuel et sensible, franchement sans histoire, ce roman suggère simplement que se libérer c’est apprendre à trahir ! ! MARIE-JO DHO oiivia rosea4}ieI qr. : firt is=aanas dr'r^. iiui ; 1 Que font les rennes après noël ? Olivia Rosenthal Verticales 16,90 € La clé des songes Zuo Luo, Zorro chinois, est inspiré d’une réalité sombre de la Chine : un curieux justicier libère les femmes qui, vendues par leur famille pauvre, sont ensuite séquestrées et battues par leurs maris. Mais il apprend au cours de l’histoire qu’il est lui-même le personnage du jeune chaman écrivain du précédent roman de Christian Garcin, La Piste mongole. Des femmes disparaissent, c’est donc d’abord un roman policier, à la façon de Chandler ou Melville : un héros taciturne et massif se lance sur la piste d’un yakusa sanguinaire lié aux trois femmes disparues de sa propre vie. Et si tous les ingrédients du genre sont réunis - du suspens, des interrogatoires musclés, des bars enfumés et des ruelles sombres, une intrigue qui nous emmène de la Chine au Japon en passant par le Chinatown new-yorkais, c’est pour mieux être déjoués : des yakusas impotents ou réincarnés en vieux chien fouineur, des rituels ancestraux de mort par enfouissement, une enquête qui se transforme en quête intérieure, le but se dissipant comme un mirage au fur et à mesure qu’on avance, le tout sous le regard sans âge d’animaux dubitatifs, la voix sans visage de contes traditionnels, et le rythme exotique d’opéras chinois… Ainsi l’œuvre de l’auteur se construit-elle comme un labyrinthe aux bifurcations multiples, où les personnages circulent d’un récit à l’autre, dans la réflexion curieuse de la réalité et des fictions qui s’engendrent en se réinventant. Et par la puissance chamanique d’une écriture drôle et mélancolique, où la clé de l’intrigue tient - et se dérobe - dans la coïncidence mystérieuse de destins croisés, et dans la convergence sans pourquoi des souvenirs, du passé et du présent, des mondes extérieurs et intérieurs. AUDE FANLO Christian Garcin E}tx Jizuizwx dixixraissxnr Des Femmes disparaissent Christian Garcin Verdier, 16 €



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