Zibeline n°38 février 2011
Zibeline n°38 février 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de février 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture au coeur des enjeux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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34 MUSIQUE Heureusement qu’il existe encore des voix rares capable de chanter, dans sa puissance, sa couleur et son expression propres, le rôle mythique de Paillasse/Canio (apanage autrefois de Tony Poncet ou Mario del Monaco) ! Vladimir Galouzine a livré à Marseille une interprétation d’anthologie. On n’est pas prêt de retrouver de sitôt une telle vigueur, voix homogène et cuivrée sur tout le registre, du grave barytonant à l’aigu éclatant… et couronnant le tout, pareille force expressive dans l’incarnation du clown désespéré. Son célèbre air clôturant le premier tableau a bouleversé l’auditoire ! Mais le Russe ne fut pas le seul à récolter les lauriers d’un triomphe collectif. Béatrice Uria Monzon a rendu à la brune Santuzza, par OPÉRA Semaine royale à l’opéra ! Quel temps fort a connu l’Opéra de Marseille à l’orée de février ! En marge des représentations de Cavalleria Rusticana et Pagliacci, le ténor Juan Diego Flórez a fait chavirer le théâtre lors d’un récital mémorable, quand, au Grand-Foyer plein comme un œuf, l’Ensemble Pythéas a exhumé des partitions lumineuses d’Henri Tomasi C’est avant tout la grande qualité musicale qu’on loue, à propos des représentations du diptyque vériste de Mascagni et Leoncavallo (du 28 janv. au 6 fév). L’Orchestre de l’Opéra, sous la direction de son tout nouveau « 1er Chef invité » Fabrizio Maria Carminati(voir p.5), a fait preuve de grandes vertus dans ce répertoire au lyrisme exacerbé : comment résister à l’émotion quand, admirablement distillé au cœur du drame, a résonné le fameux Intermezzo instrumental Galouzine phénoménal ! Juan Diego fait le show C’est à Marseille, théâtre certes provincial, mais tout à fait conséquent par sa jauge (pas loin de 2000 places) et son histoire (l’une des plus anciens de France), qu’on annonçait la venue d’une des stars des plateaux lyriques actuels : le ténor Juan Diego Flórez. Le bruit avait couru… et le guichet fermé ! Plus un strapontin pour déposer ses fesses ! Aussi quand le Péruvien commence à chanter… un frémissement gagne le public. Peu d’entre eux, sans doute, ont déjà entendu chanter Flórez en direct, hors des diffusions à la télé ou en DVD. La voix n’est pas grande, certes, mais quelle musicalité, unité de timbre, aisance dans les aigus ! Après que le chanteur a pris la mesure de Le sabre à papa ! Les termes « armée d’opérette », s’ils qualifient d’ordinaire des régiments fantoches, trouveraient-ils leur origine dans quelque opéra-bouffe représenté au Second Empire ? De fait, La Grande Duchesse de Gerolstein d’Offenbach est l’œuvre la plus représentative des guignolades militaires qu’on se plaisait à suivre dans les théâtres de l’époque. Jacques Gervais, dans sa mise en scène créée à l’Odéon les 29 et 30 janvier, en l’énergie de son jeu et sa pâte vocale somptueuse, sa place prépondérante dans le mélodrame. Sa réplique de choix Luca Lombardo (Turridu) est un formidable ténor marseillais (paradoxalement, il n’avait plus reparu Place Reyer depuis dix ans !) qu’on espère revoir bientôt sur ces planches. De son timbre d’airain, voix de stentor splendide, le baryton Carlos Almaguer a assumé magistralement la double casquette Alfio/Tonio des deux ouvrages, quand Nataliya Tymchenko a campé une jeune Nedda séduisante et très solide vocalement. Etienne Dupuis (Silvio), Stanislas de Barbeyrac (Beppe) et Patricia Fernandez (Lola) ont favorablement complété un plateau royal ovationné ! l’impressionnante salle de l’opéra s’étageant jusqu‘au « poulailler », à l’aide de quelque Rossini de bravoure (Messa di Gloria) en guise de chauffegosier, le ténor fait chavirer la nef lyrique, des balcons au parterre. Alternant mélodies populaires et grands airs de Verdi (Rigoletto), il suspend le public à ses lèvres, le met dans sa poche (Vincenzo Scalera au piano). On en redemande en clamant merci ! Flórez part pour une demiheure de rappels, et l’assistance, debout, glorifie la ribambelle de contre-ut de La Fille du Régiment ou les vocalises du Barbier de Séville… On s’en souviendra : c’était à Marseille, un 31 janvier 2011, sous l’ère Maurice Xiberras ! a de Cavalleria Rusticana ? Le Chœur de l’Opéra ne fut pas en reste, ni des points de vue de la magnificence vocale, ni de la présence scénique. La mise en scène ajustée du grand plateau d’Orange (été 2009) par Jean-Claude Auvray a conservé sa puissance austère et sacralisée pour Cavalleria Rusticana, naturaliste et burlesque dans I Pagliacci. Tomasi 2011 Mais la plus belle réussite du directeur de l’opéra est peut-être là… Qui aurait imaginé, il y a quelques années, une salle comble comme celle du Grand Foyer de l’Opéra, le 5 février pour écouter de la musique de chambre du compositeur Henri Tomasi ? Certes, ce Corse adopté par Marseille (voir p.71) avait, comme Darius Milhaud, ses attaches au bord de la Méditerranéenne, mais depuis quarante ans (il disparaît en 1971) on ne peut pas dire que sa musique ait été placée, ici ou ailleurs, Ensemble Pytheas X-D.R. I Pagliacci Christian Dresse 2011 à l’égal de celle de son contemporain méridional. Cependant, on vient à présent l’entendre comme un classique du XX e siècle ! L’Ensemble Pythéas a livré un bel échantillon de sa musique de chambre. Elle s’étend sur près de 40 ans : du lyrisme rapsodique de Paghiella ou du Chant hébraïque plaintif (Marie-France Arakélian au piano et YannLe Roux au violon), du néo-classique Trio à cordes (avec Pascale Guérin à l’alto et Guillaume Rabier au violoncelle) à la Pastorale Inca expressive et moderne (avec Charlotte Campana à la flûte et Cécile Gouiran au violon) ou l’orientaliste Invocation et danses rituelles (avec Linda Amrani à la clarinette et Vassilia Briano à la harpe)… autant d’interprétations passionnées et soignées aux couleurs d’une Méditerranée universelle. JACQUES FRESCHEL ep renforce l’aspect parodique et complète les pastiches originels par une vision colorée fourmillant de références à l’enfance, chevaux de bois, sabres en plastique… Tout comme le Chœur Phocéen hyperactif (dir. Rémy Littolff), désopilant dans sa chorégraphie mili-taroburlesque, le plateau de solistes (sous la baguette de Christophe Talmont) a relevé le défi d’une œuvre exigeante des points de vue du chant et de la comédie. En tête, Emmanuelle Zoldan a campé une belle souveraine racée et fantasque quand son « jouet » le soldat Fritz (Frédéric Mazzotta) a brillé par son jeu comique. À leur côté Caroline Gea (Wanda), Michel Vaissière (Puck), Jean-Marie Delpas (Boum) ou Dominique Desmons (Paul) ont servi à souhait la bouffonnerie. J.F.
MUSIQUE 35 Freischütz paradoxal En ce mois de janvier, l’opéra de Toulon programmait pour la première fois de sa longue existence le symbolique Freischütz de CarlMaria Von Weber, véritable monument dans la galaxie de l’opéra romantique allemand, puisque le premier du genre, ou presque. Pour l’occasion, la direction musicale avait été confiée au talent de Laurence Equilbey. Malgré une distribution vocale fort prometteuse, le résultat avait de quoi dérouter les amateurs avertis : Jürgen Müller (Max) au timbre puissant voulut héroïquement assumer sa prestation jusqu’au bout malgré une gêne qui le conduisit par deux fois à l’aphonie ! Il rompit ainsi l’équilibre qui régnait jusque là entre lui et le reste du plateau remarquablement incarné par Jacquelyn Wagner (Agathe), Mélanie Boisvert (Ännchen) et Roman Lalcic (Kaspar). L’ensemble restait cependant de très belle qualité, mais cette distribution vocale ne parvenait pas à masquer un déséquilibre flagrant au sein de l’orchestre : le pupitre de cordes aux couleurs très expressives surclassait une section de cuivres asphyxiée et quasiment à l’agonie dans la fameuse scène de la gorge aux loups. D’autres légers défauts de mise en place pouvaient s’entendre entre les chœurs et l’orchestre dans le troisième acte, sans doute à cause d’une direction un peu trop souple. Malgré ces imperfections musicales la production restait réussie : les décors et les costumes, qui avaient de quoi surprendre les incontournables puristes d’opéra par leur esthétique contemporaine, habillaient la mise en scène de Jean-Louis Benoit de manière très convaincante, servis par un jeu de lumières subtil qui restituait habilement l’atmosphère fantastique de cette œuvre emblématique. EMILIEN MOREAU Le Freischütz a été créé à l’Opéra de Toulon du 28 janvier au 1er fevrier Frederix Stephan Il primo sole è mio Réduire l’orchestre puccinien, une hérésie ? Pas dans La Bohème en tous cas ! L’opéra en quatre tableaux a quelque chose de volontairement cheap, bohème justement, et l’Opéra éclaté en propose une version débarrassée de certaines pesanteurs des grosses voix pas toujours souples. La distribution est magnifique, d’un goût parfait, d’une musicalité extrême, sans portés ni sanglots dans la voix… mais avec toutefois tout le volume nécessaire pour vous en mettre plein le cœur. Car La Bohème c’est cela, un vrai mélo, avec coup de foudre, misère partagée, pieux mensonge et fille perdue au grand cœur. Et la mort tragique, le cri déchirant, presqu’à la dernière mesure ! Le tout accompagné délicatement par l’orchestre qui suit, précède, lance les voix comme amoureusement, avant de tout balayer dans ses élans d’émotion sans complexe et sans fausse pudeur. La mise en scène d’Olivier Desbordes, ingénieuse, tient tout ce petit monde dans une boîte chaleureuse et étroite qui ne s’ouvre que sur des univers gris et clos, et les chanteurs peuvent y jouer avec un grand naturel. Bien sûr dans cette formation réduite où chaque instrument est soliste on entend le moindre dérapage, et le chœur étique se décale un peu. Qu’importe : si La Bohème n’est pas un opéra de poche, se garder d’en faire une grosse machine lui redonne un bel air de jouvence, qui transcende sa force émotionnelle. Un regret ? Des surtitres, ou la version française, auraient permis de suivre pas à pas l’évolution subtile des sentiments… mais visiblement dans la salle beaucoup parlaient l’Italien. Ou le Puccini ? AGNÈS FRESCHEL La Bohème a été donnée aux Salins, Martigues, les 22 et 23 janvier La Boheme Blaya Nelly Les feux de Larmore Programme multicolore que celui proposé par la mezzo-soprano Jennifer Larmore : Haendel, Offenbach, Rossini, Strauss... croisèrent Bizet, Gluck et Humperdinck dans un récital brillant et enlevé. Le quintette à cordes OPUSFIVE, formé de musiciens issus des plus grands ensembles européens, souligna avec talent la prestation de la belle américaine, tout en s’illustrant autour de pièces extraites de l’art de la fugue de Bach, distribuées çà et là, au gré du concert. Après une entrée en matière périlleuse, avec le redoutable Where shall I fly de Haendel, la cantatrice trouva progressivement ses marques avant de briller de : mille feux dans la deuxième partie du spectacle, entamée à la lueur d’une bougie, en duo avec le violoniste. Le public put apprécier toute la finesse et la musicalité de la chanteuse dans Abendsegen, extrait de Hänsel et Gretel. Alternant passages plein d’émotion, avec le lied Morgen de Strauss, ou teintés d’un humour décapant dans Carmen, Larmore atteignit sa plénitude dans l’extrait de la Cenerentola de Rossini ! Virtuosité, chaleur, jeu de scène... magnifique. Le bis, tiré d’un opéra de Kurt Weill, embrasa définitivement le théâtre aixois ! Ardent et lumineux ! CHRISTOPHE FLOQUET



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