Zibeline n°38 février 2011
Zibeline n°38 février 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de février 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture au coeur des enjeux.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 20 - 21  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
20 21
20 THÉÂTRE JEU DE PAUME TOURSKY Mythes fondateurs Semaine macédonienne au Toursky et programmation courageuse d’œuvres inédites, avec le Livre secret, film de Vlado Cvevanovski avec Jean-Claude Carrière, et une pièce de Jordan Plevnes, poète et chantre contemporain de la Macédoine, par le théâtre national de Strumica, dans la mise en scène de Dejan Projkovski. Evènement, la télé macédonienne s’est déplacée ! Le thème abordé est en effet crucial, il s’agit d’évoquer la vie et l’œuvre de Krste Petkov Misirkov, qui, par ses travaux, est considéré comme l’un des pères de la Macédoine actuelle. D’ailleurs, le besoin de se raccrocher à des héros nationaux fédérateurs est sensible dans toute la pièce qui évoque Philippe de Macédoine et Alexandre. L’antique Pella, Postol en 1874 sous l’empire ottoman, capitale des deux grands conquérants, vit Vers la folie ? Chez Musset, la légèreté est un des masques de la profondeur, les mots les plus anodins s’ourlent de sens, on joue sans cesse à laisser pressentir les failles. Mise en scène complexe que celle de cet implicite qui affleure au creux des silences, des mots retenus, en une musique subtile et ironique. Les petites pièces en un acte offrent une palette riche difficile à appréhender. Les jeunes acteurs de la troupe de Frédérique Plain se glissent avec un visible plaisir dans leur prose délicate. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée les entraîne dans un charmant marivaudage où les sentiments semblent éclore de leurs contraires, où les lieux communs s’effritent. Rodolphe Congé et Johan Daisme interprètent avec délicatesse les bavardages qui les conduisent à des Duel singulier Le 2 juin 1626, le cardinal Richelieu interdisait la pratique du duel qui décimait la fougueuse noblesse, bien sûr, la pratique n’en cessa pas pour autant, et en 1967 encore on pouvait voir des députés jouer de l’épée (René Ribière et Gaston Deferre !). Mais la pratique est tombée cependant en désuétude. Heureusement, Laurent Cirade et Paul Staïcu renouvellent le genre avec éclat, dans l’efficace mise en scène d’Agnès Boury. Leur premier duel a fait rire le monde pendant 8 ans, le second risque de solliciter encore les zygomatiques de la terre entière. Tous les genres, toutes les époques, de Bach aux Bee Gees, de Beethoven aux Beatles, de Brahms à Ennio Morricone… Car tous ces compositeurs n’ont jamais travaillé que pour ce duo virtuose et déjanté : c’est ce qu’ils affirment en tout cas, et nous voulons bien les croire, tant leur spectacle est jubilatoire ! Les défis sont nombreux, course poursuite autour du piano en gardant le rythme de la musique, jeu dans toutes les positions, debout, assis, couchés ! Avezvous déjà essayé de jouer du piano les yeux bandés, les mains menottées ? aucun problème pour Paul Staïcu… naître le nouveau héros, Misirkov, le « Mozart linguiste des Balkans » avec sa maîtrise de 26 langues. L’enjeu de son évocation dépassait les limites du spectacle. L’émotion sensible des artistes, aussi attachante que maladroite, s’affrontait à un texte mal taillé pour le théâtre, avec sa grandiloquence romantique, son érudition universitaire (qui va jusqu’à oser « anthropophonétique »), ses énumérations infinies, ses va et vient incessants entre passé et présent, sa volonté d’une impossible exhaustivité… Oui, la vie du héros fut riche complexe, torturée, balkanique… Le chœur antique dans la plus grande tradition, avec de belles voix, des accords qui ont les accents de la liturgie orthodoxe slave… ne compense pas un surtitrage calamiteux, une profusion de cercueils que l’on assemble sans fin, une débauche D révélations qu’ils n’attendaient pas. Mais dans l’intérieur bourgeois tout est joliment réglé, un peu trop sage alors qu’on attendait de la folie dans On ne saurait penser à tout. Malgré le battement de l’horloge qui, imperturbable, rythme la mesure puis s’affole, la course frénétique des serviteurs pour remplir la malle du marquis distrait, on reste sur sa faim. Le mouvement débridé, le tournoiement dionysiaque, s’enlisent. Sans doute, il aurait été judicieux de resserrer un peu, d’établir une réelle tension dramatique hors de la mécanique. M.C. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée et On ne saurait penser à tout ont été joués du 3 au 5 février au Jeu de Paume Combattants ex aequo, la musique, grand vainqueur ! X-D.R. de farine censée représenter la cendre et la poussière rituelle du deuil, des arrêts sur image dans le meilleur goût de l’esthétique soviétique… Insondable abîme entre le théâtral et le théâtre ! La Macédoine est en train de se construire : si « la beauté doit sauver le monde » (Dostoïevsky), elle doit aussi créer un art contemporain susceptible de donner à entendre « la musique parfois infernale des Balkans mais qui rayonne aussi d’espoir. » (J. Plevnes). MARYVONNE COLOMBANI Le dernier jour de Misirkov a été joué au Toursky le 28 janvier Du roman au théâtre Le Jeu de Paume était plein comme un œuf pour les représentations de l’adaptation du roman d’Anna Gavalda, Je l’aimais, dans la mise en 41- scène de Patrice Leconte. Mais la puissance du texte, lissé dans cette adaptation, vidé de sa substance pour devenir du boulevard, manquait cruellement. La pure simplicité de son style s’aplatit sur BM Palazon scène en une certaine mièvrerie, et le rythme a du mal à se trouver. Le décor, chargé, ancre la pièce dans une réalité… convenue. Il est certes difficile de rendre au spectateur l’émotion ressentie au cœur des pages, d’accorder à des personnages qui s’incarnent, la même poésie qu’à leur modèle de papier. Déception donc, et pourtant quel bonheur ! Portant toute la pièce, il y a Gérard Darmon, avec sa voix superbe. La banalité la plus plate prend alors une épaisseur inattendue. Il s’empare du rôle de Pierre avec subtilité et retenue, jongle avec finesse entre présent et souvenir, laissant peu à peu affleurer la poignante douleur de la perte. C’est un vrai privilège que de voir sur scène un si grand acteur. Pour le reste, c’est une bonne occasion de revenir au texte de Gavalda. M.C. Je l’aimais a été donné au Jeu de Paume, Aix, du 8 au 12 février Et tirer une mélodie d’un simple fil tendu ? Laurent Cirade y ajoute une marionnette fildefériste… Et que dire de l’inénarrable scène de séduction de dame violoncelle ! C’est ainsi que naquit le violon… Les répliques musicales s’enchaînent en un rythme échevelé, pas un temps mort dans cette mosaïque variée qui use de tous les registres avec le même brio, que ce soit pour le jazz, le classique, le rock. Car l’efficacité burlesque repose sur la virtuosité technique des musiciens : quelle extraordinaire démonstration d’indépendance et de décoordination, lorsque le violoncelle joue du piano d’une main, des cordes de l’autre, en même temps qu’il s’accompagne au didgeridoo, et que son comparse fait l’autre main au piano tout en maniant l’archet ! Take a walk on the wild side à deux sur le violoncelle clôt le génial Duel opus 2. Un moment de vrai plaisir ! M.C. Duel Opus 2 a été interprété les 21 et 22 janvier 0
VITEZ PARVIS DES ARTS THÉÂTRE 21 Inégal 0 La Compagnie Meninas s’est installée pour cinq semaines au Parvis des Arts pour présenter quatre spectacles, proposer des soirées Cabaret et des ateliers théâtre. Cavaliers a été travaillé sous le regard complice de son auteur, François Cervantès. La pièce, étrange, mêle dès le début le réel de la représentation, en s’adressant au vrai public présent, et la fiction, mise en scène. Puis un autre niveau affleure : ce qui est dit et joué se révèle à la fin ne pas être la « vérité » : c‘est ce que confie la traductrice qui joue aussi le rôle de la soeur d’Antonella. Et n’est pas sûre que ce soit sa soeur. Antonella, jouée de façon très sensible par Francesca Giuliano, se réjouit au début de voir du monde. Elle sourit, s’adresse aux spectateurs, et peu à peu se livre et raconte : Rouge la mouette Blessée, tuée, empaillée, La Mouette de Tchékhov est le symbole de la fin des illusions. La scène d’ouverture passionnelle et désespérée donne les couleurs de la mise en scène, rouge et noire. « Je suis en deuil de ma vie. Je ne connais pas le bonheur » répond Macha à Medvédenko qui lui demande pourquoi elle est toujours vêtue de noir… La pièce de Tchékhov ne cesse d’être actuelle, dans son romantisme, son interrogation permanente sur la nouveauté, la difficulté d’exister, de prendre une place, être reconnu en tant que personne, mais aussi en tant qu’artiste par ses aînés. Difficile à transcrire sur l’espace scénique, faire vivre les multiples intrigues croisées, rendre sensible les drames, les compromis, les peurs, la tragédie enfin. Mikaël Serre adapte le texte tout en respectant la tension dramatique, mais surtout donne un beau dynamisme à cette œuvre souvent montée dans la lenteur et l’ennui. L’espace de la scène se module avec une belle liberté, les lieux se multiplient avec évidence, un fauteuil, une piscine gonflable, un filet de tennis sur lequel la fragile Nina évolue comme un funambule, une tente dans laquelle la génération de ceux qui ont déjà réussi s’enivre et se protège… Rythmes variés, élans, accélérations (comme la superbe scène dans laquelle Constantin court autour des acteurs immobiles avant de sombrer dans le lac), la pièce est menée tambour battant. On rit, on badine avec profondeur. Les acteurs sont d’une fraîcheur revigorante. Une représentation d’une très belle qualité à laquelle le public a rendu un hommage appuyé. M.C. La mouette a été donnée au théâtre Vitez, Aix, le 2 février Alain Hatat Se récréer X-D.R l’exil, le mariage arrangé avec Tonio… confidences en demi-teintes qui laissent sourdre déception et frustration. Le mari, pas vraiment choisi, n’a pas le beau rôle… et le comédien en semble gêné ; le plateau vaguement occupé par 3 étagères n’arrange pas les choses. Le samedi soir, la compagnie offrait un cabaret bon-enfant autour d’une dégustation après le spectacle. Si l’une des interprètes était touchante dans son interprétation d’une chanson de Barbara, on ne peut en dire autant des prestations « music-hall ringard » des autres. CHRIS BOURGUE Cavaliers, a été joué au Parvis des Arts du 18 au 22 janvier L’espace convivial du bar permet les discussions autour d’un verre. Patrice Claire Le jeu de mots entre re/récréation cherche à prendre forme et corps dans l’étape du travail que Danielle Bré présente avec les jeunes comédiens de sa troupe In pulverem reverteris. RéCréation s’inscrit dans l’interrogation sur les relations entre l’artiste et la société, que la phrase programmatrice de cette année suggère, « Le livre doit être la hache qui brise la mer de glace qui est en nous » (Kafka). L’ouvrage est composé d’un montage d’extraits choisis de Robert Walser dont la photographie projetée sur l’écran de fond de scène attend le spectateur, tête légèrement inclinée, yeux comme perdus dans une interrogation intérieure. Interrogation que les personnages reprennent à leur compte, en lycéens bien typés : la snob, la riche rebelle, la pauvre avide de reconnaissance, l’éternel bizut, le séducteur sûr de lui, le cancre et ses mimiques expressives. Êtres en devenir mais en proie aux doutes et dont la force tourne à vide, sans perspectives. On joue des apparences, des demivérités, des a priori, des mots que l’on donne et que l’on reprend. Symptomatique, le « jeu de la vérité » dans lequel il faut « à tout prix garder son masque » ! Le décor très simple se transforme au fil des scènes, modelé par les acteurs ; le temps est rythmé par les sonneries lycéennes et les extraits des textes de Walser sur l’écran, semblables à des têtes de chapitre. Beaucoup de bonnes idées, pour une mise en scène sobre. Mais l’ensemble, sans doute parce que nous ne sommes qu’au début de ce travail, manque encore de rythme. La mosaïque des moments qui cherche à montrer les différentes facettes de la problématique envisagée, de l’« opacité » de la jeunesse, se dilue un peu, manque d’une réelle ligne de force. L’idée de la fin de la pièce (les comédiens abandonnent leurs personnages et se présentent eux-mêmes) tombe à plat, puisqu’il n’y a pas de frontière entre le jeu précédant et la volonté affichée de réalité. Il est cependant vivifiant de constater que le théâtre militant et expérimental se renouvelle dans les textes, et par l’analyse de la société contemporaine. MARYVONNE COLOMBANI RéCréation, version 1 a été donné les 26 et 27 janvier au théâtre Vitez, Aix La Version 2 sera représentée en nov 2011 à la Minoterie



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 38 février 2011 Page 1Zibeline numéro 38 février 2011 Page 2-3Zibeline numéro 38 février 2011 Page 4-5Zibeline numéro 38 février 2011 Page 6-7Zibeline numéro 38 février 2011 Page 8-9Zibeline numéro 38 février 2011 Page 10-11Zibeline numéro 38 février 2011 Page 12-13Zibeline numéro 38 février 2011 Page 14-15Zibeline numéro 38 février 2011 Page 16-17Zibeline numéro 38 février 2011 Page 18-19Zibeline numéro 38 février 2011 Page 20-21Zibeline numéro 38 février 2011 Page 22-23Zibeline numéro 38 février 2011 Page 24-25Zibeline numéro 38 février 2011 Page 26-27Zibeline numéro 38 février 2011 Page 28-29Zibeline numéro 38 février 2011 Page 30-31Zibeline numéro 38 février 2011 Page 32-33Zibeline numéro 38 février 2011 Page 34-35Zibeline numéro 38 février 2011 Page 36-37Zibeline numéro 38 février 2011 Page 38-39Zibeline numéro 38 février 2011 Page 40-41Zibeline numéro 38 février 2011 Page 42-43Zibeline numéro 38 février 2011 Page 44-45Zibeline numéro 38 février 2011 Page 46-47Zibeline numéro 38 février 2011 Page 48-49Zibeline numéro 38 février 2011 Page 50-51Zibeline numéro 38 février 2011 Page 52-53Zibeline numéro 38 février 2011 Page 54-55Zibeline numéro 38 février 2011 Page 56-57Zibeline numéro 38 février 2011 Page 58-59Zibeline numéro 38 février 2011 Page 60-61Zibeline numéro 38 février 2011 Page 62-63Zibeline numéro 38 février 2011 Page 64-65Zibeline numéro 38 février 2011 Page 66-67Zibeline numéro 38 février 2011 Page 68-69Zibeline numéro 38 février 2011 Page 70-71Zibeline numéro 38 février 2011 Page 72-73Zibeline numéro 38 février 2011 Page 74-75Zibeline numéro 38 février 2011 Page 76-77Zibeline numéro 38 février 2011 Page 78-79Zibeline numéro 38 février 2011 Page 80