Zibeline n°37 janvier 2011
Zibeline n°37 janvier 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de janvier 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,0 Mo

  • Dans ce numéro : le partage des arts.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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60 LIVRES LITTÉRATURE La bande à Bodo Avertissement (ne pas confondre avec « Préface ») : ce roman n’est pas oulipien affirme benoîtement l’auteur... mais la lectrice - voir statistiques démographiques et culturelles - n’est pas obligée de croire monsieur Jacques Jouet qui entretient avec le réel, donc la fiction, des rapports très complexes ! Bodo, c’est d’abord le cousin de Lucy, déjà sapiens ; Bodo noir, c’est l’africain, qui joue le rôle de Baudot blanc, le colon éternel (existence mythique attestée chez le griot Don Alilo, texte à l’appui) au cours du wassan kara, forme théâtrale satirique et carnavalesque en usage dans la seconde moitié du XX e siècle au Niger, interdite en 2005. Bodo, c’est aussi et surtout le fils du susnommé, évincé lui de la représentation, pour avoir incarné trop librement le président Kountché : vagabond, guérillero, paléontologue d’occasion notre héros picaresque traverse méthodiquement des pans de l’histoire du continent africain, charmes et désolations de la décolonisation et de l’indépendance, la France en filigrane... Entre Jacques le Fataliste, Zadig et le Neveu de Rameau, Bodo va et vient au gré de ses identités ; le roman se déploie, galope ou se prélasse dans la digression, le zig-zag et l’intertextualité exigeant de la lectrice vaillante une attention sans faille ; littérature plurielle sinon potentielle qui offre dans un foisonnement prolixe une Phèdre de village, une rencontre Bodo-De Gaulle au bout du rouleau à Baden-Baden, des contes et des paraboles, des documents d’archives aussi et tout le reste. Jacques Jouet aime et respecte l’Afrique ; puisant dans le cliché de l’énergie vitale le carburant de son épopée, il donne au Sarko discours de Dakar, sans jamais le regarder en face, un sacré goût de ringard ! MARIE-JO DHÔ Somme poétique La poésie est un genre qui, éditorialement, est moribond. Si on en écrit encore on en lit très peu, et les quelques lieux qui persistent à en publier comme le cipM tirent à un nombre d’exemplaires très restreint. Lorsqu’on ajoute à ce constat la difficulté des traductions poétiques, et le relatif désintérêt des éditeurs pour certaines littératures étrangères, on ne peut que saluer les éditions Gallimard qui publient en format poche une Anthologie des Poètes de la Méditerranée. Anthologie très contemporaine, les plus anciens ayant une vingtaine d’année, et tous les poètes publiés étant vivants, et certains très jeunes. Ce projet éditorial est porté par Culturesfrance et Marseille Provence 2013, qui revendique ce livre comme un emblème de ce qu’elle veut faire. Interroger la Méditerranée à travers la poésie contemporaine est un joli signe, et le résultat est très convaincant : le choix des poètes - il en manque toujours dans une anthologie - est remarquable, ainsi la volonté de faire figurer en face de leurs traductions françaises les textes originaux : même lorsque vous ne comprenez rien à leurs arabesques (18 langues, 5 alphabets) elles vous parlent… D’amour, de sexe (les quelques femmes), de mer assez peu, de fruits paradoxaux, et de douleurs. De héros épiques et de traces concrètes, de refuges aussi, de maisons. On y retrouve quelques textes qu’on aime, qui vous amènent à feuilleter plus loin vers un ailleurs inattendu. Les poèmes de la rive sud sont plus âpres, durs, hantés de morts, de révoltes et de guerres. Ceux du nord s’attachent à la Méditerranée comme une mère, ceux du sud ne la voient pas. Comme toute notre histoire l’anthologie commence en Grèce, et se termine, après un tour complet des nations, par sa frontière macédonienne. En passant par le Levant, l’Afrique, l’Europe. Des notices biographiques courtes nous renseignent en fin d’ouvrage sur la centaine de poètes présents. Ce qui provoque des allers retours et un inconfort de lecture, accentué par une mise en page peu claire. Mais l’essentiel n’est pas là. AGNÈS FRESCHEL Embarquement immédiat Du voyage d’Abdou, jeune griot burkinabé en route pour l’Europe où il veut aller « étudier la vie », Frédéric Valabrègue ne prétend relater qu’« un tronçon sur une longue portée ». On le prend donc au Niger, on le suivra jusque sur les eaux de la Méditerranée. L’important c’est le mouvement : « Il s’est dit : l’homme, si t’as la capacité, tu files vers le nord. […] Si t’as la patience, tu grignotes la route. Les petits sentiers font les grands périples ». Ainsi va Abdou, du Niger à la Lybie. Berger occasionnel, récupérateur de canettes en alu, guide pour touristes en mal d’exotisme, travailleur exploité dans une saline ou un campement de rebelles et même steward improvisé sur la barque de l’exil, il peut tout faire. Un as de la débrouille doublé d’un jongleur de mots qui sait plaider sa cause pour avancer, avancer toujours. Car le désir et la détermination sont plus forts que tous les obstacles : « Faut essayer. Je me suis toujours hissé sur des épaules invisibles ». Une des grandes qualités du roman de Valabrègue est de transcrire, dans une langue charnelle et bricolée, qui charrie ruptures syntaxiques de l’oral et fulgurances poétiques, l’énergie vitale et l’imagination fertile de ce « candidat » au passage. De faire jaillir des pas et des rêveries du griot voyageur l’image d’une Afrique à la fois mythique et résolument contemporaine. Dénué de tout folklore exotique ou compassionnel, ce récit d’apprentissage en pièces détachées est un sacré viatique. FRED ROBERT Le candidat Frédéric Valabrègue P.O.L, 16 € Lire l’entretien avec Valabrègue en p.précédente JACQUES JOUET Bodo Jacques Jouet P.O.L. 19,90 € Les Packs dc la M6dircrrarrtx 1h:i'Gob in_1 1111:..tit.,n== Les Poètes de la Méditerranée Préface Yves Bonnefoy Poésie Gallimard, 12 € xo.,i.s.". Lc eandidar
LIVRES 61 Terres maudites Le même désenchantement suinte des romans de Gary Victor et Yahia Belaskri. Le même fatalisme. Une chape de plombfossilise la société haïtienne, une vague de violence inonde la terre algérienne ; clanisme ancestral et racisme chez l’une, fondamentalisme religieux chez l’autre. Les mêmes âmes désespérées tentent vainement de lutter contre un avenir si noir « que même les rêves ne sont que cauchemars ». Le sang et la mer de Gary Victor plonge Hérodiane et son frère Estevel dans les entrailles putrides de Port-au-Prince et l’enfer de son bidonville Paradi ; Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut de Yahia Belaskri naît d’un terrible mensonge, l’un des maux du pays. L’intrigue romanesque, finalement, n’a que peu d’importance, ce sont les tragédies de l’histoire récente qui sont les vrais « héros », leurs ravages sur les hommes, l’ébranlement des certitudes, la violence des sentiments. Partir ? combattre ? espérer ? Tout cela à la fois, confusément. Gary Victor emprunte un style métaphorique qui amplifie les divagations d’Hérodiane et la figure fantasmagorique Albanie blues Né en 1944, fils d’un violoniste tombé en disgrâce, Fatos Kongoli ne s’est résolu à devenir romancier qu’au début des années 1990, au moment de la chute du régime communiste albanais, l’un des plus durs de l’ex-bloc de l’Est. Écrivain de la transition démocratique, ses livres évoquent ouvertement la dictature et ses conséquences ; ainsi La vie dans une boîte d’allumettes, traduit en 2008, dont il viendra prochainement parler à Marseille. Un récit étrange, qui commence comme un roman noir (le personnage principal, Bledi Terziu, tue involontairement une jeune Tzigane), se termine comme un roman noir (la police sonne à sa porte) mais offre tant d’autres pistes… Après l’homicide inaugural, il faut bien sûr se débarrasser du cadavre et éviter d’être soupçonné. Là n’est pourtant pas l’essentiel. Kongoli met en scène un individu fragile, proche des êtres perturbés qui hantent les nouvelles d’Edgar Poe et se jettent tout seuls dans la Jeune Genêt On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans… La figure emblématique de Rimbaud - jeunesse, révolte, et mythologie de l’auteur - veille sans doute sur la petite collection À vingt ans des éditions du Diable Vauvert, qui réunit des biographies d’auteurs circonscrites à leur jeunesse, avant leur entrée en littérature. L’idée est bonne, et placée sous le signe d’une formule réussie : « pour qu’ils deviennent des classiques, il fallait d’abord qu’ils soient des originaux ». Après Flaubert, Vian, Colette et Proust, c’est le sulfureux et énigmatique Jean Genet qui vient compléter la série. Né de père inconnu et abandonné par sa mère, enfant de l’assistance publique, Genet aura passé sa jeunesse dans une succession effarante d’enfermements et de fuites, écrasé par le paternalisme autoritaire, asphyxiant, d’administrations carcérales et bien pensantes : placements avortés, internement à la colonie de de son frère tant aimé, soulève le couvercle malodorant posé sur les laissés pour compte et le pouvoir de vie ou de mort des puissants, dénonce l’immobilisme d’une société archaïque aux croyances indéboulonnables. Le séisme sera bientôt inévitable… L’écriture minutieuse, hachée, lancinante de Yahia Belaskri ajoute à l’enfermement de Déhia, Adel, Badil dont les destins funestes se croiseront inévitablement dans cette société prisonnière « du ciel bas de l’horreur ». La mort qui fauche au hasard par la main d’un fanatique ou d’un étudiant malchanceux, l’intransigeance religieuse qui dynamite le cœur des familles. Des vies martyrisées dont l’auteur amplifie l’asphyxie par son tempo de plus en plus durci. Hérodiane est plongée dans ses lectures, Déhia et Adel sont de brillants universitaires : d’une même voix, les deux écrivains s’attachent à la force des livres et de l’éducation comme seule planche de salut pour des peuples à bout de souffle. Malgré le peu de ciel bleu au-dessus de « leurs pays d’épouvante ». MARIE GODFRIN-GUIDICELLI gueule du loup. Cet homme instable, dont la parole même est sujette à caution, semble incarner la schizophrénie d’une Albanie coupée en deux, entre l’ancien et le nouveau. Le récit aussi, structuré selon des allers-retours dans le temps et les points de vue narratifs, révèle la cassure intime du personnage central, de toute une génération. Le roman offre ainsi une plongée saisissante dans l’Albanie « d’avant » tout en relatant l’avènement d’un nouvel ordre, pas franchement réjouissant non plus. FRED ROBERT La vie dans une boîte d’allumettes Fatos Kongoli Rivages, 18 € L’auteur sera invité à la BDP pour la prochaine rencontre d’Écrivains en dialogue (organisée par l’ADAAL), mardi 25 janvier à 18h30. Mettray, fugues à répétitions et arrestations multiples, engagement dans l’armée en Syrie et désertion. La biographie est rapide, elle se nourrit paradoxalement de la matière autobiographique de l’œuvre, sans pourtant y entrer vraiment, mais elle évite les impostures démonstratives pour atteindre honnêtement son ambition : proposer une lecture facile, moins rébarbative qu’une collection de dates, et esquisser un portrait d’auteur qui incite à entrer dans l’œuvre de Genet. Ou à faire des émules, pour peu qu’on ait encore vingt ans… AUDE FANLO Jean Genet, une jeunesse perdue Louis-Paul Astraud Au Diable Vauvert, 12 € Le sang et la mer Gary Victor Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut Yahia Belaskri Vents d’ailleurs, Coll. littérature Ici & ailleurs, 17 € et 14 € I,l V11` kian.um. boite d'a11urrretl.a%



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