Zibeline n°37 janvier 2011
Zibeline n°37 janvier 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de janvier 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,0 Mo

  • Dans ce numéro : le partage des arts.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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raiui\, I 58 LIVRES RENCONTRES Juste cMUn6. avant Noël La librairie Histoire de l’œil, en partenariat avec l’ADAAL, a offert à ses clients un avant-goût des fêtes, en invitant l’écrivain ukrainien Andreï Kourkov. Première jolie surprise, l’idée de renouveler le principe de la rencontre littéraire en instaurant la formule du brunch dominical. Ambiance décontractée et conversations détendues au jardin donc, avant et après la rencontre, autour d’un buffet savoureux. Et entre ces deux moments de dégustation gourmande, un régal de rencontre. La deuxième surprise est venue de Pascal Jourdana qui avait lui aussi prévu de donner une tournure festive à l’événement. Faisant tourner un chapeau rempli de papillotes, il a invité les participants à déguster les friandises avant de poser à l’invité les questions qu’elles contenaient, et qu’il avait spécialement concoctées. Une manière amusante de susciter un dialogue informel, auquel l’intéressé s’est soumis de bonne grâce. Quant à la troisième surprise, c’était la présence à Marseille de cet écrivain célèbre, traduit en 33 langues, auteur d’essais politiques, de scénarios, d’articles, de livres jeunesse et surtout de romans. Avec sa barbe, sa rondeur et son air débonnaire, Andreï Kourkov a fait cadeau de sa présence joviale, de son français impeccable (l’une des 7 langues qu’il parle aujourd’hui), de son humour et de sa fantaisie (que ses lecteurs connaissaient déjà, et qu’ils ont pu voir en live ce dimanche-là). Que retenir de ce jeu de questions-réponses ? En vrac, que Kourkov, Ukrainien qui écrit en russe, préfère être considéré comme européen ; qu’il réside à Kiev, comme un autre écrivain célèbre, Boulgakov, dont il partage l’« optimisme noir » et le goût de l’absurde ; qu’il collectionne, outre les langues, les cactus, les animaux (nombreux dans ses fictions), les disques et gramophones ; qu’il pensait devenir « écrivain soviétique » dès l’âge de 15 ans ; que c’est pendant son service militaire, alors qu’il était gardien de prison, qu’il a commencé à écrire et que depuis il n’a plus cessé ; qu’il le fait chaque matin de 5 à 11h ; qu’il aime Gogol quoiqu’il le juge « trop dépressif » ; que son héros Trois contes Pour qui n’a jamais lu Kourkov, les trois courts récits réunis sous le titre Surprises de Noël forment une bonne intro-duction à son univers. La neige, le froid, l’humidité peuplent ces quelques pages, les désillusions aussi et même la prison. Pourtant, tout le temps, quelque chose luit qui réchauffe le corps et l’âme. Une soirée exceptionnelle dans un lieu hors du temps, la réalisation d’un rêve absurde et poétique, la mise en œuvre d’une entreprise loufoque dans un cadre im-probable, dans les trois cas, c’est l’espoir qui l’emporte. Et l’idée favori est Nikita Kroutchev, encore un Ukrainien remarquable, auquel il a d’ailleurs consacré l’un de ses romans ; que pingouins et Soviétiques sont « les mêmes animaux collectifs ». Sans illusions mais sans cynisme, Kourkov porte sur l’ex-URSS ainsi que sur l’Ukraine et la Russie actuelles un regard dénué de complaisance mais plein de tendresse pour les êtres, animaux et humains, qui peuplent ces étranges contrées. FRED ROBERT Andreï Kourkov était invité à Histoire de l’Œil le 12 déc à midi. al À lire : Le pingouin et Le dernier amour du président (coll. Points), ainsi qu’aux éditions Liana Levi Laitier de nuit. que toute vie mérite d’être vécue, que toute histoire est digne d’être racontée. Qu’importent les trafics, les boîtes de striptease minables et les emprisonnements abusifs, s’ils permettent d’accéder au rêve… Jolie démonstration de cet « optimisme noir » dont Kourkov s’est fait une spécialité et qu’il manie aussi habilement que l’humour à froid. F.R. Surprises de Noël Andreï Kourkov Liana Levi, coll. Piccolo, 4 € Andreï Kourkov Philippe Matsas/opale/éditions Liana Levi Soupe aux Qui a dit que la culture était en crise et que l’arrière-pays était un désert culturel ? La soupe aux livres qu’organisent les Éditions Parole de Jean Darot démontre le contraire, avec une culture vécue, construite par les discussions, les écrits aussi bien que les paroles. Cette sympathique manifestation voyage entre les villages, les villes, s’ancrant chaque fois dans le paysage local, par le travail avec une association, une structure qui permet la mise en place matérielle. Depuis 2008 elle rassemble de manière conviviale et souvent érudite (mais sans prétention) lecteurs, auteurs confirmés ou « occasionnels ». Textes, lectures, images, films, pièces, partage d’écrits, de paroles, et la soupe bien sûr, à déguster en prolongeant la conversation, idées, références, titres, entre le fromage et le dessert, chaleur, sourires, complicité. À Entrevennes, le 19 décembre dernier, la soupe aux livres avait un parfum particulier, car elle s’articulait autour du mouvement insurrectionnel pour la défense de la République en Provence en décembre 1851, en réaction au coup d’état du 2 décembre par Napoléon III. Deux temps forts, la présentation de l’ouvrage de Frédéric Négrel, La société montagnarde d’Artignosc et celle de L’homme semence de Violette Ailhaud, avec son émouvante interprétation théâtrale par la compagnie Base Art. La grande histoire s’entremêle de toutes les histoires particulières, destins brisés ou exaltés, et les témoignages se bousculent. Frédéric Négrel explique, resitue les évènements, rappelle le dates, les chiffres, s’appuie avec précision et clarté sur les travaux qu’expose son ouvrage (étude d’une remarquable précision, s’appuyant sur les archives, du cas particulier d’Artignosc). On ne souvient plus beaucoup aujourd’hui de l’ampleur de la révolte de 1851, de la violence de sa répression, qui entraîna condamnations, exécutions, déportations en Algérie ou à Cayenne. 2000 condamnations pour les seules Basses Alpes ! Certains hochent la tête dans l’assistance, de nombreuses familles gardent en mémoire les traces de ces évènements, de destins particuliers bouleversés pour avoir simplement soutenu la République, qui nous semble si évidente aujourd’hui. Frédéric Négrel justifie son choix de passer par le particulier, qui semble
LIVRES59 livres et résistance D La Soupe aux livres d’Entrevennes, rencontre avec Frédéric Négrel X-D.R anodin, donc sans intérêt, anonyme : « rompre avec cet anonymat, c’est ouvrir la possibilité d’une mesure du banal ». Comment s’est élaborée la conscience politique dans les milieux ruraux ? La collation des multiples cas particuliers fournit une approche fine et une meilleure appréhension des faits. Les sociétés secrètes, les chambrées (« chambretto » en provençal, le plus souvent les foyers républicains de la Provence), sont-elles des préfigurations de partis politiques ? En tout cas, ces lieux de discussions ont favorisé les prises de conscience, et le fonctionnement démocratique de la société. La Provence connaissait ainsi une vie dense, les idées circulaient, et le coup d’état du 2 décembre suscita révoltes et soulèvements. La répression dépeupla les campagnes, laissa des villages entiers sans hommes. L’homme semence raconte la vie de ces femmes qui se retrouvent seules, dans un village face à la montagne de Lure. Le livre lui-même a une belle histoire. Violette Ailhaud l’écrit en 1919, le glisse dans une grande enveloppe qu’il ne faudra pas ouvrir avant l’été 1952 et le destine par testament à l’une de ses descendantes entre 15 et 30 ans. Yveline découvrira le témoignage de son aïeule en 1952. Texte bouleversant, chargé d’une poésie puissante digne d’un Giono, forte et sensuelle, sensitive, brûlante. C’est si beau que de nombreuses troupes l’adaptent au théâtre, Jean Darot nous lit même une lettre du Rwanda… L’interprétation vibrante de Laure Bruno et Emmanuelle Le Caro (très belle composition à la harpe) vous happe dans l’éclairage amoureux de Paul Bruno (voir Zib’23)… De la soupe ? on en redemande ! MARYVONNE COLOMBANI L’homme semence Violette Ailhaud Éditions Parole, Coll. Main de femme La société secrète montagnarde d’Artignosc Frédéric Négrel Éditions 1851 - Association pour la mémoire des résistances républicaines Marabout, bout de ficelle… Frédéric Valabrègue est né à Marseille en 1952. Il y est revenu en 2000, après avoir vécu 16 ans au Niger, plusieurs années en Amérique du Sud puis à Paris. Cet infatigable voyageur, qui enseigne l’histoire de l’art à Luminy, trouve encore le temps d’écrire. Des essais sur l’art, mais aussi des récits et des romans. Son dernier ouvrage, Le candidat, vient d’être publié chez P.O.L. Zibeline : Depuis quand écrivez-vous ? Frédéric Valabrègue : J’ai commencé assez tôt à rédiger des articles. J’ai également écrit beaucoup de poésie ; certains textes ont été publiés dans des revues. Pour moi, écrire, c’était écrire de la poésie. D’ailleurs, je lis surtout de la poésie et des essais, très peu de romans. Pourtant, depuis 1989, vous en avez écrit 4… Oui, car c’est là que j’arrive à libérer ma langue. Des poèmes que j’ai écrits, il y en a peu dont je sois content. Le roman me permet de retrouver la poésie par un autre biais, à travers la charge émotionnelle et l’incandescence dont j’essaie de nourrir mes textes. En 2005, vous avez publié Les Mauvestis, un beau succès. Vous définissez ce texte comme une « chronique ». Pourquoi ? Au contraire de certaines fictions au long cours à l’américaine, qui s’écrivent au passé, je cherche toujours à m’inscrire dans un présent, dans un réel fait de matière, de choses vues et entendues, une sorte de reportage. Avec Les Mauvestis, je visais à rendre l’oralité de la parole d’ados marseillais. Mais certains critiques y ont vu un tableau des jeunes de banlieue ; ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu faire. Il y a parfois des rendezvous imprévus avec l’actualité… Aujourd’hui encore, avec Le Candidat qui débute au Niger, vous vous inscrivez dans une actualité sensible Ce n’est pas pour cette raison que j’ai écrit ce « roman africain ». Mes trois livres précédents avaient Marseille pour cadre. Je désirais cette fois me transporter dans un lieu qui ne concerne plus mon environnement immédiat mais ma mémoire. J’ai vécu une jolie adolescence au Niger et j’ai voulu rendre hommage à ce pays, à son espace si particulier, à sa musique, à sa ruralité. Qu’évoque ce roman, puisque cette fois vous l’appelez « roman » ? Ce livre est un hymne au Niger et à l’Afrique. Il reprend tout ce que j’ai entendu dire, tout ce que j’ai senti, vu, lu. C’est une sorte de bric-à-brac mobile, Frederic Valabregue John Foley/P.O.L qui tente de rendre le rythme africain et les sensations éprouvées là-bas. J’ai aussi voulu créer un personnage qui ait en lui une fraîcheur d’intuition, une joie et une débrouillardise à toute épreuve. Abdou serait une sorte de picaro ? Oui, et Le Candidat un mini roman picaresque, puisqu’il ne fait que 250 pages ! J’ai voulu faire d’Abdou une machine de vie. C’est un Candide qui avance et qui croit foncièrement à l’issue, qu’il bricole par tous les moyens, en s’aidant des animaux et du surnaturel si nécessaire. Abdou a l’intuition de tout ; tout ce qu’il ne connaît pas, il l’imagine. Comme les autres, il aspire à l’altérité. Je trouve d’ailleurs révoltant que les jeunes occidentaux puissent aujourd’hui voyager à leur guise, alors que la jeunesse africaine est enfermée, qu’on lui refuse le droit à la diversité du monde. Abdou représente donc la jeunesse africaine Oui, et tous les hommes aussi. Derrière lui et son histoire, il y a des films, les littératures créole et africaine, l’ombre d’Ulysse également… et tellement d’autres souvenirs... Votre langue, très particulière, est un reflet de ce mélange. J’essaie de réaliser un montage de tous ces bouts de ficelle, qui forme une allégorie. Ce montage, il faut lui donner de la musicalité et du rythme par le glissement du langage. C’est ainsi que je procède, par glissements successifs. Une aventure poétique finalement ? Oui, car c’est le langage qui crée la péripétie. PROPOS RECUEILLIS PAR FRED ROBERT Voir la chronique du livre p.suivante



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