Zibeline n°37 janvier 2011
Zibeline n°37 janvier 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de janvier 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 7,0 Mo

  • Dans ce numéro : le partage des arts.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 THÉÂTRE LE MERLAN LE GYMNASE LA CRIÉE Actor in comedia Y a-t-il un seul, je dis bien un seul spectateur qui ne soit sorti hilare, légèrement titubant (salle triomphalement houleuse) et le souffle court de cette expérience de théâtre comme on n’en fait plus ? On nous avait prévenus, « spectacle mythique », « succès jamais démenti », une « com » à pousser au crime de lèsechef-d’œuvre en aiguisant le sens critique, et en activant la machine à douter... Peine perdue ! Du début à la fin ça marche, surtout quand ça dit que ça ne marche pas et que scène et salle sont par exemple plongés dans le noir ou que l’acteur (Yves Hunstad) perd son personnage ou rate son entrée ou encore décapite son balai à trois coups ! De quoi s’agit-il ? D’un voyage aux sources du théâtre, de la lumière (l’éclairagiste s’appelle André et sans lui rien ne serait...) et allez, on l‘écrit sans majuscule, de l’âme. « L’acteur qui me joue est très inquiet » confie goguenard le personnage hardi qui harangue la foule, allume le public, rebondit sur les éternuements, surfe sur les quintes de toux et prend à partie les spectateurs qui jouent fort bien leur rôle ! Lui n’a peur de rien, il a traversé le temps, les amours ; son costume en témoigne : un brin oriental, un rien baroque, un zeste de Matamore, la collerette de Shakespeare et le nez en bois de... Pinocchio ? L’étoffe des rêves quoi ! L’acteur se contente de ses yeux qui brillent et d’un petit coussin posé sur les planches ; à lui les trous de Porno de bois L’usage de la marionnette pour mettre en scène les Contes de La Fontaine est surprenant. Pour le dire crûment, voir des figures anthropomorphiques (des fétiches ?) mimer la fellation, la sodomie, la levrette ou décliner des missionnaires dessous dessus est fort étrange. Que les manipulateurs passent après pour essuyer d’un mouchoir non négligent les traces liquides de ces ébats fictifs n’est pas plus ragoûtant, ou excitant, ou scandaleux. Cette manière de représenter le sexe sur scène est simplement une solution bizarre, comme les mangas pornos : ces o Cie Emilie Valantin o Stephane Gaillochon mémoire, les feuillets épars, les 400 coups de théâtre ; à lui la lourde tâche de faire tenir ensemble les pièces du puzzle, d’accompagner la traversée des miroirs et de chevaucher sans faiblir la frontière entre l’illusion et la réalité, le rire et l’émotion. Trop pour un seul homme ? Que nenni ! L’art de la comédie dévoilé « comme si » tout naissait dans l’instant par un comédien qui maîtrise, au-delà de l’imaginable, son métier. Du grand art, tout simplement ? MARIE-JO DHO La Tragédie Comique de Yves Hunstad et Eve Bonfanti cie La Fabrique Imaginaire) a été présentée par le théâtre du Merlan au théâtre du Gymnase le 14 et 15 janvier. Les deux autres volets de la trilogie sont proposés au Merlan du 18 au 22 janvier (voir p 17). fétiches destinés habituellement à rassurer les enfants -qui ne supportent pas normalement de voir des corps vrais recevoir des coups de batte- servent ici à représenter publiquement des actes intimes. Pourquoi pas ? D’autant que la scénographie faite de courbes agencées, la manipulation subtile des grandes marionnettes articulées, les trouvailles comme celle du carrosse, l’accompagnement à l’harmonium, le jeu des comédiens/manipulateurs sont d’une virtuosité épatante. Sans parler de la beauté des marionnettes. Reste que les Contes de La Fontaine sont grivois, pas pornographiques. L’acte sexuel y disparaît généralement dans des ellipses, ou des allusions (certes très claires !) et il s’attache plutôt à décrire la séduction et le désir, la jouissance aussi, avec humour, distance et délectation. Le sexe chez lui reste dans la langue, et plutôt dans ses creux. Sa représentation, même distanciée, gauchit le plaisir de ses textes. Sade y conviendrait mieux… AGNÈS FRESCHEL Révolutionnaire La Criée a fait venir à Marseille un spectacle qui a fait couler beaucoup d’encre : Notre Terreur, du collectif D’Ores et Déjà emmené par Sylvain Creuzevault, apparaît comme une révolution sous le ciel théâtral parisien… Et indéniablement, cette expérience collective, politique, qui interroge l’exercice collectif du pouvoir à un moment crucial de notre histoire - tout s’y passe au Comité de Salut public, entre la mort de Danton et celle de Robespierre- est formidablement vivifiante, et réussie. La façon de retracer le désordre des conversations en foulant au pied les règles élémentaires de la prise de parole théâtrale (on y parle en même temps, l’un sur l’autre, en se coupant, comme dans les plus agitées des AG syndicales), mais aussi les surprenants moments de distanciation esthétique, par le chant en particulier, sont fascinants. Mais puisque ces jeunes gens ont reçu dans la presse nationale leur lot mérité de compliments, risquons quelques réserves… Le dispositif bifrontal est très à la mode pour des raisons économiques (il évite le coût d’un décor) et politiques (il casse le quatrième mur et donne l’impression au spectateur de faire partie de l’affaire théâtrale). Mais il massacre la moitié du spectacle : il est dommage de contempler seulement les dos de Robespierre et Saint Just, quand les spectateurs assis en face sont privés du visage de Couthon. Par ailleurs certaines tirades, en particulier le monologue inaugural, sont écrites un peu vite, trop longues, pas coupées, ce que les acteurs compensent en hurlant. Enfin ? Politiquement, ce collectif sans femmes ne saurait représenter le jeune théâtre en marche. Les comédiennes peuvent assumer avec une distance intéressante les rôles masculins, représenter le Comité de Salut Public. Ou le tribunal révolutionnaire qui guillotina Olympe de Gouges… A.F. o Marine Fromanger La Courtisane amoureuse mis en scène par Émilie Valantin a été joué à la criée du 11 au 15 janvier
CENTAURE LA FRICHE LE LENCHE LES BERNARDINES THÉÂTRE 13 Ivresse claudélienne Claudel a écrit la 1 re version de L’Échange en 1894. Plus d’un siècle plus tard on reste sidéré par son actualité, qui sans doute a motivé le choix de ce texte. Franck Dimech, le metteur en scène, a été sollicité par Oriza Hirata, auteur et directeur de la Cie Seinendan à Tokyo, pour monter un spectacle avec ses acteurs. Pas facile de travailler en permanence avec un traducteur et de mettre au point une traduction contemporaine du texte flamboyant de Claudel. Pourtant les comédiens se sont appropriés les mots et les restituent dans la musique de leur langue et un jeu d’une précision d’orfèvre. Deux couples que tout oppose se rencontrent sur cette terre du Nouveau Monde : Louis Laine et Marthe, jeunes mariés émigrés, Thomas Pollock, riche industriel, et sa compagne Lechy, comédienne alcoolique. Pollock propose de l’argent à Louis en échange de Marthe. Au début l’acteur Shoichi Honni magnat O Un spectacle pour démonter par l’exemple les méfaits du grand capitalisme industriel sur l’agriculture extensive et ses sociétés traditionnelles ? La Rosa Bianca, monologue malin programmé par le théâtre de Lenche, oppose un magnat du pétrole américain, avec force maîtresses, au propriétaire paternaliste et indien d’une hacienda dont le sous-sol regorge d’or noir convoité. L’histoire d’une tentative de manipulation, qui se solde par un meurtre, et oppose la valeur ancestrale de la lenteur, de la terre qu’on cultive et du partage de la misère à celle de la vitesse, de l’énergie qu’on brûle, du lucre et de la lapidation des richesses. Le spectacle est porté par Maryse Aubert, seule en scène hors quelques accessoires et figurines qu’elle manipule. Son jeu très cabaret androgyne est d’une belle précision spatiale, ponctué de gestes et de postures qui donnent à voir aisément les personnages. Sa voix, forte et pas toujours juste, et ses accents approximatifs, souvent inutiles, sont moins convaincants. Mais on se laisse prendre sans effort à cette histoire édifiante, rendue avec une belle énergie. A.F. À noter La Rosa Bianca, de Bruno Traven, est joué jusqu’au 29 janvier au Théâtre de Lenche, Marseille 04 91 91 52 22 www.theatredelenche.info Partir et se retrouver Frederic Chehu Une fois de plus le chapiteau était plein. Les petites formes poétiques présentées depuis la rentrée par le Théâtre du Centaure enthousiasment véritablement grands et petits. Un certain magnétisme attire vers ces corps doubles, chargés de force animale et auréolés de rêves. Après un petit film tourné sur le port de Marseille et la Digue du large dans un beau contraste -noir de la centauresse et blanc des paquebots- et des plans sur ces grues dont les silhouettes rappellent les chevaux, Camille arrive sur son frison noir à la profondeur abyssimale, Graal. Elle est droite et semble flotter, tenant à la main une valise blanche. Le déplacement est fluide, quasiment irréel. Un texte en italien est murmuré qui évoque le vent des départs et le temps des séparations. Une belle émotion et une surprise : après une fausse sortie Camille revient avec Manolo et Darwin : les deux centaures jouent en duo, annonçant le poème de février. CHRIS BOURGUE Poème Centaure s’est donné au Centre équestre Pastré le 8 janv Jean-Jacques Delattre Il faut écrire Présenter ne suffit pas. Cette illusion règne chez beaucoup de jeunes comédiens talentueux, qui pensent que leur présence habitée suffit à faire spectacle, c’est-à-dire à être regardé. Le collectif au demeurant très sympathique emmené par Aurélie Leroux a créé il y a une paire d’années une première pièce épatante, autour de bribes de Tchékhov tissées comme en une mémoire en ruine. Ça s’appelait Tâtez-là si j’ai le cœur qui bat, et était si prometteur que le Théâtre des Bernardines a coproduit Pas encore prêt. Le résultat est plus que décevant. Sur les mêmes principes de fragments assemblés ils mettent en scène la mort… mais n’ont pas grandchose à en dire (trop jeunes ?), refusent de piocher dans les textes des autres et pensent qu’habiter le plateau de quelques allusions peut nourrir 1h20 de Ayada joue nu et libre comme un oiseau dans la longue scène avec Marthe, Mima Fukushi, dont la fragilité physique contraste avec la force de son amour. L’espace scénique est vide, rien n’aide les acteurs, tout repose sur eux. L’arrivée des deux autres protagonistes s’annonce par des billes d’acier qui tombent brutalement sur une plaque de métal et se répandent sur le sol. Lechy, Nahoto Kawasumi, surgit, ondulante et enjôleuse : tout est joué. Pollock, impressionnant Yozo Shimada, achève la mise en place du piège en proposant une liasse de dollars à Louis. Tout s’anéantira dans les larmes et le feu, le rire fou de Lechy, le cri de Marthe. CHRIS BOURGUE L’Échange (coproduction Cie Seinendan, Théâtre de Ajmer, Système Friche Théâtre) s’est joué à la Friche du 11 au 16 janvier déambulations… Deux moments se détachent vaguement, l’un où il est question de mort cellulaire illustrée avec des morceaux de sucre (comique ?) l’autre, final, où ils semblent réinventer l’existentialisme sans le savoir en contemplant une mouche qui meurt. Sartre écrivait vraiment mieux, et plus profond. Une plongée réelle dans la pensée d’intellectuels et les œuvres d’artistes est indispensable à l’élaboration d’un spectacle qu’on veut écrire… et qu’on ne saurait concevoir avec le seul talent de comédiens, et de metteur en images. A.F. À noter : Pas encore prêt se joue aux Bernardines jusqu’au 22 janvier 04 91 24 30 40 www.theatre-bernardines.org À venir La Chambre duo avec Graal&Camille, Darwin&Manolo et le film Bosphore le 12 fév à 18h et 20h 04 91 25 38 10 Manolo présente Influx à Cheval-Passion en Avignon du 19 au 23 janvier. 08 92 05 30 05 Aux Salins à Martigues, la déambulation poétique FLUX en avant-première les 18 et 19 février 04 42 49 02 00



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