Zibeline n°36 décembre 2010
Zibeline n°36 décembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de décembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... entreprises et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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72 RENCONTRES AVERROÈS ÉCHANGE ET DIFFUSION DES SAVOIRS Au bord de l’abîme C’est l’imminence « probable » de la catastrophe environnementale qui a poussé Thierry Fabre à sortir les rencontres d’Averroès de leurs problématiques habituelles, pour poser des questions écologiques e La première table ronde, sur la Terre et sa protection, ressemblait pourtant à ce que les rencontres d’Averroès nous réservent habituellement : un constat consensuel, et alarmant, sur l’état des choses, mais une polémique sur la conduite à tenir. Nicole Petit-Maire, paléo-climatologue délicieusement truculente, considéra d’abord l’histoire climatique de notre planète et ses températures qui, par périodes de 100 000 ans, ont varié jusqu’à 5° de moins, et 2° de plus qu’aujourd’hui. Mais la constatation de ce phénomène cyclique n’a rien de rassurant, puisque le visage de la Méditerranée, le contour de ses côtes mais aussi sa végétation et les conditions de vie y ont énormément varié… À quoi faut-il s’attendre si le réchauffement actuel se poursuit ? des étés plus secs et chauds, des hivers froids et très pluvieux, une « brutalité » météorologique… Problème doublé à court terme, l’agronome Michel Petit l’explique clairement, par les comportements humains : la « littoralisation » de la population, la consommation d’eau par les touristes en particulier, l’appauvrissement des terres par une agriculture productiviste et par un bétonnage des terres cultivables, et la croissance démographique : Naples, Marseille, Alger, Barcelone X-D.R en 2050 il faudra nourrir 70% de population en plus, et les surfaces cultivables ne peuvent augmenter que de 15%... Le remède ? Une agriculture « intelligente », qui passe selon lui par la recherche agricole et l’hybridation, un effort d’amélioration des plantes y compris par la modification génétique. Ce que refuse Andrea Ferrante, Président de l’Association Italienne pour l’agriculture Bio, qui affirme que l’amélioration variétale a été faite par les paysans, que la productivité agricole est basée sur l’infertilisation des sols et émet du CO 2. « Il faut faire de la résistance durable », dit-il, prônant un modèle d’agriculture familiale paysanne… Modèle discutable : peut-être quelques femmes de plus sur les plateaux des tables rondes auraient pu défendre autrement un mode de vie qui, du moins sous nos tropiques, les a libérées des tâches qu’elles continuent ailleurs d’assumer seules ? Nicole Petit Marie le releva dans une boutade, puis il n’en fut plus question durant les deux tables rondes suivantes, uniquement masculines… Mais Abdeslam Dahman, directeur de l’ONG Targa au Maroc, souleva une objection profonde, affirmant que les dangers liés aux changements climatiques et démographiques ne devaient pas servir à dissimuler la question sociale, et le problème de l’iniquité de l’accès aux ressources. Défendant les énergies renouvelables, il se réjouissait d’être passé de l’ère du bricolage à celle d’une production éolienne, thermique et solaire à grande échelle, tout en s’inquiétant des projets colossaux d’énergie du futur implantés dans le désert : ils intéressent les multinationales, avec leur logique industrielle qui risque une fois encore de prendre au Sud pour fournir les « besoins » du Nord… Une vision politique, enfin, qui ne prescrivait pas simplement un changement d’habitudes du consommateur/citoyen/électeur… AGNÈS FRESCHEL La seconde table ronde avait comme objectif de cerner la question « de la Mer. Est-elle menacée ? » Il ne faisait, hélas, aucun doute que ce point d’interrogation dissimulait mal un point de non-retour. Inquiétude multidimensionnelle : économique, écologique et surtout politique sur le devenir des peuples du pourtour méditerranéen. Expression d’une angoisse suscitée par l’évidence des spasmes qui touchent la Mer d’Averroès en tant que cœur économique, historique, intellectuel, et politique qui fonde l’humanité qui l’entoure. Il n’est pas étonnant que les inquiétudes souvent justifiées sur les incertitudes économiques, environnementales et évidemment politiques qu’entraîne l’explosion démographique (voir p 76) dans les zones les plus pauvres, amène les Rencontres à se recentrer autour des sujets à caractère très concret, voire scientifique. L’optimisme volontariste affiché par Henri Luc Thibault, directeur général du Plan Bleu, n’arrivait pas à masquer le caractère apparemment inéluctable et rapide de la dégradation de la situation géopolitique La mer a des reflets d’argent o méditerranéenne. Les autres intervenants l’affirmaient unanimement (Adberrahmen Gannoun, spécialiste de l’eau de Tunis, Titouan Lamazou, navigateur et peintre, Jean- Christophe Victor, spécialiste de géopolitique) : le creusement des disparités, voire les inégalités criantes des conditions d’existence des populations, les politiques économiques délirantes des groupes financiers qui surexploitent les ressources naturelles, sont autant de motifs de déstabilisation d’un écosystème millénaire déjà fragilisé. Les délibérations internationales législatives de régulation sont effectives mais dérisoires au regard du mépris qu’en ont les grands groupes financiers et les états qui les assistent dans leur pillage. Les interventions du public confirmaient cet enfoncement dans des abîmes d’inquiétudes et les cris impuissants des peuples conscients du danger face au cynisme des états serviteurs de la politique du profit. On sortait avec l’envie de partir en courant à l’air glacé faire un tour de corniche et profiter d’un rayon de soleil sur notre mer nourricière. YVES BERCHADSKY
RENCONTRES73 el Les solutions existent La troisième table ronde réunissait Pierre Rabhi, agroécologiste, écrivain, essayiste, Piero Sardo, Président de la Fondation « Slow Food » (Italie), MohamedEl Faiz, économiste et historien de l’agronomie et des jardins arabes (Marrakech) sur le thème de l’avenir de la Méditerranée. Nos temps de crise n’incitent pas à l’optimisme mais cette ruée vers l’abîme pourrait, pour peu que l’on s’en donne la peine, tourner à l’avenir serein. C’est ce message d’espoir, dans un monde avili et déglingué, que nos trois débateurs ont tenté de porter. Al Faiz rappela combien la Méditerranée est un lieu patrimonial exceptionnel. Les richesses, accumulées par les civilisations qui s’établirent au bord de ses rives, ont joué un rôle fondamental dans le développement des sociétés. Hélas, l’accélération du monde et l’essor industriel détruisent, au nom de l’efficacité productive, des installations et des organisations traditionnelles qui ont fait leurs preuves. Al Faiz, sans se complaire dans la nostalgie, demande qu’on s’interroge sur la finalité du développement. Sardo lui emboite le pas : l’agriculture est devenue une catastrophe pour ce gastronome. L’agro-industrie tire seulement profit des produits transformés mais la terre et la mer ne sont pas des espaces miniers où l’on prélève sans précaution : il faut savoir valoriser ces récoltes et les cultures locales connaissent l’art de mettre en valeur ces ressources ; à force de recherches elles ont su enrichir la nature, la biodiversité. Le système actuel, lui, construit sur la destruction de l’œuvre passée, avec l’illusion que l’homme peut tout ! Rabhi insista sur l’absence de contrôle dans le rapport avec la nature. L’argent régule les relations mondiales mais la richesse ne concerne qu’une maigre part de la planète, et le progrès qui libérait est devenu incarcérateur ! Il faut rompre avec cette toute-puissance et réhabiliter les savoirs anciens. Al Faiz rappelle que le mathématicien et hydraulicien al Karagi mit au point un système d’exploitation des eaux souterraines (les foggara) performant dans la répartition équitable de l’eau. Les postulats y sont renversés : on répartit au lieu d’exploiter. Ces techniques, centrées sur les besoins, n’engendraient pas, comme la fièvre actuelle de construction des barrages, des conséquences désastreuses (envasement, inégale répartition des eaux, ennoiements…) au nom d’un élan producteur. Rabhi expose les effets nocifs de l’agriculture productiviste : destruction et stérilisation des sols, pollution des eaux, absorption de composés chimiques nocifs, OGM… Revenu sur sa vie, il cite les effets régénérateurs de la culture biologique. Au Sénégal, ses conseils ont permis la réhabilitation des sols, désolés par la culture de l’arachide. Il insiste sur les rendements supérieurs obtenus par l’agroécologie. Al Faiz renchérit sur l’efficacité et la pérennité des méthodes traditionnelles : la technique du goutte à goutte, les techniques de labour, les engrais naturels… Pour tous, aucun doute : les techniques non productivistes sont une solution durable ! Puis Sardo insiste sur le gaspillage : 23% des produits alimentaires part directement à la poubelle ! On mange trop et n’importe quoi. Le thon rouge disparaît tandis que l’élevage du saumon devient une véritable calamité sur les côtes du Chili. Les fruits et légumes n’ont plus de saison. Il faut rompre avec les modes : manger doit nous nourrir, pas nous identifier ! Cette thématique de la responsabilité et de la retenue est le bréviaire de Rabhi. La Sobriété heureuse (Actes Sud) est l’aboutissement de ses expériences. Il faut sortir du consumérisme et du quantitatif, et choisir la décroissance. Du Burkina-Faso à l’Hérault en passant par le Maroc, Rabhi a montré que sortir des schémas actuels est possible, qu’il faut cesser d’être des prédateurs de la nature pour ne pas condamner notre propre avenir. Utiliser l’expérience du passé peut permettre de construire l’avenir : c’est à ces conditions que l’avenir de la Méditerranée sera possible. RENÉ DIAZ Briser l’écran Arnaud Fevrier-Flammarion On connaît bien Echange et Diffusion des Savoirs, cycle de conférences à accès libre organisé par le CG13. Cette initiative permet entre autres la diffusion vers le grand public de la culture scientifique. La nouvelle saison s’inaugurait par un exposé du mathématicien Michel Broué, de l’Université Paris-Diderot et membre de l’Institut Universitaire de France, sur la place des mathématiques dans la société contemporaine. Devant une salle comble, sous le titre de « Contre les idées fausses sur les mathématiques : quelques vérités », le brillant orateur tentait de disqualifier certains poncifs entourant sa discipline. Cependant la démonstration du très professoral conférencier sur l’aspect non élitiste du procès intellectuel mathématique ne fut pas très concluante. Et si pour Laurent Schwartz « la bonne mathématique ne peut être que subversive », la forme de Alexandre Lacroix, philosophe, directeur de collection aux éditions de l’Herne et rédacteur en chef de Philosophie Magazine, semble sorti de la Défense. Humour, facilités d’expression, coup de patte désinvolte et sourire carnassier. Il fait partie des 2% de français qui n’ont pas la télévision, et milite pour convaincre les autres. Dans l’hémicycle, son auditoire est conquis. Le philosophe reprend 10 lieux communs qui lui sont régulièrement opposés et les démonte un à un. « Oh, moi j’ai la télé, mais je ne la regarde jamais » vient en tête. Selon lui une forme de déni, lequel évoque irrésistiblement les problématiques d’addictologie. Il pointe les tactiques d’assignation à demeure et d’abrutissement du citoyen, la logique de l’audimat et celle du marketing (« Le vrai programme télévisuel, c’est la publicité ! »), rappelle l’inénarrable Patrick Le Lay et son « temps de cerveau disponible », sonde le caractère délibérément anxiogène du 20 heures, la prescription cyclique de consommation sous couvert de journalisme (Noël, fête des mères, soldes...), et martèle : quel que soit le contenu télévisuel, il ne sert qu’à détourner l’attention des enjeux réels. « Les multinationales, par exemple. Les partis politiques ont encore un peu de pouvoir, mais beaucoup s’est transféré vers elles, et jamais la télévision ne les questionne. » Apparemment, on lui a reproché sa position, jusqu’à lui asséner que « c’est snob de ne pas avoir la TV, vous êtes un intellectuel élitiste. » D’après Lacroix, tout mettre sur le compte des intérêts de classe de l’adversaire est un vieux truc stalinien. Lui pense plutôt que la télévision « ne peut traiter que du visible, pas de ce qui est réellement important dans la vie, l’expérience amoureuse ou l’émotion artistique. » Il conclut par un avertissement qui fait frémir : « Aujourd’hui je vous ai parlé des dangers de la télévision, mais dans 10 ans elle n’existera plus, noyée dans Internet. Et il y a un remède facile, on peut choisir de l’éteindre. Non, là où ça va être plus compliqué, là où il faudra vraiment mettre en place des stratégies de résistance pour lutter contre notre propre dépendance, c’est face à la convergence des écrans. » Eh oui, d’ici peu, nous serons connectés en permanence, à domicile, en déplacement, à l’école et sur nos lieux de travail. Le danger sera dans notre poche. Il l’est déjà. GAËLLE CLOAREC 10 bonnes raisons de balancer sa télé par la fenêtre Conférence du 9 nov à l’Hôtel du département 13, dans le cadre d’Echange et diffusion des savoirs Des maths pédagogiques l’exposé, en sa suite, nous prouva qu’en la matière subversion et élitisme semblent faire parfois bon ménage… Deux aspects parurent cependant convaincants : l’idée que la mathématique, en tant que représentation du monde, permet d’accéder à « sa mouvante complexité », et l’affirmation qu’elle est subversive car elle « disqualifie souvent le sens commun ». Ce qui nous fut démontré en fin d’exposé par quelques séduisants exemples de probabilités. Soyons certains que le public lycéen nombreux dans la salle aura tiré le plus grand profit de cette souvent déma… je veux dire péda… gogique prestation. YVES BERCHADSKY m La première conférence d’Échange et diffusion des savoirs a eu lieu le 2 déc



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