Zibeline n°36 décembre 2010
Zibeline n°36 décembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de décembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... entreprises et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 LIVRES LITTÉRATURE Madeleine pharaonique Aussitôt lu, aussitôt dégusté ! Le roman de Robert Solé, Une soirée au Caire, aurait pu être une merveilleuse nouvelle. Celle d’un « paradis perdu », d’une Égypte fantasmée, noyée dans les souvenirs d’enfance de Charles de retour sur sa terre natale après un long exil volontaire et heureux à Paris. Charles, aujourd’hui journaliste féru de fouilles archéologiques… Mais dans cette version romanesque, la madeleine se dilue, s’émiette et finit par perdre de sa saveur. Une seule petite soirée au Caire et pourtant, 210 pages plus loin, ce qui aurait pu donner lieu à une palpitante saga familiale se réduit à un nuage de lait. 1963, la famille Batrakani fuit l’Égypte pour Beyrouth, tout proche, Paris, Genève, Montréal ou Rio. Des nombreux conflits politiques et sociaux qui émaillent l’histoire contemporaine, seules les crêtes sont effleurées avec une fausse désinvolture déconcertante ; de la dynastie bigarrée et paradoxale à laquelle il appartient, et dont il croise les destins, ce sont les anecdotes et les faits d’arme qu’il évoque. Pourtant Robert Solé, derrière cette distance amusée, interroge le problème de la double identité (« un demi-égyptien de mon genre »), de l’oubli peut-être nécessaire à la survie de l’exilé (« mon amnésie volontaire »), mais le narrateur toujours flotte entre deux eaux. Et la raison de ses soudains retours à la Villa de Qars el-Doubara est bien moins avouable qu’elle n’y paraît : alors à quoi bon la dissimuler jusqu’à la fin derrière un écran de fumée ? Le « suspens » n’apporte aucune tension dramatique particulière, enfumant le cœur du roman dans une volute de plus. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Une soirée au Caire Robert Solé Éd. du Seuil, 17 euros Chaque saint a son jour de fête… Carlos revient à la petite bourgade paternelle de Tamesis, tout juste à portée des lumières de Médellin, pour en briguer la mairie. Son frère Fernando Vallejo fait le récit à un inconnu de cet épisode familial autobiographique en forme d’épopée burlesque et de chronique villageoise délirante : comment Carlos et son amant, couple quichottesque, partent à la conquête d’un royaume de pacotille, juchés sur leurs ânes. Comment, une fois élu grâce aux morts, le nouveau maire guidé par son amour de la rhétorique latine et ses utopies humanistes, entreprend grands travaux et réformes dérisoires. Comment les deux hommes, entourés d’un curé, de gitons et d’édiles corrompus, baladent en palanquin à porteurs Petit-Chié, leur enfant-roi. Comment déchu, ruiné, emprisonné pour fraudes et aveugle, Carlos finira par mourir avec son vieil amant. Le portrait de ce frère ambigu, maire valeureux et roi fantoche, authentiquement idéaliste et parfaitement décadent est prétexte à une charge au vitriol contre la Colombie, sa corruption, sa violence, sa misère endémiques, où Vallejo déploie toute l’efficacité d’un humour noir effroyable, et l’étonnante puissance corrosive d’une langue exubérante, qui jouit de sa propre ratiocination, de sa haine roborative et de son anticonformisme cynique jusqu’à la caricature et la saturation : une oraison funèbre qui fait leur fête à tous les saints… AUDE FANLO Carlitos qui êtes aux cieux Fernando Vallejo Éd. Belfond, 19 euros L’auteur était invité de l’Alcazar le 13 nov dans le cadre des Belles Etrangères Robert So1é Solé était invité â à la 2° e édition des Écritures méditerranéennes les 27 et 28 nov aux Docks de la Joliette. Devoir de mémoire Vincent Borel livre une fresque historique et sociale qui va de l’après-guerre 14-18 à l’après-guerre 39-45. Pour lutter contre les négationnistes de tout crin, et rendre hommage à Antonio, son grand-père espagnol républicain, et à tous les Espagnols qui se sont battus puis exilés. Vincent Borel relate dans le 1er chapitre une conversation en 2001 où l’un des protagonistes déclare qu’il n’y a jamais eu de chambres à gaz au camp de Mauthausen alors qu’Antonio y a été déporté ; l’autre confie qu’il descend de la famille Gillet, celle des soyeux puis de Rhodiaceta, les rois de la viscose et du nylon, mais aussi des fabricants du gaz moutarde et du Zyklon B ! Commence alors la chronique en chapitres alternés de l’Espagne d’avant le franquisme puis de la prise de pouvoir du dictateur, et du déploiement industriel et juteux des soyeux lyonnais, devenus collabos sans état d’âme. Les dessous de l’Histoire, les tractations, et la bonne conscience des dames patronnesses qui font la charité aux ouvriers et veillent sur leur âme. Mais aussi le récit de la vie à Barcelone d’Antonio, de son mariage avec Isabel, de la fuite en France, de la guerre et des camps. À la fin l’auteur laisse parler les mots de son grand-père, qui témoignent de l’atrocité des camps. Un livre passionnant pour ce qu’il dévoile, rédigé de façon efficace, sans effets, au plus près du réel. CHRIS BOURGUE Antoine et Isabelle Vincent Borel Éd. Sabine Wespieser, 24 euros k'Jiili fdFEC+7TlM
RENCONTRES LIVRES 67 Non au ronron ! À l’Attrape-mots, les livres se vendent comme des petits pains. Normal : autrefois, le 212 rue Paradis était une boulangerie ! Après 8 ans, Agnès Gateff et ses associés ont fait du lieu une adresse qui compte dans l’univers marseillais des livres. Malgré le peu de déambulation la librairie a su attirer une clientèle variée. Ici, on ne fait pas que vendre : on écoute, on conseille, c’est pour cela qu’on est libraire ; et c’est pour cela que les gens reviennent. Zibeline : En dehors de vos conseils aux clients et des rencontres que vous organisez avec des auteurs, vous animez également un rendez-vous lecteurs auquel vous attachez beaucoup d’importance. Comment cela a-t-il démarré ? Comment procédez-vous ? Agnès Gateff : L’idée m’est venue en voyant les gens qui se parlaient dans la librairie ; j’ai eu envie de proposer quelque chose du même genre, dans un cadre plus formel, pour parler de littérature autrement, entre gens différents, qui ne se seraient jamais rencontrés sans cela. Je voulais qu’hommes et femmes, jeunes et vieux échangent en dehors des clivages Bouquiniste, vraiment ? Apostille (n.f.) : addition faite en marge d’un écrit, d’une lettre. La définition, Muriel Parrouffe s’en souvenait lorsqu’elle a racheté, en juillet dernier, le fonds de Book’in, sur le cours Julien. Toilettée, L i immiiiimmulii -', 1 I X-D.R X-D.R habituels. Et ça a marché ! Depuis 3 ans on n’a pas arrêté. On se retrouve le 1er mercredi de chaque mois à 19h15 pour discuter d’un livre que tout le monde a lu. Chacun apporte un peu à grignoter et à boire et parfois on reste plus de 3 heures. Pour eux comme pour moi, c’est une parenthèse où la parole circule librement. Combien êtes-vous ? Entre 15 et 20, avec un noyau dur de fidèles et d’autres qui changent. C’est bien d’ailleurs que ce ne soit pas toujours exactement le même groupe. Qui choisit les livres ? Moi ! (rires) Avec le désir d’emmener les lecteurs hors de leurs habitudes. Le dernier, personne n’en avait entendu parler. J’essaie de varier, de passer de la littérature française au domaine étranger, du très contemporain au plus ancien, toujours dans le but de susciter des découvertes. Vous semblez craindre la routine… C’est vrai ; j’espère garder à ces échanges leur caractère ouvert, non ritualisé. Je voudrais rester une force de résistance. Au formatage, aux préjugés. PROPOS RECUEILLIS PAR FRED ROBERT Prochaine rencontre à L’Attrape-mots le 19 janv avec Lionel Salaün pour Le retour de Jim Lamar (voir Zib’33) www.librairie-paca.com rangée, la nouvelle Apostille porte bien son nom. Non contente d’« offrir une deuxième vie aux livres », après 6 mois d’existence, la bouquinerie amorce un virage qui ne manquera pas de lui ajouter le « supplément de librairie » auquel sa propriétaire aspire. Pas question de heurter les habitués. L’occasion est donc encore maîtresse des lieux, avec un grand choix d’ouvrages en tous genres, de DVD et de CD également, et surtout un ingénieux système d’échanges qui fidélise la clientèle. Vous rendez un livre ou un DVD après lecture ? Vous pouvez à la place en emporter un autre à moitié prix. Cela fonctionne plutôt bien. Pourtant, là n’est pas l’objectif principal de cette libraire de formation qui entend bien infléchir, en douceur mais sans désemparer, l’orientation de son Apostille. Elle a commencé en proposant aux éditeurs de la ville sa vitrine pour leurs ouvrages. Le Bec en l’air, Parenthèses, Images en manœuvres et d’autres n’ont pas hésité. Ainsi se côtoient le neuf et la seconde main, les beaux livres et les poches, les mangas et la philo, dans un espace éclectique, qui n’attend plus que quelques aménagements supplémentaires pour devenir un lieu de rencontres et de débats. FRED ROBERT m Librairie Bouquinerie Apostille, Marseille 6 e www.apostille-librairiemarseille.1s.fr L’Ecailler est mort, vive l’Ecailler ! Cette formule surprenante figurait sur le courriel d’invitation envoyé à tous ceux qui souhaitaient venir fêter les 10 ans de la maison d’édition marseillaise bien connue. C’est ainsi que, le 12 nov, la salle de conférences de la BMVR Alcazar a accueilli un public nombreux de lecteurs fidèles, d’amis, d’auteurs maison aussi, venus célébrer un drôle d’anniversaire. Car s’il est indéniable que L’Écailler a vécu toute une décennie, il n’en est pas moins vrai qu’aujourd’hui la maison d’édition est en liquidation judiciaire (depuis l’été dernier) et en instance de rachat. L’Écailler est donc bien mort, hélas ! Mais cela n’a pas empêché son triumvirat d’être là, bien vivant, pour évoquer la naissance et les riches heures de cette maison qui voulait éditer de la « fiction populaire » et a largement contribué à la diffusion du « polar à Marseille ». Patrick Coulomb, Michel Martin-Roland, François Thomazeau, 3 journalistes, 3 copains, qui avaient dans l’idée de fonder une revue littéraire (d’où ce nom potache en référence aux célèbres Cahiers du Sud) et se sont retrouvés éditeurs… Pour faire connaître de nouveaux auteurs et les aider à « devenir des écrivains ». Ils y ont réussi : un réel impact médiatique, beaucoup de manuscrits reçus, des lecteurs. Une belle aventure, qu’aucun d’entre eux ne regrette, et que chacun a racontée avec humour, pendant qu’un diaporama, réalisé par Coulomb, rappelait les rencontres et les moments festifs auxquels l’Écailler s’est associé depuis 2000. Car l’histoire de ces 3 fadas de polar, d’humour et de rock n’roll, c’est aussi celle d’une famille d’amis qui s’est constituée au fil des ans. Et qui n’est pas près de mourir, l’ovation du public et les interventions émouvantes de certains auteurs l’ont bien montré… FRED ROBERT



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