Zibeline n°36 décembre 2010
Zibeline n°36 décembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de décembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... entreprises et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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06 POLITIQUE CULTURELLE FESTIVAL D’AVIGNON Aller au bout du chemin Parvenus au terme de leur second mandat, les deux directeurs du Festival d’Avignon ont vu leur mission prolongée de deux ans, jusqu’au festival de 2013 Zibeline : Pourquoi cette prolongation, qui apparaît comme un moyen terme entre un départ que vous ne souhaitiez pas, et un nouveau mandat qui ne vous a pas tout à fait été confié ? Vincent Baudriller : Le Conseil d’Administration a décidé cette prolongation, en 2012 et 2013, afin de nous puissions poursuivre une transformation qui n’est pas achevée. Nous avions l’impression d’être au milieu du gué. Sur quoi repose cette transformation ? Sur deux piliers : nous voulons affirmer la place d’un festival de création des arts de la scène, accueillir les plus grands, soutenir les plus jeunes, développer l’activité de création. Pour cela nous avions besoin d’une salle de répétition : on ne peut pas programmer 20 créations sans lieu pour répéter ! La Salle de Monclar, qui offrira un plateau de répétition de la taille de la Cour d’Honneur, permettra enfin de créer dans de bonnes conditions. Les budgets sont à présent votés, et elle sera opérationnelle pour le Festival 2013. L’autre pilier est l’implantation du festival sur son territoire. Nous avons emménagé à l’année à Avignon, nous faisons à présent des rencontres mensuelles, et avons lié des relations avec les écoles, l’université, l’ISTS, le Conservatoire, mais aussi les prisons et les centres sociaux. La salle de répétition permettra une médiation plus facile avec les artistes, qui créeront ici, dans un quartier populaire. Quels sont, aujourd’hui, les effets de cette transformation ? Le succès est réel, la vente de place n’a jamais été aussi forte, et le public se renouvelle. Il se rajeunit, et pourtant certains festivaliers de 1947 continuent à venir ! Le public a beaucoup bougé dans son ouverture, sans doute grâce à la multiplication des rencontres autour des spectacles. Par exemple la radicalité de la proposition d’Angelica Liddella rencontré une adhésion très large, y compris dans un public plus familial. La richesse et la qualité des débats témoignent également de la transformation du public. Lorsqu’on prend le risque de la création il faut s’ouvrir au débat. On vous reproche vos échecs pourtant, en particulier dans la Cour, en particulier avec le théâtre de répertoire. Oui, vous-même d’ailleurs nous avez reproché certains aspects de notre programmation... Il y a une erreur commune, qui consiste à croire que l’héritage de Vilar serait dans le répertoire. Dès 47 il créait Claudel à côté de Shakespeare, et son Festival de 1967 par exemple était d’une radicalité que je n’aurais jamais osée, même en 2005 : il programmait Béjart, La Précision Vincent Baudriller Ilka Kramer.1Nr Messe pour un temps présent, le Living Theatre et La Chinoise de Godard ! Dans la Cour ! Nous n’avons jamais programmé ainsi, exclusivement, de la création contemporaine. En témoignent le choix de nos productions déléguées, c’est-à-dire celles dans lesquelles nous investissons le plus : Peer Gynt, Angelo Tyran de Padoue, ou Richard II l’an dernier. De toute façon, même le théâtre de répertoire est de la création contemporaine : une mise en scène est forcément une création, contrairement à des musiciens qui jouent du Bach. Mais nous voulons gagner cette liberté de programmer des artistes inédits, des esthétiques inédites, jusque dans la Cour. Pour cela il faut travailler le rapport au public. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL Nous avions écrit dans le Zib’de septembre qui faisait le bilan du festival 2010 : « On aimerait voir [de grands metteurs en scène] dans les Cours d’Avignon, sinon à leur tête. » Le dictionnaire de l’Académie est clair : la tournure « A sinon B » « concède l’absence de B » comme dans la phrase : « J’ai rempli mes devoirs avec -MF exactitude sinon avec enthousiasme. » (Bernanos). Nous ne souhaitions donc pas le départ des co-directeurs d’Avignon… A.F. Patrick Pineau Delphine Michelangeli Anti-héros en imposture Patrick Pineau était l’invité de la 1 re rencontre publique organisée pour la 65 e édition du Festival d’Avignon. En compagnie d’Anne Alvaro, Herbé Briaux et Sylvie Orcier, il a lu des extraits de la pièce du soviétique Nicolaï Erdman Le Suicidé, qu’ils créeront à la Carrière Boulbon. Le metteur en scène a ressorti sa casquette de comédien pour l’occasion, en remplaçant (fort bien) Eric Elmosnino dans le rôle du héros Sémione Podsékalnikov. Même s’il avoue : « Comme je ne joue plus beaucoup, je suis en sur-énergie, je l’ai fait un peu comme un cheval de trait. Le côté Chaplin d’Eric amènera autre chose. » La pièce est une tragi-comédie bouillonnante, « une farce qui critique le pouvoir en place et raconte aujourd’hui, questionne l’existence et résonne avec Hamlet. » L’histoire d’une imposture, dans laquelle un anti-héros est poussé au suicide par l’intelligentsia « pour la bonne cause ». Traversée par 18 personnages pittoresques (et une troupe de D 15 acteurs… que du bonheur !), c’est l’occasion de découvrir un auteur longtemps censuré, héritier de Gogol et proche de Maïakovski, à « l’écriture remplie de vie, qui renverse, qui fait rire et secoue, qui parle de la perte d’identité à travers l’humour. » Un « coup de cœur » déniché par Eric Elmosnino, qui « a eu l’envie profonde de jouer ce bonhomme » et a totalement séduit Patrick Pineau. « C’est une pièce désespérée, écrite pour les acteurs, pleine de vie, qui part d’un homme au chômage qui se réveille en pleine nuit en réclamant du saucisson de foie à sa femme. Ça c’est prodigieux. » DELPHINE MICHELANGELI La rencontre publique avec Patrick Pineau a eu lieu le 29 nov à la Salle Benoit XII À noter : Patrick Pineau met également en scène Sale Août, qui tourne actuellement dans la région (voir p 10)
CONTRE FORUM CULTURE POUR CHACUN POLITIQUE CULTURELLE 07 Chacun pour tous ! Initié par le syndicat Sud Culture 84, en partenariat avec les cinémas Utopia, l’Ajmi et le Théâtre des Doms, le Contre Forum de la Culture a vécu sa 3 e édition à un rythme intensif. Une soirée et une journée, ouvertes à tous et sans carton d’invitation, pour réfléchir et débattre sur la notion de « service public de la culture » opposé au point de vue de la « culture pour chacun », du Ministère de la Culture. Une franche alternative au Forum d’Avignon, Davos de la Culture avec petits fours et paillettes, qui réunit industriels et financiers depuis 3 ans, au sein même de la cité papale où Jean Vilar créait un modèle de démocratisation culturelle et d’éducation populaire, et qui s’est soldé le 4 novembre par un gazage des manifestants devant le Palais des Papes ! Ce Contre Forum devient une agora incontournable de réflexion sur Avignon, par la qualité des intervenants et des points de vue exprimés (artistes, directeurs de structures culturelles, enseignants, chercheurs, journalistes) avec une augmentation croissante du nombre de « spectActeurs ». Vu la densité, et parfois l’opacité pour les non-initiés, des 4 débats proposés (culture et public, culture et Europe, marchandisation ou émancipation, évolution technologiques dans le cinéma) s’élevant contre un « affadissement des contenus », ce temps de réflexion mériterait largement… plus de temps. Mais la culture démocratique, équitable et non marchande, en a-t-elle encore ? DELPHINE MICHELANGELI La 3 e édition du contre forum de la culture s’est déroulée les 26 et 27 nov à l’Ajmi, théâtre des Doms et Utopia à Avignon v rui* t+ et 21 i1oŸ\iv1i{4... * ; n$mâ IMO Delphine Michelangeli Zibeline a demandé à Alain Hayot de réagir à la nouvelle politique culturelle du ministère La haine de l’art Le débat autour de la prétendue opposition entre « la culture pour tous » et « la culture pour chacun » pourrait être un aimable sujet de discussion pour colloques et dîners en ville. Ce qu’elle est d’ailleurs, depuis la nuit des temps… Du moins depuis qu’André Malraux, en 1959, avec la création d’un ministère de plein exercice, fit des « affaires culturelles », selon la terminologie de l’époque, un sujet majeur de l’action publique. L’irruption dans le débat public du rapport Lacloche intitulé « La culture pour chacun, programme d’action et perspectives » (sept. 2010), note confidentielle d’un membre du cabinet du ministre Mitterrand mais largement disponible sur la Toile, pourrait être un rideau de fumée de plus, parmi ceux auxquels le sarkozysme nous a habitués. Ne nous y trompons pas, il s’agit de beaucoup plus que cela. En premier lieu parce que cette note est issue d’un rapport commandé par le ministre à Elise Longuet, dirigeante d’une des holdings financières les plus puissantes de la place de Paris où elle s’occupe, entres autres, du mécénat culturel ; ensuite parce qu’elle est devenue la philosophie officielle du ministère qui l’a choisie comme logo, la culture pour chacun possédant désormais un référent dans chaque DRAC qui sont chargées d’organiser des assises dans toutes les régions ; enfin parce que cette idée reprend une thèse souvent défendue par Nicolas Sarkozy qui pense que « l’échec de la démocratisation culturelle » serait due aux politiques publiques de la culture qui auraient favorisé l’offre artistique aux dépens de la demande. Souvenons-nous de la lettre de mission qu’il avait envoyée à Christine Albanel, où il lui demandait de mesurer les subventions à l’aune de la « popularité » du spectacle ! Bien sûr il était nécessaire de faire appel à Malraux pour justifier ce changement de cap. Dans un discours du 27 octobre devant l’Assemblée nationale, où il présentait le budget 1967 de son ministère, André Malraux devait déclarer : « Ce que la III e République avait réalisé, dans sa volonté républicaine, pour l’enseignement, il s’agit de faire en sorte que chaque enfant de France puisse avoir droit aux tableaux, au théâtre, au cinéma, etc., comme il a droit à l’alphabet. » Il aurait pu dire « tous » les enfants de France ; il a dit « chaque » … La belle affaire ! Ce choix de vocabulaire doit, du reste, être remis dans son contexte politique, celui de la guerre froide où il est de bon ton d’opposer le collectivisme à l’individu, le tous et le chacun. Où est l’art ? Il n’en reste pas moins que Malraux ne nous parle que d’art. En revanche le rapport Lacloche ne nous parle jamais d’art. Sauf au détour d’une phrase, presque en s’excusant de n’avoir pu l’éviter… Comme l’écrit Nicolas Bourriaud, dans un ouvrage récent au titre évocateur 1 : « Comment penser l’art en termes d’« utilité » sans s’interroger sur celle des institutions économiques et politiques, et de leur articulation ? Si l’art se voit considéré comme moins « utile » dans une société donnée, cela en dit long sur les valeurs de celle-ci ; on réduit l’utile à la sphère du profit. Mais au fait, pourquoi y a-t-il si souvent rien plutôt que de l’art ? » Car c’est bien de cela qu’il s’agit : pour « ces gens-là », ce « souvent rien » est déjà de trop et après tout mieux vaut une culture populaire dominée par la Star’ac que par les artistes qui eux ont trop à dire. Les chiffres semblent donner raison au postulat que la démocratisation culturelle a échoué : à quelques exceptions près la fréquentation des œuvres n’a que très peu évolué, au regard des efforts consentis par la puissance publique. Mais de là à dire, sans autre forme de procès, que la raison en serait que cette fameuse « culture pour tous » serait en fait la « culture des artistes », devenue une « culture officielle », arrogante, élitiste et intimidant le peuple, il y a une marge qui fait allègrement l’économie de la réalité du travail des acteurs culturels, et surtout de la crise sociale et civilisationnelle que leur système nous impose. Segmentation populiste Le mot est lâché. Quand « ces gens-là » commencent à parler du peuple, le populisme n’est jamais loin. Populisme dont la vie culturelle, même si elle en est l’un des terrains d’exercice privilégiés, n’a pas le monopole : de l’Identité nationale à la Maison de l’Histoire de France, en passant par les politiques xénophobes et sécuritaire, nous sommes désormais entrés dans la dernière ligne droite de ce que nous dénoncions depuis un certain temps : nous sommes passés d’une attitude de démantèlement de l’existant à une attitude de construction d’une politique. Les étapes sont de plus en plus lisibles : après les tâtonnements du début, qui allaient jusqu’à envisager la disparition pure et simple du ministère, puis sa reprise en main, à coup de réorganisations hâtives, de RGPP, de Conseil de la Création artistique, de réforme des collectivités territoriales…, on aboutit à la nomination de Frédéric Mitterrand, bateleur médiatique, fidèle brouilleur de pistes et conducteur de travaux de la dernière étape. Il s’agit en fait d’en finir avec le service public de la culture, et de faire du ministère un instrument au service du marché des industries et des produits culturels. Sous couvert de culture populaire et d’individualisation des choix, nous sommes bien dans la logique d’une droite « décomplexée », dans le champ culturel comme dans ce qui touche à l’humain et qui veut amoindrir la puissance publique au profit des intérêts mercantiles, casser les solidarités au profit d’une segmentation du peuple. Demain Si l’heure est à la résistance contre les attaques, frontales ou sournoises, que subissent les arts et la culture sous le règne de Nicolas Sarkozy, il n’est pas trop tôt pour travailler à la reconstruction d’une politique publique de la culture et des arts, pour tous et pour chacun. Celle-ci suppose de renouer les fils interrompus entre la création et l’éducation populaire, afin de donner un nouvel élan et du sens à l’appropriation citoyenne par chacun de notre destin à tous. C’est peut être cela qui nous permettra de retrouver les chemins de l’utopie, qui est la chose la moins partagée du moment. ALAIN HAYOT, CONSEILLER RÉGIONAL PACA, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION AMÉNAGEMENT ET DÉVELOPPEMENT DES TERRITOIRES, DÉLÉGUÉ NATIONAL DU PCF À LA CULTURE 1 Pourquoi y a-t-il de l’art plutôt que rien ? - Propos recueillis par Raphaël Cuir [Archibooks éd., avril 2009]



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