Zibeline n°36 décembre 2010
Zibeline n°36 décembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de décembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... entreprises et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 THÉÂTRE ARLES NÎMES OUEST PROVENCE 1 Telle qu’elle 0 Il en impose Jean-Claude Dreyfus, il a beau faire son entrée sur des talons dans une robe à fleurs, il en impose. Mais dès que Marie-Pierre fait entendre sa voix tout s’efface, et apparaît une femme fatiguée, préoccupée, mais heureuse de s’occuper de son vieux père tous les mardis. Un jour où tous les deux s’affrontent plus qu’ils ne se confortent, l’un invectivant l’autre, et pour cause… Marie-Pierre est née Jean-Pierre, dans cette ville où habite encore son père, et ce dernier ne s’en souvient que trop. Aussi lors des courses à Monoprix, chaque mardi, Marie- Pierre affronte les regards, et la voix forte de son père qui ne manque pas de faire se retourner les clients quand il lui demande pourquoi tout ça. On jauge, on grimace, on juge sûrement, des mots fusent, honte, pas possible, quand même… Dans une mise en scène volontairement dépouillée de Michel Didym, l’immense Jean-Claude Dreyfus interprète avec humanité et émotion retenue la liberté si chèrement payée de Marie-Pierre, sur un texte d’Emmanuel Darley dont la savante structure use de mots simples, ceux de tous les jours, qui rendent plus poignante encore cette exclusion. À ses côtés, présent mais discret, Philippe Thibault souligne les subtilités du récit à la contrebasse. DOMINIQUE MARÇON Eric Didym Le Mardi à Monoprix a été joué au théâtre d’Arles les 23 et 24 novembre Défroissée l’humanité ! Les personnages sont là, les noms nous sont familiers puisqu’il s’agit d’Antigone, de la ville de Thèbes, de Polynice et Étéocle et leur guerre fratricide, de Vincent Muteau Créon et sa loi injuste, d’Hémon amoureux… mais il y a aussi l’oiseau critique que consulte Créon et qui fait office de chœur, le maçon débordé par les Oratorio trash La cie Nîmoise Subito, après l’avoir d’abord créée dans son cabaret le Petit Subito, a adapté son Requiem pour Miss Blandish à l’Odéon, transformant le lieu en club de jazz américain, jusqu’à rendre les spectateurs complices et directement concernés par cette sale histoire grâce à un dispositif frontal très resserré (la « scène » très longue et très étroite divise le public). Henri Le Ny, derrière son pupitre, entame le récit, tandis que derrière lui les musiciens distillent la bande son créée par Patrick Miralles, mi-effrayante, mi-aventureuse, collant au jeu des comédiens (3 seulement !) déchaînés. C’est que l’histoire de Miss Blandish n’est pas des moins violentes : cette héroïne du roman de James Hadley Chase -Pas d’orchidées pour miss Blandish- fille d’un o brèches qu’il faut combler, le mur qui petit à petit va diviser la scène, et le public qui se trouve être placé de part et d’autre… Ramassée, et singulièrement revisitée, l’histoire va subir un délicieux « défroissage », rappelant même l’histoire récente, tendance mur de Berlin et privation des libertés. Ici tout est en papier et en bois, du décor (y compris le mur qui sera monté au gré des injonctions de Créon) aux personnages ; du papier travaillé, froissé et coloré selon qu’il habille les marionnettes ou se découpe dans les lumières tamisées, servant même parfois de support à des ombres menaçantes. Les marionnettes créées et manipulées par Camille Trouvé font corps avec elle, et l’illusion est saisissante : que ce soit Antigone la combative, Créon ramassé sur lui-même, fatigué, les gardes dont la ronde de surveillance tourne au millionnaire, est kidnappée la veille de son mariage pour son collier de diamants, après avoir vu son fiancé se faire tuer sous ses yeux, par une bande Stéphane Barbier plaidoyer politique, ou encore l’oiseau, confident de Créon distillant tranquillement ses doutes et ses questions… Parce que la comédienne prend le temps de les faire vivre, elle rend les marionnettes infiniment humaines, proches, changeant de voix, et de rythme, selon les personnages. Sans oublier la partition crée par les violoncellistes pour la pièce, et jouée sur scène par Martina Rodriguez (cocréatrice de ladite partition avec Sandrine Lefebvre) et Véronica Votti. Un grand régal ! DO.M. Une Antigone de papier a été jouée au théâtre de l’Olivier, Istres le 3 décembre o de pieds nickelés dont un des membres, Slim, est un psychopathe débile et sadique… Gardant la trame intacte, la mise en scène de Doumée, fondatrice de la cie, évacue quelque peu la violence faite de cruauté et de sévices sexuels que l’on retrouve tout au long du roman. Une succession de tableaux courts rythme cette poursuite entre gangsters et détective de façon très cinématographique, passant de la parole au chant et de la musique à la danse dans un mouvement fluide quasi perpétuel. Déroutant et séduisant. DO.M. Requiem pour Miss Blandish a été donné les 1er et 2 décembre à l’Odéon, Nîmes
AVIGNON CAVAILLON ARLES THÉÂTRE 17 Théâtre de vie en partage Catherine Zambon a fait la tournée des bars du Luberon pour des lectures de son livre Les Z’habitants. Un projet initié en 2004 par la scène nationale de Cavaillon, qui s’est baladé depuis dans le Lot et le Dauphiné. Inspirée par les lieux de vie d’hôtes inconnus, où elle s’immergeait 3 heures durant seule dans leur habitation, l’auteure a donné naissance à 14 textes théâtraux d’une humanité exquise. « J’ai mis un certain temps à me dire qu’il fallait s’enraciner dans son ressenti, être très près de soi pour à la fois décrire l’endroit et imaginer quelque chose qui mêle le lieu et son intimité. » Elle allait à l’aveugle dans ces maisons, prenait des notes sur le vif, écrivait ses sensations puis revisitait ses écrits 2 ou 3 semaines Gérard Gélas avait déjà monté Mais n’te promène donc pas toute nue ! en 1987 mais avouait, après coup, avoir fait du vaudeville, « exactement ce qu’il ne fallait pas ». Il ressert donc une 2nde mise plus tard. « C’était une mine d’or, même dans les lieux qui ne m’inspiraient pas au départ, où j’étais mal à l’aise, j’ai pu installer des scénarios. » Après plusieurs Dialectique identitaire Il est plutôt louable de vouloir créer un spectacle à partir des problématiques liées à l’identité, à la transmission et à la transgression. Le GdRA, dans son spectacle pluridisciplinaire Nour, tente de dresser le portrait d’une jeune femme, Nour El Yacoubi, née en France de parents algériens qui trouve dans la danse hip hop le moyen idéal de se réaliser, d’échapper à ses origines oppressantes ; une transgression libératrice et émancipatrice. Nour n’existe pas, elle est une identité fictionnelle, créée à partir de témoignages d’habitants rencontrés un peu partout. Personnage pluriel sur scène, elle est représentée au gré du récit par une danseuse, un comédien, un témoin filmé… Cette parole morcelée, et souvent inutilement hurlée dans le micro comme si l’intensité du son donnait aux mots plus de sens, ne sert hélas pas le propos mais le dilue, appuyée en cela par une uniformisation vestimentaire (sweat rouge sur lesquels figurent le mot « personne ») et une démonstration visuelle souvent brouillonne de mots qui se chevauchent. L’échange ne fonctionne finalement pas car il est à sens unique. C’est dommage : Nour aurait pu être une porte-parole d’une communauté dont on aimerait partager la reconstruction identitaire, ou le point de départ d’une réflexion à partager. DO.M. Nour a été donné le 7 décembre au théâtre d’Arles Potiche en liberté ? Manuel Pascual D Delphine Michelangeli en scène de la pièce en s’attachant plus précisément à la mécanique de Feydeau, s’amusant toujours à démasquer mensonges et mascarades, et y ajoutant quelques effets personnels. Entendez notamment une analogie politique, joyeusement incisive, avec l’actualité et un croisement inattendu des protagonistes. « Je fais du Feydeau visuel et comme je ne peux rien changer au monde, j’ai décidé de rigoler » déclare le metteur en scène. Sous cet angle le pari est assez réussi. La pièce est courte, vive, drôle à force de quiproquos et de mauvaise foi, agrémentée d’un parti pris esthétique et musical très 80’s, clairement assumé. Clarisse (Olivia Forest, femme/enfant très porte-jarretelles), une jeune épouse pas si potiche qu’elle s’en donne l’air, se balade à longueur de journée quasiment nue devant famille et invités. Elle se libère du joug de son mari, le député Ventroux (Guillaume Lanson, tout à son affaire), en nouant des complicités inopinées. Où est la véritable indécence ? Dans le mois de réécriture, la fiction dramatique est au rendez-vous de chaque pièce, tissant une humanité et une galerie de personnages que l’on découvre goulûment, et que Catherine Zambon restitue aux « prêteurs » de maison, souvent très émus du résultat. « Lire du théâtre dans les bars, c’est jamais gagné d’avance » nous prévient-on. C’est en effet sonore, inhabituel, moins confortable et discipliné qu’une salle de théâtre, mais en parfaite adéquation, idéale, avec ce travail d’orfèvre entre réel et fiction qu’on pourrait écouter jusqu’au bout de la nuit. DE.M. Les lectures des Z’habitants de Catherine Zambon se sont déroulées du 7 au 10 décembre dans les bars du territoire du Luberon Incantations mentales Installée en cénacle dans la magnifique chapelle -glacée- des Miracles, la compagnie des Ouvriers, via Thierry Alcaraz et l’artiste vocale Nannette Van Zanten, a livré sa création mystique et incantatoire, Instant/Instinct. Un combiné de travail improvisé sur la voix, de viole de gambe et de vidéos numériques, qui laisse dubitatif. La proposition, audacieuse, consiste à tenter chaque soir de tisser un univers musical improvisé proche du sacré pour « vivre l’instant en s’oubliant et en oubliant l’extérieur ». Le comédien, survivant aux blessures du deuil, se lance sans filet dans le chant cérémonial, onomatopées à consonance arabe et yiddish, ne mesurant peut-être pas les inévitables comparaisons auxquelles il s’expose. Osé donc mais sincère. Malheureusement l’animation graphique « débordante de virtuosité » n’est pas à la mesure de l’ambitieux projet (un ciel en mouvement, des oiseaux, l’apparition de racines sur les voûtes de la chapelle… pas de quoi faire entrer en communion avec l’universalité !). L’émotion se débine devant ce qui se veut « une des formes du livre des splendeurs », et le « trait d’union entre ciel et terre » : à moins d’être doué de fervente spiritualité, le spectacle reste obscur. Mais on était prévenu : « seul ce que vous allez être va rencontrer ce que vous allez voir » annonçait le sticker délivré à l’accueil. De. M. La compagnie des Ouvriers a présenté Instant/Instinct du 2 au 5 décembre à la Chapelle des Miracles, Avignon mensonge vertueux d’un mari carriériste qui se rêve ministre ou dans la nudité de sa femme, qui fait du serviteur/journaliste (Emmanuel Besnault, un peu vert mais beau dédoublement de personnalité) son allié pour tendre un guet-apens à l’infidèle ? La réelle nouveauté se trouve dans la transformation du personnage de Monsieur Hochepaix en femme (interprété par Marie Pagès, délicieusement drôle). Un opposant à Ventroux qui aura le mérite de faire un clin d’œil aux femmes politiques, pas si potiches non plus ? DELPHINE MICHELANGELI Mais n’te promène donc pas toute nue ! s’est joué au Chêne Noir du 18 novembre au 5 décembre



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