Zibeline n°36 décembre 2010
Zibeline n°36 décembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de décembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 8,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... entreprises et culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 THÉÂTRE Échelons variables De la 5 e édition des Rencontres à l’échelle initiées par Les Bancs publics restera un sentiment mitigé pas facile à filtrer ; des propositions bien pensées pour être à l’épreuve du bien pensant ; un travail réel d’échanges entre artistes, créateurs des deux rives de la Méditerranée et même de l’autre océan ; les risques de l’expérimentation sans doute, mais pas les éclats ni même les ratages d’ailleurs... Alors quoi ? D’abord la confirmation que la complicité avec l’auteur algérien Mustapha Benfodil offre au public l’opportunité d’une découverte renouvelée d’année en année ; avec la reprise du texte toujours « en chantier d’écriture » mais « en cours d’achèvement » (sera donné aux Salins en mars 2011), au titre impossible et formidable de fausse naïveté (De mon hublot utérin je te salue humanité et te dis blablabla), la compagnie de Julie Kretzschmar Cerises de sel BANCS PUBLICS LA CRIÉE SÈTE GAP OUEST PROVENCE m Cessons d’amplifier ? La Criée a proposé deux spectacles très différents, dont les similitudes sautaient pourtant aux yeux : des salles pleines, un véritable succès public, de la musique, de la tragédie et des micros inutiles (pourquoi amplifier toujours jusqu’à nous casser les oreilles ?). Médée Raynaud de Lage a produit une forme intéressante, mise en mouvement par le chorégraphe Thierry Thieû Niang. Plateau nu, corps au sol, houle de vivants et de morts, levées de mots pour une traversée maritime et maternelle ; des souvenirs qui tanguent - « l’avenir, c’est le passé qu’on reconstruit » - affres et vomissements épiques, murmures et là, ça ne va pas, on n’entend plus... les chuchotements du sujet noyé dans l’horreur de l’Histoire contemporaine méritent que l’on monte le son ! Les Borgnes ou le colonialisme intérieur brut, autre spectacle « à venir », s’est donné (c’est le moins que l’on puisse dire !) en lecture sous la direction de Kheireddine Lardjam : texte chimère, épopée balèze, monstre de lyrisme et de platitudes-chocs, interrogations adolescentes, recyclages brechtiens et sans complexe, foisonnement verbal qui interroge ce temps qui ne passe pas, celui des pères, des ogres, des éventreurs et des mystificateurs « liquider c’est rendre fluides les années de plomb » ; écrasant sans doute pour les jeunes comédiens (qu’on leur enlève leur nez de clown par Tatouage d’Alfredo Arias est une tragédie grinçante : incarnant avec un magnifique mauvais goût (parfaitement dosé !) Miguel de Molina, personnage de Trav magnifique, le dédoublant, le détriplant et le confrontant à une Eva Peron en voie de momification, Arias réussit à produire une revue, très bien chantée dans l’ensemble, et aussi parfaitement dramatique : elle jette sur elle-même, sur l’art du cabaret, sur l’histoire argentine, sur l’homosexualité, ses répressions et ses désirs, un regard à la fois nostalgique et critique, et drôle de légèreté imposée… Le Médée de Laurent Fréchuret est à la fois plus intéressant et moins réussi. La musique y est fine, nettement moins racoleuse, composée et interprétée en direct par des musiciens formidables (c’est si rare au théâtre !). Quant au parti pris de conserver le côté statique face public de la tragédie antique, il est courageux, et assumé diversement par les comédiens. Catherine 17 août 1893, dans les marais salants d’Aigues-Mortes, c’est jour de liesse populaire. Mais des rixes éclatent entre ouvriers français et italiens, et dégénèrent en expéditions punitives contre les immigrés : au moins 8 morts italiens, plus de 50 blessés, 1000 ouvriers expulsés ! Aussitôt le jugement passé (aucune condamnation des coupables !), l’affaire est enterrée. La révolution industrielle est en route… À partir de ces faits sur lesquels l’historien Gérard Noiriel s’est penché dans un ouvrage remarquable (voir p 75 et Zib’28), Serge Valletti a écrit une comédie triste en quatre actes construite sur le même modèle que les pièces de Tchekhov : un premier acte qui pose avec lenteur les personnages et les caractères (une famille bourgeoise qui sera malgré elle au cœur du conflit) et le dernier où l’action retombe, quand il n’y a plus ni rideaux aux fenêtres ni tableaux aux murs de la Cerisaie… Entre les deux, c’est l’Histoire vécue du côté de ceux qui assistent aux tragiques événements calfeutrés dans leur haute bâtisse, à l’abri des fourches, rebelles, idéalistes, poltrons ou résignés. Un parti pris littéraire habile, servi par la scénographie cinématographique de Sylvie Orcier : succession de plans pour la perspective et la profondeur de champ, écran de voile blanc pour délimiter les espaces intérieurextérieur. Et amplifié par Patrick Pineau (voir p 6), fin connaisseur de l’œuvre de Valletti, dont la mise en scène limpide permet d’être au plus près de son écriture tout en laissant une plage de liberté aux acteurs. Tous magnifiques, les uns dans la certitude que le monde ne Sale aout Lucie Laurent Ravissements Elise Tamisier pitié !) forcément éclipsés par les interventions musicales du souverain Amazigh Kateb. De moindre intensité, la proposition de Geoffrey Coppini autour de Ravissements de Ryad Girod, pourtant servie par le vif savoir-jouer de Marianne Houspie et Eric Houzelot, fait entendre l’inquiétante étrangeté d’un quotidien déréglé déjà tellement exploré par la littérature que le récit en paraît simple réécriture ; déception aussi face à la « fable sur les rêves d’ailleurs » du Comorien Soeuf Elbadawi, en résidence dans les quartiers Nord, qui n’aura pas réussi, malgré l’intensité de sa virulence, à dépasser le rituel folklorique. MARIE-JO DHÔ vacillera pas, les autres dans l’intuition que rien ne sera plus jamais comme avant. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Sale août a été créé les 25 et 26 nov sur la Scène nationale de Sète et le 3 déc sur la scène nationale de Gap Les Rencontres à l’échelle se sont déroulées du 10 au 27 nov Germain y est magnifiquement échevelée, interprétant une Médée jamais hystérique dont le geste demeure pourtant immotivé (mais tue-t-on ses enfants par jalousie de femme abandonnée ? le personnage d’Euripide est-il psychologiquement crédible ?). Quant à Mireille Mossé et aux autres acteurs, ils sont diversement justes, diversement présents aussi, ne réussissant pas à peupler un espace scénique qui hésite entre représentation symbolique des lieux et scène nue de la déclamation. Dommage, car la traduction est belle, la vidéo discrète utilisée à bon escient, et la musique (Dominique Lentin, Takumi Fukushima, Jean-François Pauvros) agit en véritable partenaire dramatique… AGNÈS FRESCHEL Tatouage a été joué du 19 au 25 nov, Médée du 1er au 4 déc, à La Criée À venir Du 15 au 18 déc à La Criée, Marseille 7 e 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com Le 26 janv au Théâtre La Colonne, Miramas 04 90 58 37 86 www.scenesetcines.fr Le 28 janv au CNCDC Châteauvallon, Ollioulles 04 94 22 02 02 www.chateauvallon.com
LE GYPTIS LA MINOTERIE THÉÂTRE 11 Ouvrir les yeux La Minoterie a rendu hommage à l’auteur marocain Driss Ksikès, avec la mise en espace d’une de ses dernières pièces, 180 degrés, par Pierrette Monticelli. Un photographe vient photographier une femme qui porte la burqa et un étrange rapport se noue entre eux, fait de désir et de crainte, chacun se cachant de l’autre : l’un derrière son appareil, l’autre sous sa burqa. Autour d’eux, d’autres observent et dialoguent. Qu’en est-il de ce corps absent ? « Comment faire pour être vue sans être mise à nu ? » Un texte fort, très bien servi par les comédiens qui ont trouvé la juste place. Suivait une autre pièce de Ksikès, montée par le metteur en scène Jaouad Essounani avec les comédiens de sa jeune troupe Le Dabateatr. Mélange d’absurde et d’humour noir, parabole dérangeante de la condition humaine. 3 femmes et 3 hommes vivent courbés, obéissant à un dictateur invisible Lord Jim Géniale analogie qui fonctionne avec cohérence et légèreté (un miracle, mais on sait que c’est une « affaire entre le ciel et... » lui !) : la vie de la rock-star Jim Morrison éclaire frontalement, et même dans des recoins plus sombres, l’emblématique personnage de Molière ; du XVII e siècle aux années et muet, Il (Houwa en arabe). Son porte-parole vient virevolter et ordonner de temps en temps, sorte de charlot souriant. Ces hommes se disent sousterriens car ils vivent dans l’utérus de la terre, encerclés par un mur ; qu’y a-t-il derrière ? trouveront-ils la clé ? La pièce jouée en français et en darija, arabe dialectal marocain, est portée par l’élan Dom Juan Laurence Fragnol - 70 Dom Juan se réincarne dans le jean très ajusté et les épaules frêles du libertin à la fourrure (subtil Charles-Eric Petit qui distille les signes du bad boy jusqu’au bad trip final). Le texte est là, avec des coupes autour de l’argent -exit la visite de Monsieur Dimanche ou le « mes gages, mes gages » du valet frustré- ou l’inversion des rôles père/mère qui fructifie avec bonheur lorsque le jeune rebelle scarifie son torse de combattant à grands traits du rouge à lèvres déniché au fond du sac maternel oublié. Révolte et veulerie sous le regard permanent de Sganarelle (Hervé Pezières) toujours en scène, toujours juste et au diapason bondissant ! Jean Charles Raymond tient le cap des 5 actes dans le compagnonnage musical des Doors en toute légitimité dramaturgique, de Whisky Bar à The End et convoque avec intelligence le cinéma ; on se souviendra longtemps de la scène des paysannes – Houwa X-D.R. créatif et généreux de ces 2 créateurs qui ont obtenu le Prix du Festival de théâtre de Meknès en 2009. Plus tôt dans l’après midi, l’écrivain Driss Ksikes et Jaouad Essoussani, avec Saïd Aït el Moumen, (voir p 24) étaient réunis pour présenter la jeune création marocaine qu’ils incarnent. Répondant avec une verve intarissable et volontiers frondeuse aux questions de Richard Jacquemond et Stéphane Baquey, chercheurs à l’Université de Provence et spécialistes de littérature arabe, ils présentent leur travail respectif lié par une préoccupation commune : celle d’un rapport au public participatif, pédagogique et ritualisé, qui parie sur une culture exigeante diffusée par relais et réseaux, plutôt que sur les caricatures médiatico-touristiques auxquelles se réduit le soutien institutionnel. Et s’ils s’insurgent contre l’exotisme folklorique omniprésent dans leur pays, ils se méfient tout autant des postures faciles ou des revendications identitares : « orphelins de père et de repères », « nous ne sommes pas des plantes, nous n’avons pas de racines » ! AUDE FANLO ET CHRIS BOURGUE Il/Houwa s’est joué les 3 et 4 décembre à la Minoterie ici ouvreuses bonbon caramel– et du claquement si bien orchestré des fauteuils rouges qui scande les vains serments du séducteur ou de la parodie hilarante de Las Vegas Parano de Terry Gillian dans laquelle le « pauvre » se trouve naturellement un SDF du bord des routes. Et que dire encore de la mort qui vient, de la statue toute intériorisée dont l’avancée se signale par les croassements et les battements de bras tragiquement grotesques de Dom Juan vaincu selon les paroles de Jim-poète « La mort fait de nous des anges et nous donne des ailes, là où nous avions des épaules douces comme des serres de corbeau » ? Bref, le psychédélique sied à Molière ! MARIE-JO DHÔ Dom Juan a été joué par la compagnie La Naïve au Gyptis du 7 au 11 déc Je bouge donc je suis ? D’abord il y a sur la scène un énorme singe assis, immobile. Puis lumière sur le plateau et deux voix en coulisse qui posent la question autour de laquelle tout va tourner : « Qu’est-ce qui se passe quand on n’est pas là ? », et lancent une affirmation : « Quand je marche droit devant, j’avance et je pense. » Puis un pied suivi d’un mollet surgit dans le fond, suivi d’un corps, puis de deux : deux femmes en noir échangent des aphorismes puis des discours bavards sur l’existence, le fait d’être là, de parler, d’essayer de penser et de comprendre le monde. L’une est la tête pensante (Odile Massé), l’autre répète ce que dit l’une (Mawen Noury). Au début elles ne voient pas le singe, puis le voient mais l’ignorent : ça bouge pas, donc ça pense pas, donc ça existe pas ! L’univers est proche de Beckett et Tardieu, mélange d’absurde et d’ironie, en plus criard. Peu à peu la scène s’encombre d’un fatras d’objets hétéroclites et d’un tableau noir sur lequel elles inscrivent des questions ; les réponses ne sont pas satisfaisantes mais elles continuent à bouger pour faire diversion face au vide. Spectacle grinçant d’une troupe lorraine née à l’époque du Festival de Nancy créé par Jack Lang. Drôle par moments, mais pas vraiment philosophique. Bouger ne suffit pas pour être. Sur scène. Parler non plus, surtout autant.C.B. Folisophie s’est donné du 16 au 20 nov au Gyptis X-D.R



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