Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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88 PHILOSOPHIE ÉCHANGES ET DIFFUSION DES SAVOIRS UPRM Vérité, fiction et connaissance Quelques jours après le 11 septembre, la presse s’est fait l’écho d’une réunion entre des responsables américains de la défense et des scénaristes et réalisateurs d’Hollywood : il s’agissait de reconfigurer le monde d’après le 11 septembre en répandant une fiction, les bons les méchants, les terroristes d’un côté et les ennemis de la liberté de l’autre. Karen Hugues, ancienne directrice de la communication de Bush le confirmera : « nous sommes un empire et nous créons notre propre réalité » (cités in Story Telling par Christian Salmon, qui sera présent en mai). Mythe et Vérité Ce dédoublement du vrai par la fiction n’est pas nouveau : c’est un trait caractéristique de l’espèce humaine que d’inventer des histoires. La réalité n’est pas suffisante, ou du moins n’a aucun sens, et puis elle est changeante, souvent incohérente. Et surtout elle est angoissante. Ce n’est pas le souci du vrai qui domine en fait chez l’Homme, mais le besoin de se rassurer. Car finalement quel est le point commun entre la vérité et le mythe ? Un seul et de taille : les deux ont une fonction explicative. On pourrait même dire qu’ils sont aussi vrais l’un que l’autre. C’est presque ce que soutient Marcel Détienne dans Les maîtres de vérité dans la Grèce archaïque. Avant Socrate et les sophistes la vérité est représentée par le mythe : toute explication sur les rapports de l’homme aux autres hommes, de l’homme au monde ou concernant le monde lui-même est soutenue par un ou plusieurs mythes. D’ailleurs, le terme de vérité en grec se dit Alétheia, composé du « a » privatif et de Lethé qui dans la mythologie signifie le fleuve de l’oubli. La vérité signifie en grec « ce qu’il ne faut pas oublier », c’est-àdire le mythe. Cette vérité d’autorité apparaît aujourd’hui, avec notre regard rétrospectif, comme une fiction. Ainsi les fictions qui animent aujourd’hui l’ensemble des discours politiques, commerciaux et publicitaires ont bien une généalogie ancrée au plus profond de notre tradition occidentale qui tend à croire que le mythe « a du vrai ». Sophismes Mais ce n’est pas tout ; dans cette généalogie présocratique se situent aussi les sophistes, ces maîtres de l’éloquence qui vont bousculer l’archaïsme de cette Grèce : finis les vieux qui détiennent la vérité avec le mythe, place aux beaux parleurs : le discours le plus convaincant, celui qui séduit le plus l’auditoire, devient vérité. Le vrai est le persuasif. Le sophiste remodèle le vrai, le modernise et la démocratie peut advenir : le pouvoir revient au discours le plus séduisant. Ce sont les thèmes de cette nouvelle saison d’Échange et diffusion des savoirs. Quatorze conférences organisées par Spyros Théodorou qui donne le ton dans l’introduction au programme : « ce triptyque décrit des technologies d’ordre politique, qu’elles soient progressistes ou réactionnaires. » … On ne cessera jamais de s’interroger sur la vérité, qui est le fruit permanent d’un rapport de force, et de combats souvent perdus contre le mensonge, l’erreur et la fiction… La vérité estelle une valeur ? Est-elle vraisemblable ? Et qu’est-ce que « connaître » ? Ce qui fait bouillir Socrate, ce vieux sophiste masqué qui ne fait que parler et n’écrit rien ! Il n’en peut plus d’arpenter Athènes et de faire souffrir à la tchatche ces maîtres de parole : Socrate - Par le chien, Hippias, voilà une belle et brillante réponse. Ainsi donc, si je lui fais cette même réponse, j’aurai répondu correctement à la question posée et je n’aurai pas à craindre d’être réfuté ? Hippias - Comment le serais-tu, Socrate, si ton avis est celui de tout le monde et si tes auditeurs attestent tous que tu as raison ? (Platon, Hippias Majeur) Et point n’est besoin de forcer le trait pour montrer là aussi un autre ancrage des fictions modernes : il s’agit, en toute connaissance de cause, de ne point viser le vrai, mais juste de convaincre pour manipuler. Fiction d’une vérité Idéale C’est avec Socrate que la vérité prend son sens moderne d’objectivité, de communicabilité, d’unité, de conformité à des principes logiques ; mais à quel prix ! Au prix de ce que Nietzsche appellera la fiction des deux mondes, le monde sensible et le monde intelligible : le vrai c’est l’Idée et elle n’est pas de ce monde. Cette fiction n’est rien d’autre que la métaphore du sens moderne de la vérité : elle ne se donne pas à voir, c’est l’objet d’une construction intellectuelle, elle n’est pas si simple que ça ; et puis aussi elle est subversive : toute société doit se construire sur des fictions coercitives afin de préserver son ordre établi (voir Cornélius Castoriadis, l’institution imaginaire de la société). Alors quoi aujourd’hui ? Fiction sur les retraites, sur le capitalisme, sur l’histoire… Face à la complexité et à l’absurdité du fonctionnement du monde, ses incroyables injustices, les partisans du vrai se font rares, ne sont pas crédibles et dans le meilleur des cas restent sans voix. Notre société dispense alors des fictions crédibles et simples à comprendre, qui emportent sans trop d’effort l’adhésion du peuple manipulé. Pas étonnant que d’autres, Jaurès, Lénine, pensent que « seule la vérité est révolutionnaire » ! RÉGIS VLACHOS Marcel Debennc I {F }(y1lrC5d € l'ii, iluw Jo Grèce miatrur « Dans la Grèce archaïque, le poète est toujours un maître de vérité. Sa vérité est une vérité assertorique : nul ne la conteste, nul ne la démontre. Vérité fondamentalement différente de notre conception traditionnelle, Alétheia n’est pas l’accord de la proposition et de son objet, pas davantage l’accord d’un jugement avec les autres jugements ; elle ne s’oppose pas au mensonge ; il n’y a pas le vrai en face du faux. La seule opposition significative est celle d’Alétheia et de Léthé, l’oubli. » MARCEL DÉTIENNE LES MAÎTRES DE VÉRITÉ DANS LA GRÈCE ARCHAÏQUE
Désaliéner l’Art Tout peut-il être une œuvre d’art ? On n’en finira jamais avec cette question, posée depuis qu’une pissotière est entrée dans un musée. Pourquoi une roue de bicyclette est une œuvre d’art ? est la question précise et pertinente que pose Gabrielle Colace-Scarabino dans la dernière livraison de la collection Pourquoi des éditions Aléas. Un beau livre au sens où aucun questionnement n’y est oublié, du problème du beau jusqu’à la question politique, et ce avec une érudition bien dosée qui ne nuit jamais à la facilité de la lecture. Dès le début elle livre un combat, jamais perdu : la plupart des gens considèrent qu’une roue de bicyclette posée sur un tabouret c’est n’importe quoi ; comment leur donner tort puisque c’est vrai, c’est-à-dire que c’est une provocation de l’artiste : « Duchamp c’est pire ! il n’a ni bien fait, ni mal fait, il n’a pas fait du tout. » Cette œuvre est entrée par effraction dans l’histoire de l’art. Mais maintenant qu’elle y est, il faut bien faire avec ! Et on ne s’en sortira pas avec de longs développements sur les ready made et l’intention performative de l’artiste (je suis un artiste et donc quand je dis que ceci est une œuvre d’art ça en est une, même si je n’ai pas touché l’objet de mes mains). L’auteur évite en effet les pièges de l’herméneutique de l’œuvre qui consiste à vouloir faire comprendre aux béotiens et autres ploucs insensibles à l’art contemporain pourquoi c’est une œuvre d’art : Gabrielle Colace-Scarabino, sans jamais lâcher la question titre, assume les paradoxes de l’art contemporain et spécifiquement de cette œuvre. Il y a des causalités multiples qui font d’un objet une œuvre d’art : l’espace-temps déjà dans le cadre du performatif : tel jour à tel lieu il y aura art ; le pôle spectateur comme le reconnaît aussi Duchamp : sans Picasso et Apollinaire, le Douanier Rousseau ne serait pas rentré dans l’histoire de l’art ; et puis surtout le champ social et la technologie. Ce qui nous interroge sur les œuvres de Duchamp est la même chose qui arriva au début de la photographie : en quoi le pléonasme de l’expérience sensible est-elle un art ? Duchamp remet en cause toutes nos habitudes, en nous demandant à l’inverse s’il est possible qu’un objet ne soit pas une œuvre d’art. En renversant en fait la question kantienne : puis-je avoir un regard esthétique et désintéressé sur un objet manufacturé qui par définition présente un intérêt ? À partir de questionnement radical de Duchamp, Gabrielle Colace-Scarabino s’étonne du statut politique de l’art, qui n’est jamais moins populaire que lorsqu’il s’attache aux objets de tous, et a besoin dans tous les cas de les exposer : « N’est-il pas étrange que l’art ne se popularise, ne se banalise, qu’en se faisant spectacle, c’est-à-dire finalement en recréant une forme de séparation du public, une distance, une passivité, une non-intervention qu’il avait tenté d’abolir en prenant pour objet le quotidien ? » Un art révolutionnaire, d’émancipation, serait-il celui que tout sujet pourrait se réapproprier afin de mettre œuvre ses activités vraiment humaines ? R.V. W14rlelus, 4o{'t:.ï1.:nIR.111] NO IIY]I C(.1.1.l l 11 1 ! I M.1 a Il l II1Ir44'I.ICl'L'Y. 41 LIl TY.4.Kr 4.1.1 Pour une transformation sociale Depuis 2007 l’Université Populaire et Républicaine de Marseille organise régulièrement des conférences animées par des chercheurs ou des acteurs du mouvement social, qui acceptent de partager leurs compétences ou leurs expériences. Les fondateurs de l’UPR ont un objectif : relancer un débat pluraliste à gauche dans un contexte où la parole publique semble se limiter à la confrontation du libéralisme économique, du capitalisme vert et du social-libéralisme. Car c’est bien avec un angle d’attaque qu’une analyse a de la force : sans idée derrière la tête on ne peut rien comprendre au monde social. Pour exemple, la réflexion marxiste permet de dégager les enjeux là où une analyse socio-libérale ou conservatrice reste aveugle, oubliant que les rapports de classe structurent tout le champ politique. Ainsi aujourd’hui de la réforme des retraites : si l’on croit rester « objectif » avec le seul angle d’intelligence démographique, on ne comprend rien : elle est imposée par le capital financier. Mais les intervenants de l’UPR ne sont pas tous marxistes : cette université offre un cadre pluraliste de débats à toute la gauche afin de participer à l’élaboration d’un projet collectif de transformation sociale, montrant qu’« un autre monde est possible ». Mondialisation, crise climatique, transformations du salariat, évolution de la participation politique, émergences de nouvelles formes de luttes et de nouveaux enjeux de société sont autant de thèmes abordés. Pour cette année cela a commencé avec Le capitalisme contre les individus ? par Philippe Corcuff, le 1er oct. La suite : Le Brésil : une grande puissance postcoloniale ? par Jean-José Mesguen, le 26 nov à 19h, Maison de quartier du 1-7, Salle de la mairie. R.V. http://upr-marseille.com/conference-2011 La librairie Maupetit VOUS convie h tine rencontre/lectures avec Anahide Ter Minassian et Houri Varjabédian h l'occasion de la parution du livre Nos terres d'enfance Lrarrnërrie des souvenirs Edrtisrrs VarerNi ses ; collecao 1] 1asioales Re.ncanire animée par Judith Mayer Samedi 20 novembre 2010 a 16 heures Librairie Maupetit, 142, La Canebiere.i.3a01 Marseille titi 04.91 36 50 56/Mail= maupetiteactee-ud-fr 43 [Cx[CS.3VCC r70 [dr7}MCr] t drs extraits aie Ar tl) ur lulamtav, Alex.arldrian, Nina Bul,}ouVd, Helena Boulier, William I Sa]royan, Ara 47UIQr, SClil, Martin #delkonian, Chahar) CI,aYlnrSur, Nubar Gulbcnkin, 5erguei ParalJjartuv ; ), ) 5) I IEditians Parenthi5ses ; 72, codrs. Mien 1 13COC Flarseille Oh ? ril A)fl, infn& ?r.dit.nriparcnthescs.oam CATALOGUE COMPLET SUR DEMANDE



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