Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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86 HISTOIRE LES MARDIS DU MUCEM En attendant l’ouverture prochaine du MuCEM, Thierry Fabre inaugurait une série d’entretiens permettra de réfléchir sur les futurs thèmes des expos Qu’est ce que la barbarie ? Tzvetan Todorov ouvrait la série avec cette question, qui lui est chère. Le mot nous vient des Grecs et possède un double sens. Il désigne ceux qui ne parlent pas la langue, que l’on ne comprend pas, et dénomme également la brutalité, la violence, l’inhumanité. Il qualifie alors un type d’acte et prend la valeur d’absolu moral : ce qui est inadmissible. Ces deux sens, liés, tracent pour les Grecs la limite de l’humanité. Inhumaine humanité Dans Race et Histoire, Claude Lévi- Strauss définit le barbare comme « celui qui croit à la barbarie. » Or le barbare ne sort pas de l’humanité, les actes impardonnables n’excluent pas du genre humain. Comme l’écrit Romain Gary, l’inhumain fait partie de l’humain et la violence appartient à notre espèce : parce que l’autre est mon semblable, je sais comment le persécuter ou lui faire plaisir. Revenant sur l’affirmation d’Eli Barnavi, « entre la civilisation et la barbarie, pas de dialogue possible ! », Todorov propose de distinguer civilisation et cultures. Civilisations, employé au pluriel, désigne des ensembles historiques : l’Egypte antique, par exemple. Dans ce cas, « cultures » devient l’équivalent de « civilisations » (au pluriel). Il existe bien un dialogue des cultures, avec des interactions allant de la guerre à la coopération, mais la civilisation, elle, reste unique. Les Lumières et leurs ombres L’époque des Lumières a fortement contribué au débat sur la civilisation. Avec des désaccords : Condorcet reproche à Montesquieu de tenir compte de la pluralité des cultures et des lois. Pour lui, il existe une définition universelle de la Loi, la Vérité ou l’État, et il faut partager (et faire partager !) cette connaissance. L’unité s’oppose à la pluralité ! La Révolution Française poursuit dans le même sens : quitte à utiliser la violence, il faut transmettre aux peuples voisins le Bien absolu et la Vérité. L’optimisme révolutionnaire estime qu’on extirpera le malheur au profit du bonheur commun. Cet idéalisme est repris par Napoléon, avec des bienfaits de nature technique (connaissances, technologique). Ce messianisme, au-delà des dégâts des conquêtes et colonisations, présuppose que l’autre n’est pas civilisé. Goya et la guerre d’Espagne À ce titre, l’occupation napoléonienne de l’Espagne est un moment essentiel de l’histoire : invention de l’armée moderne, de la guerre totale (indistinction entre les populations civiles et les militaires), de la guérilla, l’Espagne est le prototype des guerres asymétriques. Goya, peintre de cour, doit prêter serment au nouveau souverain, Joseph Bonaparte. Homme des Lumières, « illustrado », il ne peut choisir son camp entre la violence de l’apport révolutionnaire et le clergé obscurantiste résistant à l’envahisseur. Il invente alors une nouvelle attitude : il peint une œuvre officielle et une œuvre privée, Dans ces « désastres de la guerre », il renvoie, dos à dos, ces ennemis massacreurs devenus complémentaires. Devenu sourd, il s’enferme et peint les réalités de la guerre sur les murs de sa maison puis la ferme et part, à Bordeaux, finir sa vie. Par son attitude Goya présente une vision des Lumières plus proche de nous que ses contemporains. Les massacres lui font comprendre les dangers qui guettent l’humanité. La diffusion du savoir ne mène pas forcément au bonheur ! Il introduit une vision individuelle des choses que les Lumières universalistes n’admettent pas. Sortir du clash Réfutant Samuel Huntington et son Choc des civilisations, Todorov récuse l’idée de guerres aux soubassements culturels. Il reproche au politologue américain d’avoir confondu culture et religion, d’ignorer la diffusion (le bouddhisme en Asie) ou les syncrétismes (islam greffé sur la tradition Tzvetan Todorov Arnaud Fevrier - Flammarion bouddhisme en Indonésie). Car les chocs relèvent du politique, de la quête du pouvoir et des richesses qui dressent une communauté contre une autre. Les cultures, vivantes, évoluent en permanence : le vote des femmes ou la contraception ont bouleversé la culture française. Protéger une culture, la figer, est un non-sens : il existe une culture des adolescents, des retraités, des femmes, des riches, des pauvres, des immigrés… ! Toute société est donc multiculturelle. Dégager des universaux Conserver la trace des cultures est dévolu aux musées, et ce contact entre présent et passé n’est pas neutre. Il peut permettre de comprendre l’autre mais peut aussi l’exclure, affirmer une revendication passéiste et obscurcir le présent (Hitler a fondé sa rhétorique sur l’humiliation du diktat de Versailles). La démarche d’un musée doit partir de la connaissance des contemporains pour comprendre le passé, démarche d’une ethnologue comme Germaine Tillion (1907-2008). Au retour de son étude des populations des Aurès, elle rentre à Paris en 1940. Refusant le nouvel ordre pétainiste et le racisme nazi, elle organise le réseau de résistance du Musée de l’Homme, ce qui lui vaut d’être déportée à Ravensbruck. Après son retour en France, elle repart en 1954 en Algérie pour stopper la guerre. Son échec l’amène à se concentrer sur une mission : empêcher les actes terroristes du FLN et la torture des militaires. Elle veut, à la façon de Goya, prendre parti pour les victimes. Son travail d’ethnologue, lui, aura montré combien les populations des Aurès et les paysans Français, malgré des différences de culture évidente, partagent la même sagesse politique et morale : au-delà de la distance culturelle, il se dégage des universaux humains qui permettent les contacts… Une première conférence stimulante, qui a lancé des pistes fort intéressantes pour un musée qui veut faire le lien entre les rives de la Méditerranée. RENÉ DIAZ
des conférences mensuelles : itions du musée II ", 41/11, Q.:fain={tYuti:n714J JY/QnLY}lüL6YAkN.`4 } A édi terraride, 41/I11 fragile Au fil de l’eau La deuxième fut moins captivante, mais du coup plus éclairante sur ce qu’on attend du MuCEM : le 9 nov l’amphithéâtre de l’Alcazar recevait Predrag Matvejevitch, auteur du Bréviaire méditerranéen, traduit en 25 langues, et sans cesse réédité, augmenté d’ajouts et de corrections successives de son auteur. Un livre lyrique qui va par sauts et gambades et construit une poétique analogique à son objet : archipélique, personnelle, fragmentée et fluide, fortement sensuelle, elle ressemble à cette Méditerranée qu’il décrit en unifiant sans les réduire les temps antiques et contemporains, les rives et les villes, les péninsules, les hommes et les cités. Mais le conférencier se révéla nettement moins intéressant que l’écrivain. Sans doute parce qu’il n’avait pas jugé opportun de préparer une intervention construite et pensait se laisser aller à répondre aux questions posées par Thierry Fabre. Mais il ne chercha pas non plus à y répondre, bredouillant un peu et déviant sans cesse, semblant ne pas entendre les rappels de son ami qui tentait de l’aiguiller vers une pensée plus construite… Au passage quelques digressions qui rappelaient la pensée aiguë de l’universitaire international : un désir de roman historique où l’Histoire ne serait plus le cadre mais la matière première du livre ; une réflexion sur « la manière dont une île se termine », de façon abrupte ou en se laissant fondre dans la mer, ce qui aurait inspiré les clausules des épopées et tragédies grecques ; un hommage rendu au pain et aux ânes, qui ont nourri les hommes, construit les paysages et tracé les chemins ; une manière d’être toujours dans le sensible et l’analogie très naturellement, comme s’il y avait là tout un monde inexploré à investir… Et puis aussi, par moments, l’homme résistant revenait, le Yougoslave qui refuse de se dire Croate par antinationalisme, celui qui déplore l’échec de tout projet politique méditerranéen, qui souligne sans faux semblant « l’impossibilité de mettre les Juifs et les Arabes à une même table » et qui, sans vouloir mettre ses amis « en difficulté » lui qui vit entre l’Italie et la France, déclare que ces deux pays sont gouvernés par des politiques incultes sans vision et sans ambition qui « marginalisent la Méditerranée ». Ainsi, sans projet politique qui les unit, les villes méditerranéennes comme Marseille ou Naples ont « une grande identité de l’être, et toute petite du faire ». Elles savent ce qu’elles sont, mais ne parviennent pas à construire, ni même à se gérer. S’agirait-il de mauvais augures pour Marseille Provence 2013, et le MuCEM ? Nommer la tentation du désastre permet souvent de l’éviter… Quant à recourir au sensible, à l’analogie et à la digression pour évoquer la Méditerranée, il est clair après cette conférence que la démarche ne saurait suffire et que la pensée méditerranéenne, si elle existe doit se nourrir de dialectique. AGNÈS FRESCHEL lrdrg 14FdLSYcïtr :. irc RENCONTRES O'ER ROES 4 NOVEMBRE AU 19 DÉCEMBRE 2010 -nill111111%. CA MARSEILLE. MIGNON. PORT-DE-BOUC. TOULON, V[TROLLESrcJurh3n I 09.anisalinn, EsFa:eL:uNure_K:rxill :..i,Lor. Thk-ru FaF.m ERPD ITR. INSTALLATION, RENCONTRES, PROJECTIONS, LECTURES, SPECTACLES & CONCERTS TROIS TABLES RONQESA MARSEILLE LES 25 & 27 RUVEh1DRE [RIERVATIUN A PARTIR DU L9 NOVEMBRE] Espacecult.ure : 04 96 11 04 61 www.rencontresaverroes. n et zip Zr'11,ZZ &77 ` f 425-i.i44,t a 0 Orkoo d-iarg k: ; \I LlflçS,. i4, DE otL Ai WLIRsaôLk}_'gZ'OU TonvabsameztlTGAr



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