Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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84 HISTOIRE CENTRE AIXOIS DES ARCHIVES DÉPARTEMENTALES Du chant des Amandières à L’Internationale… e Parti pris pour le moins paradoxal que d’évoquer Aix-en- Provence, « la belle endormie », seul endroit au monde qui semble n’être pas touché par la crise avec ses magasins de luxe qui ne désemplissent pas, comme ville ouvrière ! C’est le pari que le centre aixois des Archives départementales s’est lancé avec la superbe exposition Aix, ville ouvrière (1850-1940). Le propos n’est pas d’être exhaustif, ni de partir dans de longues analyses, mais d’offrir au public une relecture de l’architecture urbaine, et de rappeler à ceux qui auraient la mémoire courte que la prospérité de la ville plonge aussi ses racines dans un humus industriel riche et varié… Sur les plans de la ville, on peut s’amuser à repérer des différentes industries. Ainsi, on compte sur celui de 1889 une usine à gaz, deux de textiles et papiers, cinq de métallurgie, sept chimiques et quatorze alimentaires ! des coques des amandes, d’autres se rendaient dans les casseries. Encore un roman sur ces Amandières, qui travaillent en chantant raconte Armand Lunel, si charmantes avec leur mouchoir fleuri de Beaucaire sur la tête… Mais tant de douceur passe par l’« opération infernale » du blanchissage au soufre… Les friandises ne se fabriquent pas avec la magie de l’usine de Willy Wonka ! (à noter le 23 nov à 18h30 une conférence de Patrick Boulanger : Aix, marché mondial des amandes). Industrie particulière aussi que celle des chapeaux ! Disparue aujourd’hui la chapellerie aixoise avec ses chapeaux de poil souple (souvent de la peau de lapin), et principalement le chapeau souple nommé « foulard » considéré par l’Encyclopédie des Bouches-du-Rhône comme « une gloire de la chapellerie française ». On ne peut que se ranger à cet avis 1871… (à noter : les appels des grévistes aux chômeurs espagnols embauchés à leur place !). Ces organisations ouvrières mettent aussi en place des mutuelles pour l’aide aux vieillards et aux invalides du travail. Il y aussi la création du corps des inspecteurs du travail qui relèvent les infractions, par exemple celles liées au travail des enfants… Citation d’Eugène Sue, si évidente mais à méditer aujourd’hui encore dans les boutiques de luxe, quand 1 million d’enfants français vivent en dessous du seuil de pauvreté : « Nul n’a droit au superflu tant que chacun n’a pas le nécessaire » … Vie ouvrière Une partie de l’exposition est consacrée à la présence ouvrière dans les différentes activités de la ville, du joyeux club de boulistes à l’établissement d’une section de la Fédération Entreprise COQ Photographie ELY Surprenant n’est-ce pas ! Le parcours proposé nous entraîne à la découverte de ce passé ouvrier foisonnant, photographies, objets (de la lampe au calisson), extraits de journaux, contrats, « livrets de l’ouvrier », tracts, littérature populaire, comme La casseuse d’amandes d’un certain Louis Adrien Levat. De nombreux tiroirs recèlent des plans de machines, comme celui du nouveau pressoir des établissements Victor Coq, surnommé « Le Rapide » (au XIXe, les machines avaient encore de la personnalité !) … On y voit aussi l’évolution de l’architecture industrielle, de l’hôtel particulier Boyer d’Eguilles par exemple, avec sa façade moulurée de pilastres et de feuilles d’acanthe, qui abrita la fabrique de pâtes alimentaires Augier, à la nouvelle manufacture d’allumettes où le fer triomphe. Les industries qui animaient le centre ville s’excentrent progressivement, s’installent autour de la nouvelle gare de marchandises qui relie Aix à Marseille et Paris (le 31 août 1856). Ateliers et fabriques Se souvient-on aujourd’hui des moulins à huile établis dans le centre ? Lorsque vous vous promenez dans le quartier Mazarin, imaginez encore les parfums de l’huile du « Moulin de la vierge », plus loin ce sont les tonnelleries, les fonderies… Une grande partie de la production s’exporte vers les colonies, comme les pâtes Augier… Bien sûr, ne les oublions pas, les calissons font déjà la gloire d’Aix, la vieille ville résonnait du bruit des coups de massette… beaucoup d’ouvrières travaillaient à domicile et s’activaient au cassage Manufacture d'allumette Photographie ELY d’autorité, n’est-ce pas ! Vous découvrirez aussi la lampe Zénith « qui ne noircit pas » … Et par-dessus tout cela, mettez les sirènes de la fabrique d’allumettes qui rythment la vie de la ville, à l’apogée de son ère industrielle… Législation et revendications Mais, ce qu’il y a de remarquable dans cette exposition, c’est la mise en perspective de toutes ces industries et de leur histoire avec les différentes lois qui ont réglementé le travail ouvrier, de la Loi Ollivier qui abroge le délit de coalition en 1864, et donne la possibilité d’exister aux sections des internationales ouvrières… Puis la Loi Waldeck-Rousseau de 1884 autorise la création des syndicats. La CGT se fonde au congrès de Limoges en 1895 et la Bourse du Travail d’Aix voit le jour le 2 février 1896 à l’emplacement de la Halle aux Grains. Le rôle de cet établissement est souligné par la présentation de ses bulletins officiels, mission d’éducation, (formation professionnelle), conférences, mise à disposition d’une bibliothèque : le souci d’éducation des masses faisait partie intégrante de la lutte sociale… Et des luttes, il y en eut beaucoup ! Grèves sur les revendications salariales, parfois très longues, celle des terrassiers dura de janvier à juillet 1913 ! On y voit aussi les boulangers arrêter de travailler en 1889, mais le plus étonnant est sans doute le rôle des chapeliers, dont l’un d’entre eux, Auguste Bonafous, dirigeant de la section d’Aix de l’Association Internationale des Travailleurs, prit la tête du soulèvement en faveur de la Commune de Marseille en Sportive et Gymnique du Travail, en passant par le club de Vélo aixois, le Football Club, les cercles musicaux républicains, comme l’Union des Trompettes aixoises, ou la Musique municipale d’Aix… On voit même trôner dans sa vitrine un ophicléide, ce fameux « serpent à clés » qui jouait avec tant d’énergie dans les romans de Flaubert… Bref, il y aurait tant à dire ! Le plus simple reste de se rendre aux Archives d’Aix, vous vous initierez aux arcanes des Cercles, de la convivialité du « Rouge Faubourg », et vous verrez aussi l’intelligent court métrage (15 minutes) de Robert Mencherini, commissaire de l’exposition et professeur honoraire des universités en histoire contemporaine. Une exposition remarquable d’originalité et de clarté. MARYVONNE COLOMBANI L’exposition Aix ville ouvrière, 1850-1940 se tient jusqu’au 29 janvier au Centre Aixois des Archives Départementales des Bouches du Rhône. Ouverture du lundi au vendredi de 9h à 18h sauf le mardi de 14h à 20h 04 42 52 81 90 www.archives13.fr Le Travail des femmes conférence lecture par Françoise Thébaud (professeur émérite de l’université d’Avignon) avec les comédiens Catherine Alias et Yves Mugler, le 18 janvier à 18h30.
ORANGE ARLES HISTOIRE 85 Mise en scène Est-ce parce qu’il est Orangeais qu’il photographie avec tant de passion le patrimoine antique ? Infatigable voyageur, Claude Philip a rapporté plus de 400 photographies de théâtres du pourtour de la Méditerranée ! Certes, rien de plus naturel que d’évoquer le théâtre antique à l’ombre des majestueuses murailles du théâtre d’Orange. Traversez la rue et vous vous retrouvez dans le charmant musée d’art et d’histoire. Le rez-de-chaussée y accueille jusqu’au 28 février la belle exposition d’une partie des clichés de Claude Philip. Vous êtes invités à effectuer un voyage très original, puisque les seuls lieux photographiés sont des théâtres antiques. On y retrouve Epidaure, Pétra, Syracuse, Carthagène, Delphes, Aspendos, Spoleto, Beit Sheam, Fréjus, Orange, Rome…. Outre la beauté des clichés, le cadrage délicat de l’orbe des gradins, on éprouve le plaisir de retrouver des lieux visités et celui de la découverte. Insensiblement, ne serait-ce que par la continuité même des clichés sur les murs, des comparaisons s’imposent, états de conservation inégaux, formes dissemblables des orchestras, rectangulaires, trapézoïdales, allongées, ou circulaires… Cette muette confrontation des sites, avec juste ce qu’il faut de cartes et d’explications dont les panneaux rythment les salles, a le parfum nostalgique des grandeurs passées, colonnes brisées d’Ephèse, folle avoine qui court à Dodone, marches disjointes du théâtre de Dionysos à Athènes… Parallèlement à l’exposition, un cycle de conférences est programmé, reprenant différents thèmes liés à l’archéologie et au théâtre antique. Le 27 octobre, Jean-Charles Moretti, responsable de l’Institut de recherches sur l’architecture antique de Lyon, directeur de recherches au CNRS, se livrait à l’exercice périlleux e la vulgarisation d’un sujet qui certes a nourri nos imaginaires depuis l’école, mais dont la complexité nous échappe le plus souvent : « Théâtres grecs et théâtres romains ». La présentation claire est illustrée d’exemples, photographies de sites, représentations sur des vases antiques, mosaïques, citations de textes. Le conférencier montre qu’il est impossible de comprendre hors d’un contexte historique l’architecture de ces monuments. Il brosse en larges traits l’évolution des lieux depuis la naissance du théâtre. Au départ, en Grèce, leur destination est très particulière, les structures en bois qui composent ces édifices sont élevées pour recevoir les résultats des concours musicaux. Qui ne comprenaient pas que de la musique, mais honoraient par leur production les Muses : autrement dit, il y et archéologie avait de la poésie, du chant accompagné de la cithare, des chœurs qui chantaient et dansaient avec un joueur d’aulos (la flûte de l’époque), et enfin des chœurs dramatiques qui jouaient tragédie, comédie et drame satyrique. Ces concours « musicaux » donc suivaient une périodicité fixe, en l’honneur des dieux. Trois catégories d’épreuves se répartissaient entre stade acteurs évoluaient mesurait 3 mètres de haut ! Et des portes permettaient aux acteurs d’intervenir aussi au niveau de l’orchestra ! Avec une telle hauteur, finie la différence que l’on établissait entre Grecs simples, partisans d’un décor majestueux et naturel, et Romains, bâtisseurs, avec un goût de l’artifice qui leur faisait installer d’immenses murs en fond de scène ! Détail Carthagene, Espagne Philip - THEA La carte du monde romain à l’époque impériale est constellée de théâtres, à faire pâlir notre monde contemporain. Les énormes moyens investis dans ces constructions et dans les spectacles donnés pourraient rendre jaloux les artistes aujourd’hui ! Jean-Charles Moretti insiste enfin sur « la capacité des différentes sociétés à produire des architectures différentes pour des besoins différents », et nous pousse à réfléchir à propos de l’usage actuel de ces édifices. Dans quelle mesure faut-il préserver les lieux antiques, ou les dédier aux spectacles modernes ? MARYVONNE COLOMBANI Conférence donnée le 27 oct au Musée d’Art et d’histoire d’Orange. Théâtre et société dans la Grèce antique Jean-Charles Moretti Le Livre de Poche, coll. « Références », Paris, 2001 (gymniques), hippodrome (hippiques), théâtre (« musicales »). Le passage du bois à la pierre dans la construction est dû à des épisodes dramatiques d’effondrements des gradins ! Sans ce changement on ne dirait pas je vais au théâtre, mais nous partons pour l’« échafaudage » ! Curiosité encore, si les autres architectures de spectacles tiennent leur nom de l’activité que l’on va y voir (le stade, c’est d’abord la piste), le théâtre désigne le lieu où se tiennent les spectateurs, le lieu d’où l’on voit. Mais bon, vous pouvez trouver tout cela dans toute bonne histoire du théâtre antique donc nous vous passerons les évolutions des bâtiments, les jeux des acteurs, leurs relations avec le chœur, les différences entre Grecs et Romains, le changement d’esthétique, la fin du théâtre classique. Nous nous attarderons simplement sur les nouveautés que l’archéologie a permis de découvrir ! Si vous avez appris que l’autel de Dionysos se trouvait au centre de l’orchestra (là où évoluait le chœur), et bien, d’après J.-C. Moretti, c’est une erreur : l’autel n’empiétait pas sur l’espace de jeu, mais se trouvait sur l’un des côtés de la piste du chœur ! Et le proskénion sur lequel les comique, on n’assistait pas au lever de rideau en début de représentation à Rome, car le rideau ne pouvant être attaché à un quelconque plafond, était monté sur de grandes perches qui descendaient…. Voyage au cœur des théâtres antiques de la Méditerranée Photos de Claude Philip Jusqu’au 28 février 2011 04 90 51 17 60 www.theatre-antique.com O Sublimer la Barge ! Bientôt 2013 ! Un énorme projet agite depuis les débuts de l’année le musée bleu d’Arles. On connaît le succès de la merveilleuse exposition des vingt ans de fouilles du Rhône par l’équipe de Luc Long, prolongée jusqu’au 2 janvier… Mais rien n’est fini ! La découverte il y a quelques mois d’une barge romaine de trente mètres de long, datée avec une précision hallucinante de l’an 30 ap. JC, nécessite de nouveaux exploits ! Seule une prouesse technique peut ramener l’ensemble à l’air libre (cela a déjà été pratiqué avec succès pour des pièces beaucoup plus modestes), en structure. Impossible de sortir l’ensemble. Il faut d’abord « désosser » puis l’envoyer à Grenoble où l’on dispose de technologies de pointe, rayons gamma, lyophilisation (passage par une étape de congélation, puis extraction de l’eau à la vapeur par sublimation chimique). Pendant ce temps, on devrait agrandir le musée de 750 m² pour accueillir l’épave reconstituée lors de l’année culturelle 2013. Pour le visiteur, quelle aubaine ! Il aura une raison supplémentaire de se rendre dans ce musée exceptionnel… M.C. 04 90 18 88 88 www.arles-antique.cg13.fr



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