Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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78 LIVRES LITTÉRATURE Les affres de la ménagère La ménagère de moins de quarante ans, modèle et cible de toute culture VRP qui se respecte sans nous respecter, canon de la consommatrice sollicitée par les organismes de sondage, ne semble pas a priori soulever d’autres intérêts… Mais comme Balzac avait évoqué la femme de trente ans Eléni Yannakaki s’attache aux pensées de Maria, bientôt quarantenaire. Et exemple de réussite pour une « fille de plombier », études brillantes, épouse d’un architecte réputé, mère de trois enfants au foyer, maison spacieuse au luxe confortable… Réalisation d’un rêve de petite fille dans la splendeur des contes traditionnels ? Les apparences sont bien opaques… Pourquoi cette frénésie quasi névrotique du ménage, chasse aux moindres impuretés, même invisibles, ce souci du secret, des apparences toujours sauves ? Le roman suit la construction d’une tragédie classique, unité de temps, de lieu, d’action… le récit couvre une journée, Maria s’affaire au ménage… En un long monologue qui glisse du je à la troisième personne, cette femme célèbre l’anniversaire de la mort de Petros, son amant… fantasmes de salle de bain, histoires de cafards d’îles grecques ou athéniens, d’une aile de ces insectes, tenace au mur… vodka, coups de téléphone qui alimentent réflexions, retours sur le passé, angoisses… interrogation lancinante sur le regard des autres. Un petit bijou d’humour et de cruauté, au titre si faussement angélique, Les Chérubins de la moquette… À mettre en scène ? MARYVONNE COLOMBANI Les Chérubins de la moquette Eléni Yannakaki, traduction Marie Desmeures Éd. Actes Sud, Coll. Lettres grecques, 22 euros ÉLÉN YANNACAKI J c:25 Ch6rubins de larncayueLLe La princesse de Clèves de Beyrouth Avec un titre si délicieusement XIXe, impressionniste à souhait, on imagine un ouvrage à la Renoir… En effet, de nombreux chapitres brossent de charmants tableaux : scènes sur le pont d’un bateau, jardinage, fleurs, boudoir, lettres, bibelots, livres, réminiscences, et l’adorable grand-mère… Mais le fond du paysage choisi est tragique : la guerre au Liban, les bombardements de Beyrouth, le génocide kurde, et des secrets, un passé qui se dévoile, lentement, par recoupement de lettres, de témoignages, et l’élucidation des vies entrelacées, des énigmes, de ces destins particuliers passés au tamis de l’histoire qui sépare, désunit, disperse, rassemble… Se façonne ainsi peu à peu un personnage complexe et attachant. La narratrice découvre un être dont elle ne connaissait qu’une facette, une grand-mère qui perdit son mari à trente et un ans, et s’accrocha à une promesse, et à sa capacité d’aimer. De tout aimer, des animaux aux êtres humains, avec une délicatesse généreuse et émouvante. Têtue, elle refuse de quitter Beyrouth sous les bombes, malgré les injonctions de ses enfants. Dans une langue fluide, toute de retenue, des phrases brèves procédant par touches, Hyam Yared nous offre un très beau roman, qui tient à la fois de l’intime et de la fresque historique. À lire comme un long poème, et un hymne à la vie. M.C. Sous la tonnelle Hyam Yared Sabine Wespieser éditeur, 21 euros Silence de mort « Depuis des jours, et pour combien de jours encore, Dominique Hardenne marchait. » La première phrase du livre donne le ton. Rescapé d’une guerre bizarre de laquelle il n’a rien vu, le soldat-paysan Dominique Hardenne rentre chez lui, couvert d’une épaisse combinaison qui le protège des radiations mortelles émises par des bombes dévastatrices, épuisé, affamé, et seul. Arrivé chez lui il se rend compte qu’une de ces bombes a momifié, vitrifié les corps, ceux de tous les habitants, laissant intactes les habitations. Saisis à l’heure de la messe ils sont tous regroupés à l’église. Que fait-on lorsqu’on est seul au monde, dans un état de « bannissement éternel » ? Comment vit-on sans les autres, dans un quotidien fait de souvenirs, avec pour seule compagne sa mémoire ? Dominique Hardenne fait ce qu’il sait faire : il travaille la terre dans l’espoir fou qu’un jour quelque chose repousse, il coupe du bois, sachant que « tant qu’il serait vivant il n’échapperait pas aux morts ; il avait intérêt à s’y habituer s’il voulait conserver sur eux cet avantage. » Dans un va-et-vient constant entre monologue de la vie présente et évocation des souvenirs, Vincent Engel livre un récit oppressant, dans un style simple au rythme lancinant, qui rend la parole de cet homme vivace, malgré la situation. Jusqu’au terme du roman, alors que se referme son univers sur cette impossible vie, flirtant avec la folie à chaque page, chaque mot, chaque pensée… DO.M. Le Mariage de Dominique Hardenne Vincent Engel Éd. Jean-Claude Lattès, 17,50 euros 1+L'rCCi7L L'1sCl Lc € iiari,agr dc T]ovni rue Hanlenne
LIVRES 79 Christ et châtiment Ce magnifique roman autobiographique, porté à la scène et à l’écran, partout traduit, récompensé, est réréédité aujourd’hui par Agone. Peu de récits contemporains possèdent le pouvoir de nous faire adhérer à ce point à une histoire et des personnages pourtant entrevus ailleurs. Face à face ou plutôt corps à corps avec Erik, nous revivons une Vipère au poing suédoise et compulsive jusqu’à la description minutieuse des objets servant à frapper, meurtrir, égratigner ou trouer la peau de l’autre. Mais de ce fait le récit constitue, par son contenu latent, un étonnant monument à l’érotisation de la violence. Car La Fabrique de violence exerce une fascination qui, comme toute fiction étayée sur nos zones sombres, ressortit d’une jouissance en totale opposition avec le contenu manifeste, anti-violent, du récit. Erik y campe à la fois le héros parfait (Aryen) d’une épopée de l’adolescence et l’agneau de Dieu d’un roman de formation – ici plus justement de la déformation extrême. Jan Guillou plonge son héros, déjà violenté et violent, dans un pensionnat Upper-class à l’idéologie nazie. Cette école prestigieuse exhorte les élèves de lycée à « éduquer » les collégiens grâce à un système de punitions/humiliations. Mais en réponse aux banales rosseries pratiquées par d’authentiques barons à l’encontre de petits bourgeois sans titre, notre jeune héros, régulièrement battu par son père, va générer une violence terrifiante. Du coup, en pleine dialectique du couteau qui monte, les jeunes fascistes s’élanceront après la sauvagerie d’Erik, qui souffrira puis rendra coup pour coup jusqu’à porter un masque noir et terrifier le campus. Le lecteur, lui, prend fait et cause, évidemment, pour la victime-bourreau. Surtout quand il venge son ami Pierre Tanguy un juif faible, pacifiste et très brillant. Tous ces clichés contribuent à ce qu’Erik, au fond, demeure impossible. Sauf peut-être, pour finir, avec le père ? ÉDOUARD BARTHÉLÉMY DE VIOLENCE VI IMAN La Fabrique de violence Jan Guillou Éd. Agone, 23 euros Déferlantes bleues ! Coup de mistral et déferlantes d’azur du côté du cours d’Estienne d’Orves avec la parution d’un livre de belles images sur Marseille. Signe particulier : le parti-pris de la couleur bleue qui sert de fil conducteur (rouge ?) tout au long des pages. Camille Moirenc, le photographe, confie son affection particulière pour les photos de nuit ; il a cherché à saisir ces instants où la lumière bascule entre chien et loup, à la tombée du jour ou au clair de l’aube, merveilleux moments où la mer et le ciel se confondent. Beaucoup de photos ont été prises à bord d’un hélicoptère, proposant des points de vue inhabituels sur le port, les phares, les digues. La rédaction du texte de présentation a été confiée à Jean Contrucci qui évoque avec poésie tous les bleus de Marseille, mettant en valeur la douceur insoupçonnée de cette ville souvent qualifiée de violente... CHRIS BOURGUE Marseille la ville bleue Texte Jean Contrucci, photographies Camille Moirenc Éd. Jeanne Laffitte, 36 euros Agenda Marseille 2011 Éd. Jeanne Laffitte,12 euros L’important, c’est d’aimer ! L’Olivier fait paraître les Œuvres Complètes de Raymond Carver. Le projet s’ouvre sur l’édition en diptyque de deux versions d’un même livre : sous le titre Parlez-moi d’amour, le recueil qui a assuré sa célébrité à Carver, après des années de misère et d’alcoolisme, mais au prix de remaniements et de coupes drastiques imposées par un éditeur envahissant, Gordon Lish. Au moment de la parution, Carver avait supplié en vain ce dernier de rétablir sa version : c’est chose faite à titre posthume, sous le titre Débutants. Les nouvelles rassemblent les rêves déchus de l’american way of life. Des banlieues pavillonnaires aux ranchs perdus, c’est la même réalité banale et navrée : pauvreté, divorce, alcoolisme, deuil. Sans misérabilisme, et sans romantisme ni hystérie du désespoir, Carver dresse le portrait de gens ordinaires comme hébétés par leur malheur, qui ne peuvent plus avancer ni reculer, mais dérivent sans comprendre dans leurs vies défaites. Il décline toutes les façons d’aimer - sa femme, ses enfants, ses parents, ses copains - et l’impossibilité de conserver ce don, dans le chassécroisé entre ceux qui commencent et ceux qui finissent d’aimer. Si la version expurgée tire les nouvelles du côté de l’expérimentation littéraire, de l’abstraction philosophique ou de la brutalité elliptique, la version originelle n’a rien pour autant de sentimentaliste. Oui, la prose de Carver déborde de sentiments et d’émotions, mais avec une rudesse, une concision, une simplicité brute qui trouvent les mots que ces personnages ne savent pas prononcer, et qui donnent une densité palpable à la neutralité de la douleur, comme aux instants suspendus des minuscules grâces. En version courte ou en version longue, l’important, c’est d’aimer ! AUDE FANLO Débutants Raymond Carver Éd. de l’Olivier, 15 euros



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