Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 76 - 77  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
76 77
76 LIVRES LITTÉRATURE Extinction du domaine de la lutte Plus vrai que, aussi vrai que, trop vrai pour… Le roman d’entreprise est en passe de devenir un genre, avec sa machine à café et ses gobelets brûlants, ses délégués syndicaux, son DRH menaçant et lointain, sa restructuration sans plan social, son méchant repreneur et ses employés dubitatifs, blessés, plutôt boule au ventre que poing levé. Malgré son titre un peu lourdaud le dernier roman de Nathalie Kuperman fait mouche et tisse une chronique de l’horreur (même pas, juste un peu) économique, à peine une tragédie malgré le chœur et les protagonistes, loin des grands soirs et des matins qui chantent ; un opéra de chambre peut-être : prélude silencieux, montée des périls et des voix en trois volets, efficace dramaturgie de la catastrophe : Menace/Dérèglement/Trahison. Juste un sale moment vu de l’intérieur d’un groupe de presse-jeunesse, un weekend, une conscience après l’autre ; déménagement, management, rachat, restructuration... Ces mots pourraient « claquer comme un coup de révolver au milieu d’un concert » si l’auteur pour faire mentir Stendhal n’avait su façonner ses personnages avec l’air du temps de manière strictement nécessaire : fragilité, failles, contradictions, peurs intimes, inconscients malmenés essentiellement liés à ce présent-là. Agathe Rougier et ses concours de poupées, Muriel au double patronyme et Ariane Stein la mal partie « je ne bougerai pas ! » qui déroulera pourtant le fil de la traitrise… Des individus et une fonction (Direction Générale) moteur de la fiction : ambition et indignité, sursaut de conscience ou plongée « dans les eaux glacées du calcul égoïste » ; un roman vrai porté par une langue rythmée, vive, précise, sensible à l’écho sonore, que l’on se surprend à murmurer. Réalisme pas mort ! MARIE-JO DHO Machine infernale Le nouveau roman de Fabrice Humbert, auteur remarqué de L’origine de la violence paru en 2009, s’inscrit dans le registre tragique. Tragique le titre, La fortune de Sila ; car si des fortunes se jouent, se gagnent et se perdent dans ce roman de la globalisation et de la « financiarisation » du monde, en ce qui concerne Sila, l’Africain émigré devenu serveur à Paris puis maître d’hôtel à Miami, le mot est à prendre dans son sens originel de « destinée ». Tragique aussi le prologue d’où tout le livre découle : dans un grand restaurant parisien, un serveur noir se fait fracasser le nez par un riche client américain pour avoir rappelé à l’ordre son jeune fils qui gênait le service. Ce geste violent initial et surtout l’absence de réaction des témoins de la scène auront des répercussions inéluctables sur tous les protagonistes que le roman va suivre : le couple d’oligarques russes, la famille américaine, les deux traders français, le serveur agressé. Dès cette scène inaugurale, métaphore du monde actuel, la mécanique est en place, prête à dérouler son fatal compte à rebours jusqu’aux déflagrations finales. Tragiques enfin les personnages soumis à ce destin. Pourtant, on est loin de l’emphase ou du pathétique. Humbert porte un regard des plus neutres sur les gens et les événements qu’il décrit. Dans un style qu’il souhaite « invisible », il consigne la violence et le cynisme de ce monde. Effet glaçant garanti. FRED ROBERT La fortune de Sila Fabrice Humbert Éd. Le Passage, 18 euros F. Humbert et M. de Kerangal étaient les invités du Jeudi du Comptoir spécial Littorales au Thé dans l’encrier, sur le Cours Julien à Marseille. IT1111R ejipll$ des kmn vkanis Nous étions des êtres vivants Nathalie Kuperman NRF/Gallimard, 16,90 euros jiIIRJJ XIILH" la =,lure de 5i3 Et Tula ? Roman fantôme qui s’ouvre sobrement par « Un ouragan balaya la ville » et reste béant à l’infini sur un dernier mot au bord du gouffre, Un train pour Tula a de quoi piquer la curiosité, exciter les papilles et faire clignoter les yeux : c’est du Mexicain ! ay ! et David Toscana connaît sur le bout des doigts son nécessaire bréviaire latino. Tout y est conforme à ce qu’un lecteur averti attend d’un auteur nourri de Garcia Marquès et Borgès : une ville disparue mystérieusement au 12 e siècle ressuscitée pour les besoins de la chronique hilarante d’une modernité déréglée et bancale ; un vieux sans âge, Juan Capistran le bien nommé, qui raconte sa vie à un magnétophone et à un narrateur, arrière-petit-fils désigné dont le roman s’écrit sans véritable maîtrise, comme à son insu. Les personnages et les situations s’engendrent les uns les autres dans une mise en abyme pas très légère (« hé bien voilà ce que je vais écrire, ai-je dit... »). Les récits se trouent, s’interpénètrent (le viol est bien sûr fondateur !) avec contamination identitaire (« Il ne voulait plus devenir Juan alors que moi j’étais en train de le devenir »). Une quête bien traditionnelle, non pas de Dulcinée mais de Carmen, nom même de l’amour impossible, se déroule dans un dispositif d’écriture ruban de Möbius encombré de fausses pistes, d’échos et de miroirs, qui lassent assez vite malgré des figures vigoureuses comme le père Nicanor prêtre-assassin ou Fernanda la matriarche. La virtuosité fragmentée n’assure finalement pas le vertige espéré… Quant à aimer Carmen, c’est une autre histoire ! MARIE-JO DHO Un train pour Tula David Toscana Traduit par François Michel Durazzo Éd. Zulma, 19,50 euros
LIVRES 77 Des prix pour les maudits Signe de leurs concessions à des sujets plus consensuels, de leur ralliement au conformisme ou récompense méritée de leur talent ? La question a déjà été largement débattue. Le Goncourt pour Houellebecq, le Renaudot pour Despentes ! Sans même un scandale… Enfin la reconnaissance suprême pour ces deux écrivains plus souvent connus pour leurs attitudes et déclarations provocatrices que pour leurs livres. Ce qui est fort regrettable, car leurs romans portent sur le siècle des regards affûtés, quoique pas toujours politiquement corrects… ni très réconfortants. Desperate babies Les inconditionnels ont été déçus par le 7 e roman de Virginie Despentes. Or, pour avoir quelque peu gommé son côté trash, la quadra rebelle n’en reste pas moins, dans Apocalypse bébé, la pourfendeuse tonique de toutes les bien-pensances, dans une prose percutante, en prise directe avec l’époque, et pleine d’un humour ravageur. Car ce road book, qui relate les péripéties de la filature d’une ado disparue et conduit un tandem improbable de privées de Paris à Barcelone (et retour), est drôle. En dépit de toutes les existences ratées qu’il croise, des violences subies ou exercées qu’il met en scène et de la vision désenchantée qu’il propose, c’est un régal de lecture pour qui apprécie les « formules qui tuent » et la maîtrise écrite de l’oralité. Despentes déploie son talent de styliste au fil d’une narration finement orchestrée entre le « je » de Lucie, la détective reine de la lose, et toute une série d’autres points de vue, offrant au lecteur une galerie de portraits réjouissants qui n’épargnent personne. Rageuse et tendre, l’écrivaine brosse le tableau d’une époque à la dérive. Et tire la sonnette d’alarme avec l’énergie du désespoir… La carte et le territoire Michel Houellebecq Éd. Flammarion, 22 euros yELIRNIE APO6A ILYPSE BEBE K EMMET hUrh$I Roaelfcbewr La carte et le territoire Apocalypse bébé Virginie Despentes Éd. Grasset, 19 euros Inventaire avant fermeture Chez Houellebecq, pas de hargne. Juste un constat : « Le monde est ennuyé de moy,/Et moy pareillement de lui. » ; l’épigraphe de Charles d’Orléans donne le ton. C’est parce que l’existence individuelle, affective et sociale se résume à presque rien que « la carte est plus intéressante que le territoire ». Cette théorie, Jed Martin, l’artiste personnage central du roman, l’illustre en exposant des tirages agrandis de cartes Michelin. Après la période des photographies de pièces et d’outils et avant celle des tableaux consacrés aux métiers simples puis aux grands du monde, stars de l’art et des médias en tête. « Donner une description objective du monde », tel semble aussi le projet littéraire de Michel Houellebecq qui disait il y a peu : « J’observe l’époque, j’écris des livres ». Pour lui comme pour son double plasticien, l’art paraît la seule raison d’être. Alors pourquoi ne pas s’en donner à cœur joie ? Non content d’aligner avec un détachement comique et terrifiant les descriptions de lieux (aéroports, supermarchés et autres villages pittoresques), d’objets (voitures, appareils photos numériques…) ou de personnalités, Houellebecq se met en scène dans le récit, en solitaire vieillissant, dépenaillé et alcoolique. Il s’offre même une mort des plus gore, jouant ainsi de son destin comme du genre de sa fiction, qui quitte un moment le biopic pour flirter avec le policier. Comme d’habitude, Houellebecq étonne. Et séduit par sa langue, classique, très maîtrisée, mâtinée de cynisme et d’ironie, dans la lignée des moralistes du Grand Siècle. Dont il semble partager le pessimisme et le sens de la vanité des choses. FRED ROBERT Manuel d’écologie littéraire « Je suis parti dans les bois parce que je désirais vivre de manière réfléchie, affronter seulement les faits essentiels de la vie, voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu’elle avait à m’enseigner, et non pas découvrir à l’heure de ma mort que je n’avais pas vécue. » Considéré comme un des pionniers de l’écologie, célèbre pour son traité sur la Désobéissance civile, critiqué par les positivistes, traité de un american par Mac Carthy, mais inspirateur de Gandhi, Martin Luther King, John F. Kennedy et, en France, admiré de Giono puis redécouvert en mai 68, Henry D. Thoreau (1817-1862) fut l’auteur de nombreux ouvrages et en particulier de la vaste somme que constitue Walden ou la vie dans les bois, paru en 1854. De son expérience de 2 ans dans une cabane isolée à quelques miles de Concord, Massachusetts, au bord du lac Walden, Thoreau a tiré ce que Michel Granger appelle « une sorte de monographie encyclopédique et écocritique détaillant les composantes du paysage ». S’ajoute à cela une évidente ambition littéraire que la toute nouvelle édition, traduite par Brice Matthieussent, préfacée par Jim Harrison, relue, annotée et postfacée par Michel Granger, met en évidence. Offrant ainsi une belle occasion de redécouvrir cet Américain hors normes dont la lecture propose un véritable art de vivre, à la manière d’un Montaigne ou du Rousseau des Rêveries… Car Thoreau ne se contente pas de décrire le lac, les arbres, les animaux, les bruits et les couleurs qui peuplent sa solitude volontaire. Il propose une philosophie de la frugalité et un mode de vie en harmonie avec la nature, dont les actuels adeptes de la décroissance ne pourront qu’applaudir l’intuition… FRED ROBERT Walden Henry D. Thoreau Traduit de l’américain par Brice Matthieussent Éd. Le mot et le reste, 23 euros B. Matthieussent et M. Granger présenteront cette nouvelle édition de Walden le 27 nov à la BMVR Alcazar à Marseille. 1-104.157o.rnoaenu WALDEN..klr.r.-F. 11..



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 1Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 2-3Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 4-5Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 6-7Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 8-9Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 10-11Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 12-13Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 14-15Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 16-17Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 18-19Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 20-21Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 22-23Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 24-25Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 26-27Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 28-29Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 30-31Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 32-33Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 34-35Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 36-37Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 38-39Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 40-41Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 42-43Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 44-45Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 46-47Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 48-49Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 50-51Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 52-53Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 54-55Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 56-57Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 58-59Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 60-61Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 62-63Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 64-65Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 66-67Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 68-69Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 70-71Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 72-73Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 74-75Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 76-77Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 78-79Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 80-81Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 82-83Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 84-85Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 86-87Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 88-89Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 90-91Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 92-93Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 94-95Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 96