Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 74 - 75  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
74 75
74 LIVRES LITTÉRATURE Les fées Dans le vaste conte de la vie, les fées distribuent inégalement leurs bienfaits. Les protagonistes du nouveau roman de Marie-Sabine Roger, Vivement l’avenir, ont été singulièrement oubliés. Elles ne se sont certainement pas posées sur le berceau de Roswell, en fait Gérard, handicapé, d’une laideur presque parfaite… D’ailleurs si l’on s’indigne de l’abandon des chiens lors des vacances, on imagine sans peine l’oublier le temps d’une escapade… Les autres personnages, moins marqués physiquement, sont aussi en marge, sur des voies sans issue… Monde terne, où l’avenir semble improbable et gris, une manière de CCD perpétuel où rien ne tient. Monde dérisoire et absurde dans lequel on peut essayer de combler un canal avec des cannettes de bière, où l’on s’enlise dans la boue des jours… Et puis, il y a le récit, double, voix de Cédric qui accumule les échecs, et d’Alex, trentenaire androgyne, aux allures d’ado, personnage attachant avec sa vision généreuse du monde, ses images, sa capacité d’écoute… Il y a aussi le style de M-S. Roger, son sens de la formule, son ton juste épousant avec délicatesse les propos des héros. Le lecteur se laisse emporter avec bonheur dans cette fable pétrie d’humanité ; la fin tient du conte, on n’en est pas dupe, mais on en est reconnaissants à l’auteur qui refuse d’enfermer ses protagonistes de même que ses lecteurs dans un monde où la noirceur triompherait. Mais en rien mièvre. MARYVONNE COLOMBANI Vivement l’avenir Marie-Sabine Roger Éd. Du Rouergue, Coll. La brune, 19 euros Puzzle polyphonique C’est l’histoire de Jean, 33 ans et quelques médailles, qui rentre du front en 1919, assailli de cauchemars terribles dans lesquels il revit les circonstances de la mort de Charles, son compagnon de guerre. C’est l’étonnante histoire d’amour de Jean et d’Amandine à laquelle il a appris à marcher quand il avait 11 ans et qu’elle n’était qu’un bébé ; séduit, il avait décidé qu’il l’épouserait quand elle aurait l’âge. C’est aussi l’histoire du frère cadet, de ses enfants, des terres, et des familles anéanties par les ravages des 2 guerres. Et surtout un récit qui se développe sans chronologie linéaire en plusieurs voix, parenthèses imbriquées qui s’enchevètrent… Une véritable polyphonie qui séduit par ses phrases amples qui laissent parfois sans souffle. Une petite anonyme interroge Amandine et recueille peu à peu l’histoire de Jean en même temps qu’elle fait l’apprentissage des mots. Puis l‘adulte qu’elle est devenue se désigne « écrivain » et recueille les récits de la veuve de Charles après ceux d’Amandine. L’écrivain parle de la petite à la 3 ème personne, se livrant à une sorte de dédoublement, tandis que l’auteure, Soazig Aaron, s’intéresse à la transmission de la transmission : comment devient-on écrivain ? Loin d’être dérouté le lecteur suit avec délectation les détours, les chemins de traverse et même les impasses du récit. Et l’on se plaît à reconstituer le puzzle. CHRIS BOURGUE La sentinelle tranquille sous la lune Soazig Aaron Éd. Gallimard, 18,90 euros..141211. kNTINLLik 111.1.MuLLr SOU ; £% E : Second Life Journaliste et romancière, Rosa Montero signe « une fable pour adultes » qui laisse dans son sillage un sentiment de malaise mêlé à de l’embarras. Instructions pour sauver le monde -tout un programme ! - nous égare tant l’auteur inventorie les sentiments et liste les événements avec d’infinis détails réalistes, moult descriptions méticuleuses et autres énumérations minutieuses. Sur fond d’histoires étranges, de rencontres hasardeuses et de coïncidences tirées par les cheveux, le récit vagabonde, s’éparpille. Sa structure épouse la pratique journalistique (dans l’accumulation des données) et la construction romanesque (dans la mise en place des scènes et le rythme des dialogues) sans jamais prendre corps et émouvoir. À de trop rares occasions, on aurait aimé s’attacher aux héros… à Daniel, médecin désenchanté qui croit à sa renaissance via le jeu vidéo Second Life ; à Mathias, taxi noctambule depuis le décès de sa femme et cœur généreux ; à Cerveau la vieille scientifique alcoolique ; à Fatma la jeune prostituée africaine. Leur solitude désespérée occupe tout l’espace de ce « conte philosophique » dixit les éditions Métailié. Sauf qu’en refermant le livre, on se demande en quoi il est philosophique. Rosa Montero prend tout son temps pour dessiner ses personnages, décrire leurs vies, décortiquer leurs angoisses, leurs doutes, le lecteur sachant par avance qu’ils finiront bien par se croiser et que là, vraiment, commencera le roman. Mais on est déjà bien las, et l’écriture nourrie d’expressions toutes faites ne facilite pas sa digestion : « C’était le seul fil dont il disposait pour dévider l’écheveau emmêlé de son esprit » … Quant au titre, il reste une énigme, à moins de nous projeter à notre tour dans Second Life ? M.G.-G. Instructions pour sauver le monde Rosa Montero Éd. Métailié, 20 € L’ouvrage a été sélectionné pour le Prix des lecteurs du Var 2010 qui sera décerné à la Fête du livre de Toulon (voir page 70) Ros3 Monte e Instruction s oursauv er emond @
LIVRES 75 Une autobio de trop ? Un récit d’enfance, au cœur du mai 68 parisien… Claude Arnaud livre avec Qu’as-tu fait de tes frères ? un roman qui est à peine une fiction, tant il est nourri directement de son expérience. L’enfance puis les premières années d’une jeunesse mouvementée sont exposées sur le ton du témoignage, et on y rencontre de beaux personnages, en particulier ses frères aînés emportés par l’air du temps. Les relations fraternelles, l’ambiance familiale, puis le contexte historique, en Corse pendant l’enfance, puis à la Sorbonne et dans divers milieux gauchistes en mai et après, dessinent un décor qui pourrait être passionnant, si la structure du roman était un peu plus travaillée : les digressions n’en finissent pas, les considérations générales à l’emporte pièce succèdent à des confessions crues mal amenées, et le livre est sans véritable vision politique, sinon la pratique du remords distancié. L’anorexie, la drogue, le militantisme, la bisexualité, la mort de la mère, l’autoritarisme du père, tout est effleuré sans qu’on comprenne jamais comment le narrateur fonctionne, même si lui seul parle. Quant à l’écriture, qui ménage des passages bien tournés, elle est visiblement mal relue : il y a même des coquilles, voire des fautes, une porte qu’on ouvre « grande », des solécismes. Étrange chez Grasset… AGNÈS FRESCHEL Qu’as-tu fait de tes frères ? Claude Arnaud Éd. Grasset, 19 euros CuLu xLKxua (}u'a2-tu Faitrlc tcs hères ? Bosnie : avant et après Velibor Colic, invité cette année aux Littorales, est né et a grandi quelque part au milieu des montagnes de Yougoslavie. Avant le désastre qui a assassiné sa ville, a mis un « ex » devant le nom de son pays, l’a fait soldat, déserteur, et réfugié. Son dernier roman, et son deuxième en français, évoque cet « avant » avec une gravité espiègle et poignante. Dans une forme à la fois fragmentaire et fluide, le récit autobiographique réunit des instantanés de vie, portraits, saynètes et anecdotes qui retracent la jeunesse de l’auteur, jusqu’au seuil de l’âge adulte et de la guerre. L’école et le foot, les copains et les villageois aux surnoms savoureux, les portraits de famille, les premières filles, le présage sinistre du service militaire. C’est hilarant et tendre comme un petit Nicolas qui aurait grandi dans un monde multiethnique, fait des rapiècements de l’Histoire, où l’instituteur est monténégrin, le boulanger juif, l’épicier albanais, et où il n’y a pas encore à choisir entre Jésus et Tito, entre le catholicisme païen des mères et le communisme patriotique du père. Car l’Histoire, la religion, la dictature, avant de montrer leurs vrais visages, s’accumulent par bribes dans les yeux de l’enfant en autant de vignettes kitsch qu’il aurait réunies dans une tragique et burlesque collection de paninis. Alexander Hémon est bosniaque aussi, réfugié aux Etats-Unis, où il se trouvait lorsque la guerre a éclaté. Le projet Lazarus entrecroise avec un art brillant du montage et un humour noir décapant deux récits symétriques d’extermination et d’émigration, à la confluence de la fiction, du fait divers et de l’expérience autobiographique. Lazare Averbuch, jeune juif ukrainien, fuit en 1903 les pogroms de Kichinev et émigre à Chicago, où il se fait abattre par le chef de la police locale, qui l’accuse d’agitation anarchiste. Un siècle plus tard, Vladimir Brik, écrivain bosniaque émigré à Chicago, traverse les Balkans pour ressusciter Lazare par l’écriture de sa vie, tout en remontant vers son propre passé. Il est accompagné de Rora, jeune photographe bosniaque musulman, personnage énigmatique et hâbleur, qui lui raconte le siège de Sarajevo, ses massacres et ses crapuleries. Les destins croisés de ces personnages construisent une réflexion distancée, ironique et sombre sur les répétitions terribles du XX e siècle, et le déracinement de ceux qui les ont traversées. Voilà donc deux livres magnifiques, qui se lisent en miroir : deux auteurs qui ont choisi d’écrire dans leur langue d’adoption, qui tressent leur histoire personnelle et l’Histoire, quand la vie sans amarre de l’expatrié à la recherche d’une origine perdue gravite autour du point obscur de la guerre et de l’impensable horreur, dans son avant et dans son après. Deux romans dans lesquels la logique absurde de l’Histoire construit et défait les vies, et où l’humour est l’élégance de la douleur. AUDE FANLO Jésus et Tito Velibor Colic Gaïa éditions, 17 euros 4905'6 le 104 ûDJRBJULIEN 131:106 MAR5E,IL.LE a=uxwe-rm., n LifEORIES E i PXVER) - 19b 4 ; z4Nput or -41 Lc meilleur 6rrr. nrC. Y.tio Libradrie Bouq Le projet Lazarus Aleksandar Hémon Éd. Robert Laffont, 22 euros ACHAT VENTE ECHAGE Livres - Ca - DVD erie Nouveau.LIVRES NEUFS £pITIRNS Fitienf_+TAss$ - 1M1)G1S EN —'MANI14/Y46S EDITIONS et as#ras I 04.95.1 2.4'7.82 apestifleanumeripabJs,i'r vvvvvv.apostille-IïbratrrernarssÉf 1e.1s,fr



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 1Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 2-3Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 4-5Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 6-7Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 8-9Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 10-11Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 12-13Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 14-15Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 16-17Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 18-19Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 20-21Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 22-23Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 24-25Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 26-27Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 28-29Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 30-31Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 32-33Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 34-35Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 36-37Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 38-39Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 40-41Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 42-43Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 44-45Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 46-47Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 48-49Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 50-51Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 52-53Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 54-55Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 56-57Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 58-59Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 60-61Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 62-63Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 64-65Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 66-67Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 68-69Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 70-71Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 72-73Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 74-75Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 76-77Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 78-79Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 80-81Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 82-83Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 84-85Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 86-87Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 88-89Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 90-91Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 92-93Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 94-95Zibeline numéro 35 novembre 2010 Page 96