Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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24 DANSE GTP PAVILLON NOIR Visions du futur Pourquoi aller en Russie, rencontrer le Bolchoï, croiser ses ors et son classicisme ? Pourquoi puiser dans l’inspiration bouddhique recyclée de Subodh Gupta (scénographie), l’électro désincarnée de Laurent Garnier, les costumes dénudants d’Igor Chapurin, tout en revenant à une écriture rapide, oblique, époustouflante, des ensembles rectilignes et froids, à peine entrecoupés de tableaux lyriques et sensuels ? C’est qu’Angelin Preljocaj nous parle de l’Apocalypse et qu’il la situe là, aux frontières de l’Est, vers les sept églises d’Orient, dans l’émiettement des Insensé o Parallèlement à la tournée apocalyptique, le Ballet Preljocaj continue de danser Empty Moves, pièce entrée au répertoire en 2003, et programmée régulièrement dans des salles plus petites. Ce quatuor est accompagné par la voix de John Cage syllabant des Empty words devant un public italien médusé, et qui le manifeste de plus en plus bruyamment au long des 70 longues minutes de sa prestation. Le propos du compositeur ? Rendre la parole abstraite, la détacher du signifié. Le propos du chorégraphe ? Montrer que la danse aussi peut s’attacher au signifiant, c’est-à-dire au geste, sans rien connoter d’autre que sa propre écriture. Le résultat est étonnant d’inventivité chorégraphique : les assemblages inédits se succèdent, le mouvement prend un incroyable coulé, invente des successions combinatoires fascinantes, sculpte l’espace entre les corps. Puis le public de Cage se fait entendre, les corps sourient, se regardent, ayant compris depuis les années 70 que l’abstraction est une utopie… A.F. Empty moves a été dansé au Pavillon Noir, Aix du 20 au 23 oct nations qui furent communistes, l’abandon des dieux indiens, le sang versé partout, la pulsation, l’inorganique, l’électronique, Gomorrhe… Suivront mille ans de calme n’est pas une illustration des visions et allégories de Jean dans l’Apocalypse, même si l’on y croise des anges, le Livre scellé, des fléaux, des cavaliers et deux agneaux. La pièce de Preljocaj, comme le petit livre de Jean, décrit le présent, pense le passé, prédit l’avenir, littéralement et analogiquement. À côté des figures empruntées par l’apôtre pour décrire son histoire (Néron, la Empty Moves Agnès Mellon Suivront mille ans de calme JC Carbonne Action ! Tant pis on vous raconte la fin, c’est trop bien : trois jeunes gens (d’où sortentils ceux-là ? ) rejouent à l’infini des rires et des cris une même scène où l’on se jetterait par exemple dans le vide mais stop, arrière, play, replay… pendant que les trois interprètes de Last Meadow sur le devant de la scène se font applaudir pour leur époustouflante prestation. Il est grand temps de partir mais pas facile de tourner le dos à un show qui continue ! Délicieux malaise instillé depuis le début (ce mot a-t-il un sens ? on doute, on doute !) par l’ambiance toute d’ombre et de lumière, de silence brumeux troublé par la profusion d’une somptueuse bande-son et la présence presque brutale du trio de danseurs qui crève l’écran. Le blouson rouge Fureur de Vivre et le front couronné de blondeur boudeuse font de Michelle Boulé micro en mains - « Seul, seul, je suis seul... » - un James Dean postiche si évident que l’on a un peu honte d’y prendre tant de plaisir, à cette fantasmagorie libre et pétante d’énergie autour de l’idole absolue du désarroi sexy (américain ?) ; mixture, texture et tempo d’enfer : éclats de voix, gémissements distordus venus de dépravation et la guerre) et prédire l’avenir (la fin du monde et le pardon), on y voit les nations d’aujourd’hui enchaînées, s’agitant sans but, lavant leurs drapeaux à grande eau au soir des jugements, effaçant leurs crimes, prenant des poses d’une crudité extrême, provocantes, très politiquement incorrectes : la Russie ne s’y est pas trompée, qui a interdit qu’on y lavât son drapeau. Quant à la danse… les onze interprètes du Ballet Preljocaj côtoient miraculeusement les corps rompus au classicisme du Bolchoï, tandis que ceux-ci jubilent visiblement d’emprunter d’autres voies. Les quelques duos lents (merci Bach !) sont d’une beauté poétique poignante, les grands mouvements en quinconce, fugués ou à l’unisson, sont exécutés avec un ensemble fascinant. Un Preljocaj grand cru, à fort tanin. AGNÈS FRESCHEL o Suivront mille ans de calme a été créé au Bolchoï en sept 2010, puis dansé à la Biennale de Lyon et à Chaillot. Il sera en mars 2011 à Draguignan et Montpellier. Du 17 au 24 nov Grand Théâtre de Provence, Aix 04 42 91 69 69 www.legrandtheatre.net Last Meadow Ian Douglas l’Est d’Eden, triangle familial et amoureux ; Tarek Halaby porte robe, barbe noire et bras au ciel ; Miguel Guttierez, le chorégraphe, zigzague en père faiblard. Le plateau est submergé de musique : courses folles à travers le Requiem de Mozart, galopades débridées avec Madonna ou reptations vigoureuses ; désir fragile, émotions surexposées, gesticulation tragique des corps qui se donnent massivement (move move movie) entre aerobic métaphysique et night-club déjanté. Vulgaire ? Efficace ! On ne peut même pas faire la fine bouche quand on sait que « Last Meadow » désigne métaphoriquement la congestion cérébrale ! MARIE-JO DHO Last Meadow a été présenté au Pavillon Noir les 5 et le 6 nov
CHÂTEAU-ARNOUX DANSEM DANSE 25 En caractères grâces Michel Kelemenis et sa compagnie présentaient au Théâtre Durance trois poèmes chorégraphiques : Disgrâce, une confrontation gestuelle pour cinq danseurs créée en mai 2009 ; That Side, brillant solo féminin de Caroline Blanc, une création déchirée et déchirante sur un ailleurs intérieur. Et Aléa, réécriture d’un quatu-corps oppositionnel de 2005 réordonné en croisements, rencontres, éloignements d’un septuple corps de ballet qui n’a plus rien d’aléatoire. Une gestuelle que télescopent les échos musicaux électroacoustiques de Christian Zanessi pour questionner la complexité du rapport à l’Autre dans le parti pris d’une écriture volontairement précise, rigoureuse de l’enchaînement. La ponctuation de l’ordre gestuel est accentuée par l’aspect naturellement syncopé du support musical électroacoustique, et la sobriété minimaliste des costumes, Dense émotion comme pour laisser toute sa place au mouvement. Seuls quelques poursuites et rais de lumière font décor à l’ouvrage, projetant des ombres pariétales aux murs noircis de la scène. La rigidité recherchée du trait chorégraphique est parfaitement servie par la perfection de copiste des danseursgymnastes de la compagnie. Ainsi la confrontation et le télescopage des phrases gestuelles se trouvent magnifiés dans un extrémisme volontaire qui pourrait se percevoir comme un fait autocratique… rigueur qui interpelle, interroge, ne peut laisser indifférent mais dont la sécheresse peut laisser parfois le spectateur sur une soif d’apaisement. YVES BERCHADSKY Disgrâce, That Side et Aléa ont été dansé le 22 oct au Théâtre Durance Alea Agnes Mellon Le rêve dansant de Pina Bausch sculpte le geste émotionnel dans la matière brute du mouvement adolescent. Modelage à l’âge du corps à cœur. Matière sensible bouleversée et bouleversante. À l’aube des sensualités, s’éveille en touches pointillistes l’accord à l’Autre. L’intelligence écorchée accouche de poésie sensible. Chorégraphie d’une humanité subtile et parfumée. Une façon de respirer et sentir l’amour de la vie ! Y.BC Danse, aime La 13 e édition de Dansema débuté, après le préambule des Questions de danse de Michel Kéléménis, avec une création d’Hélène Cathala, La Jeune fille que la rivière n’a pas gardée. Un solo qui ne manque pas de qualités - belle présence irradiante d’une danseuse qui joue quelque chose entre la proie et l’ombre, intéressant dispositif de sons déclenchés par le mouvementmais signe aussi les difficultés d’un genre coincé dans une économie qui l’aliène : les compagnies de danse contemporaine vivant avec des moyens misérables, les solos expérimentaux centrés sur l’expression d’un moi souffrant ou marginal se succèdent. Celui-ci a pris le temps d’une certaine écriture. Mais que dit-il, sinon sa propre difficulté à être ? Emblématique de Dansem ? Sur certains points certainement : depuis 14 ans l’Officina propose un festival qui multiplie les événements et irrigue le territoire, a fait connaître de nombreux artistes méditerranéens aujourd’hui programmés partout. Mais ses moyens ne permettent pas de financer des créations ambitieuses : L’Officina et Dansemont en tout 137 000 euros de subventions. Alors ils se débrouillent, avec talent : ils tissent des partenariats nombreux avec les théâtres qui cofinancent les spectacles accueillis et les intègrent à leur propre programmation (le Bois de l’aune à Aix, Arteum à Châteauneuf-le-Rouge et La Roque d’Anthéron entrent cette année dans la danse…) ; mais si l’Officina paie les artistes, leurs cachets, leurs déplacements, ils n’achètent pas vraiment les spectacles, et ne peuvent garantir des séries… o Une économie précaire qui apparaît dans la programmation, fondée sur de très nombreux solos ou duos, et des formes programmées une ou deux fois, qui ne permettent pas aux œuvres d’atteindre une maturité et installent comme un choix esthétique le concept d’« œuvre en cours ». Malgré cela la programmation de Dansemreste passionnante ! Parce qu’elle est conçue par de vrais amoureux de la danse contemporaine, qui connaissent leur terrain méditerranéen et sont reconnus à ce titre par leurs pairs : ainsi les Bernardines s’engagent financièrement pour accueillir quatre formes de la Cie Mal Pelo, le Théâtre Durance, qui accueille en résidence la Cie Tecnologia Filosofica, se donne les moyens de programmer une création de 8 danseurs, de même que le Théâtre d’Arles qui accueille un quintette, la dernière création d’Ambra Senatore. En dehors de cela il faut noter la présence de Nacera Belaza à la Minoterie : la chorégraphe reste fidèle à Dansemqui l’a programmée bien avant ses succès… Et puis toutes les créations des compagnies de la région : Ex nihilo, Montaine Chevalier, Carol Vanni, le Collectif KO.com de Manon Avram trouvent avec Dansemun soutien indispensable pour continuer à créer tant bien que mal dans un contexte économique désastreux… Parce que tous aiment la danse ! AGNÈS FRESCHEL DansemJusqu’au 17 déc 04 91 55 68 06 www.dansem.org Cet instant là Fabio Melotti Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch, un film de Anne Linsel et Rainer Hoffman, sorti le 13 oct Les Reves dansants, sur les pas de Pina



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