Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 THÉÂTRE AVIGNON Chaises musicales 6 Lorsque deux artistes qui se connaissent bien, l’un habitué des sunlights, l’autre de la feuille blanche, se retrouvent sur scène, que se racontent-ils ? Des histoires de femmes partagées, de bouteilles avalées et d’au revoir manqués. Des chansons improvisées (presque) et des tubes revisités (quasiment). C’est ainsi que Stéphan Eicher et Philippe Djian ont eu envie d’éprouver en public leur complicité (15 ans à fabriquer des chansons ensemble). La dernière représentation de leur Concert Littéraire a emballé le public du Chêne Noir, allié à celui de la scène de musiques actuelles des Passagers du Zinc (partenaires de la soirée). « On finit sur scène des chansons qui n’avaient jamais trouvé de maison », explique le ténébreux chanteur, qui s’amuse à « tacler » les « dirigeants » de notre pays qui font le choix, comme les paroles de l’auteur, de « commencer avec quelque chose de très sombre pour forcément aller vers la lumière. » Djian, debout (il ne cessera de réclamer le tabouret sur lequel son comparse est assis), mesure (approximative) au bout des santiags, lit donc ses textes (quelques extraits de son nouveau roman, et certains succès 1000 fois réentendus mais gagnant ici en saveur). Sa voix sans musicalité notable le rend un peu timide sur la chansonnette, puis l’écrivain pour l’occasion slameur, est rejoint par Eicher, guitare électro acoustique blanche, looper discret mais efficace, et franchement plus à l’aise. Sa voix aux accents suisse-allemands opère et charme la salle, sa conscience littéraire à ses Des voyants aveugles Le dramaturge anglais Howard Barker, signataire du théâtre de la Catastrophe, sait faire entendre les voix en marge et éclater les tabous. Dans La Douzième bataille d’Isonzo, Camille Carraz et Alain Les douze batailles d'Isonzo X-D.R Stephane Eicher et Philippe Djian Daniel Infanger 6 côtés. Deux niveaux d’expression qui s’imbriquent et se fondent, pour leur plus grand plaisir. DE.M. Cesco-Resia se sont emparés du dialogue illusoire et bouillant entre deux aveugles, Tenna et Isonzo. La jeune fille vient de se marier avec un très vieil homme, qui célèbre ses douzièmes noces. Se donne, dans une joute brûlante de désir, une infernale et torride bataille sur leur différence d’âge, leur union non consommée et leur cécité. Les deux comédiens se sont jetés, les yeux fermés et avec un sublime panache, dans l’écriture exigeante et libre de Barker, où argot et lyrisme se juxtaposent dans une langue rythmée et viscérale. Ils se mettent eux-mêmes en scène avec audace et talent, comme deux traînées de poudre (ou de sable, à l’image de la scénographie sobre et juste). Provocations, mensonges et aveux autour de l’obscur objet du désir rebondissent et nous embarquent, d’abandon en obsession, dans un tourbillon poétique et cruel. La nudité devient l’enjeu Le Concert Littéraire s’est joué au théâtre du Chêne Noir, Avignon, le 15 oct éclairé et les rôles dominant/dominé s’inversent dans une lutte de corps et d’esprit entre Tenna « qui ne veut pas rester une rumeur » et Isonzo qui reste « une éponge au regard fixe ». « Je ne suis pas aveugle, j’ai simplement fermé les yeux » lui avouera-t-il, faisant basculer la jeune fille (et les spectateurs) dans du pur fantasme, chacun intoxiqué dans sa propre obscurité. C’est cru, dérangeant, drôle parfois, diablement érotique et de cris en corps perdus, nous reste l’image de cet étrange couple et de son impossibilité longtemps gravée dans la rétine. Un seul petit regret ? La lumière aurait mérité plus de recherche. DE.M. La Douzième bataille d’Isonzo s’est jouée au Théâtre des Halles du 4 au 7 nov À bout de souffle Occident de Rémi De Vos n’est pas drôle. Même si l’on se surprend à sourire, réflexe de défense gênée devant le miroir cynique que nous tend la pièce. X-D.R C’est une comédie noire et désespérée, un cruel « je t’aime moi non plus » entre deux êtres déchus et déçus, à qui ne restent que de pathétiques insultes pour partager leur solitude. Dans une scénographie étouffante de vide, un couple (Stéphanie Marc et Philippe Hottier, impeccables) englué dans un quotidien sans âme joue un huis clos de désamour tristement fataliste. Ils ne savent plus s’aimer ni se quitter et comblent l’abandon physique par le vertige de la parole. Un couple non identifié qui chaque soir se retrouve, par habitude ou masochisme, pour une joute ordurière. Lui s’agite, éructe, enrage, croit résister à ses illusions en se noyant dans l’alcool, le racisme ordinaire et l’insulte à « sa femme ». Elle semble les avoir perdues (ses illusions), lasse, immobile mais fidèle au rendezvous rituel quand il lui confesse ses bassesses parano et sa descente extrémiste. Elle rentre dans son infernal jeu pour attiser sa jalousie et se contenter de ses sordides « je t’aime » éplorés. Passés les « putain, salope, je vais te buter, connard, ta gueule » qui servent le propos (!), le lieu du drame se situe au cœur même du langage, pas dans l’intrigue. Une mécanique verbale parfaitement au point, accentuée par la redondance d’intermèdes (sous Vivaldi et dans le noir), qui démontrent le processus d’aliénation, sans issue. Un théâtre de paroles, à vif et sans ménagement, mis en scène par Dag Jeanneret qui nous plonge dans l’enfer d’un couple à bout de souffle. DELPHINE MICHELANGELI () Occident de la compagnie In Situ s’est joué au Théâtre des Halles, Avignon, les 14 et 15 oct
AVIGNON PORT-DE-BOUC NÎMES THÉÂTRE 17 Un triangle brun sur le cœur Le Balcon a confié son ouverture de saison à la Cie Mémoires Vives pour deux représentations, combles, de Samudaripen, les recettes étant reversées à la Fondation Abbé Pierre. Dirigée par Yan Gilg, la compagnie alsacienne poursuit son travail de transmission des mémoires avec cette pièce chorégraphique sur la persécution séculaire des nomades en Europe et leur extermination durant l’holocauste. Créé à l’initiative de Mickaël Stoll, le spectacle marie deux chants de liberté : jazz manouche et danse hip hop. Derrière un mur de tulle en barbelés, quatre danseurs jouent ces prisonniers gitans voués à la mort (épatants, notamment dans les solos), accompagnés par un slameur qui scande l’horreur (Yan Gilg, également à la mise en scène) et trois musiciens hautement véloces. Sous une orchestration savante de lumières et de projections vidéo, ces talents conjugués soulèvent le voile du Samudaripen, génocide (en langue romanès) des Tziganes internés par Vichy, déportés et exterminés pendant le régime nazi. Très documenté, le spectacle abonde de références historiques, d’images d’archives, de témoignages bouleversants, et retrace un pan Devoir de mémoire Il se souvient de tout Abraham. D’ailleurs il n’a plus que ça, le souvenir, là, dans l’antichambre de la mort, à Auschwitz. Sa mémoire va tous les convoquer, les chers disparus, ceux qui ont accompagnés son enfance en Pologne, puis son départ pour la Hongrie ; sont là aussi sa chère Rosele, et les sept enfants qu’elle lui a donné, Yankle, son meilleur ami et « meilleur tailleur du monde » avec lequel il devise X-D.R inlassablement de l’amour, du judaïsme, de nourriture et même d’extraterrestre (et quels savoureux dialogues !) … Michel X-D.R de l’histoire passé sous silence (la culture gitane préfère ne pas parler de ses morts) en nous confrontant à une mise en perspective dérangeante. La corde sensible est tirée à Jonasz, d’une voix tantôt puissante, tantôt suppliante ou moqueuse est chacun d’entre eux, y compris en chansons. Mais il est surtout Abraham, ce grand-père juif Polonais qu’il n’a pas connu mais dont il éclaire quelques moments de vie avec tendresse, lucidité et humour. Michel Jonasz dit vouloir « rendre hommage aux musiques qui ont joué un rôle essentiel dans [sa] vie artistique », en l’occurrence la musique tzigane avec des compositions originales enregistrées à Budapest. Seul sur scène, il fait défiler les années, l’extrême, mais jamais gratuitement. Le discours Gaullien « Nos nations aujourd’hui unies vous assureront un avenir digne » signale amèrement notre échec. Au final, tous passent devant les barbelés pour interroger le silence du « monde de la culture » dans le problème actuel des Roms : « On se mobilise pour l’annexe 8 et 10, mais pas quand il y a des vies humaines en jeu »... Raccourci démagogique étonnant, une lutte n’excluant généralement pas l’autre, et le monde culturel n’étant pas spécialement muet à ce propos ! DE.M. Samudaripen de la cie Mémoires Vives s’est joué au théâtre du Balcon, Avignon, les 15 et 16 oct remonte le temps dans un sens et dans l’autre pour finalement s’arrêter sur la fin inéluctable, avec une infinie pudeur. DO.M. Abraham a été joué au Sémaphore, à Port-de-Bouc les 20 et 21 oct, et au Théâtre de Fos le 22 Théâtre théorique Écrit par Gertrude Stein en 1936, Listen tome est un texte complexe, abstrait, qui, à l’image de l’artiste avant-gardiste, cubiste, qu’était la poétesse et dramaturge américaine, s’interroge sur les genres, le processus de création et surtout l’expérience de l’écriture. À ce titre, Listen tome illustre les doutes, les interrogations de l’auteur face à son texte théâtral. Difficile de « raconter » ce dont il parle exactement tant les mots qui le composent semblent se vider de tout sens, inlassablement répétés… En guise de personnages des « caractères », numérotés de 1 à 9, s’invectivent, se répondent autour du sens des mots et ponctuent les interventions de ceux qui sont nommés, identifiés, Doux Wiliam et Lilian. Eux se cherchent, traversent les actes, rendant chaotique une Bellamy éventuelle progression dramatique. La comédienne Emma Morin a conçu son spectacle avec un dispositif scénique simple reposant sur de magnifiques monochromes projetés sur un écran, qui signalent les différents actes et jouent encore un peu plus du contraste entre le sonore et le visuel, et sur des déplacements réduits. Mais cette pièce de théâtre qui n’en est pas une devait-elle être portée sur scène, alors même qu’il ne s’agit que de matérialiser la langue ? À moins que le son, seul, prime, et que l’avalanche de mots qui anesthésie leur sens suffise à signifier… Paradoxal… DO.M. Listen tome a été joué à l’Odéon, à Nîmes, le 4 nov



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