Zibeline n°35 novembre 2010
Zibeline n°35 novembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de novembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 8,7 Mo

  • Dans ce numéro : la création en danger.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 THÉÂTRE LENCHE POINT DE BASCULE BERNARDINES Sortir du ça Le théâtre n’est pas anodin, et c’est ce qui fait sa nécessité. Mettre des amateurs dans les positions d’humiliation où les plonge Rémy Yadan est irresponsable. Par respect pour les personnes entraînées dans cette exhibition, nous ne détaillerons pas comment chacun de ces êtres humains a été ridiculisé, montré dans ses failles : il faut être naïf, ou sadique, pour croire qu’ils sortiront indemnes de cette mise à nu publique de leurs régressions. Qu’ils soient volontaires n’y change rien : la parole des maîtres peut entraîner les hommes vers des actes avilissants dont ils se préserveraient seuls. S’exhiber en train d’éructer, de suffoquer, de régresser au stade de nourrisson, de pousser des cris d’animaux, de jouer à () La conference Mathieu Bonfils Il blague ? o Idéologiquement le texte de Christophe Pellet est au moins contestable. Son monologue confond allègrement l’État français et son gouvernement, renoue avec la tradition rance du génie propre des nations, imagine un Esprit Français fondamentalement (naturellement ?) différent de l’Esprit Allemand… qu’il dédouane en partie du « désastre », auquel il se serait livré par contamination admirative de l’esprit révolutionnaire français, hélas dégradé par Napoléon. On a déjà lu ça dans Céline, qui n’est pas politiquement la meilleure référence. Mais ces amalgames rapides (pas faux, donc) sont proférés sans blaguer par Thomas Blaguernon, un personnage contradictoire, profondément blessé, au milieu d’autres énormités antinomiques, mais qui souvent visent très juste. En particulier quand il pointe l’illusion qui règne dans le milieu théâtral : les centres dramatiques et autres maisons nationales ne sont pas des bastions de résistance mais des lieux de pouvoir, menés par des directeurs qui, au moins en partie, servent la politique de ceux qui les ont placés là. En dehors de cette affirmation décourageante pour ceux qui croient encore aux vertus émancipatrices de l’Art, La Conférence est très drôle, caustique, et d’une belle autodérision. Les salves ironiques fusent, mordantes, contre les maisons d’édition, les critiques la démence, exhiber ses tares physiques, et laisser pleurer un nouveau né sur scène, tout cela fait outrepasse les tabous dont nous avons besoin pour construire notre humanité. Sans compter l’inintérêt puissant du propos, et l’ennui généré par tout ce rien régressif enchaîné sans timing… On connaît des comédiens professionnels, des artistes, qui ont été massacrés par l’exhibition répétée de leurs voyages en démence ; il faut au moins préserver les amateurs des metteurs en scène prométhéens. AGNÈS FRESCHEL Tout va pour le mieux qu’il soit possible a été créé au Point de Bascule, Marseille, les 29 et 30 oct. X-D.R Sacrifice dramatiques (si si, très juste), les auteurs dramatiques, et le défaut de beauté. Puis la saucisse de cheval et les plats en sauce : cela surtout, l’absence de désir de beauté. Renaud-Marie Leblanc, qui n’était pas monté en scène depuis une quinzaine d’années, s’y avère un comédien précis et inspiré, comme le sont ses mises en scène. Extraverti, boudeur, piquant, absent, son personnage s’exhibe dans la diatribe sans donner les véritables clefs de son désespoir, sensible pourtant. Avec un fauteuil, un imper, un couloir de lumière et un peu de Mahler (juste ce qu’il faut de génie allemand…), le comédien tient la scène pendant plus d’une heure, empoignant un texte prolifique qui répète ses thèmes et variations : un beau challenge pour un come back, comme dirait l’esprit ricain. AGNÈS FRESCHEL La Conférence mise en scène par R. M. Leblanc et Vincent Franchi a été créée au Théâtre de Lenche du 26 oct au 6 nov. À venir : la Cie Didascalies and Co crée un autre texte de Christophe Pellet, Erich von Stroheim, au Merlan (voir p.18). Fabrice Duhamel Tous tant qu’ils sont est un petit bijou d’achèvement impromptu : c’est à partir d’un projet à plusieurs voix que Xavier Marchand met en scène ce texte de Suzanne Joubert. Une Petite enfermée dans l’arrière boutique d’un supermarché super discount y fait entendre sa voix, puis celle de tous les autres employés, dont elle rapporte précisément les propos sans camper tout à fait les personnages. Une histoire d’enfermement et de misère au milieu de sacs plastiques que la Petite essaie vainement de recycler, promise à un sacrifice dont la prémonition apparaît dans le nom même du magasin : L’Abondance sacrifiée (ça ne s’invente pas, la chaîne a existé). Cet ancrage dans le réel économique des petits employés débouche soudain, par éclairs et par cycles, sur des réminiscences d’Iphigénie, un bouc tragique qui passe, un désir fou d’être comédienne et de sortir enfin hors du trou où elle est enfermée… La langue subtile est portée avec force, talent, nuances et mesure par Edith Mérieau, qui scande les mots tout en insufflant un phrasé presque naturel aux détours alambiqués des phrases, avec une rare maîtrise du tempo… Elle est servie par une mise en scène économe, qui ménage cependant quelques très beaux effets de lumière et d’espace. Jamais gratuits, et toujours dans le sens de la lisibilité du texte. A.F. Tous tant qu’ils sont a été crée aux Bernardines du 15 au 20 oct ()
LE MERLAN LA CRIÉE CIE L’INDIVIDU THÉÂTRE 13 Petits arrangements avec les vivants Arnaud CathrineC.-Helie-Gallimard La Criée propose régulièrement des rencontres autour d’un texte et d’un auteur contemporain. Atmosphère intimiste et mise en lumière et en bouche des mots… Ninon Brétécher a eu l’envie de faire entendre un roman d’Arnaud Cathrine : La disparition de Richard Taylor. Roman à plusieurs voix féminines et donc à plusieurs points de vue. Le plateau est occupé par trois hautes chaises d’arbitre sur lesquelles viennent successivement se percher trois comédiennes épatantes. Tout d’abord, l’épouse Susan Taylor (Jézabel d’Alexis), la copine du bureau (Julie Recoing) et la mère (Catherine Hérold). Puis d’autres, incarnées par les mêmes. Elles parlent tour à tour de Richard, éclairant chacune un profil du personnage qui se dessine ainsi en mosaïque, et se dévoilent en même temps. Puis, très naturel, Arnaud Cathrine lui-même intervient, balançant de très théâtrales paroles, d’une langue parfois crue d’une grande efficacité, évoquant celle de Sarah Kane, qui intervient d’ailleurs comme narratrice en un hommage de l’auteur. Après la lecture Arnaud Cathrine plaisante, affirme qu’il voulait « provoquer (sa) maman » ! Et comme Flaubert il s’exclame : « Ces femmes, c’est moi ! » CHRIS BOURGUE Chez eux Pour fêter ses cinq ans la Cie l’Individu conviait le public à une soirée faite d’intimités. Individuelles, comme le nom de la compagnie, programmatique, l’indique. Littéraire, comme il ne le dit pas, même si on le comprend vite : les noms des auteurs apparaissent juste à côté des titres, juste avant le nom de l’acteur, qui précède encore celui du metteur en scène. Et c’est bien comme cela qu’on pense, à L’Individu, à contrecourant des productions actuelles. D’autres lignes de force jalonnent le parcours, indiquant qu’une esthétique s’élabore : Notre Dallas, Le di@ble en bouche et les deux textes créés ce soir-là tournent autour des mêmes tentatives de définition d’un moi autour d’une sexualité, et d’un rapport procréateur ou dévorant au monde. Guillaume, écrit par Jérôme Lambert pour Guillaume Clausse, introduit dans un flux achronique de pensées, de souvenirs et de projections, d’un être Guillaume X-D.R Mise en espace présentée le 21 oct à la Criée À lire La disparition de Richard Taylor-Arnaud Cathrineéd. Verticales 2007 et Gallimard 2008 À venir lecture-opéra du 1er roman de Violaine Schwartz La tête en arrière le 9 déc par l’auteure La Criée 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriée.com homme qui se pense chien, d’un sujet violent qui se rêve objet dominé et raconte, en un récit qui retombe à la fin sur ses pattes inaugurales, une scène traumatique, ponctuée de quelques autres, avant/après, comme autant d’explications ou de sorties possibles. La langue est imagée de sensations et de surgissements, et Guilllaume Clausse maîtrise formidablement sa lecture à table, qui se préserve de la théâtralité, mais laisse errer les images entre ses bras qui se soulèvent. Le deuxième texte, de Charles-Eric Petit, est une variation violente autour de la mort d’Actéon -celui qui, ayant vu Diane nue, fut transformé en cerf puis mis à mort par ses chiens. Métamorphose abondamment récrite et commentée, où il est question de sexe bien sûr, et de dévoration encore, le supplice d’Actéon étant l’endroit exact où le sujet regardant se transforme en victime animalisée… Le texte de Petit, déstructuré, s’attache à décrire la violence de la punition des dieux, en construisant une analogie avec les bombardements du monde. La mise en scène efficace et le comédien très incarné, permettent au texte d’exister comme un cri… à nuancer sans doute dans l’écriture. Quant au concert de Thomas Cerisola, intitulé Je suis un cerf, il conclut une soirée chaleureuse sur un certain malaise : se référer à certains textes de Bataille isolés de ses saisons en enfer (ma putain mon cœur je t’aime comme on chie) n’est pas fait pour déclencher le consensus. AGNÈS FRESCHEL ET AUDE FANLO Encagez-vous… Agnes Mellon La visite proposée par Michaël Cros est inquiétante : lorsque vous pénétrez dans l’aile droite du musée Longchamp, cerné par une énorme mâchoire de squale et un éléphant sombre qui, derrière la porte, lève la trompe sans barrir, immédiatement l’absurdité glauque du projet muséal autour de la conservation du vivant/mort vous introduit dans le propos. Le lieu a du sens, et tout Marseillais de plus de trente ans y a rencontré des animaux en cages plutôt décatis, et des empaillés qui ne valaient pas mieux… Mais à l’étage d’autres chocs vous attendent. Là il ne s’agit plus d’animaux exposés mais d’hommes, vivants, entièrement recouverts de combinaisons noires renvoyant aux expositions coloniales, à l’animalisation de l’homme africain… des entomologistes masqués manipulent les corps, et les mannequins aussi, qui se confondent avec les chairs dissimulées et parfois immobiles. Dans le hall d’entrée, des iPad exposent des écriteaux de zoos –ne pas nourrir les animaux- et des vitrines de mannequins ; dans la salle des caméras vous captent passant, morcellent et dédoublent votre image, la décomposent comme dans une chronophotographie High Tech. Dans les vitrines les corps bougent lentement, performent, se pendent, se ligotent, s’exposent, s’offensent. Mangent des arachides, tandis que les entomologistes surveillent, notent, replacent, expérimentent. Votre place de spectateur observé, sollicité, appelé à se déplacer pour suivre les performances, vous amène à parler bas, à baisser le regard, à sourire à peine aux autres visiteurs… puis à vous lasser d’un univers qui se dévoile un peu trop vite, pour ménager trop lentement ensuite ses changements. Une expérience trouble donc, à resserrer. A.F. Zoomorphe de Michaël Cros a été présenté du 28 oct au 4 nov au Museum d’Histoire Naturelle de Marseille, dans le cadre de la programmation du Merlan



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