Zibeline n°34 octobre 2010
Zibeline n°34 octobre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de octobre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : Avignon... à fond les saisons !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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-ê'76 HISTOIRE SÉTIF HORS-LA-LOI Hors-la-loi, de quelle Histoire ? Le film de Rachid Bouchareb soulève des réactions extrémistes (voir p.7). Il convient de le regarder avec recul, loin du tumulte de la colonisation positive Hors-la-loi est, par essence, un film historique. Il narre l’histoire d’une famille dont le destin chemine avec la décolonisation algérienne. La scène initiale montre une expropriation, en 1925. C’est une allusion à ce qui fut une des permanences de la colonisation : la spoliation de terres. Depuis le Second Empire, on distinguait juridiquement les Musulmans -les indigènes- et les Français. Le code de l’indigénat (1881) permettait la saisie des terres, les sanctions collectives ou individuelles. Dans le film, le Caïd, le chef communautaire, ne défend pas les intérêts de la population locale : Rachid Bouchareb dénonce ainsi la collaboration des élites et leur trahison, et le propos tend à conclure au recours obligé à d’autres personnes pour d’autres moyens d’action. Pourquoi Sétif La scène suivante, la manifestation du 8 mai 1945, est un moment clé. Rappelons ! Les paysans affluent en ville chassés des terres et poussés par la croissance démographique. D’autre part, les colons, peu nombreux (moins de 10% de la population), disposent des meilleures terres, base de leur puissance. Ils contrecarrent le projet d’assimilation qui voulait faire des locaux, sous conditions, des Français à part entière. Pour eux le recours à la force est une solution durable ! Côté musulman, il faut rappeler que l’essor du nationalisme est tardif. L’absence initiale d’État réellement algérien et l’adhésion des élites au projet républicain ont ralenti l’éclosion de la contestation : le mouvement des jeunes Algériens, avec Ferhat Abbas, poursuit le combat de l’intégration. A contrario, les docteurs de la loi, les oulémas, veulent une nation algérienne fondée sur la pureté de la foi. Messali Hadj, lui, fonde en 1937 le Parti du Peuple Algérien et professe un nationalisme islamique populaire. Avec la guerre mondiale et le débarquement américain en Afrique du Nord les données changent. Dégrisé par l’attente de réformes toujours repoussées, Ferhat Abbas publie un Manifeste du peuple algérien qui revendique un État algérien autonome. La France répond enfin par une ordonnance, le 7 mars 1944, où elle propose une assimilation plus généreuse. Mais il est trop tard ! Les courants contestataires s’enhardissaient, encouragés qu’ils étaient par la charte des nations unies et la création de la ligue arabe (1945). L’affaire se noue à Sétif et dans le Constantinois. Ici le film abuse : la mort du porteur de drapeau algérien fut suivie par un massacre des populations d’origine européenne (102 morts). Deux jours plus tard commence la répression sanglante. Les historiens débattent de l’ampleur et des causes des événements. Il semble que la férocité et l’outrance de la répression (des milliers de morts musulmans, peut-être des dizaines de milliers) correspondent à une volonté d’écraser le mouvement nationaliste (le PPA avait déclenché prématurément un projet insurrectionnel). Le film nous livre la vision rétroactive du FLN : Sétif et Guelma seraient le début de la guerre révolutionnaire. Violence et terreur Deuxième temps fort : la lutte entre les factions politiques. La guerre d’Indochine et le triomphe vietnamien de Dien Bien Phu sont un encouragement majeur pour les nationalistes. La voie à suivre est choisie : il faut provoquer pour que la répression s’abatte. L’impasse politique liée au statut de l’Algérie de 1947 et à son application -un double collège et un trucage des élections- sont évoqués par nos héros révolution-naires à l’usine Renault. Le film ne fait que très évasivement allusion à ce qui fut le véritable début du soulèvement nationaliste conduit par le FLN : le massacre de populations civiles, le 1er novembre 54. S’imposent désormais le primat de l’action militaire, la violence et la terreur. Cette intransigeance conduit à éliminer toute opposition. À l’extérieur, ce sont les partis concurrents (le FLN est né d’une scission du parti de Messali Hadj, le MTLD) et tous ceux qui résistent, d’où la scène de l’assassinat du cabaretier MNA (successeur du MTLD). À l’intérieur du mouvement, ce sont les faibles. On ne voit pourtant pas les règlements de compte politique à l’intérieur du mouvement qui opposent, par exemple, les chefs de l’ALN (l’armée des campagnes) aux chefs historiques du FLN. Le mouvement apparaît comme solide et unifié, ce qu’il ne fut pas (le leader FLN Abbane Ramdame est assassiné par ses compagnons). Les trois héros se meuvent dans un univers clos sur lui-même. Le FLN y est décrit comme un mouvement sans histoire, où les porteurs de valises ne sont que des accessoiristes aux ordres du mouvement algérien : pas de Sartre ou de Vidal-Naquet pour dénoncer les affres du colonialisme, ni même l’engagement d’un Maurice Audin. Le film poursuit la logique de légitimation du combat nationaliste du FLN : la violence ne pouvait être évitée, puisqu’elle est révolutionnaire. En réalité ces déchirures ne vont aller qu’en s’amplifiant, surtout après l’Indépendance. Les légitimer revient à justifier les violences de la vie politique algérienne. À y regarder de près, bien que les héros ne soient pas sympathiques et soient montrés comme pratiquant un peu vite le meurtre politique, ce film ressemble à un panégyrique du FLN. D’ailleurs, la version des événements de Sétif reprend les positions du gouvernement algérien : celui-ci ne cesse de demander une repentance unilatérale de la France. RENÉ DIAZ Hors-la-loi de Rachid Bouchareb Intégrations Un nouveau cycle de sept conférences historiques, organisé par Approches, Culture(s) et Territoire aux Archives départementales de Marseille, a pour thème central l’inscription de Marseille dans le cadre royal à partir du règne de Louis XVI. Comment Marseille la soumise, Marseille la méditerranéenne, trouve une place dans l’espace méditerranéen et oriental. Par ailleurs ACT projette à la Minoterie Pièces de mémoire, paroles de passeurs, une série de portraits de comédiens « issus de l’immigration » (Zohra Ait-Abbas, MohamedAdi, Akel Akian, Kamel Boudjellal, Louisa Amouche, Edmonde Franchi et Patrick Servius). R.D. Mobilités, échanges et frontières Voisins, Wolfgang Kaiser, le 19 oct Politique et altérité : des représentations sous influence Junko Takeda, le 9 nov Pièces de mémoire, paroles de passeurs, le 22 oct, la Minoterie www.approches.fr
LA POP PHILOSOPHIE PHILOSOPHIE 77 Politique ou poétique de la vérité ? La philosophie se définit premièrement ainsi selon Foucault : c’est un travail essentiel interrogeant la vérité, elle doit faire comprendre que l’accord rationnel n’est pas un fruit du consensus, mais du rapport de force. Certains objectent à cette définition que la philosophie n’est pas forcément politique, et qu’elle peut s’appliquer à tout objet ; à moins que tout ne soit politique, et que s’interroger sur Plus belle la vie -le 20 oct à 15h à la FNAC Marseille- soit un champ possible de l’investigation philosophique ? Tonkin Prod POL POP philosophie Alors c’est quoi la pop philosophie ? Pas de définition nette mais des injonctions, comme celle de Canguilhem : « la philosophie est une réflexion pour qui toute matière étrangère est bonne, et nous dirions volontiers pour qui toute bonne matière doit être étrangère. » Pop pourquoi ? Parce que populaire on l’espère, mais surtout dans la lignée du pop art et de la musique pop. Pour Gilles Deleuze qui inventa l’idée, c’est une philosophie impure qui s’empare d’objets inhabituels et a priori illégitimes, pour penser dans la joie. Comme par exemple la conception du monde chez les Shadoks le 22 oct à 14h, à La Criée, et par Gérard Berry professeur au collège de France. En fait la pop philosophie est un bricolage de la pensée sur des références légères qui se substituent à l’œuvre d’art ; on essaie, on trifouille les idées sur des objets étonnants. Pourquoi pas ? On s’approchera peut-être des intentions de cette pop philo à la Maison Hantée le 22 à 18h30 où Eric Aeschimann, Stéphane Legrand et Pacome Thiellement se demanderont si le rock philosophique a vraiment existé. Parce que le rock et mai 68 sont de purs évènements, surgis de nulle part, « improductifs et sans objet… ainsi le rock réussit où la politique échoue : il rend heureux. » On espère un débat vraiment rock’n’roll si les gauchistes de la Plaine passent par là ! En tout cas la semaine est riche, avec d’éminents intervenants, et quelques problématiques nécessaires comme celle du 23 à 17h30 au Palais de la Bourse, sur les métamorphoses de la temporalité et de la spatialité à l’heure du portable qui rend l’Autre en permanence à ma portée, et ma localisation connue par satellite ! RÉGIS VLACHOS Semaine de la Pop Philosophie du 18 au 23 oct Marseille www.lesrencontresplacepublique.fr Un brin de Sexop Philo Influencé par la pop philosophie on a inventé la PHILOsophie SEXuelle Opérationnelle ; on fait ce qu’on peut ! La philosophie a raison de s’interroger sur les objets et débats du quotidien, pour les sortir de leur doxa, leurs préjugés, leur simplification médiatique. Non pour broder mais pour les ramener à des concepts fondamentaux, afin d’éclairer et de donner envie de changer le monde. À l’inverse de Spinoza (« ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas haïr, mais comprendre »), Bensaïd disait que d’abord vient l’indignation, ensuite la pensée, et enfin l’action. Action justement que celle contre la réforme des retraites, qui en son sein porte un grave coup à l’égalité de traitement entre l’homme et la femme, et met en lumière la béance philosophique quant à la réflexion sur la différence générique homme-femme. Le premier point sur lequel rien n’est réglé est celui du naturel et du culturel : hormis la procréation, tout est culturel. Or cette différenciation culturelle est d’autant plus violente qu’elle s’abrite sous une justification naturelle : ainsi l’instinct maternel, inexistant naturellement mais présenté comme conséquence de la procréation. L’autre question, qui découle de celleci, est la généalogie de la distinction du féminin et du masculin : on nage en eau trouble dès qu’on se demande d’où et comment vient l’inégalité Homme/Femme. De l’invention de la propriété privée qui brise l’état heureux de nature où tous étaient égaux ? Dès lors la femme devient propriété de l’homme, dixit Engel, why not… Pour d’autres elle provient d’un modèle de pensée archaïque dominant, issu des premières représentations du monde au paléolithique, qui se perpétue : on aurait évolué sur tout depuis l’homme des cavernes, sauf là-dessus, et le féminin resterait passif, l’homme actif… Il y a bien une différence entre l’homme et la femme, que l’histoire millénaire a construite. Mais peut-on constater aujourd’hui qu’il y a des valeurs féminines et d’autres masculines sans que cette distinction relève de l’essentialisme ? Ces valeurs sont le fruit de la culture, elles ont été faites et peuvent être défaites. Mais pour obtenir l’égalité la femme doit-elle adopter les valeurs (non essentielles) de l’homme : le mode de gestion capitaliste (brutalité, rentabilité) n’est-il pas proprement inhumain ? La femme doit-elle s’y glisser parce qu’il est masculin ? Et pour y faire quoi ? Pour montrer qu’elle peut subvertir ces valeurs ? On aimerait le croire. R.V.



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