Zibeline n°34 octobre 2010
Zibeline n°34 octobre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de octobre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : Avignon... à fond les saisons !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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68 LIVRES LITTÉRATURE L’opium des saltimbanques Après La Hague, ses tempêtes et ses déferlantes, c’est au bord du Rhône que Claudie Gallay installe sa nouvelle fiction. Sur les berges du fleuve, au pied des remparts d’Avignon. Et dans la ville aussi, au plein cœur d’un été pas comme les autres, puisque c’est celui, lourd, caniculaire et désormais historique, qui vit l’annulation du festival et tous les mouvements des intermittents du spectacle. Dans cette ambiance de surchauffe, tant climatique que politique et sociale, la romancière imagine l’histoire de quelques passionnés de théâtre. Odon, le directeur d’un petit lieu, qui met en scène la pièce d’un jeune auteur mort, Paul Selliès ; sa fille, Julie, qui joue dans la pièce ; et puis Mathilde, son grand amour, revenue triompher dans sa ville avec un rôle important ; et Isabelle, l’ancienne, qui a connu les premiers festivals, l’époque des Vilar et Philipe ; et tous les autres, acteurs, techniciens, hommes à tout faire, qui tournent et virent dans la chaleur de juillet en attendant la suite. Au milieu de tout cela débarque Marie, une jeune fille écorchée (au propre comme au figuré). La sœur de Paul, venue demander des comptes… Cadre mythique, personnages attachants, secrets dévoilés, hommage au monde du théâtre, les ingrédients sont là. Pourtant, la sauce ne prend pas. On ne fait que glisser sur ce récit volontairement fragmenté. Conflits et passions y flottent, amortis, lointains. Avignon devient une île, que l’auteure ne parvient pas à aborder. FRED ROBERT L’amour est une île Claudie Gallay Éd. Actes Sud, 21,80 euros Claudio Gn ! ! ai,llilüül'est 1 lnC Héritière de 68 ? Virginie Linhart n’est pas la fille d’un militant anonyme. Son père, Robert Linhart, fut une figure phare de 68. Ou du moins aurait dû, s’il n’avait refusé ce mouvement « petit-bourgeois », sombré dans la dépression et vécu Mai en cure de sommeil. Le fondateur du mouvement maoïste en France n’est donc pas un père anodin, et c’est cette mémoire que sa fille interroge : en sociologue et documentariste elle enquête et écrit un essai ; en témoin elle en fait un roman sensible, où elle scénarise son parcours, dessine des visages où son père apparaît en creux, et toute une génération d’enfants de 68, personnages croisés emblématiques d’une Comédie humaine défictionalisée. On comprend beaucoup de choses à travers ce filtre étrange, ce regard d’historienne qui tenterait une objectivité factuelle passée au crible d’un point de vue interne assumé. Les réticences sur l’héritage des enfants de militants, sur la liberté sexuelle, les liens complexes avec la mémoire de la Shoah, avec Althusser, la psychanalyse. Avec l’école aussi, l’élite intellectuelle parisienne, quelque chose d’une volonté d’excellence refoulée, et le sentiment d’abandon. Jamais réac, rendant toujours hommage à l’engagement politique, à l’enthousiasme et la liberté qui habitaient ces parents particuliers, au courage aussi qui mena certains intellectuels maoïstes à l’usine, ou au Larzac. On est très loin de l’actuelle relecture des repentis entrés en carrière politique. Très loin aussi de l’hommage aveugle. Depuis la publication de Le jour où mon père s’est tu Robert Linhart a repris la parole. Enseigne, écrit. Se réapproprie son histoire ? AGNÈS FRESCHEL Virginie Linhart Le jour aû mon père s'est tu Virginie Linhart sera présente lors des Littorales à Marseille (voir p 63) Le jour où mon père s’est tu Éd. du Seuil, 2008, 15 euros Poche, 2010, 6 euros Non à la tapisserie ! Remarquable petit ouvrage que le dernier essai de Belinda Cannone, La tentation de Pénélope. Le titre délicieusement provocateur, tout de fausse innocence, est à l’instar du ton adopté : écriture relâchée de la conversation, parenthèses, apartés, retours, une prose à laquelle on a lâché les brides… un plaisir savoureux de lecture, où, suprême élégance, la légèreté du style permet à la profondeur du propos de ne jamais sombrer dans la lourdeur grandiloquente, écueil régulier du genre ! En 36 courts chapitres, brosser un tableau complet de la condition féminine est pari impossible dans lequel Belinda Cannone ne s’engage pas ; mais comme les poètes, elle esquisse des pistes, aborde le sujet par des tours inattendus, « Le père marin », « Messieurs, soyez beaux » ou « Éloge de la pénétration » … Analyses de romans, de psychanalyses, travail sur la grammaire des genres aussi, vertu du neutre qui met en avant la personne avant d’en faire un être sexué. « Distinction des sexes » plutôt que « différence », qui implique un classement. Réflexions sur le corps biologique prééminent, et les conséquences qui en découlent : être et devenir sont les mots clé que Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir met en évidence, insiste Belinda Cannone, il faut passer enfin de l’état de nature à la construction sociale et historique… Cette relation de dominant et de dominée aliène l’un et l’autre ! Non messieurs, il n’y a pas de guerre des sexes, mais sans aucun doute il faut à nouveau refonder le regard. Ce livre ? Un régal, érudit mine de rien, à lire absolument et à partager ! MARYVONNE COLOMBANI La tentation de Pénélope Belinda Cannone Éd. Stock, L’autre pensée, 18,50 euros Belinda Cannone sera présente lors des Littorales à Marseille (voir p 63)
Chaotique Décevant le dernier Gaudé ? Oui pour les inconditionnels de ses nouvelles ténébreuses (Dans la nuit Mozambique), de son écriture aride (Le soleil des Scorta), de la puissance fantastique de son récit (La porte des enfers). Et non, car son talent à autopsier l’âme humaine est intact. Ouragan est un texte choral porté par une poignée d’humains en déshérence, vaincus par la violence des éléments, leurs vies à bout de souffle, miséreuses. Leurs âmes mises à nu et usées dont l’issue est entre les mains des soubresauts de la nature… Laurent Gaudé se fait incantatoire, manie l’écriture oppressante à force de répétitions en boucle, de phrases courtes, de glissements d’un temps à l’autre, d’une parole à l’autre, d’une scène à l’autre ; resserre les mailles de son texte pour dire l’engourdissement des corps et des cœurs incapables d’aimer à nouveau. C’est que l’Ouragan n’anéantit pas seulement sur son passage la Louisiane – dont seuls les alligators en sortent vainqueurs et repus (métaphore d’une nature qui reprendrait ses droits ?). Il fout en l’air des martyrs résignés, trop longtemps asservis comme Joséphine Linc. Steelson (figure de la lutte des nègres), Byron l’enfant au silence obstiné, le Révérend fou de Dieu, Rose prisonnière de la laideur de sa vie… Le texte luimême est un combat permanent contre la colère du monde, qui déverse en un flot ininterrompu son ruban de folie, de peur, de faiblesse, de violence, de désespoir, d’abandon, de brève révolte. À son tour le lecteur est englouti sous cette avalanche, pris au piège de cette litanie. Quitte à s’y noyer parfois ? MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Ouragan Laurent Gaudé Éd. Actes Sud, 18 euros Fable orientale Le roman possède l’excitante capacité de créer des rencontres imaginaires, de devenir le laboratoire secret dans lequel l’écrivain assemble les improbables, redessine, expérimente… Après l’impressionnante caverne de Zone Mathias Enard livre un petit bijou renaissance à l’ombre des coupoles du Bosphore. Michel Ange, invité à Constantinople pour concevoir un nouveau pont sur la Corne d’Or, laisse en plan le tombeau destiné au pape Jules II. Les lettres se succèdent, rappelant l’artiste à Rome, tandis qu’il s’imprègne de l’atmosphère de la ville pour trouver l’inspiration nécessaire. Démarche passionnante que de faire se rencontrer la Renaissance italienne et l’orientale Constantinople du Sultan Bajazet (non, pas celui de Racine) dans une construction savante et subtile, une polyphonie à voix traitées à différents niveaux : à la troisième personne Délivrez-les du mal Quel Juste ? Quel est le poids d’une vie quand on a le pouvoir de la reprendre ? Alger, 27, 28 et 29 mars 1957. Trois jours suffisent à Jérôme Ferrari pour débattre du Bien et du Mal sans jamais tomber dans un portrait manichéen de la guerre, et s’interroger sur les sentiments qui animent le capitaine André Degorce et le lieutenant Horace Andreani. Tous deux ont affronté l’horreur des combats et de la détention en Indochine, tous deux passent des mains de leurs tortionnaires aux geôles algériennes : sauf que de victimes ils sont devenus bourreaux. Mais le plus lâche des deux n’est pas forcément celui qu’on croit. Empêtré dans une bigoterie qui lui adoucit les pleurs, le capitaine Degorce croise sur son chemin Tahar, « seigneur d’une guerre clandestine », figure charismatique de l’ALN qui va fissurer ses certitudes, mettre à mal la grandeur et la servitude du métier de militaire. Mais jusqu’à quel point ? … Remords, angoisse du Jugement dernier, résignation dans l’accomplissement de ses viles besognes (faire parler l’ennemi coûte que coûte) : alors que Degorce n’en finit pas de tressaillir, Michel Ange, et le poète Mesihi, amoureux secret et désespéré du sculpteur ; à la première personne, l’envoûtant(e) bel(le) Andalou(se), qui chante, danse, personnage énigmatique qui semble comprendre en lui toute la fascination qu’exerce l’Orient des orientalistes, beauté, préciosité, charme et… danger. Le style est précis, les phrases lapidaires, le présent taille le texte au rythme d’une tragédie classique, et met en scène l’éternel combat entre la matière et l’esprit, l’alchimie subtile qui parfois en des instants de grâce les unit. L’énigme du titre se dévoile avec finesse, et chatoiements ! MARYVONNE COLOMBANI Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants Mathias Enard Éd. Actes Sud, 17 euros Andreani recrache sa haine à la figure du commandeur genoux à terre. Courage, abnégation, dégoût, exactions, nausées, douleur, aveu, torture, culpabilité, perversion, héroïsme : autant de sentiments entremêlés et de situations paroxystiques. Jérôme Ferrari prête à chacun des personnages - même les plus subalternes - une parole forte, concise, servie par une écriture brillante qui ne s’embarrasse pas de superlatifs. Et les citations des Écritures saintes en exergue ne font qu’accroître encore notre malaise. Tahar, Andréani, Degorce : l’enfer, c’est la guerre. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Où j’ai laissé mon âme Jérôme Ferrari Éd. Actes Sud, 17 euros L’auteur était présent aux Correspondances de Manosque pour une rencontre avec Sofiane Hadjaj (voir p 66) Ld.urerit f ai.rdé OYrraga.n Ab, ACM SLT/Mathias Enard Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, 1L € i641{ ; FERRARI {)ïl ! rii itri-. Iliili élllt'r4 viTo f/)1i.'+]:SS' ! LIVRES 69



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