Zibeline n°34 octobre 2010
Zibeline n°34 octobre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de octobre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 9,6 Mo

  • Dans ce numéro : Avignon... à fond les saisons !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 MUSIQUE CONCERTS La lyre et l’échafaud On entend encore le frottement de la plume de Chénier sur le parchemin où il coucha son dernier poème, en prison, tout comme le bruit sourd de la guillotine brisant une jeunesse pleine de promesses… Andrea Chénier est l’un des rares opéras (avec Dialogues des Carmélites) à dénoncer la Terreur. En situant, sans parallaxe temporelle, l’action durant la Révolution française, la mise en scène de Claire Servais nous conduit au musée, jusqu’à assumer le kitsch du livret par un final « lumineux », transcendant le passage vers la Mort du couple héroïque. À bien y regarder, les décors (Dominique Pichou) figurant un gigantesque échafaud morcelé dans l’espace, prêt à l’emploi, et l’arène orangée représentant le tribunal populaire au 3 e acte, génèrent de puissants effets. Car c’est là, précisément, que tout se joue du rapport psychologique semblant annoncer le triangle Cavaradossi, Scarpia, Tosca. Andrea Chénier de Giordano fait partie de ces ouvrages poussant les voix vers des intensités peu communes. Les plus grands ont chanté le rôle-titre, Du son à l’idée Au XVI e siècle l’art instrumental s’émancipe I Virtuosi Italiani du texte X-D.R. qui jusqu’alors lui servait d’incontournable support (prières, chansons…). En quelque sorte, à ce oei mais ils ne sont pas nombreux aujourd’hui à pourvoir l’endosser. Zoran Todorovich est un ténor au port altier, au timbre compact, puissant. Hélas, ses moyens ont été altérés, le 1er octobre, par un fort rhume. Cependant, tout le plateau vocal a été bien pensé. Irène Cerboncini maîtrise son soprano vibrant pour la jeune amoureuse Madeleine de Coigny et le superbe baryton Marco di Felice, assume la complexité de Gérard, révolutionnaire tiraillé entre sa haine de l’Ancien régime, son désir de posséder son ex et noble maîtresse, et sa volonté profonde de rester vertueux. L’ensemble des seconds rôles contribue à la réussite d’une production venue de Monte-Carlo. Le chef Fabrizio Maria Carminatià la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra rend enfin à l’opus son vérisme chatoyant et ses élans musicaux opulents. JACQUES FRESCHEL Andrea Chénier a été donné à l’Opéra de Marseille du 23 sept au 5 oct moment-là de l’histoire, la musique devient un art « abstrait », bien avant la révolution picturale du début du XX e siècle. Cependant, peut-être effrayés par ce phénomène qui plaçait la musique instrumentale hors du « sens » (que veut donc « dire » une sonate ou une symphonie ?), les musiciens baroques ont cherché à établir des relations entre les phénomènes sonores, rythmiques, mélodiques, et les passions humaines ou les phénomènes naturels. C’est ainsi que les partitions de l’époque regorgent d’effets imitant l’orage, le sommeil, les chants d’oiseaux ou le murmure des fontaines, la jalousie, l’amour, le plaisir… D’Antonio Vivaldi, on connaît les fameuses Quatre Andrea Chenier Christian Dresse 2010 saisons, moins les nombreux Concertos à titre comme La Rustique, L’Amoureux, La Tempête en mer, Le Soupçon… Autant de pièces qui, par leur rudesse dynamique, leur plainte mélodique, sensuelle, l’aspect furieux ou haletant des trémolos, leurs harmonies sinueuses, suggèrent des climats où les pensées s’envolent au fil des élans agiles d’un violon solo. C’est vers ces contrées imaginaires que nous ont emmenés les cordes aguerries d’I Virtuosi Italiani et leur chef/soliste Alberto Martini le 7 oct pour le 2 e concert du Festival de Saint-Victor (à suivre… voir p30). JACQUES FRESCHEL Obscure clarté Univers sombre que celui choisi ce soir-là au GTP pour le spectacle Les derniers feux du romantisme, dirigé tout en finesse par Laurence Equilbey ; le concert de chœur Accentus s’ouvrait sur Franz Liszt avec Weinen, klagen, sorgen (d’après J.S. Bach), puis Nuages gris ; le chœur entame le premier morceau de dos, son parfait, harmoniques sensibles et prenantes, direction d’une rigueur toute d’élégance et de tension. Brigitte Engerer accompagne le chœur pendant la première partie, légèrement, tissant finement le son entre les voix et son piano. Le lyrisme est profond, évident, l’atmosphère poignante échappe aux lourdeurs que la tristesse existentielle des œuvres de Max Reger ou Hugo Wolf pourrait entraîner. Le surtitrage, clair, permet de goûter à la poésie des auteurs dont les compositeurs se sont inspirés, sans o nuire à l’écoute. Car qu’est ce que ce premier romantisme allemand ? Le sentiment de la nature, les cyprès inquiétants, et l’innocence de l’enfance Jean-Louis Bergamo qui s’oppose à un monde de mensonges que fuient les poètes… Puis, on eut le bonheur d’entendre la grande pianiste interpréter seule Chuchotements secrets de Clara Schumann, dans leur transcription de Franz Liszt, où les silences s’interrogent. Et le tendre Liebeslied de Robert Schumann. Enfin Rêve d’amour et Cantique d’amour de Franz Liszt. Le piano se fait aérien, les difficultés techniques accessoires… Sublime ! Le concert s’achève avec le chœur Accentus seul, dans quelques pages essentielles de Malher. Sons irisés, ampleur, intériorité, des finales pailletées… un pur bonheur de tristesse et de désespoir ! MARYVONNE COLOMBANI Ce concert a été donné au GTP le 2 oct
MUSIQUE 27 In memoriam o Un double hommage in situ dans le temple de « l’optical art », quand Vasarely accueillait Barbizet Séquence émotion : Caline Barbizet, après une présentation rapide par Pierre Vasarely du rapport qu’entretenait le plasticien avec la musique, prit la parole pour parler de celui qui fut son mari. Quelques mots simples, suivis d’extraits du concert donné par le pianiste marseillais en 1975, et enregistré par FR3 : Milhaud, puis Bach, dont les lignes mélodiques habilement tissées firent corps avec les œuvres du grand Victor. Puis immergé dans un espace de sons de couleurs et de formes, l’auditoire put apprécier le récital d’Evelina Pitti, ancienne élève du maître. Les œuvres de Syntaxe de l’air Infatigable, L’Opéra au village ne cesse de proposer des spectacles qui allient qualité et innovation. Le 18 sept, l’église romane accueillait Télémaque pour un concert à la composition originale : aux cinq mouvements du Quintette opus 39 de Prokofiev se mêlaient en un savant tissage des pièces solistes d’auteurs contemporains. Melancholia pour contrebasse solo (Jean-Bernard Rière) de Hersant : les graves s’approfondissent, comme une matière lourde et malléable, puis les cordes graves deviennent chanterelles, s’adonnant aux aigus les plus absurdes, le bois de l’archet jongle, le spectre tout entier s’éveille. Dans Sarc d’Ohana, le hautbois (Blandine Bacqué) oscille entre interrogations et certitudes, arrachements d’âme et légèreté, polyphonies incroyables, tandis que la Sonate pour alto (Pascale Guérin) de Hindemith, très romantique, vibre d’accents sourdement passionnés. o La Sonate pour clarinette (Linda Amrani) de Denisov suit une esthétique picturale pointilliste, toile parsemée d’éclats, d’arêtes vives qui semblent sculpter l’espace, acrobaties défiant la mesure. Enfin, la très lyrique Cadenza pour violon (Jean-Christophe Selmi) de Penderecki semblait vouloir déchiffrer toute la complexité d’une âme, mouvements qui s’exacerbent, vont au-delà des capacités humaines, Bach, l’âme slave à fleur de peau de Rachmaninoff, puis Dutilleux, et sa première sonate pour piano « à Geneviève Joy » emplirent le lieu de leurs volutes invisibles. Solidement ancrée dans le clavier, la pianiste proposa une interprétation de ces pièces, pleine d’émotion et de retenue. Hommage vibrant aux deux artistes disparus, qui, l’espace du concert, semblèrent réinvestir la place : tout le charme de l’illusion. CHRISTOPHE FLOQUET Ce concert a eu lieu le 16 sept à la Fondation Vasarely, Aix Dany Savary repoussant toujours les limites, jeu des extrêmes, doubles cordes enchaînées, jusqu’à la formulation de l’indicible. Ce parcours permettait d’apprécier des œuvres de compositeurs du XXe, riche contrepoint à la danse du Quintette, composé pour un ballet, qui livre une galerie de tableaux, tantôt un monde oriental empli de poésie et de mystère ou d’une verve féroce, tantôt une description de la démarche de Evelina Pitti Gerard Pau l’ours, puis celle, brillante, du jeu des acrobates ou d’une danse russe traditionnelle. Le bis, de Tristan Murail, inspiré des Ruines circulaires de Borges, emporte le violon et la clarinette dans un affrontement étrange. L’un et l’autre rêvent, mais l’un n’est que le songe de l’autre, mode spectral où la virtuosité ne peut être que subtile. Un concert d’exception, qui animait de souffles invisibles la délicate installation de plumes duveteuses et blanches d’Isa Barbier, esquisse d’un globe qui épousait les formes de l’abside, construction fragile, éphémère écho, manifestation à peine tangible de l’idée… MARYVONNE COLOMBANI Concert Les Subjectifs, donné à Pourrières au Couvent des Minimes le 18 sept. Emilie Capulet, pianiste inspirée Dans le cadre somptueux du château de Cassis, Emilie Capulet, pianiste diplômée à Aix, Marseille et Londres (Guildhall School of Music) a apprivoisé un Pleyel quart de queue de 1920 à la chaude sonorité mais à la mécanique Yves Bergé e capricieuse, dans un programme très viennois. Les 12 Variations sur Ah, vous dirai-je maman de Mozart, d’une clarté juvénile, étaient entourées des plus grands romantiques. Technique sûre, phrasé élégant pour l’Etude en mi majeur op.10, belle lisibilité et main droite survoltée dans la Fantaisie-Impromptu de Chopin. Avant la Ballade en sol mineur, superbement interprétée, un moment de respiration où la pianiste présente les œuvres avec beaucoup de ferveur. Dans les Impromptus en mi b majeur et b mineur de Schubert, Emilie Capulet effleure le piano avec un charme exquis, la technique étant toujours au service d’une musicalité d’une grande maturité : les guirlandes de triolets dans le 1er Impromptu, si maîtrisées, rappellent la jouissance romantique du musicien. La Valse-Caprice de Liszt, souvenir de soirées viennoises, héritées de danses schubertiennes, pièce redoutable, doigté puissant et bondissant : Schubert sublimé par la tornade Liszt ! Le Carnaval de Vienne, jeu généreux et inspiré, est un bel hommage à la théâtralité et aux audaces harmoniques de Schumann. Un très beau moment de musique, offert avec grâce. YVES BERGÉ Ce récital s’est donné le 19 sept au Château de Cassis



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