Zibeline n°33 septembre 2010
Zibeline n°33 septembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de septembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... le Off d'Avignon, une manne économique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 92 - 93  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
92 93
92 PHILOSOPHIE Festival d’Avignon, juillet 2010, près de la place Carnot. Un attroupement de festivaliers, de passants à l’écoute assidue : des banderoles, une envolée lyrique mais argumentée contre l’aristocratie d’État en France, contre les réformés du système de santé, contre la gratuité. C’est bien eux, ils sont là : l’équipe de Charlie Hebdo. Vingt ans que je les lis mais je ne les ai jamais vus. Ah si. Sage comme une image, antinomique de ses dessins, je reconnais la coupe inimitable de Cabu. Et l’agité qui parle ; c’est Pelloux me dit-on. Quel talent, même en orateur, lui à la prose si fine chaque semaine sur la détresse des petites gens. Et le moustachu ? Charb ! en personne ; ses dessins me font mourir de rire depuis des lustres, ses chroniques aussi, si justes contre la bêtise. Disons le tout net ; il faut que je leur parle, Zibeline ou pas : maintenant que Val est parti, ils sont redevenus mes amis de kiosque. Charlie Hebdo c’est le seul journal indépendant en France avec le Canard Enchaîné. Rare presse écrite populaire qui fait voir le monde autrement ; comme avec les Guignols, la satire légère est une forme de combat pour montrer d’autres vérités que celles qui nous dressent les uns contre les autres, nous aveuglent sur le délabrement social et écologique du monde. Charlie Hebdo, ou penser autrement sans se prendre au sérieux. Je sors de mes réflexions, le débat est fini ; je CHARLIE HEBDO Rencontre avec Charlie Hebdo saute sur Charb comme Maurice sur Patapon : Zibeline : Qu’est-ce que vous faites à Avignon ? Charb : Un peu comme ce qu’on avait fait au début de Charlie avec Val, d’aller dans les facs, les théâtres, les cinémas… rencontrer les lecteurs pour échanger longuement ; depuis on ne le fait plus que dans les salons du livre mais l’échange est trop rapide… Là les gens ont le temps de s’arrêter, de discuter, d’écouter, de partir quand ils veulent, on n’est pas là pour leur vendre un album. En fait, pendant des années il y a eu une fainéantise de notre part pour la rencontre avec les lecteurs ; ça fait 15 ans qu’on ne l’a pas fait… Pelloux : Ouais, c’est Val qui vous enfermait… Charb : … alors Pelloux a proposé qu’on parte à la rencontre des lecteurs. Et tu en retiens quoi de ces rencontres pour le moment ? Charb : Les gens nous voient plutôt d’un bon œil. C’est marrant, quand Pelloux parle du système de santé ça les passionne, parce que ça les touche. On ne parle pas de politique politicienne ici, parce que ce genre de réflexions les gens peuvent les faire eux-mêmes ; on ne leur apporte aucune info. Mais quel est le rôle de Charlie justement ? L’info ou la satire ? On est reconnu comme un journal satirique et de dessins. Moi ce qui m’intéresse dans Charlie, depuis que je suis môme, c’est les dessins et le ton, ce ton indépendant qu’on ne trouve pas ailleurs ; on est sûr en lisant Charlie qu’on ne trouve pas un gros industriel derrière, qu’on ne renvoie pas les ascenseurs… Je connais le fonctionnement de la presse, et il y a beaucoup de ça : on renvoie l’ascenseur à un tel parce qu’il nous a donné telle info, qu’il a rendu tel service… Certes, mais s’il n’y a pas d’info qu’apportez-vous au lecteur ? Il y a de plus en plus d’info, mais ce qu’on fait c’est chercher à étonner le lecteur. Si tu fais un journal pour enfoncer des portes ouvertes, si on écrit exactement ce que pense le lecteur, si on ne le surprend pas ça ne sert à rien. Mais comment vous le surprenez ? En nous surprenant nous-mêmes ! Quand tu te lances dans un texte ou un dessin sur un sujet donné, tu as une idée évidente de ce que tu vas écrire, dessiner. Et puis au fil de la réflexion tu trouves des ramifications, tu vois que le problème est un peu plus complexe que ça ; ou ce que tu trouvais être un enfonçage de portes ouvertes tu peux le transformer. Tu vois un thème qui n’a pas été abordé, que les autres journalistes n’ont pas Satire pour un monde plus juste Charb, Cabu et P.Pelloux Philippe Hanula vu. C’est ça l’info finalement, dans la satire. Parlons de choses qui fâchent. Ou pas. Où en est Charlie depuis le départ de Val ? Depuis son départ la perception d’un certain nombre de lecteurs a changé ; il a monté contre lui tout un tas de gens et continue à le faire en prenant les décisions qu’il prend à France Inter ; et les lecteurs commencent à comprendre qu’on est autonome et qu’on n’a plus grand chose à voir avec lui. On a retrouvé des lecteurs : en un an, depuis son départ, on a gagné 4000 lecteurs. Mais ce qui a permis à Charlie de survivre c’est, comme dans toute entreprise en période de crise, de faire des économies, de changer de papier, de négocier avec les banques… Et puis il faut dire aussi qu’aujourd’hui il y a de plus en plus de gens qui sont à 2,50 euros près pour acheter Charlie. Pelloux : Charb, il faut y aller sinon on est en retard pour déjeuner… Ok, on continue en marchant. Explique-moi un peu comment ça s’est passé ces divergences avec Val Charb : Le premier désaccord avec Val c’était le désaccord sur le Kosovo où il soutenait les bombardements de l’OTAN ; pour moi son changement a
PHILOSOPHIE 93 ex NE aPisitif ins Li MODE pVEc reS re5sieW commencé là, il a pris des positions qui n’étaient pas celles de Charlie. Moi je suis rentré à Charlie pour l’humour, la satire : Cavanna, Cabu, etc… mais aussi sur des positions politiques d’antimilitarisme primaires. En plus j’ai connu l’équipe au moment de la Grosse Berta, un journal qui s’était monté contre la guerre d’Irak. Et puis Cabu a eu un procès avec l’armée : sa prise de conscience contre l’armée est venue de la guerre d’Algérie qu’il a vécue de l’intérieur. J’étais nourri de tout ça, pour moi Charlie hebdo était un journal pacifiste quoiqu’il arrive, tu ne défends pas des bombardements sur des populations civiles. Or, en soutenant l’intervention de l’OTAN tu soutenais des bombardements sur des populations civiles serbes : c’était pas le meilleur moyen de mettre un terme à la guerre en massacrant des gens qui n’avaient rien à voir là-dedans. Et du coup, là, on a commencé à se friter un peu beaucoup. Comme ses amis gauchistes de l’époque lui ont fait remarquer qu’il déraillait un peu il s’est vexé et s’est de plus en plus isolé… Pelloux : Bon Charb tu viens manger ? En plus tu parles à un gratuit… Justement, qu’est-ce que tu penses de la presse gratuite ? Charb : Je pense tout simplement que la presse gratuite n’est pas gratuite ; avec 20 minutes ou Métro la pub paye le journal, mais les marques qui font cette pub se remboursent en vendant plus cher leur produit dans le supermarché ; c’est pas la qualité du produit que tu payes en plus mais le budget publicitaire de Danone qui prend des pubs dans 20 minutes. Tu payes pas le journal directement mais en achetant des yaourts ; c’est une espèce de TVA… privée. Et quand c’est la pub qui fait la une du journal, c’est pas du journal quoi ! Au fait, dans… comment ça s’appelle ton truc… oui Zib… quoi… Zibeline… oui, dans Zibeline, là, je vois une pleine page de pub de tel théâtre : et vous allez pouvoir en dire du mal ? Ben oui, on se gène pas. Heureusement les théâtres n’ont pas les mêmes mœurs que Danone, ils comprennent -en gros- la nécessité de la critique. De toute façon ça ne te regarde pas, et c’est moi qui pose les questions. Pourtant Oncle Bernard (Bernard Maris) défend la gratuité ? Mais lui il défend la gratuité sur Internet, de logiciels, des produits culturels. Mais il faut quand même se demander pourquoi on vivrait dans une société à moitié gratuite, où il n’y aurait que des produits culturels gratuits ; en gros il n’y aurait que les artistes qui n’auraient pas le droit de vivre de leur métier ? et les industriels continueraient à vendre leur yaourt ? Moi je suis pour que tout soit gratuit, qu’on trouve un système dans lequel chacun pourrait se procurer les biens essentiels de manière gratuite. Ce système tu en as une idée ? Oui c’est l’union soviétique, grosso modo. …. !!! ! ? ? ? Pour moi c’est un modèle, un modèle qui a foiré parce que les gens n’étaient pas volontaires pour le faire. Personne n’a joué le jeu, et certains ont profité pour détourner le système ; c’est comme l’anarchie, tel que certains le décrivent comme Normand Baillargeon (voir Zib 27, L’ordre moins le pouvoir, Agone 2008,ndlr) : la société qu’ils proposent est parfaitement viable, sauf que ça repose sur la confiance qu’on a dans les gens ; il faut que chacun soit partie prenante de ce système, soit volontaire. Si tu as une opposition c’est foutu d’avance. Il faudrait qu’il y ait un consensus général pour aller dans cette direction là, ça pourrait être une Union Soviétique idyllique ou l’anarchie. À partir du moment où toute la classe ouvrière n’est pas d’accord pour aller dans la même direction, c’est foutu. Faut pas exagérer ! Ce système hyper-centralisé de l’URSS dégénère forcément en bureaucratie… Les traces qu’on a c’est les papiers de la bureaucratie. Mais la vie des gens, c’est-à-dire la volonté des gens de vivre en Union Soviétique ou dans un autre système, on n’en a pas beaucoup d’écho : quelle était la proportion de Russes qui étaient volontaires pour vivre dans une Union Soviétique dans les années 20 ? Il n’y a qu’à voir à Cuba : les gens en ont marre de Castro depuis longtemps mais ils ne veulent pas du système américain ; ils sont anti-américains et veulent une société juste où tout ne soit pas confisqué par une minorité. Bon on fait la prochaine interview sur « gratuité et société juste des USA à Cuba en passant par l’URSS » ? Quoi qu’il en soit, bon appétit et vive Charlie ! ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RÉGIS VLACHOS ON REMERCIE CHARB POUR SES DESSINS « GRATUITS ». CHARLIE HEBDO TOUS LES MERCREDIS EN KIOSQUE.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 1Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 2-3Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 4-5Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 6-7Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 8-9Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 10-11Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 12-13Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 14-15Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 16-17Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 18-19Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 20-21Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 22-23Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 24-25Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 26-27Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 28-29Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 30-31Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 32-33Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 34-35Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 36-37Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 38-39Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 40-41Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 42-43Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 44-45Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 46-47Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 48-49Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 50-51Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 52-53Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 54-55Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 56-57Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 58-59Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 60-61Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 62-63Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 64-65Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 66-67Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 68-69Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 70-71Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 72-73Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 74-75Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 76-77Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 78-79Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 80-81Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 82-83Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 84-85Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 86-87Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 88-89Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 90-91Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 92-93Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 94-95Zibeline numéro 33 septembre 2010 Page 96