Zibeline n°33 septembre 2010
Zibeline n°33 septembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de septembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... le Off d'Avignon, une manne économique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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90 SCIENCES ET TECHNIQUES Est-ce la main de Dieu, est-ce la main du Diable… La bibliographie récente montre un questionnement grandissant de l’épistémologie et de l’histoire des sciences sur les rapports qui lient le développement des pratiques techniques, ou artisanales, et celui du savoir scientifique Déjà Robert Halleux, dans son ouvrage Le Savoir de la main, savants et artisans dans l’Europe pré-industrielle (voir Zib’30) s’appliquait à montrer que la révolution scientifique des siècles derniers est consubstantielle à la diversification, la multiplication et la complexification des pratiques artisanales. Le livre de Matthew B. Crawford dans son Essai sur le sens et la valeur du travail, Éloge du carburateur - dont la traduction française est sortie aux Éditions de la Découverte en mars 2010- apporte un complément incontournable à cette approche du rapport dialectique entre pratique manuelle et développement de la logique scientifique. Quelle « vespa » a pu piquer ce brillant philosophe pourtant pourvu du très confortable emploi de directeur d’un « think tank » (réservoir de pensée) washingtonien pour virer sa cuti et en réaction ouvrir un atelier de mécanique moto ? Cet ouvrage beaucoup plus concret que le Savoir de la main, et cependant très rigoureusement référencé, n’en apporte pas moins, sur un ton agréable, anecdotique, souvent humoristique, une analyse très fine de l’appropriation du monde, de l’acquisition du savoir par la pratique immédiate. Son étude fait une grande part à la compréhension de l’évolution des stratégies de transmission des Un avis motorisé savoirs technologiques, en relation avec les volontés politiques des « penseurs » de l’économie libérale. Il démontre que la société capitaliste tend à priver le savoir technique de sa dimension critique pour transformer les producteurs intelligents et autonomes en consommateurs abrutis et serviles. Du toucher initial à la touche finale M. B. Crawford insiste sur le paradoxe du libéralisme qui ne reconnaît comme culturelles que les activités de management, de gestion et les arts « nobles », alors que sa survie dépend directement du développement de la culture des savoir-faire. La production artisanale est globalement considérée avec mépris dans nos sociétés comme si elle était privée d’intelligence. Il n’est que de voir l’évolution des contenus de formations dans nos écoles d’ingénieurs généralistes où les travaux pratiques d’atelier des années 70 ont été substitués par des heures de marketing, de gestion ou de management. Ce « mépris » de l’intelligence manuelle confine à ce que la majorité de nos jeunes ingénieurs négligent les carrières de production. Comment alors s’étonner que tout ce qui nous permet d’exprimer notre « génie artistique » soit désormais fabriqué… en Chine ? Pianos, violons, synthétiseurs, appareils photos… chinois. Comment s’étonner alors que les « nouveaux prodiges artistiques » soient aussi… Chinois ? Depuis l’aube des temps la culture se développe sur le « faire », le « tour de main » théorisés ensuite en « savoir faire », en « état de l’art ». Il n’est de virtuose du violon sans luthier virtuose. Il n’est pas d’art sans artistes, mais il n’est pas d’artistes sans artisans. Il n’est pas de « toucher de pianiste » sans « touches de piano ». L’intelligence du facteur de piano est consubstantielle à celle de I l’interprète. Il n’y a pas de hiérarchie culturelle entre intelligence pratique technique et pratique théorique de l’intelligence, la première précède seulement la seconde. Qui perd le savoir-faire, perd le « savoir imaginer ». Une société qui méprise son savoir artisanal tue son Art et sa Culture. YVES BERCHADSKY Biodiversifiez La 19 e édition de la Fête de la Science se déroulera cette année du jeudi 21 au dimanche 24 octobre 2010. Elle sera centrée sur la thématique « Biodiversité- Bioéthique, quels défis pour l’avenir ». Elle trouve sa place dans l’Année internationale de la biodiversité proclamée par l’Organisation des Nations Unies. Nous reviendrons sur le programme dans Zib 34. http://www.drrt-paca.com Au Programme Nourrissez Avis de naissance du site Culture science en Provence - Alpes - Côte d’Azur. Ça y est, le site du réseau est né. Toutes les structures membres du réseau régional de culture scientifique, technique et industrielle en Provence-Alpes-Côte d’Azur ont reçu leurs identificateurs afin d’administrer leur espace sur le site www.culture-science-paca.org. Il appartient maintenant à chacun de l’alimenter afin qu’il devienne l’outil majeur de communication du réseau. Faites mouche L’Écomusée de Gardanne lance un concours de création d’insectes en volumes, les créations qui devront être envoyées ou apportées avant le 30 septembre au musée, seront exposées pendant la Fête de la Science au CMP Charpak. Envoyez vos créations ! Regardez les créations sur le site, ça vous donnera des idées et en plus c’est vraiment… chouette ? Heu… non, mais pas mo(u)che du tout ! http://www.drrt-paca.com/images/stories/CSTinformations/concoursinsectes.pdf Y.BC.
MICHEL ONFRAY PHILOSOPHIE 91 Arrêtez l’Onfray ? Michel Onfray a raison de rappeler (p. 450) que Freud en 1919 continue à appeler sa propre pratique la « psycho-analyse », alors que ses précurseurs reconnus disent depuis longtemps psychanalyse. Mais la machine de guerre et l’hagiographie freudienne feront de lui le grand inventeur-découvreur, le Père. Interdisant par làmême toute objection, toute remise en cause. Or bien des points de son œuvre sont contestables. Petits arrangements avec le réel Commençons par le moins grave, les arguments ad hominem : Freud trafiquait ses sources. La correspondance ne cesse de contredire les analyses qui sont publiées dans ses œuvres ; il n’avait pas de déontologie : contre l’éthique praticienne qu’il déclarait, il analysait ses proches -femmes ou maîtresses de ses amis et, bafouant le secret du divan, il allait même jusqu’à révéler leur intimité, s’en servant parfois pour manipuler les maris ou amants ; il analysa sa propre fille durant 8 ans, qui ne se débarrassa jamais de l’amour du père et mourut sans avoir eu le moindre rapport sexuel ; il affirme dans une conférence s’appuyer sur dix-huit cas, et dans une correspondance il reconnaît n’avoir abouti aucune de ces analyses présentées. Autre objection d’Onfray, toujours circonstancielle. Freud écrit qu’« une fois le travail psychanalytique accompli, il nous faut retrouver le rattachement à la biologie. » S’appuyant sur une patiente argumentation documentée sur les préoccupations biologistes de Freud, Onfray a raison de préciser : « on aurait aimé que cette thèse si juste soit mise en pratique ; Freud n’a eu de cesse de la nier pour s’engouffrer pleinement dans une thérapie purement verbale et défendre une étiologie exclusivement marquée du sceau du symbolique et du fantasme » ; ainsi Freud serait, du fait de cette négligence, responsable de la mort de trois patients (lire le cas Emma Eckstein p.342). Psychanalyse et politique Restons encore dans les objections secondaires, par rapport à une remise en cause des fondements de la psychanalyse : Freud était un conservateur proche du racisme et de la bêtise de classe : « Les pauvres sont, moins encore que les riches, disposés à renoncer à leur névrose parce que la dure existence qui les attend ne les attire guère et que la maladie leur confère un droit de plus à une aide sociale » ; il qualifie le pacifisme d’Einstein de sottise, parle de races moins cultivées qui se reproduisent plus vite... Il y a dans sa pensée une ontologie du mal radical écrit Onfray, à l’opposé de ce qu’on attend d’un héritier des lumières. Là, Onfray dépasse l’attaque de l’homme, et remet en cause sa pensée. On pourrait ainsi passer sur la dédicace à Mussolini, son silence sur le fascisme en regard de ses attaques contre le marxisme, s’ils n’étaient signifiants d’une pensée politique : pour Freud, à l’opposé des Lumières, l’homme est naturellement violent, et l’égalité et la justice sont donc des utopies. Certes la bêtise politique d’un individu ne saurait porter atteinte au prestige de ses écrits, lorsque justement ils se tiennent hors du champ du politique. Le problème est que cette bêtise, c’est-à-dire cet aveuglement sur le fascisme qui s’installe, est d’après Onfray la conséquence de sa pensée : pulsion de mort, horde primitive, À quoi bon un brûlot sur la vie de Freud ? Est-il judicieux de s’en prendre au père de la psychanalyse à l’heure où la caractériologie a gagné du terrain et réduit les individus à des déterminismes dangereux qui veulent repérer des traits déviants chez le petit enfant ? Et puis en quoi l’acharnement sur un homme va-t-il faire avancer en quoi que ce soit les idées ? Les interventions intempestives et simplificatrices d’Onfray dans le champ médiatique sont insupportables. D’autant qu’il en vient à nier l’inconscient même, jette aux orties la pratique de la psychanalyse en réduisant ses effets à ceux d’un placebo… Mais bon : pour parler correctement d’Onfray l’agacement ne suffit pas, il faut lire son livre. Surprise : cet objet de 600 pages est passionnant, documenté et sans véritable outrance ! Le dossier Freud est à certains égards accablant, et on s’interroge sur la persistance de la psychanalyse à se référer sans distance critique à son initiateur… meurtre du père, races inférieures, besoin d’un chef. Le philosophe médiatique remarque ainsi, sans la haine qu’on le voit afficher sur les écrans, que Freud dénie l’histoire de son temps, et refuse d’inscrire sa pensée dans la trame contemporaine des influences : « Tout ceci installe Freud dans un théâtre d’idées pures dans lequel il anime les marionnettes de ses personnages sans autre souci que celui d’offrir un beau spectacle intellectuel. » On ne saurait mieux dire la polarisation excessive de la psychanalyse sur l’histoire égotique et narcissique. Foin de la guérison ? Le plus grave serait là : Freud a écrit à plusieurs reprises que dans la psychanalyse la guérison du malade importe moins que l’apport théorique que fournit le cas clinique. Comment continuer à considérer les Cinq psychanalyses comme une œuvre de référence puisque, d’après les patients eux-mêmes, Freud semble écrire n’importe quoi ? Le petit Hans, l’homme aux loups, le cas Dora sont par exemple des affabulations théoriques qui ne correspondent pas à la réalité. Pourquoi la psychanalyse s’appuie-t-elle depuis cent ans sur des bases aussi douteuses ? Pourquoi cette permanente référence dans le discours à Freud ? N’y avait-il pas d’autres choses à forger pour nourrir le concept d’inconscient que de lisser indéfiniment l’Œdipe et la castration ? Le plus étonnant quand on lit Onfray, au regard de ce qui apparaît dans les médias, est que ses questions n’attaquent en rien la psychanalyse en tant que philosophie révolutionnaire. Freud, dit Onfray, a fait rentrer la sexualité dans la clarté de l’analyse philosophique, ce qui est une révolution. Mais cette philosophie du XX e siècle voulait être une science, et est devenue une métaphysique de substitution dans un monde sans métaphysique. Superbe atelier de psychologie littéraire, elle permet l’écriture par le sujet pensant de sa propre fiction symbolique. Elle accompagne le désinvestissement politique : à défaut de changer le monde, elle enroule théoriquement le repli sur soi. En tant que métaphysique de substitution, il est interdit de la remettre sérieusement en cause. Les attaques contre Onfray, de la part d’Elisabeth Roudinesco entre autres, tendraient par leur violence même -il y est taxé d’antisémite, de pervers, et rapproché de l’extrême droite française- à lui donner raison : s’il n’est pas permis de « déboulonner Freud », c’est bien qu’il est une idole. RÉGIS VLACHOS Le crépuscule d’une idole, L’affabulation freudienne Michel Onfray Grasset, 22 euros Et quoi ? Pas de mauvaise foi d’Onfray dans cet ouvrage ? Si, au moins deux fois. En dix pages (209-219) il résume superbement la déconstruction par Freud de l’hypothèque religieuse et on sent bien qu’il y adhère… mais il ne manque pas de le railler puisqu’il s’agit d’un travail psychanalytique, donc faux ! Par ailleurs Onfray moque la bêtise de Freud critiquant le judaïsme (L’homme Moïse…) au pire des moments. Or Freud s’inscrit dans un mouvement plus vaste de cette critique juive du judaïsme, qui va de Marx à Trotski en passant par Einstein… ce qu’Onfray passe sous silence. R.V.



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