Zibeline n°33 septembre 2010
Zibeline n°33 septembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de septembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... le Off d'Avignon, une manne économique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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80 LIVRES LITTÉRATURE Écrivains au cœur des fictions L’expansion de l’écriture autobiographique a habitué les lecteurs à découvrir au centre des récits le personnage de l’écrivain, ses affres et son monde, forcément intellectuel, souvent parisien, ou alors de type Rêveries du promeneur solitaire et autres menus plaisirs. C’est souvent un peu agaçant, parce qu’on y retrouve le même apprentissage de l’écriture, le même rapport à l’école, la même révérence au livre, et la même ignorance des autres réels, que ce soit les autres mondes du travail, l’ailleurs géographique, l’écrasement politique, ou la douloureuse sensation de l’échec intellectuel. Si cette année l’abondante rentrée littéraire propose bien des dépaysements, on y retrouve également de ces livres d’hommes qui se décrivent écrivant, ou plantent au centre de leurs fictions des écrivains qui leur ressemblent. Charles Juliet, qui avec Lambeaux a écrit une autobiographie déchirante à la portée de tous, livre le 6 e volume de son Journal, peuplé de pages inoubliables, mais de fort oubliables aussi, dont on aimerait qu’il nous épargne le tri (voir ci-contre). D’autres font bien pire : le médiatique Didier van Cauwelaert livre un roman écrit à la va-vite, accumulant les clichés autour d’un écrivain gourou forcément don juan, et d’une chinoise faussaire qui vient semer la zizanie dans le cœur d’une bande de vieux copains décatis. Dont une copine, lesbienne. On y regarde LCI, y habite à l’hôtel, y roule en Rolls, s’y habille Chanel. Avec des fins de chapitres à suspense grossier -comme dans les séries avant les coupes publicitaires-, des changements de points de vue attendus, des images infantiles, un style à couper au coutelas (elle balance son string d’un coup d’orteil, presse ma queue comme une courgette à l’épicerie…). Visiblement van Cauwelaert ne sait pas inventer plus loin que le bout de son nez, qu’il a court, quoique fort joli (un portrait en noir et blanc, regard et cheveux flous, s’affiche sur sa quatrième de couverture, à l’endroit où trône habituellement le pitch commercial). Le nez d’Arnaud Cathrine est nettement plus long. Lui aussi conçoit une fiction centrée autour d’un écrivain qui lui ressemble, et meurt. Lui aussi écrit un livre qui tourne autour d’un mystère indévoilé, avec quatre narrateurs qui se succèdent et disent le charme d’un homme, Benjamin Lorca. Même si la construction à rebours et les changements de narrateurs sont un peu systématiques, ils proposent une réalité diffractée intéressante. Et les questions littéraires posées sont vraiment celles de la biographie : le problème de l’intimité, du posthume, des traces laissées par un écrivain, de la construction a posteriori d’une fiction qui ne circonscrit pas le réel d’un homme. Le personnage du frère mal aimé, ancré dans un quotidien loin du monde de l’écriture, est particulièrement attachant. Et puis il y a Écrivains. De Volodine. Une chose qu’il intitule roman et vous happe immédiatement dans la force de son écriture. Et qui n’a rien à voir avec cela. Ou tout plutôt, puisqu’il les retourne. Se présentant comme une série de textes courts, Écrivains brosse ce qui pourrait ressembler à une galerie de portraits en actes, images d’écrivains parvenus au moment précis où l’écriture surgit. Sauf qu’ils n’écrivent pas. L’une meurt et discourt nue, dans le noir, devant une assemblée de fantômes ; l’autre passe la nuit à compter à rebours, un pistolet à la main, retardant le terme de sa souffrance, qui ne viendra pas ; un enfant déverse un flot de mots incontrôlés, une détenue explique tout ce qu’écrire n’est pas, un désespéré « récrit » la réalité de sa naissance devant un monceau de débris mis en scène… Tous ces « écrivains post-exotiques » sont paradoxalement parvenus, sans jamais l’accomplir, au bout de l’acte d’écrire, là où il ne sert plus parce que le monde est un amas de ruines, parce que le moi a vacillé et s’est éteint, parce que créer du lien n’a plus de sens quand l’humanité a disparu, et que la fiction elle-même, l’exotisme, n’a plus de raison de surgir. Parfois le monde post-nucléaire, post-stalinien, postexotique de Volodine a sonné un peu vain, d’un désespoir peuplé de douleurs et de ruelles trop fantastiques. Ici, dans ces textes courts qui commencent par un revolver sur une tempe, et s’achèvent par un « Et il se pend », tout sonne vrai, et tout fait mal. Sauf le récit central, suite de remerciements drolatiques d’une belle efficacité comique. Même là Volodine est magistral. AGNÈS FRESCHEL Antoine Volodine sera présent à Manosque et à Mouans Sartoux, Didier Van Cauwelart à Mouans Sartoux, Arnaud Cathrine à Manosque Les témoins de la Mariée Didier van Cauwelaert Éd. Albin Michel, 19 euros Le Journal intime de Benjamin Lorca Arnaud Cathrine Éd. Verticales, 16 euros Écrivains Antoine Volodine Éd. du Seuil, 17,50 euros Un Lion humaniste ! Curieux personnage que ce Jean-Baptiste Capeletti, né en Algérie, établi comme meunier dans l’Aurès, pas comme colon mais de manière « indigène », époux amoureux et chéri d’une jeune fille de bonne famille du cru, qui lui donna un fils. Autodidacte ingénieux, il découvrit un site archéologique de premier plan dont il garda le secret pendant 30 ans avant de le confier, par sympathie, à un jeune chercheur, Robert Laffite. Il n’hésitait pas à affirmer son amitié avec un bandit d’honneur réputé dans toute l’Algérie et, fut lui-même surnommé Chawiya, le « Lion de l’Aurès ». Loin de se borner à tracer une galerie de portraits baroques de ses personnages, Fanny Colonna, sociologue, s’attache à rendre « la puissance des liens entre ceux qui ont vécu ensemble du fait de la dureté de ce pays », à restituer leurs échanges avec humour et à léguer leurs expériences comme patrimoine commun. L’enquête de terrain rigoureuse, les archives consultées, les témoignages recueillis, les superbes photos et les croquis précis permettent de démêler l’écheveau des récits « légendaires », de mieux cerner ce « héros qui haïssait la guerre », comme l’attestent ses poèmes émouvants et savait respecter les cultures d’autrui et offrir une belle image de fraternité ! JEAN-MATHIEU COLOMBANI Le meunier, les moines et le bandit Des vies quotidiennes dans l’Aurès du XX e siècle Fanny Colonna Éd. Actes Sud, collection Sindbad, 25 euros Ir 3k9IlkF kti Riiti r17 hMli
LIVRES 81 L’aventure intérieure Exercice périlleux que de publier un journal, par définition intime, ce qui faisait écrire à Michel Tournier son Journal extime ! Charles Juliet publie cette année le sixième tome de ses journaux, Lumières d’automne qui couvre la période 1993-1996. L’ouvrage par moments relève d’un journal vraiment intime : notations brèves, relation de rencontres anodines, impressions fugitives, le tout en un style apparemment relâché, mais qui laisse sourdre parfois une délicate poésie - ainsi, la description de Lyon, le 2 mars 95. Et puis par instants la conscience de la destination réelle du journal, la publication, surgit : passages de justification, comme à la réaction de l’éreintage sur France Culture, ou, loin de toute polémique, la réflexion sur le pourquoi de l’écriture. On navigue ainsi entre légèreté et profondeur, avec un ancrage souvent bouleversé dans le siècle, évocation des guerres, des drames qui secouent l’humanité. Mais tout ceci posé ensemble, au fil des jours, constitue le terreau même du poète. Qu’il expose abondamment ou taise ses goûts, la matière première de l’écriture réside là. Juliet évoque les livres qui l’ont marqué, les lieux, les personnes, il glisse quelques poèmes impromptus, d’incertaines pages, une nouvelle demandée par la revue Autrement… Quête de soi à travers l’écrit, lutte d’encre et de papier contre le temps ? L’automne, saison des récoltes… De nombreux fruits à cueillir dans ce livre qui se lit « à gambades », et dans le flot duquel on se plait à trouver quelques pépites de la poésie de Juliet. MARYVONNE COLOMBANI L’auteur sera présent aux Correspondances de Manosque (voir p 84) Lumières d’automne (Journal VI 1993-1996) Charles Juliet Éd. P.O.L., 14,90 euros Récits partagés Bulbul Sharma nous avait déjà régalés de récits gastronomiques avec La colère des aubergines qui donnait vraiment des recettes indiennes ; elle réitère avec Mangue amère. Cette fois 9 récits s’enchaînent au cours de la préparation du repas d’anniversaire de la mort du patriarche. Seules les femmes de la famille ont le droit de préparer ces repas de deuil, et selon un ordre précis, sous la direction de la chef cuisinière. Toute la journée elles découpent potiron, aubergines, taillent le basilic et le gingembre. Selon un rituel immuable le repas se prépare et les langues se délient. À travers les récits que parfois elles connaissent déjà se dessinent en filigrane les histoires d’amour, de jalousie, de trahison. Il y a l’histoire de Maya qui a trop de personnalité et que sa belle-mère fait amadouer par un charlatan qui la drogue au pavot ; celle de Bibiji dont le mari découvre le jardin secret, un vrai jardin de légumes et de jasmin dont elle n’avait jamais osé parler... Des histoires d’exil aussi car nombreux sont les indiens partis aux États-Unis ou en Angleterre qui, revenus en visite, jettent un regard critique sur les traditions, et ne supportent plus les currys trop épicés ! Au fil des pages les civilisations et les dialogues des vivants et des morts se mélangent, entre traditions et modernité. CHRIS BOURGUE Mangue amère Bulbul Scharma Éd. Picquier, collection Contes et Légendes d’Asie, 16,50 euros L’apesanteur et la garce Un roman français de 345 pages porté par une intrigue fort ténue (les affres répertoriées d’un trio amoureux) mais un présent de l’indicatif si ample qu’il donne le vertige et ôte immédiatement l’envie de ricaner… Expansion et profondeur aussi d’une source inépuisable de moments singuliers, un temps qui est avant tout l’espace d’une narration-circulation… Un roman simple comme la métaphysique et beau comme un haïku (voir le titre !), si ce n’est l’inverse. De l’indolence à la douleur ou comment s’assurer tranquillement de la catastrophe : l’amante anglaise, c’est Nora qui vole épisodiquement du trader londonien au traducteur parisien, se rêve en Nina, mouette tchékhovienne, reste jusqu’au bout aussi énigmatiquement désirable que Manon Lescaut ; les amoureux alternativement plaqués, forcément, ne sont pas à la hauteur : Louis Blériot (oui, elle est pleine de malice cultivée et de signifiants errants l’écriture de Patrick Lapeyre !) adultère et falot, manque d’énergie autre que sexuelle pour comprendre, et le pessimiste Murphy aux lunettes bleues (cherchez Beckett, vous le trouverez) souffre trop pour sortir de lui-même. Les deux ne cessent de payer comptant ce qui ne s’achète pas ! Les rayons obliques, les nuages qui filent, les ombres ou les miroirs qui ne réfléchissent guère dessinent tout un monde flottant de personnages campés pourtant vigoureusement avec un humour fou et une virtuosité soufflante ! La légèreté apparente suspend et fixe le malaise tout à la fois : indulgence attristée, sympathie navrée pour les personnages et tendresse cruelle, l’auteur pratique une écriture « de profil » : « fraîchement rasé, froidement désespéré » semblant d’équilibre désinvolte entre le haut et le bas qui ne protégera pas de l’écrasement. Et pour le même bonheur de lecture à l’infini il permet de comprendre Leibniz ! MARIE-JO DHO L’auteur sera présent aux Correspondances de Manosque (voir p 84) La vie est brève et le désir sans fin Patrick Lapeyre Éd. P.O.L, 19,50 euros Lumlérc-s 4'adS4iunu Lsrlc csa trc4t EL ir alôir ir.111. ri



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