Zibeline n°33 septembre 2010
Zibeline n°33 septembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de septembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... le Off d'Avignon, une manne économique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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78 Têtes nues des deux rives Le Chèvre-feuille étoilée porte depuis 10 ans un projet éditorial original. Ancrée solidement à Montpellier et à Alger, la double maison repose sur quatre femmes : Behja Traversac, Edith Hadri, Maïssa Bey et Marie-Noël Arras veulent défendre, dans un espace qui habituellement les opprime, l’égalité et la liberté des femmes. Elles ont donc confié à Wassyla Tamzali l’Algérienne, et à Claude Ber la Française, le soin d’écrire un double essai qui interroge le surgissement du voile intégral dans les rues et l’actualité françaises, mais aussi, par extension, le sens de ces Burqas ici et ailleurs, et plus généralement le voile. Wassyla Tamzali est passionnante en conférence, affirmant haut et clair sa détestation de ces signes de soumission, elle qui petite a vu comment ses parentes s’en sont débarrassé ; Claude Ber sait quant à elle dire la douleur d’un sexe amputé, d’un corps malade de soi, perçu comme impur, infernal, dangereux. Au fil des deux essais successifs quelques paroles essentielles sont dites, que l’on pourrait résumer à cela : voiler une femme, ne serait ce que sa tête est, dans toutes les religions, un signe de soumission à l’homme - le Coran mais aussi l’Épître de Paul le prescrivent clairement comme tel. Toute société qui défend l’égalité des sexes - et toute société le doit - ne peut accepter cela. C’est la leçon de base, incontournable. Wassyla Tamzali rappelle que le voile, et plus encore le Nikab, est imposé À table ! LIVRES ESSAIS Il y a comme une analogie tenace, un rapport évident, mystérieux pourtant, entre la scène, l’écriture et la table. Tous les soirs à 20 h précises la cuisine de Coco à Villeneuve-lez- Avignon a réuni visiteurs et pensionnaires accablés de mistral, d’inspiration ou de canicule, dans l’ancienne cellule d’un moine chartreux. Pendant 20 ans l’hôtesse-cuisinière a nourri une armée de poètes, dramaturges, créateurs d’images et de rêves en résidence. Fondée au XIVème siècle la Chartreuse est devenue Centre national des écritures du spectacle (CNES) à la fin des années 80, laboratoire pour toutes les écritures. En 1988 on a proposé à Colette Seren de gérer une table d’hôtes ; ses séjours en Tunisie, Corse, Crête ou à Madagascar, lui ont inspiré des recettes originales. Autour d’une table chaleureuse les palais s’enchantaient et les cœurs s’ouvraient : la table de Coco devenait un lieu de délices où violemment à la plupart des femmes dans les pays musulmans ; que porter la Burqa en France rattache à une histoire, à un mouvement sectaire islamiste qui, ailleurs, lapide les femmes, les vitriole, leur interdit le statut d’humain. Ainsi elle refuse que les femmes françaises se voilent au nom de leur libre arbitre. Claude Ber aborde cette affirmation d’un désir d’être voilée, cette identité qui prend le voile pour mieux se révéler et dévoiler la singularité de l’oppression des musulmanes, dans une société qui reste raciste. Et elle démonte ce triomphe du « c’est mon choix » comme ultime définition de la liberté individuelle néolibérale, et du relativisme culturel : « il y a des choses que non », dit-elle. Cependant les deux écrivaines, malgré la pertinence de ces paroles, en restent à des impressions vagues, philosophiques ou ressenties, qui n’étudient le phénomène ni dans sa réalité sociologique, ni dans sa représentation médiatique et politique. Face aux surgissements noirs qui promènent leurs spectres inhumains dans nos rues, comment agir ? que leur dire ? La question reste entièrement posée. AGNES FRESCHEL Burqa ? Éd. Chèvre-feuille étoilée, 15 euros Wassyla Tamzali et Claude Ber seront présentes à Mouans Sartoux (voir p 84) puis aux Littorales à Marseille la parole se partageait autant que les nourritures. Ainsi rassasié de gigot mariné ou de pâté créole, de moussaka ou de lasagnes, enchanté de marquise ou d’îles flottantes, chacun repartait rasseréné à sa table d’écriture ! Ce petit livre des Scènes de cuisine se présente donc autant comme un recueil de recettes que comme un hommage attendri et reconnaissant à leur auteure, avec des textes et des photos des résidents. On croise dans ces pages Jean-Yves Picq, Claudine Galea, Sylvie Chenus, Rémi Chechetto ou Jacques Rebotier... Quelque chose qui les a nourris est-il passé dans leurs mots ? CHRIS BOURGUE Scènes de cuisine Recettes de Coco et mélanges d’artistes Éd. Espaces 34, 16 euros Histoire vraie d’un suicide en cours Et si nous vivions nos derniers jours en tant qu’espèce ? L’auteur n’est pas définitivement pessimiste mais il lance une mise en garde qui ressemble à un chant du cygne. Reprenant les travaux de nombreux scienti-fiques, il dresse le constat d’un « éocide » en train de se produire : en détruisant notre environnement, c’est notre propre existence que nous mettons en cause. Cet effrayant constat n’est pourtant pas une élucubration. C’est le résultat de l’histoire de l’homme. Après les grandes disparitions d’espèces du secondaire, l’homme a fait son apparition. Fragile, menacé par les autres prédateurs, il a su mettre en place des stratégies pour survivre. Son intelligence lui a rapidement per-mis de maîtriser son environnement. Il s’est mis à conquérir et à détruire. Les grands fauves ont disparu, incapables de lui résister. Ainsi en Australie, grâce aux feux, les aborigènes ont exterminé toute la méga-faune, des lézards géants aux crocodiles de terre. Partout dans le monde il a répété la même leçon. Avec la maîtrise de l’agriculture et l’élevage, il a modifié son milieu pour satisfaire ses besoins. Il a alors contribué à sa pro-pre ruine. Des civilisations, telle celle des Anazasis du Chaco qui vivaient dans les pueblos, ou les Mayas ont disparu par tarissement de leurs ressources. Aujour-d’hui, le triomphe du capitalisme et du profit ont accéléré et multiplié les menaces : les forêts sont détrui-tes, la biodiversité menacée... Au delà de la forme parfois un peu fruste de l’écriture, cet ouvrage nous aide à saisir les dangers qui pèsent sur notre avenir par une analyse du passé et du présent. RENÉ DIAZ Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces Franz Broswimmer Éd. Agone, 12 euros Franz Bt83YYIIremer WYE IIiV 14IFx4IRi GE 1ExTINCTIOp EN fAASS ! DES P5lECPS
LITTÉRATURE Reprendre souffle « C’est une nuit sans lune et c’est à peine si l’on distingue l’eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches. Seules scintillent quelques lumières, de rares fenêtres allumées, une dizaine de lampadaires le long de la plage […]. » Dès les premières lignes, tout ce que distille Olivier Adam de roman en roman est là : la difficulté d’être, le deuil, la solitude mais aussi l’espoir, loupiote persistant dans le noir ; l’omniprésence de la nature et des éléments (l’eau en particulier), comme autant de points d’ancrage pour les humains perdus, et de métaphores de leurs états d’âme ; la primauté accordée à la sensation avec des mots simples qui touchent juste et fort. Sarah, la narratrice, a échoué dans une petite station balnéaire japonaise au bord du Pacifique, sur les traces de Nathan, son frère mort depuis peu, qui y avait trouvé refuge avant elle. Dans ce village du bout du monde, plus qu’avec son frère tant aimé, c’est avec elle-même qu’elle a rendez-vous. Vulnérable et forte à la fois, elle a osé s’« extraire » de sa propre Ouvrage d’art Naissance d’un pont confirme magistralement le talent que Maylis de Kerangal avait révélé avec Corniche Kennedy. Les rochers de Marseille et les plongeons adolescents disaient déjà l’audace nécessaire et l’énergie vitale et la sensualité brute et la rencontre d’univers incompatibles. Dans un style aux rythmes étonnants, riche d’une poésie concrète, à fleur d’eau et de lumière, à fleur de peau. Tout cela se retrouve dans son nouveau roman. À la puissance dix. L’intrigue en deux mots : le maire mégalomane de Coca, une ville imaginaire située sans doute sur la côte ouest des États- Unis, veut désenclaver la cité en faisant bâtir un énorme pont autoroutier qui reliera les rives du fleuve. C’est l’histoire de ce pont, du projet à l’inauguration, que Kerangal retrace. Elle l’ancre dans un décor contemporain, qu’elle peuple d’une foule de précisions techniques et de personnages d’aujourd’hui, politiciens, chef de projet, contremaîtres et ouvriers, militants écologistes et Indiens expropriés. Pourtant, malgré les aspects documentaires, on est loin, bien loin, du rapport de chantier. La fiction, nourrie des précédentes illustres, de la Bible aux grands romans américains, prend des allures de fable épique pas vraiment à la gloire du libéralisme vie pour mieux la voir, en changer avant que l’inanité de son quotidien bourgeois ne l’étouffe, en assumer les failles aussi. Ainsi, de souvenirs en rencontres, parviendra-t-elle à retrouver le battement d’un « cœur régulier ». Car cette histoire, comme souvent chez Adam, est celle d’un retour à la vie, d’une traversée de la nuit jusqu’à l’aube où « le soleil rose éclairait un monde refait […] ». Olivier Adam signe ici l’un de ses plus beaux textes, émouvant, sensuel, tellement humain. FRED ROBERT L’auteur sera présent aux Correspondances de Manosque (voir p 84) Le cœur régulier Olivier Adam Éd. de l’Olivier, 18 euros triomphant ni de la mondialisation. Des personnages aux noms étranges, Summer Diamantis, ou évocateurs, Georges Diderot, Katherine Thoreau ; des passés simples parfois, comme des scansions, qui confèrent au récit des allures de légende ; une construction complexe, qui suit l’avancée du chantier mais s’octroie de nombreux arrêts sur personnages et retours en arrière… l’ouvrage est mené de main de maître et dès les premiers mots, on est pris. Charrié, ravi par une langue composite, comme le béton du pont, comme les gens venus de partout pour y trimer ; une langue qui extrait les mots rares, malaxe la syntaxe, abonde en juxtapositions incandescentes. La langue, comme un fleuve à draguer, un sous-sol à sonder, un pont à ériger. FRED ROBERT L’auteure sera présente aux Correspondances de Manosque (voir p 84) Naissance d’un pont Maylis de Kerangal Éd. Verticales, 18,90 euros dF : Humanités et humanité Il n’y a pas de médiation réussie. Mais chacune, par son échec même, ouvre la voie à une autre, plus large, qui va échouer à son tour. C’est par leur enchaînement inlassable que s’écrit l’histoire courageuse de notre espèce. Dans son essai autobiographique, Danse avec le siècle, Stéphane Hessel renoue avec le genre des mémoires, en retraçant une vie humaine mesurée aux dimensions d’un siècle historique. C’est le parcours d’un humaniste éclairé, fils d’un écrivain un peu lunaire pétri d’antiquité et d’une mère fantasque et solaire gravitant dans les milieux de l’avant-garde intellectuelle et artistique européenne ; d’un jeune normalien qui grandit avec la poésie et les arts, et qui, devenu haut fonctionnaire, aura mis ses « humanités » au service des droits de l’homme. Né à Berlin en 1917, il immigre en France à 8 ans, est naturalisé à 20, s’engage dans la Résistance, est déporté à Buchenwald puis à Dora avant de s’échapper. Après guerre, il entre dans la diplomatie, est nommé en Asie, en Afrique, à New York, Alger, Genève, et consacre l’essentiel de sa carrière à œuvrer à l’essor de l’ONU, aux relations nordsud, à l’aide au développement, à la défense des immigrés. Hessel n’aura jamais cessé de traverser les frontières. Et c’est avec le même détachement élégant et courtois qu’il parle des honneurs politiques et de ses exigences éthiques, des tribulations du monde et du deuil des proches, et de sa vocation infatigable d’intercesseur et de médiateur. AUDE FANLO Stéphane Hessel sera l’invité principal de la fête du livre des Écritures Croisées, Aix (voir p 84) Danse avec le siècle Stéphane Hessel Éd. du Seuil, 22 euros LIVRES 79



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