Zibeline n°33 septembre 2010
Zibeline n°33 septembre 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de septembre 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 96

  • Taille du fichier PDF : 7,4 Mo

  • Dans ce numéro : théâtre... le Off d'Avignon, une manne économique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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24 MUSIQUE FESTIVAL DE LA ROQUE D’ANTHÉRON Échos de La Roque On se dirige un dimanche après-midi sur les routes du Lubéron vers Lourmarin et son petit Temple situé à quelques pas du Château. Là, traditionnellement, l’édifice sert d’écrin à des récitals intimes : on n’y entre pas nombreux, serrés sur des bancs austères. Entre deux immenses Tables du Décalogue, le 1er août, c’est un formidable pianiste russe qui se produit. Alexandre Melnikov est de ceux à qui le lieu convient. Sur un Bechstein de concert, il sculpte le corps sonore de joyaux « classiques » signés, au début des années 1950, par Chostakovitch qui rendait alors hommage au Clavier bien tempéré de Bach. Son Opus 87 est joué avec un sens halluciné du chant et de la polyphonie, de la forme et de ses respirations, d’un foisonnement expressif conduisant parfois, entre un puissant choral et quelque contrepoint tendre, aux frontières de la tonalité. À 37 ans, Melnikov est de ces artistes dont on suit avec intérêt la carrière… On peut aussi retrouver son récent cycle des Préludes et Fugues paru chez Harmonia Mundi. Orage et quatre mains Lorsqu’on arrive, le soir même, au parc du Château de Florans, le ciel s’est chargé en nuages et l’air en moustiques… De fait, après quelques mesures du Concerto pathétique de Liszt, on prend l’eau. Après la cadence finale, abrités sous la haute conque acoustique, Brigitte Engerer et Boris Berezovsky font une pause. Les bénévoles distribuent des bâches Pour la dernière Nuit consacrée exclusivement au piano, la scène du Parc du Château de Florans a reçu le 20 août sept artistes venus interpréter un répertoire très varié. Les premières et dernière parties, consacrées à des œuvres pour deux pianos, ont reçu un accueil très chaleureux : les japonaises Momo et Mari Kodama ont triomphé dans leur interprétation brillante et enlevée du Sacre du Printemps, et les français Michel Beroff et Jean-Philippe Collard ont joué avec passion en dernière partie un programme consacré à Ravel, Rachmaninov et Debussy. Le second concert de la soirée fut moins apprécié : le couple Deszö es a protectrices, fines carapaces qui permettront, si le Ciel l’entend, d’aller au bout de la soirée. Avec Brahms et ses fameuses Danses Hongroises les quatre mains s’emballent… et la pluie aussi. On entend davantage le choc des gouttes sur les ponchos plastifiés que les touches du clavier : c’est le déluge ! On songe à annuler. Mais les encouragements du public poussent les artistes à poursuivre… jusqu’à une miraculeuse accalmie qui offre au duo complice la possibilité d’exalter l’effervescence rapsodique de Liszt ou le lyrisme chaleureux de la Suite n°2 pour deux pianos de Rachmaninov. Ça tonne au loin ! Après quelque bis à perdre haleine, la pluie reprend. On file alors, la tête emplie de belles harmonies… Ce colosse Sokolov ! En point d’orgue du festival, le 10 août, on file écouter Grigory Sokolov. Celui-ci refuse le plein air et, depuis une paire d’années, a quitté Lourmarin pour une salle à la mesure de « ses ailes de géants ». C’est au Grand Théâtre de Provence que ses aficionados le suivent désormais. Comme des pèlerins vers leur Lieu Saint, les amateurs de piano doivent, au moins une fois dans leur vie, écouter le Russe. À La Roque, on entend de merveilleux virtuoses, des plasticiens du son qui vous embarquent dans leur univers poétique… Mais personne ne joue comme Sokolov. Avec force évidence, ce dernier interprète les partitions Trois temps inégaux Ranki et Edit Klukon fut modestement applaudi dans leurs paraphrases de concerts de Liszt et d’un Boléro de Ravel assez fade. Quant à leur interprétation, avec leur fils, de deux créations mondiales pour Momo Kodama Vincent Garnier comme chacun aimerait pouvoir les jouer… Dans Bach, ses doigts pèsent sur les touches, sans dureté, sa main droite dévide des notes perlées, en sourdine, alors que la gauche rebondit tel l’archet d’une viole. Avec Brahms, il nous prend par l’oreille, déroule le fil d’une épopée au chant royal, aux accents nostalgiques, fougueux et fins. C’est que Sokolov joue aussi merveilleusement avec ses pieds, de ces pédales qui sont comme trois pianos du compositeur hongrois Barnabas Dukay, elle n’a pas remporté un franc succès : après de timides applaudissements, des réactions assez vives se sont fait entendre lorsque le compositeur est Mari Kodama Christian Steiner Grigory Sokolov Klaus Rudolph la troisième main du pianiste. D’un Schumannde jeunesse, qui sous d’autres doigts nous semblerait mineur, il réalise un chef-d’œuvre ! Après six bis et un dernier salut, l’artiste nous quitte... et nous laisse pantois ! N’attendez plus pour l’entendre… il n’est plus si jeune ! Et même les colosses finissent par tomber… JACQUES FRESCHEL monté sur scène pour saluer et remercier ses interprètes. Ces œuvres, Les Étoiles dans une nuit sans lune, et Les arbres de la montagne étaient pourtant tout en simplicité, poésie et silence. Le public de la Roque est-il réticent à toute œuvre contemporaine, ou rétif simplement à ce minimalisme anti virtuosité ? CHRISTINE REY
MUSIQUE 25 30 ans, pas une ride Si la Roque programme essentiellement du répertoire pianistique, le festival sait jouer aussi la carte des classiques de demain (voir aussi p31). Ainsi, au Temple de Lourmarin, carte blanche était donnée à Bruno Mantovani. Les œuvres de ce brillant musicien, désormais directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (vous avez peut-être assisté à L’enterrement de Mozart, par Musicatreize) étaient interprétées avec une maestria remarquable : au piano, Claire Désert livrait un Suonare somptueux, œuvre de tensions où se mesurent les extrêmes, comme un essai sur la contraction et la dilatation de l’univers. Le trio Wanderer reprenait les Huit Moments musicaux pour violon, violoncelle et piano, une musique de l’attente à l’esprit schubertien : monde au ralenti, les sons s’éternisent, les cordes s’enlisent, respirations comme suspendues au bourdon lancinant du piano, puis une voix s’élance, réconciliation avec le temps avant la dissolution dans laquelle se perdent des accélérations soudaines et comme impromptues… superbe ! Le même 13 août, au parc du Château de Florans, le plaisir des grands classiques : le jeu pur et délié de David Fray tenait en suspens l’assistance. Son interprétation du Concerto pour piano et orchestre n°22 tout en finesse laissait aux cadences un parfum pré romantique… extase du beau son, effleurement subtil… le public ne s’y trompe pas et ovationne le jeune artiste, comme d’ailleurs le superbe orchestre Sinfonia Varsovia sous la brillante direction de George Tchitchinadze. Ouverture des Noces de Figaro puis une symphonie n°5 de Beethoven (et oui, encore pom pom pom pom !), jouées avec une maîtrise rare. Chaque pupitre s’entend, les bois, les flûtes, les cors a surtout, avec de superbes pianissimi, se mêlent aux cordes, tout en gardant leur timbre. Un bonheur d’écoute ! La formule carte blanche donnait à Renaud Capuçon l’occasion de réunir autour de lui l’English Chamber Orchestra, et Nicholas Angelich (1 re partie concerto pour piano violon et orchestre de Chausson) et Katia Buniatishvili (2 e partie concerto pour violon piano et cordes de Capucon et Angelich Xavier Antoinet Mendelssohn). La virtuosité des pianistes, la direction précise et dynamique du jeune violoniste, donnaient l’impression que la musique devenait autonome, les instruments n’étant plus que des abstractions… L’essence de la beauté ? MARYVONNE COLOMBANI Bouquet final o Pour la clôture du Festival, on a assisté à une soirée magique, réunissant talents confirmés et jeunes virtuoses, de Bach à Poulenc, et improvisations talentueuses de Yaron Hermann. Le Concerto pour quatre claviers de Bach imposait clarté des touchers, précision du chef Christian Zacharias dirigeant l’Orchestre de Chambre de Lausanne comme une horlogerie suisse, où Anne Queffélec et Edith Klukon jubilaient d’être associées aux jeunes Dezsö Ranki et David Kadouch. Mari et Momo Kodama, toucher brillant, donnaient vie à l’Allegro con spirito pour deux pianos de Mozart. Lidija et Sanja Bizjak imprimaient à la Valse de Ravel pour deux pianos un flot incessant d’accords puissants et de plages impressionnistes. Bertrand Chamayou et David Kadouch excellèrent dans le Concerto pour deux pianos en ré mineur de Poulenc, dissonances acerbes et clin d’œil mozartien. Superbe Ménage à trois pour six mains, respiration ludique de Jean Castérède : Emmanuel Strosser, Jean-Frédéric Neuburger, Brigitte Yves Bergé Engerer (trois pianistes pour un seul piano) ! Quant à la transcription de Marc Olivier Dupin de l’Ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner (douze pianistes), elle garde la puissance et la poésie de l’œuvre, et la fugue y résonne en un éclatement spatial étonnant. La Danse Macabre de Saint Saëns pour deux pianos à huit mains, n’a pas la densité de l’orchestre, mais gagne en lisibilité technique. Un final en apothéose avec l’Ouverture des Noces de Figaro de Mozart pour douze pianos (M. O. Dupin) : la disposition des pianistes, de dos sur une seule ligne, nous cache les 24 mains mais l’on perçoit aux entrées du thème principal la géniale théâtralité de cette musique. Une fête du dialogue, de l’écoute de l’autre, mélange des genres, des styles, des âges. Des pianistes d’origines diverses pour un concert magnifique de partage ! YVES BERGÉ Ce concert-surprise a eu lieu le 22 août au parc du Château de Florans



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