Zibeline n°32 août 2010
Zibeline n°32 août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de août 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : créer maintenant, imaginer demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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64 HISTOIRE ARCHIVES DÉPARTEMENTALES MUSEON ARLATEN L’exposition proposée aux Archives départementales éclaire les pratiques festives en Provence d’un regard neuf La particularité de cette exposition tient à la nature du matériau principal employé pour réaliser la trame du parcours : des lettres, résultant d’une enquête organisée par le préfet Villeneuve-Bargemon pour dresser « la Statistique » du département… Deux questionnaires ont été envoyés aux maires des communes pour dresser un état des lieux des fêtes. Ce témoignage officiel est forcément le reflet des élites locales mais il atteste aussi du statut des manifestations festives. Récoltés à partir de 1820, ces documents, accompagnés d’objets en partie récoltés par Mistral, donnent une vision différente des traditions rapportées par la littérature du XIX e siècle. Catégories de fêtes Le parcours proposé aux Archives par le Museon Arlaten (musée départemental d’ethnographie) reprend les grandes catégories de fêtes élaborées par le questionnaire préfectoral. Il met toutefois l’accent sur deux thèmes principaux : les temps et lieux de fête ; l’organisation et les modes d’expression des acteurs. Dans la première salle se trouve le portrait du préfet Villeneuve, aristocrate modéré, ayant survécu à la Révolution, nommé par la royauté en 1815 pour apaiser les fortes tensions politiques de la région. Audelà de l’évaluation des ressources pour l’État, son entreprise ressemble à une tentative d’unification locale. Des lettres du maire de Trets, en 1805, et de Maillane, en janvier 1806, incitent au retour des fêtes. Il faut dire que la Révolution avait interrompu la grande organisation héritée de la société d’Ancien Régime. Le rétablissement du calendrier grégorien (1 janvier 1806) et le concordat signé par Napoléon (15 Juillet 1801) ont permis de renouer les fils anciens. Dans le calendrier liturgique on trouve deux groupes : le temporal, il commémore la vie de Jésus de Noël jusqu’à Pâques ; le sanctoral, il concerne la vie de la vierge et des Saints. Pour le calendrier traditionnel, ce sont les solstices qui sont fondamentaux : ils célèbrent la nativité du Christ, le 25 décembre, et celle de saint Jean Baptiste, le 24 juin. Entre ces deux temps forts, des fêtes comme carnaval, au caractère facétieux, D’où viennent nos fêtes, et que célèbre-t-on ? les rogations, centrées sur les rites de fécondité, ou la Toussaint et la fête des morts du 1er et 2 novembre, finalement liées. Il faut ajouter que les communautés et les métiers ont leur propre calendrier festif célébrant leurs protecteurs. Les fêtes votives, enfin, correspondent à un vœu public : à Marseille, la fête du Sacré Cœur de Jésus, célébrée le vendredi qui suit la Fête-Dieu, rappelle le vœu de l’évêque Belsunce lors de la peste de 1720. Ajoutons encore les pèlerinages des petits sanctuaires locaux ainsi que les rites de passage : baptême, mariage, mort. Noël en Provence Les « fêtes générales » sont celles de la communauté catholique. Le parcours propose au visiteur l’exposition d’une charrette de pastrage, en bois, qui s’inscrit dans un moment particulièrement important lors des fêtes de Noël : la messe de minuit. Recouverte de fleurs, enfermant un agneau, le prêtre y dépose les offrandes. Un bélier tire la voiture, entouré de bergers et bergères. Le maire d’Alleins, en 1825, parle de la célèbre bûche de bois (« cache feu ») glissée dans la cheminée la veille de Noël. Il rapporte l’adage fameux : « cache feu ven, tou ben ven, dieou nous fague la graci de veire l’an que ven. » La lettre du magistrat de Cuges (1825) instruit plus largement sur le déroulement domestique de Noël. Cela commence par des échanges de présents dans la famille. À l’heure du gros souper, autour du chef de famille, le blé de sainte-barbe et d’autres objets décorent la cheminée. On allume aussi la lampe de carême devant la crèche. Celle-ci est une espèce de niche, en bois ou à même le mur, dans laquelle une image de la naissance du Christ est placardée. On y Cheval de la Saint Éloi Collection du Museon Arlaten glisse ensuite une figurine de la Sainte vierge ou un Saint-Antoine en plâtre. Le jour de Noël, on poursuit avec le repas autour de la dinde, ou du bœuf à la daube, du gâteau sucré au beurre ou à huile, des fruits secs et des nougats. Si la tradition a bien rapporté ces usages, il faut noter que les « félibres » -la renaissance provençale- ont arbitrairement fixé les desserts au nombre symbolique de 13. Une délicieuse Nativité de la dernière partie du XVIIIe siècle montre l’arrivée des rois mages. Les crèches, les « belen », sont souvent le fait, au XVIIIe, de religieuses, carmélites ou augustines qui se consacrent depuis la contre-réforme catholique à la dévotion de l’Enfant Jésus. Il faut noter là une évolution importante issue de l’initiative marseillaise : la Révolution ayant fermée les églises, la célébration de la nativité gagna la sphère privée. Avec « la quarantaine de Noël » qui fixe la terminaison de la fête à la Chandeleur, le 2 février et non à l’épiphanie, les grandes crèches se développent. En 1803 est organisée à Marseille la première foire aux santons ! Processions et fêtes Un tableau de Jean Roch Isnard montre une porte décorée avec une bannière de Saint Jean, un reposoir rempli de fleurs placé devant une statuette en niche de la Vierge à l’Enfant : c’est une étape de la procession de Pâques qui parcourt la ville. Autre cheminement sur le territoire : les Rogations. À Lançon, pendant les trois jours précédant le Jeudi de l’Ascension, on déambule dans une volonté de protéger les récoltes. La Fête-Dieu commémore, 57 jours après Pâques, l’institution de l’Eucharistie. À Aix, elle aurait été instituée par le roi René, désireux d’assurer le triomphe du Christianisme. Elle est l’occasion de voir la profusion et la richesse des costumes mais aussi des manifestations grotesques, symboliques des forces souterraines. Dans une vitrine on peut voir un masque de la Mort, crâne énorme, ou un autre de diable, avec ses grandes cornes. On peut voir aussi une crécelle (roue crantée qui fait claquer une lame) ou une claquette de Saint Jacques (deux plaques de bois amovibles qui frappent une troisième centrale). C’est que pendant la
Semaine Sainte les cloches sont muettes jusqu’au Jeudi Saint. La Saint Eloi est une célébration surtout agricole. Une belle bannière de la confrérie des ménagers (paysans) de Thor représente une charrette décorée de fleurs tirée par des chevaux disposés en file et richement décorés. Le maire de Saint-Andiol (1825) nous décrit la fête. Vers 6h du matin on garnit la charrette de branches de peuplier ou d’orme. On l’attèle d’une quinzaine ou une vingtaine de chevaux ou mules. L’harnachement est très soigné (voir la vitrine). On amène la charrette devant l’église. Là, après la messe, le prêtre sort, avec les marguillers, portant le buste de Saint Eloi. Il fait le tour de la charrette puis la bénit ainsi que tous les animaux et le peuple assemblés. On sort ensuite du village et l’on fait courir l’attelage à grand train. On s’en revient et chacun prend une branche de la décoration pour la donner à manger aux bestiaux présents. La chandeleur et le carnaval sont aussi des fêtes particulièrement typiques. Une énorme tête de paille évoque Carnaval, brûlé en place publique. Le maire de Marseille produit, lui, un arrêté pour mettre en garde contre les débordements et ceux qui profitent de la mascarade pour commettre des abus. À la Saint Jean, le premier magistrat de Salon rapporte que l’on jette de l’eau sur les passants. On prépare aussi le feu qui, allumé vers 9 h du soir au son des tambours et trompettes, déclenche la joie de toute la population. Les fêtes patronales, un remerciement protecteur Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, on célèbre Marie Jacobée et Marie Madeleine. À Marseille, la dévotion pour le Sacrécœur donne lieu à une immense procession illustrée par le rouleau de Monheim de J.J Schnell, remarquable illustration de la communauté urbaine. À Cassis, un romérage célèbre St Pierre, le 29 juin, par des joutes nautiques, des courses et exercices de natation. À Tarascon, une grande tête de Tarasque, fabriquée en 1840, après de très graves inondations, affirme le caractère votif de la fête. Cette bête effrayante apparaissait pendant la Pentecôte mais, selon le sous-préfet, à la Sainte Marthe, le 29 juillet, elle était domestiquée par la Sainte et déambulait pacifiquement dans les rues. Une vie festive laïcisée Les jeux, la danse et la musique sont essentiels. Un ex-voto de 1825 dépeint le rond de charrettes : rangées en cercle, elles forment une sorte d’arène où sont lâchés des taureaux... et les razeteurs. L’« abrivado » (l’amenée des taureaux), ou la « ferade » (marquage des bêtes) sont accompagnés de réjouissances. À Berre, au soir de la récolte des amandes, chaque participant se lance dans un concours de chant avec ses convives. Un « pego » exposé, un lampion, illustre, avec une gravure, la danse des quenouilles pratiquée par les bergères. Le mat à cordelettes, lui, permettait aux danseurs de fabriquer (ou de défaire) en dansant une tresse multicolore. Le maire d’Istres évoque les danses : jarretières, bergères, moresques, épées... À ces occasions, les jeunes célibataires se rapprochent, ce qui favorise le choix du conjoint contre l’arrangement familial. De même, les jeux valorisent certains groupes et relativisent la contrainte sociale liée au mariage. La chromographie d’une aubade rappelle qu’il faut quêter pour payer les musiciens dont les instruments traditionnels (le galoubet, le tambourin, le bachas (grosse caisse), le hautbois, les cymbalettes ou le violon) sont exposés. Indispensables encore, les organisateurs. En premier lieu les pénitents, héritiers d’une longue tradition de sociabilité. Un costume présenté rappelle qu’ils étaient vêtus d’une longue robe à cagoule. Blancs ou gris, ils défilent, avec bâton et croix, pour une procession ou pour un enterrement de pauvre. Les prieurs et les abbés de jeunesse sont, eux, des proches du corps municipal. Ils récoltent des fonds pour les musiciens ou pour les prix distribués aux jeux. On notera qu’à la fin du XIX e siècle, les cabaretiers, conscients des profits produits par les fêtes, devinrent des organisateurs patentés. Si l’on regrette une répartition des objets un peu décousue, dans l’ensemble le travail présenté est extrêmement intéressant : à l’évidence les documents administratifs donnent une vision originale de la fête. RENÉ DIAZ Jours de fête en Provence Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille jusqu’au 23 décembre 04 91 08 61 00 www.archives13.fr I Mus ëe Iiem 16 juip - 19 sep1emhre 2010 EntrEe gratuite Ilusir 2hn 0rumrra a1 Ii IdI1e1-13'gi1 Mnspret hi [C17 al 311 Aq Oyer, iu wraNi lu i111f1L1A.ie 14h}D I I8I90 Du 1irllnl lu 31 ru9l. nrnr ru loll. 103 i 1M e h 1Ih10 I F9ti311 prPSente -ink ; petites victolres f petites morts Boris Chouvellon 4r* Room ART0- ti. 3 iti Pif.., 41$ ill "iF,'0ig : 4 4012° Fr.i.che la Be]4e de Mai el CC 41, *. re Jobin 1:403 Marseil7é 10 — 19 septembre 2010 } 150, — 2Ô h ;



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