Zibeline n°32 août 2010
Zibeline n°32 août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de août 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : créer maintenant, imaginer demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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-ê'60 ARTS VISUELS AVIGNON BARJOLS L’été Barcelógnais 2006 au Festival d’Avignon : Miquel Barceló et Joseph Nadj composaient leur duo d’argile Paso Doble. Aujourd’hui Miquel Barceló joue en solo une triple exposition de grande ampleur Trois lieux majestueux forment un puzzle dont toutes les pièces s’imbriquent. Car le morcellement est sa manière de vivre, entre Paris, Majorque et le pays Dogon au Mali, et le mixage sa façon de penser, nourrie de tous les imaginaires et les traditions. « Tout ce qu’il avale et qu’il réutilise à sa manière » explique Éric Mézil, directeur de la Collection Lambert, quitte même à dérouter ceux qui ne parviennent pas à faire le distinguo entre « chef d’œuvre » et « croûte ». Les ex-voto de la salle nautique en sont un exemple kitschissime ! « Chauvet, l’Afrique, les natures mortes, les termites, les masques ou les crânes tout est lié…, écrit-il, ce sont des archétypes de l’humanité. Pour moi, c’est mon quotidien, ma matière, ma pensée de chaque jour. Je trace des cartes de géographie qui relient tous ces mondes ». À la Collection Lambert donc, place au « grand transformateur », celui dont le geste artisanal s’accapare physiquement toutes les matières : terre, chaux, plâtre, pièces de boubou, termitière, crotte d’âne, pelures d’oignon, huîtres… pour sculpter des bestiaires, cuire des céramiques ou dessiner des portraits. Comme ceux, exceptionnels, de neuf Albinos dont on sait le sort difficile en Afrique : ils s’appellent Moussa, Cheik et leurs visages ravagés apparaissent en négatif sur des papiers noirs « dépeints » à l’eau de Javel. Dans la grande galerie, sculptures et peintures sont traversées par l’Histoire (médiévale de préférence), les mouvements de l’art (depuis Zurbaran jusqu’à l’abstraction), les natures mortes aux titres épicuriens regorgeant de grenades et de courges, les vanités et la géographie méditerranéenne (de Majorque à l’Orient). Des plâtres inédits dévoilent un penchant naturaliste : âne, chimpanzé, chat en vis-à-vis avec des peintures animalières d’une grande cruauté. Il y a même là un Portrait de l’artiste en mammifère marin… À côté de cette métaphore de l’antique Mare Nostrum, le Palais des Papes représente la Terra Nostra, Brodez, brodez ! Tambour brode, oeuvre de Sophie Menuet, Zip 22, 2010 Raoul Hebreard Qui ne se souvient de la délicieuse réplique de Roxane dans Cyrano de Bergerac, lorsque Christian, éperdu d’amour mais si sottement muet l’accable d’insipides « je t’aime » ? « Brodez, brodez ! », réclame-t-elle, consciente que le plaisir réside dans la finesse élaborée de l’ornement… Sophie Menuet brode, expose, mais ses travaux d’aiguille entraînent le spectateur dans un monde subtil aux sens multiples. L’action de broder, si « naturellement » attribuée aux femmes, heureuses Pénélopes aux suaves aiguillées, est discrètement détournée. Ces coussins aux carreaux naïfs sont en équilibre instable, ce cadre si traditionnellement ovale contient une esquisse événement annoncé dès le parvis par sa sculpture L’Éléphant. Neuf tonnes pour la version en bronze et 4 pour le plâtre exposé dans la Grande chapelle ! Miquel Barceló n’en est pas à un paradoxe prêt, qui joue avec le lieu transformé en musée lapidaire, mêle œuvres monumentales au sol et céramiques, plâtres et terres cuites incrustés aux parois. Jusqu’à provoquer la confusion : œuvre contemporaine ? gargouille ou tête de gorgone ? … Moins troublante et plus muséale, l’exposition au Petit palais est le fruit d’une collaboration avec les musées de Majorque. À travers un ensemble d’œuvres gothiques majeures et cinq œuvres de la Série des Termites, l’artiste s’offre un retour aux sources. Hommage à ceux dont il se sent l’héritier ? reprenant le geste répétitif de la brodeuse… Pourquoi ces chaussures informes sont-elles montées sur des passementeries démesurées ? Pourquoi ce gant de satin livre-t-il au regard un stigmate au creux de la main, qui tient de la pince ? Le vêtement évoqué nie l’humain, lui donne des caractéristiques animales, poulpe, crabe, méduse… Un visage se disloque sur une petite desserte, bouche, nez, yeux, éparpillés… Cela tient du conte d’Hoffmann, et met en doute l’intégrité des corps. L’ombre découpée, est-ce un test de Rorschach ou une véritable silhouette ? L’artiste pourtant fait mine d’ignorer le trouble qu’elle suscite, tous les mercredis elle brode avec les dames Barcelo, Gisant du cardinal Delphine Michelangeli Miquel Barcelo au Palais des Papes, Avignon 2010 Delphine Michelangeli Tout le paradoxe Barceló est là : une œuvre colossale dans ses formes, ses matières et son rayonnement (on pense immédiatement à un autre colosse : Picasso), une mégalomanie assumée (il signe dans le catalogue le texte Miquel Barceló, vu par Miquel Barceló où il évoque son double), une érudition artistique et littéraire immense, une côte extravagante sur le marché de l’art… et une production si prolifique qu’elle se perd parfois ! MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Terramare jusqu’au 7 novembre Palais des Papes, Collection Lambert, Petit Palais, Avignon 04 90 16 56 20 www.avignon-barcelo.com du club de couture… « Transmission de mémoire à travers des gestes simples » souffle Sophie Menuet… Simple, comme le cœur dessiné sur la poitrine de son mari dans la vidéo qui accompagne l’exposition… Simple comme un conte fantastique ? MARYVONNE COLOMBANI Tambour brodé Sophie Menuet jusqu’au 31 juillet Zip de Barjols 04 94 72 54 81 www.plainepage.com
FONTAINE-DE-VAUCLUSE AVIGNON ARTS VISUELS 61 Plus jamais ça À Fontaine-de-Vaucluse, la parole des artistes d’aujourd’hui « fait surgir du réel tragique de la guerre la relève d’une conscience mature et libérée ». Là où s’exposent les traces de la Seconde guerre mondiale, les œuvres de 16 artistes conviés par Christine blanchet, commissaire de l’exposition …Que nuages…, évoquent les conflits d’hier et d’aujourd’hui dans un acte collectif de résistance. Liban, Bagdad, Gaza, Kosovo, Kaboul… Même si comme l’écrivait René Char « Le monde de l’art n’est pas le monde du pardon ». En façade déjà, Pablo Garcia donne le ton et camouffle les parois de verre d’un treillis noir mat dehors, brillant dedans. Lui qui encore photographie le Camp Joffre de Rivesaltes en 2008 et tire des multiples distribués gratuitement aux visiteurs. Mémoire, devoir de mémoire : acte de résistance là encore et retour à l’histoire familiale pour Carole Challeau qui intervient in situ après s’être longuement imprégnée du lieu. À plusieurs reprises elle s’immisce dans les vitrines, entre les objets et les reconstitutions : Le Spectre, caché entre les rideaux, symbolise la mort tandis qu’une sculpture en tissu accrochée au mur met « ses tripes à l’air » pour signifier « la peur au ventre ». Si la guerre de 14 n’a pas été la « der des der » comme l’espéraient les Poilus, les armes ont donc de beaux jours devant elles… comme le dénonce le Collectif LP LT qui, armé de sa seule imagination, combine dans sa Pièce-trophée « deux chars montés Lumière tamisée Si l’exposition de Georges Rousse à la Chapelle Saint-Charles d’Avignon emprunte son titre à la formule du lux, unité de mesure de la lumière, celle-ci manque cruellement d’éclat. On s’attendait à une œuvre irradiante, presque céleste sous cette voûte magnifique… quand on découvre une proposition en demi-teinte ! Une photographie du Georges Rousse Projet Georges Rousse croquis X-D.R l’un sur l’autre, immobilisés, et comme fossilisés, en pleine copulation ». Sauf que les feuilles d’or qui la recouvrent s’effritent sous la moisissure… Même ton satirique et férocement provocateur chez Alexandre Nicolas qui glisse parmi sa Série des Prédestinés, aux côtés d’un Superman moulé dans photographe qui restitue les lieux en dédoublant le sujet de la représentation (effet « deux en un » réussi) et une installation du Georges Rousse plasticien qui tient plus de la cabane que de la cathédrale en bois même si elle allie monumentalité et fragilité. Là où Ernest Pignon-Ernest et Anne et Patrick Poirier avant lui s’étaient laissé porter par le souffle sacré de cette chapelle du 18 e siècle, Georges Rousse n’a pas su trouver le bel équilibre. On ne pourra jamais aller au bout de son « chemin de bois », ni le traverser jusqu’à l’autel, ni même avoir suffisamment de recul pour voir surgir de l’espace son cercle peint en blanc. Il reste l’œuvre photographique pour reconstituer tous les morceaux du puzzle. M.G.-G. Installation de Georges Rousse jusqu’au 17 octobre Chapelle Saint-Charles, Avignon 04 90 16 10 51 www.vaucluse.fr Alexandre Nicolas, Adolf foetus, Serie des Predestines X-D.R Cocooning Discret derrière sa haute façade, le musée Louis Vouland à Avignon cache dans les salons de l’hôtel de Villeneuve-Esclapon une « charmante » exposition, Intimités provençales, ambiances retrouvées autour des aquarelles de Louis Montagné (1879/1960). La conservation aurait pu accrocher de manière traditionnelle un florilège d’œuvres de celui qui fut L’Alcôve rose,L. Montagné F. Lepeltier la résine comme les hippocampes, un embryon d’Hitler. Farce tragique que son Adolf fœtus à faire frissonner l’échine ! Loin de la protection qu’offre le rire distancié, Jean-Marc Cerino présente quatre dessins À des amis qui nous ont manqué qui, par leurs traces légères sur papier japon nacré, évoquent l’absence de ceux qui ne sont jamais revenus des camps. Une finesse du trait et une subtilité de la pensée que l’on retrouve dans les gravures de l’Américain Robert Morris très engagé contre la guerre du Vietnam notamment. Et puis il y a ce drôle de titre …Que nuages… emprunté à un poème de William Butler Yeats, lui même repris par Samuel Beckett et évoqué par Gilles Deleuze, pour dire le ciel, les tirs de roquette, l’absence, les météores. Et les artistes qui réactivent sans cesse la mémoire, même la plus terrible. MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Édition d’un catalogue bilingue français-anglais gratuit réalisé par l’artiste Didier Tallagrand …Que nuages… Histoire et propos d’artistes jusqu’au 4 octobre Musée d’histoire Jean Garcin : 39-45 L’Appel de la Liberté, Fontaine-de-Vaucluse 04 90 20 24 00 www.vaucluse.fr jusqu’à sa mort conservateur du Musée de Villeneuve les Avignon et directeur de l’École des beaux-arts de la Cité des Papes. Justement non, ce qui aiguise notre curiosité ! Car en contrepoint aux Portraits d’intérieurs de cet aquarelliste hors pair, le scénographe Philippe Renaud a intégré dans leur jus ces chroniques de la société avec un sens du décor et de la mise en scène presque théâtral. Dans une alternance de murs aux tons vifs, mobiliers, vaisselles, tissus, candélabres, globes en verre, lit à baldaquin reconstituent l’univers quotidien de la fin du 19 e siècle, modestes intérieurs ou vastes demeures de maîtres, dans une espèce de réalité retrouvée qui rend les scènes aquarellées presque nostalgiques… M.G.-G. Intimités provençales, ambiances retrouvées autour des aquarelles de Louis Montagné jusqu’au 3 octobre Musée Louis Vouland, Avignon 04 90 86 03 79 www.vouland.com



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