Zibeline n°32 août 2010
Zibeline n°32 août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de août 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : créer maintenant, imaginer demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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50 LIVRES LITTÉRATURE HISTOIRE Dans les noirceurs de l’âme Fête en fictions La Pensée de Midi fêtait le 1er juillet à l’Alcazar ses dix ans d’existence, en compagnie de Fawzia Ouari, Mustapha Benfodil et Velibor Colic, trois des onze écrivains méditerranéens qui ont été conviés, pour le numéro anniversaire de la revue, à rédiger un récit sur un jour arbitrairement choisi, le 20 janvier 2010. Ce portrait collectif d’une journée s’ouvre sur le silence d’un rite immobile de la pêche à l’anchois en Sicile, et s’achève sur la promesse d’un voyage miraculeux. Le recueil composite, ponctué d’« histoiriettes » proposant une revue de presse internationale et loufoque de cette journée, est donc placé sous le signe du temps, conjuguant les hasards du calendrier, les histoires intimes, l’actualité et l’Histoire, le présent d’un jour et la mémoire qui s’y enfouit, et confie à la fiction, parce qu’elle est douée du don d’ubiquité qui nous manque, le soin de dessiner cet espace méditerranéen, réel et pourtant fuyant, monde en puissance, dont la revue s’emploie depuis sa fondation à esquisser les contours. Visages de Setif Abed Abidat a parcouru l’Algérie, son appareil photo à la main, pour retrouver les survivants des massacres qui ensanglantèrent l’ancien département français à partir du 8 mai 1945. La participation de Jean-Louis Planche a donné un caractère particulier à cette publication : ce dernier est l’auteur d’un ouvrage fameux sur les massacres de Setif. L’introduction qu’il nous propose est d’ailleurs d’une pugnacité vivace. Le propos scientifique a pu être mis en doute, il y a eu débat sur le nombre de morts… qu’importe : il faut accorder à l’auteur de donner un coup de projecteur nouveau sur des comportements coloniaux de brutalité et d’horreur peu communes. Alors que s’ouvre désormais largement le débat sur l’histoire algérienne de la France, cet ouvrage adopte un point de vue dont l’originalité vient de la photo. On marche avec les témoins des événements et l’on découvre les lieux autant que les personnes. Parfois cela Ils ont tout de Robinson ces deux-là, isolés volontaires sur une île hostile, en prise directe avec les éléments, composant au gré des jours une cabane à bois, un fumoir pour le saumon fraîchement péché, un gardemanger pour les jours où tout sera plus rude… Un père, Jim, et son fils adolescent de treize ans, Roy, s’installent sur une île sauvage de l’Alaska, Sukkwan, une année durant. Une île sur laquelle « la végétation [est] certes luxuriante, mais rien qu’une simple végétation », où « les choses étaient crûment ce qu’elles étaient et rien d’autre », et où père et fils vont devoir cohabiter dans « une cabane grise et battue par les vents ». Drôle d’endroit pour une rencontre, puisque c’est bien de ça qu’il s’agit : d’un père qui compte faire la (re)connaissance de son fils, dans un face-à-face aventureux, et viril, avec, au menu, chasse, pêche et discussions. Mais surtout survie. Le lecteur va vite se trouver confronté à un insoutenable suspense, plongé qu’il est dans un univers paradoxalement étouffant où il ne se passe pas grand chose mais où chaque geste, chaque mot est plombant… Dans un style sobre et dépouillé, David Vann, dont c’est le très prometteur premier roman, promène habilement ses lecteurs de fausses pistes en vrais malaises, en un crescendo habile qui distille dans l’atmosphère une violence latente qui finira par éclater. Jusqu’au point de non-retour –il est tout simplement impossible de dire ici pourquoi ni comment- qui fait basculer le récit dans les méandres insondables de la folie. DO.M. Sukkwan island David Vanntraduction de Laura Derajinski Éd. Gallmeister, 21,70 euros C’est à cette entreprise exemplaire que les rubriques rendent aussi hommage : littérature, philosophie, arts, musique, géopolitique, gastronomie, chacun revient sur une œuvre ou un événement qui emblématise la décennie écoulée, suivant un point de vue subjectif et restreint, mais qui ouvre le plus d’horizons. Plutôt qu’une artificielle unité imposée didactiquement, une mosaïque ; plutôt qu’une commémoration, l’invention d’un avenir : ce très beau numéro invite à fêter l’esprit d’une revue cosmopolite et conviviale, qui cherche dans la mobilité et la pluralité des regards une manière humaniste, mesurée et gaie d’être ensemble dans la pensée. AUDE FANLO Histoires d’un 20 janvier. Récits Sous la direction de Thierry Fabre et Renaud Ego La pensée de midi n°31, mai 2010 Actes sud, 18,50 euros prend un tour surprenant, avec cette photo de la plaque commémorative de Saad Bouzid, représenté à l’occidentale, tandis que passe, derrière, un homme en djellaba avec barbe longue et coiffe. En donnant à voir ces images complexes, l’auteur alimente le débat de l’histoire et de la mémoire. Peuton se contenter d’une vision univoque proposée par les victimes ? S’il est indispensable d’intégrer l’histoire de la colonisation pour la société française, il est tout aussi indispensable de traiter de la logique de tous les acteurs, passés et présents. Faute de quoi, les plaies ne se refermeront pas. RENÉ DIAZ 8 mai 1945, tragédie dans le Constantinois Sétif, Guelma, Kherrata... Photographies Abed Abidat Images Plurielles Editions, 30 euros SUKKWAN ISLAND Enid Vanne'Sg= H istoires d'un 20 janvier E. MA1 1945
LIVRES 51 Connaître son déterminisme Ce livre est la retranscription de cinq entretiens qu’eurent les deux auteurs dans une série d’émissions sur France Culture en 1988. L’historien reçoit le sociologue ! C’est l’occasion de faire le point des grands débats autour de la sociologie et de la place tout à fait particulière qu’y tient Pierre Bourdieu. Cette grande figure de l’univers intellectuel français a été honni autant qu’adulé. Lui a toujours su garder une distance critique face aux joutes dont il était l’enjeu, comme face à son statut d’icône du monde sociologique. Roger Chartier propose une exploration qui est à la fois une introspection dans le monde scientifique de Bourdieu et une lecture de l’histoire au crible de la sociologie. Les entretiens se déroulent sur plusieurs grands thèmes : le métier de sociologue ; l’illusion de la connaissance : les structures et l’individu ; habitus et champ ; Manet, Flaubert et Michelet. Reflet des préoccupations de l’heure, ces sujets sont pourtant d’un intérêt toujours très actuel, et même d’une actualité qui nous fait trop souvent défaut. Comment ne pas voir, au détour des conversations des protagonistes, combien la réflexion sur la société, au travers du regard spécifique des deux scientifiques, tranche avec la disparition des intellectuels sur la scène du politique ? Réflexions Pirrrr. Hvurdien 72egrr CJaartirr Ls sociologus et i'hïstocisa.n.., Le sociologue et l’historien Pierre Bourdieu et Roger Chartier Agone, 13 euros anciennes certes, parfois totalement absorbées par la pensée globale qui nous baigne, mais quel régal de redécouvrir Bourdieu embrochant le monde des intellectuels juchés sur leurs certitudes et leur altérité. Quel plaisir de voir les difficultés qu’il éprouve à ne pas sombrer dans la schizophrénie de la production du discours. Désireux de sortir d’un monde d’aliénation et de domination sociale, nos deux compères cheminent vers le modèle Kantien de distanciation de leurs propres analyses pour déboucher sur une utopie bourdelienne : « nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de finir libres. » Condition : se réapproprier la connaissance des déterminismes qui nous assaillent. On trouvera aussi une longue discussion sur l’habitus, définition réélaborée par Bourdieu qui permet de comprendre comment un individu réagit en fonction d’une histoire individuelle et sociale. Comme le constate Roger Chartier, face à son complice : la sociologie de Bourdieu aide les autres sciences à penser. Espérons que ce petit livre atteigne un large public ! RENÉ DIAZ Une encyclopédie de rêves Le Prix du Livre du Tourisme 2010 a été décerné le 23 juin dernier, sous l’égide d’Hervé Novelli, Secrétaire d’État chargé du Tourisme, à un ouvrage exceptionnel : l’Encyclopédie du littoral, les rivages du Conservatoire, paru chez Actes Sud. L’ouvrage rend compte du travail de titan mené par le Conservatoire du littoral, ses batailles, sa patience de fourmi, sur 1200 kilomètres de côtes, 135 000 hectares ! Comment réussir à évoquer cet énorme ensemble, sans se contenter de la produire un bel objet, simple outil de promotion touristique ? D’abord, oui, le livre est beau en lui-même, couverture crème, bleu délicat, le même bleu destiné aux illustrations et au texte. Pages délicieusement lourdes et souples, offrant au feuilletage un plaisir sensuel, invitant à vagabonder entre les différents chapitres, à s’attarder sur l’esquisse d’une plage, d’un oiseau, d’une plante au nom étrange, l’« obione », le « sténocarpus », l’« astérolide » … Les sternes glissent de page en page, on rencontre des étourneaux en train de gober… des visages, des maisons, des paysages… Finesse du dessin, fulgurance de ces instantanés… même si l’auteur Encyclopédie du littoral - lrIL'H Encyclopédie du littoral Les rivages du conservatoire Editions Actes Sud/Conservatoire du littoral, 65 euros change (une trentaine d’illustrateurs a contribué à l’ouvrage), la capacité d’émerveillement devant les immensités, comme devant l’infime perdure. Les différentes voix (50) qui composent cette encyclopédie répondent toutes aux mêmes exigences, écritures fluides, sensibles, rigoureuses et poétiques à la fois. De la côte d’opale à l’Outre-Mer, nous sommes emportés dans un voyage magique et initiatique. Que de découvertes ! Le statut particulier des îles Chaussey, la légende des sept filles de la terre… Et l’île de Tatihou qui ne se trouve pas dans les mers du sud ! Un bonheur de lecture ! Car si l’étude géographique, historique, botanique, géologique est précise, le ton passionné, de ces « mordus de sable et de mer », les anecdotes, le goût du détail juste, apportent à ce genre difficile un charme irrésistible. Souhaitez-vous donc Noël en été, offrez-vous ce monument ! MARYVONNE COLOMBANI



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