Zibeline n°32 août 2010
Zibeline n°32 août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de août 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : créer maintenant, imaginer demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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48 LIVRES LITTÉRATURE Instant-années Deux hommes, le même quand cette rue roule bord sur bord présent passé et c’est en prose qu’il avance même si ses pas semblent comptés laissant derrière lui son poème. Parce qu’elle rassemble des moments de vie qui se dérobent à la chronologie, la poésie de Jean-Luc Sarré est au présent, mais la mémoire, la perception mélancolique et inquiète du temps creusent ces instantanés. Ainsi de cet Autoportrait au père absent, construit comme un diptyque sur deux mètres différents, qui place « bord sur bord » présent et passé, père disparu et fils, fantômes bien vivants des souvenirs et présent qui se délite. L’ensemble suggère une autobiographie en pointillés, qui semble fuir par discrétion l’introspection, préférant aux confidences démonstratives une forme de connivence subtile. C’est cette même intensité comme tenue à distance, de celui qui aura « vécu presque, mais jamais un peu », qu’on Crimes sans châtiment Au pays de Dracula, le crime court les bois ; du temps de Ceaucescu, la terreur court les rues... La Moldavie n’est pas les Carpates, mais le fond des lacs est tapissé de cadavres et le diable mène la danse. Faut bien un peu raconter : Roumanie, fin du XX e siècle ; un village reculé, des bois profonds, et un lac aux sortilèges (la Fosse aux Lions) ; un innocent qui en cache un autre, dépassé par ses pulsions criminelles, trouve la rédemption dans l’Écriture, entouré des élans mystiques de sa mère et de sa sœur ; des âmes pures et des damnés de la vie ; un pope bon et un pope méchant ; les horreurs de l’Ancien Régime et les dévoiements de la démocratie, tout y est et le projet ne manque pas de grandeur. Liliana Lazar, imprégnée de la culture et de l’histoire de son pays natal, et dont c’est le premier roman, a parfois les accents de Victor Hugo pour dire en français la puissance des lieux, la folle poussée des contraires, l’ironie des destins (le criminel devenu écrivain à succès échappe à la justice en se réfugiant dans un monastère) et campe un Entre deux mondes Une quinzaine de kilomètres seulement séparent le Maroc de l’Espagne… et pourtant, ce sont deux mondes si différents ! Sous la plume alerte de l’écrivaine Najat El Hachmi, auteur de l’essai Moi aussi, je suis catalane, défile la vie d’un Marocain qui devra faire l’apprentissage de l’exil. Et de sa propre vie aussi, lui le Dernier patriarche, qui trimballe un mal être permanent, une lâcheté face à ses vicissitudes et aux tourments qui l’empoisonnent. Lesté par une immense fratrie dont le destin est tracé par les ancêtres. Mimoun, c’est son nom, s’avère être le père de la narratrice qui décrit avec humour son caractère autoritaire et intempestif, ses humeurs et ses crises, son esprit fragile et dérangé. Tenu à distance au début du roman par le ton semi amusé, et parce qu’elle n’écrit jamais « mon père », Mimoun occupe chaque ligne, chaque espace, chaque respiration entre ses phrases courtes, ses anecdotes visuelles, ses répliques presque sonores (« paf, la gifle ! »). De rebondissements en retrouve dans les carnets que réunit Comme si rien ne pressait. Les notes rassemblent les croquis au trait précis d’un univers familier, vu depuis une fenêtre. L’attention exacte aux choses et aux mots sait trouver l’éclat d’un « petit monde illimité » : les arbres sous le ciel qui change, la lune en train de fondre, les chantiers et le bureau de tabac, la fatuité irritante des gens sûrs de bien se porter. Formules qui ont la densité d’aphorismes précaires, (auto) dérision féroce mais sans cynisme, mélancolie souriante, élégance et « étrange simplicité » d’une langue singulière, dessinent dans les deux ouvrages un portrait fragmentaire qui a la justesse d’une note musicale et la légèreté grave d’une esquisse. AUDE FANLO Comme si rien ne pressait, La Dogana, 2010, 22 euros Autoportrait au père absent, Le Bruit du Temps, 2010, 12 euros Jean-Luc Sarré personnage singulier : le tzigane Ismaël, figure éternelle de l’esclave dont l’âme possède les clefs de la vie en pactisant avec l’Obscur. Mais l’écriture reste corsetée, paralysée par le tant à dire (transmission méthodique des us et coutumes, réalisme folklorique) ou le convenu d’une certaine langue (celle des romans pour la jeunesse appliquée à signifier). Liliana Lazar peine à s’affranchir de ces « silhouettes cachées derrière les fourrés », de ces « intérieurs modestes mais entretenus avec soin... », ou pire, de ces « humbles demeures » et de cet imparfait flottant qui a englouti plus d’un écrivain ! La phrase trop simple ne permet pas la bonne distance avec une matière aussi prégnante. Mais le roman a plu et les éditions Gaïa ont déjà reçu plusieurs prix pour l’ouvrage ! MARIE-JO DHO Terre des Affranchis Liliana Lazar Editions Gaïa, 18 euros errances, à travers la figure du Père en fuite ou omniprésent, c’est toute une culture qu’elle évoque cadencée par le poids de la religion, la prégnance des traditions, l’incohérence des coutumes… De part et d’autre du détroit de Gibraltar ! C’est qu’elle étouffe dans cette vie étriquée, elle qui subit la peur de sa mère au creux du ventre, les maternités subies, le silence de l’adultère, le jugement des deux sociétés. Alors, comment survivre à cela ? En choisissant la fuite, et la vengeance comme un coup de poignard dans le dos de Mimoun… Si ce n’était raconté comme une « histoire imagée », on croirait que Le Dernier patriarche est une « tragédie ». MARIE GODFRIN-GUIDICELLI Le Dernier patriarche Najat El Hachmi Actes sud, 22,80 euros Terre des affranchis I.t [)ex-riier Patriarche, 11 ; Ii1 ti !
Pêche miraculeuse Sur la couverture de la récente édition française, un hameçon ; partout dans le livre, des références aux poissons. Si le 2 e roman d’Eugenia Almeida n’a rien d’un manuel de pisciculture, l’écrivaine argentine y file pourtant la métaphore, interrogeant en une fable contemporaine la normalité, la liberté individuelle, nos rapports aux autres également. L’histoire donc se passe dans une ville quelconque de la province argentine. Chacun y évolue à sa place, dans son aquarium. Gare à celui qui s’avise de sauter hors du bocal. Le commissariat et la clinique psychiatrique ne sont pas loin… Certains pourtant, revenus de « l’autre côté du monde », se plantent là dans le paysage ordinaire et le font changer. Ainsi l’inconnu installé sur la place, sorte de vagabond mutique auquel Sofia la serveuse et Frias le policier viennent se confier. Ainsi Elena, médecin psychiatre nouvellement nommée dans Ceux de Fridières Lorsqu’elle répond à la petite annonce de Paul, Annette sait qu’il lui faudra s’acclimater à ce « pays, ramassé sur lui-même, clos et voué à le rester autant par les fatalités de sa géographie et de son climat que par les rugueuses inclinations de ses habitants. » Elle comprend vite qu’« on finirait au mieux par être toléré à Fridières, on n’y serait pas accueilli. » Pourtant, elle laisse le Nord, ses espaces confinés, ses anciennes souffrances et débarque avec Éric son fils de 11 ans, dans un Cantal en pleine gloire de juin, lorsque la « rutilance somptueuse » de la nature laisse les humains sans voix. Il lui faudra faire avec la rudesse des lieux, les orages, les chutes de neige et la nuit qui ne tombe pas mais « monte à l’assaut » et prend « les maisons les bêtes et les gens ». Il lui faudra surtout faire avec ceux de Fridières : Nicole, la sœur, d’une efficacité et d’une agressivité redoutables, et les deux oncles, vieux originaux bardés de rituels et de certitudes. Pourtant, peu à peu, l’hôpital où elle avait été internée adolescente, dont la présence bouleverse hiérarchie et routines. À leur contact, l’existence des autres se modifie, les émotions et les mots reviennent. Le récit ricoche en 60 brefs chapitres, qui multiplient les voix narratives et font remonter à la surface ce que chacun gardait dans sa pièce du fond, deuils et blessures secrètes, rêves et souvenirs. Kaléidoscope fragile, émouvant. Éclats de vie exhumés de la vase, écailles étincelantes restées collées aux doigts. FRED ROBERT La pièce du fond Eugenia Almeida traduction de François Gaudry éditions Métailié, 18 euros Annette et Eric prendront leur place dans ces lieux, dans cette histoire qui désormais se fera avec eux. Marie-Hélène Lafon relate cet apprivoisement dans une langue vibrante, toujours en quête du mot juste, qui réussit l’alliance du sobre et de l’exubérant, du prosaïque et du recherché. Des taiseux qu’elle met en scène, elle rend l’authenticité et la force. Et l’histoire d’amour qu’elle retrace pudiquement, selon d’habiles navigations temporelles, on aime à croire, comme Paul, qu’elle est « pour vivre et durer ». FRED ROBERT L’annonce Marie-Hélène Lafon éditions Buchet Chastel, 15 euros M-H Lafon a été l’invitée d’Ecrivains en dialogue le 8 juin à la BDP de Marseille LIVRES 51 49 Eugenra AIrneida La pièce du fond e3nir A. n MARIE-HÉLÈNE LAFON L'I4 NN01iCk Christine, Antoine, Viviane et les autres On avait frémi dans la main du diable, suivi pas à pas l’enfant des ténèbres. C’est donc avec délectation qu’on a ouvert le troisième et dernier volet de la saga Bertin- Galay. Un pavé de quelque 700 pages, paru pile avant l’été, quel bonheur ! À nous les lectures au long cours, les joies du récit feuilletonnesque et les petites histoires dans la grande. Anne-Marie Garat reprend le fil de son « roman séculaire » le 15 août 1963. Pense à demain, titre dont on se gardera bien de donner toutes les clés, met en scène la génération des enfants, autour de Christine, fille de Camille Galay et de Simon Lewenthal. La fiction illustre la thèse récurrente : du passé ne faisons surtout pas table rase. Or, « on aurait dit cette génération des parents privée d’antécédents, ou bien frappée de même amnésie. » Ce 3 e opus relate donc la quête par quelques jeunes gens obstinés de la véritable histoire de leurs ascendants. Tout cela sur fond de grèves à la Sorbonne, dans une atmosphère de libération des mœurs et de bouleversements sociopolitiques qui rapprochent les 2 côtés (comme chez Proust !), celui des nantis, des anciens maîtres, et celui des « gens du Mesnil », dont les enfants, Antoine en tête, refusent désormais le paternalisme pas si débonnaire que ça. Car les temps changent et pour certains l’heure est venue de payer… On retrouve les descriptions minutieuses et les phrases en cascade (encore Proust décidément !), les allées et venues dans l’espace et dans le temps (toujours Proust !). D’où vient alors qu’on n’accroche pas totalement ? Truffées de citations de textes ou chansons célèbres, les phrases pèsent souvent des tonnes. Et que dire de l’épilogue long de presque 100 pages ? Garat semble s’être empêtrée dans la restitution d’une époque qui est celle de sa jeunesse. De foisonnant, le récit devient lassant. Dommage ! FRED ROBERT Pense à demain Anne-Marie Garat éditions Actes Sud, 24 euros Les 2 volumes précédents sont disponibles dans la collection Babel



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