Zibeline n°32 août 2010
Zibeline n°32 août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de août 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : créer maintenant, imaginer demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 FESTIVALS MUSIQUE Mythe manipulé Comment passer une soirée d’opéra avec la boule au ventre ? Il suffisait de se trouver à Aix lors d’une représentation du Don Giovanni de Mozart mis en scène par Dmitri Tcherniakov… Dès l’annonce de la distribution, projetée à même le rideau de scène, on comprend que les codes seront ébranlés : Zerline est la fille de Donna Anna, Leporello un parent de la famille réunie chez le Commandeur dont le salon bourgeois sert une improbable unité de lieu. Le récit s’écoule bientôt au fil d’ellipses incohérentes qui torturent l’unité de temps… On saisit alors que les intentions de Mozart et Da Ponte seront prises à contre-pied. Et que ceux qui connaissent le chefd’œuvre devront confronter leur idéal mozartien à la vision démiurge et « m’as-tu vu » du metteur en scène. Fi donc des rapports de classe maître/valet, paysanne/Chevalier, alors même que le livret conserve les « padron » ou « cavalier » … quand la traduction en surtitre ne les modifie pas ! On ne peut cependant qu’être admiratif du jeu Féérique D Le Rossignol et autres fables d’Igor Stravinsky a enchanté le Festival Peu représenté, éclipsé par le succès des ballets russes, le Rossignol, un conte lyrique en trois actes d’après l’œuvre d’Andersen, fut composé avant les grandes partitions chorégraphiées et le premier acte évoque sans détour l’empreinte du maître orchestrateur Rimski-Korsakov. Dans cet opéra d’à peine une heure, créé comme un ballet par Diaghilev, le compositeur caméléon dessinait une « chinoiserie » entremêlant son style âpre de modes asiatiques et de couleurs rutilantes. Face aux mélopées virtuoses de la soprano colorature Olga Peretyatko (le rossignol) au timbre magnifique, la belle présence du baryton Ilya Bannik en empereur de Chine, et le timbre sombre de la contralto Svetlana Shilova incarnant la mort. Et une mise en scène de Robert Lepage réinventant l’esprit d’enfance : les Brave Gens D On n’imagine plus entendre chanter Alceste à cordes perdues comme Callas ou Jessye Norman… Cependant, même avec un orchestre baroque et un style allégé, on chérit encore les performances vocales d’exception. Particulièrement à Aix, qu’on présente volontiers comme l’un des premiers festivals au monde… Véronique Gens a vaillamment assumé son statut de diva. Même si la réforme gluckiste désirait Pascal Victor - Artcomartei scénique d’un plateau vocal homogène (quoique assez « léger ») qui réserve quelques moments forts. Mais les nuances subtiles du livret, les sous-entendus délicieux de la partition sont caricaturés. Dans ce drame peu « giocoso », Leporello roule sa pelle à Elvira, Donna Anna se livre tout de go au séducteur, Don Ottavio est réduit au rôle du cocu, Zerline une nunuche, Masetto un jeune beauf, et Don Juan se la pète en Brando éthylique gigotant son « dernier tango » … On s’enfourche sur le tapis, sur la table d’un festin cynique où les mets sont les femmes. Une telle approche scénique ne joue pas seulement avec les codes : elle perturbe à tel point le discours qu’on en perd son Mozart… À ne plus pouvoir ouïr sa musique ! Dans la fosse pourtant, Louis Langrée et les instruments d’époque du Freiburger Barockorchester dessinent, à traits fins, des tempi qui laissent chanter les voix, des couleurs tranchantes qui courent après une (illusoire ?) authenticité baroqui-sante. Les deux Elisabeth Carecchio pirogues de superbes marionnettes (Michael Curry) actionnées par les solistes eux-mêmes, debout dans l’eau jusqu’au ventre, naviguent dans la fosse d’orchestre remplie d’eau… Le chœur et l’orchestre de « écarter tous les abus introduits par la vanité des chanteurs », il n’en reste pas moins que le rôle écrasant de la Reine de Thessalie, vouée au sacrifice de sa vie pour sauver son monarque d’époux, exige l’éminence vocale et dramatique. De fait, le cantabile serein et vibrant de cette tragédienne assumée, sa déclamation impeccable du français se sont idéalement moulés dans le geste baroque d’Ivor Bolton et les scansions « dix-huitièmistes » du Freiburger Barockorchester. À ses côtés, le séduisant Joseph Kaiser a affiché un ténor solide et souple, aplombessentiel aux affects douloureux de son double royal Admète. Reste la question de la mise en scène. Dans Alceste, comme souvent dans Tragédie Lyrique, l’action n’est pas un moteur captivant. L’idée de Christof Loy de transformer le chœur English Voices (très présent) figurant le peuple thessalien en enfants en socquettes perchées et culottes courtes, robes Pascal Victor - Artcomart forces travaillent dans des directions divergentes ! Car c’est un pastiche qui est vendu, mais en guise d’original… JACQUES FRESCHEL Don Giovanni jusqu’au 20 juillet Cour de l’Archevêché, Aix l’Opéra national de Lyon (relégués sur la scène !), sous la direction magistrale de Kazushi Ono, donnait une profondeur insoupçonnée au Grand Théâtre de Provence ! La soirée Stravinsky avait commencé par une série de pièces illustrant l’éclectisme du compositeur par des trouvailles de mise en scène (costumes, postures, ombres chinoises démesurées…). Sans compter l’incroyable bestiaire de la fable Renard où devant l’orchestre ombres chinoises, mais aussi numéros de trapèze partiellement dissimulés, affirmaient l’ambiguë réalité du spectacle vivant. Chapeau ! FREDERIC ISOLETTA Le Rossignol et autres fables a été créé au Grand Théâtre de Provence du 3 au 10 juillet à taille haute et col blanc, fonctionne plutôt bien, garnit les « longueurs » sans parasiter le discours. On assiste à des jeux de cour de récré qui, passé l’aspect grotesque des premiers instants -après qu’on a découvert une pléiade d’enfants tyranniques jouant leur pantomime gauche- invite à la profondeur. On pense alors au temps où l’enfant envisage la mort de ses parents, de son corps même, avant d’en ranger l’angoissante perspective dans un placard d’où pourront émerger tous les possibles… et la transcendance nécessaire à la vie d’adulte. Dans un décor suggérant un austère et septentrional temple luthérien, cette représentation acquiert davantage de puissance. JACQUES FRESCHEL Alceste Jusqu’au 13 juillet Cour de l’Archevêché, Aix
Le Conte est bon ! Le Retour, du compositeur argentin Oscar Strasnoy, clôt merveilleusement, pour Musicatreize, la série des sept contes initiée en 2006. Cet opéra de chambre était précédé d’une promenade dans un Grand Saint Jean retrouvé par les festivaliers, balade ponctuée par des airs baroques sur les blessures de l’amour (superbe Marianna Rewerski), des textes poignants de Silviana Ocampo lus par Dominique Bluzet, une chorégraphie sensuelle sur le temps et l’oubli de Michèle Noiret. Puis on entrait dans l’univers d’Alberto Manguel, livret en espagnol, français et latin. Strasnoy offre une musique dont l’intime formation contraste avec la force : le Quatuor Face à Face (deux percussions, deux pianos), la trompette (Matthias Champon) et le trombone (Thomas Callaux) très présents, jouent des motifs puissants, des gammes sans fin et d’âpres dissonances. Nestor Fabris (engagement sans failles, belle expression du ténor Job Tomé) retourne en Argentine, b Faites exécuter ma musique ! Tels furent les derniers mots du compositeur Aldo Finzi adressés aux siens le 7 février 1945. Quelle émotion de voir naître, exhumée du silence ombrageux de l’histoire, une œuvre inédite depuis sa composition L’homme qui chante Le vaisseau est bondé, surchauffé. Victime de son succès, la deuxième soirée du Festival des Musiques Interdites prend une demi-heure de retard… Mais dès l’instant où Fabrice Lucchini grimpe sur scène et commence à déclamer « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans… », on oublie la moiteur ambiante et l’Opéra chavire comme un bateau ivre. Jamais avant Baudelaire on n’avait placé le poète aussi haut, visionnaire : cet « homme qui chante » avec les seuls grands hommes « le prêtre qui bénit » et « le soldat qui sacrifie et se sacrifie ». Dans son style caractéristique, semblant parfois se parodier luimême, Lucchini chante à sa manière, articule et désarticule les poèmes au gré de sa mémoire, tout à la fois époustouflante et fragile, se perd et se reprend, casse les rythmes, se pose et nous dépose, jusqu’à pousser la voix aux limites de la rupture. On sent bien Dmitry Ulyanov X-D.R. m MUSIQUES INTERDITES FESTIVALS 23 Elisabeth Carecchio trente ans après la dictature ; il est l’étranger, chante en français ; il retrouve ses amis, sa femme, mais c’est trop tard : « rien ne change sans tout changer » lui répète son ancien professeur. Marta, l’ex-épouse, superbe Amaya Dominguez, n’a aucune compassion sur le retour du mari. Les six chanteurs, bons comédiens, chantent en espagnol sur des rythmes endiablés. L’annonce du D clandestine au temps du fascisme mussolinien, des persécutions et des lois anti-juives ! On pense d’abord à la volonté passionnée de Michel Pastore, grand ordonnancier du Festival des Musiques Interdites, pour réaliser cette prière… car sur la scène de l’Opéra, l’effectif est pléthorique ! L’Orchestre Philharmonique de Marseille et le Chœur Ad Fontes au grand complet, un plateau de solistes relevé, emmené par la basse russe Dmitry Ulyanov nous font découvrir une musique inouïe, d’un lyrisme somptueux, héritage richissime de la longue tradition romantico-vériste italienne. Mais l’opéra inachevé Shylock de Finzi possède des vertus supérieures. S’il évoque Shakespeare, le musicien, privé du droit de faire exécuter ses œuvres du fait de ses origines judaïques, travaillant dans la clandestinité et la peur quotidienne des persécutions, c’est pour expurger les pulsions monstrueuses du Juif, usurier vénal, faire sienne sa révolte, son désir de vengeance… « Donner du sens à l’insensé ! ». Il fallait être à l’Opéra de Marseille le 10 juillet, pour entendre Baudelaire magnifié par Fabrice Lucchini et Sandrine Piau ! pourtant que rien ne peut lui arriver, à lui, même au moment où le magnifique rideau de scène (illustrant à souhait le fameux « Luxe, calme et volupté ») ne se lève pas… engageant le comédien à faire son show ! À ses côtés Sandrine Piau, toute cristalline et vibrante, lui sert en contrepoint des sommets de la mélodie française signés Duparc, Fauré, Debussy : La vie Antérieure, L’Invitation au voyage, Chant d’Automne, Harmonie du soir… alors que le piano feutré de Suzanne Manhoff l’accompagne en sourdine. À pleurer de bonheur ! Au final, on oublie que quelques poèmes des Fleurs du Mal ont été censurés en 1857 pour « outrage aux bonnes mœurs » (justifiant sa place dans le festival), car on a dépassé, un temps, dans cet espace rare de lumière, la futilité d’un monde déprimant… JACQUES FRESCHEL départ du vol vers Buenos Aires est saisissante, motifs saccadés en fugato entrecoupés de silences. Le latin intervient dans les passages plus homophones, temps lisse archaïque, crescendo terrible, stridences des aigus, capes noires d’automates. La mise en scène de Thierry Thieû Niang tient en haleine par ses déplacements lents, ses arrêts sur image très chorégraphiques, grâce aux lumières d’Eric Soyer qui dessinent une chronologie du désespoir. Roland Hayrabédian dirige cette palette subtile jusqu’à l’ultime prière finale, un adieu sans repère, pour repartir dans le royaume des ombres. Nous repartons dans la lumière. YVES BERGÉ El Regreso jusqu’au 17 juillet Grand Saint Jean Festival d’Aix-en-Provence Guidés par la narration puissante de Renée Auphan (récitante) et la baguette experte de Gian Paolo Sanzogno, on vit ce spectacle avec émotion, jusqu’au Psaume final, lumineux et salvateur, hymne au Seigneur protecteur et à l’Amour, seul capable de racheter Shylock et le faire revenir à l’Humain. J.F. Shylock-Psaume a été créé le 9 juillet à l’Opéra de Marseille dans le cadre des Musiques Interdites FESTiVAL'des musiques voir Danse Masic ! acs Rythmes & Jazz a 3-5 août Contes at légendesrrrasicaaX 0642460250 f e5ilval-durance-lu beron.cam F ne G C e r f e f O u fr G èa r5t 1W uN1, f n ac, [0rri CO



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