Zibeline n°32 août 2010
Zibeline n°32 août 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°32 de août 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : L'amicale Zibeline

  • Format : (205 x 270) mm

  • Nombre de pages : 72

  • Taille du fichier PDF : 8,3 Mo

  • Dans ce numéro : créer maintenant, imaginer demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 FESTIVALS Créer un spectacle avec 10 comédiens Coréens (9 plus exactement, 1 musicien percussionniste étant également sur le plateau avec une partition très présente) pendant le Festival d’Avignon, sur une pièce majeure de Ionesco, voilà un nouveau challenge relevé par Alain Timar. Se révélant une fois encore un coloriste (pourtant, ici, en noir et blanc) maître de l’espace, le metteur en scène montre également une maîtrise de la direction d’acteurs épatante. Il situe ce Rhinocéros dans un contexte capitaliste où l’idéologie totalitaire apparaît sous des formes plus insidieuses, et le bien s’y cogne au mal. Les surtitrages, fluides et accessibles, multiplient les degrés de lecture. Dans la couvée des loups, jeunes carriéristes sans âme, Bérenger parviendra à ne pas passer de l’autre côté (du miroir), en préférant réinventer, seul, un AVIGNON OFF Bicornus carriéristes Rhinoceros Manuel Pascual « humanisme » pour le monde d’aujourd’hui plutôt qu’un fanatisme neurasthénique, refusant la « rhinocérite » contagieuse, dans laquelle les « logiciens » manipulateurs ont plongé le monde. La volonté contre la pensée : Alain Timar tend un miroir à une société déréglée, il en joue au propre et au figuré en démultipliant les angles et les points de vue. Une allégorie prévisible, mais pertinente et bien léchée. DE.M. Rhinocéros jusqu’au 29 juillet à 11h (relâche le 18) Théâtre des Halles 04 32 76 24 51 www.theatredeshalles.com À sauts et à gambades La pensée de Montaigne procède par tours et détours, où Philippe Avron nous invite à le suivre. Le point de départ, un petit volume d’extraits des Essais. « Mon père me l’a laissé en héritage », nous raconte Philippe Avron... Bavardage, ton de la confidence, nous sommes entre nous, l’acteur prolonge la promenade dans l’œuvre en un parcours personnel onirique, empli d’humour, de détachement, de profondeur… Montaigne se trouve dans le public, les animaux se mettent à parler avec sagesse, le chat, les ânes (Montaigne et La Boétie !) … Les frontières s’abolissent, tout devient sens. Le texte de Montaigne subit toutes les farcissures avec délectation, n’en était-ce pas le principe ? S’établissent entre le XV ème siècle et notre époque d’étranges échos, de sombres résonances… Un geste de la main, connivence implicite, ne nous appesantissons pas, ce serait désobligeant ! Les liens se tissent dans ce texte « à sauts et gambades », avec une grâce merveilleuse. Les fragments musicaux de Jean-Jacques Lemêtre qui accompagnent les mots prolongent cette poésie. Quel délicieux moment où l’on entend l’aubade qui réveillait le petit Montaigne ! On imagine la rencontre de Shakespeare et de Montaigne, sa sympathie possible avec Grand Cors Malade… Une rencontre d’exception dans le charmant jardin du théâtre des Halles. M.C. Montaigne, Shakespeare, mon père et moi jusqu’au 29 juillet (relâche les 18 et 25) Jardin du Théâtre des Halles 04 32 76 24 51 www.theatredeshalles.com La grâce de l’enfer La compagnie Uppercut, en résidence d’artistes à Carqueiranne, livre au Théâtre du Balcon, une très belle interprétation de Huis Clos de Sartre. Le texte dense, tout de tensions passionnées et d’inquiétudes, de non-dits, de révélations arrachées, de compromis, est rendu avec maestria. Dans la chambre d’hôtel où les trois personnages doivent passer l’éternité, enfer d’un nouveau genre dans lequel, privés de miroirs, les protagonistes n’existent que dans le regard de l’autre, chacun devient l’enfer de ses compagnons. Séduction, haine, détournements, tout est mis en scène (par Laurent Ziveri) avec finesse et efficacité, dans un décor sobre avec juste ce qu’il faut de néon pour rendre l’enfer tangible. Les acteurs, avec naturel, échappent à la grandiloquence si souvent présente dans l’interprétation des pièces de Sartre, et dessinent des personnages d’une grande vérité grâce à une diction parfaite, un jeu fluide, une palette subtile de sentiments humains, des provocations du corps. Lorsque la pièce s’achève, sur un tableau qui en traduit l’enjeu existentiel, un silence précède le déferlement d’applaudissements destiné avant tout au talent des comédiens. M.C. Huis Clos jusqu’au 31 juillet à 10h45 Théâtre du Balcon 04 90 85 00 80 www.theatredubalcon.org Barriques et barricades Le 12 mai 1588 naissait le mot « barricades », des barriques qui étaient l’élément principal des matériaux destinés à barrer les rues lors de l’insurrection populaire contre Henri III. En 2008, la jeune troupe du Sudden adopte son nom, La Compagnie des Barriques, à l’issue du succès de la pièce qui lui a permis de se rassembler, Barricades de Alain Guyard dans une mise en scène de François Bourcier. Acteurs drôles, dynamiques, un punch à toute épreuve, la troupe est réjouissante et accorde à la pièce une présence forte. Mais les rouages sont longs à s’enclencher, l’action n’est pas assez resserrée, l’abondance de citations semble parfois gratuite et la fin du banquet de Platon oublie Alcibiade… Ça part un peu dans tous les sens, pour une vision « générale » des principes de révolte (?). De bonnes intentions mais une vision bien manichéenne de la société et de son fonctionnement. La mise en scène ne manque pas de bonnes idées, intrusion de l’image, ombres chinoises, décalages, humour, banquet anthropophage au ketchup. On souhaite à nos joyeux pirates des pièces plus abouties, ils le méritent ! MARYVONNE COLOMBANI Barricades X-D.R Huis clos, Cie Uppercutheatre P.Leiva Barricades jusqu’au 31 juillet à 13h 30 Théâtre du Grand Pavois 06 65 61 11 74
AVIGNON OFF FESTIVALS 13 La rumeur gronde Le nouveau spectacle du Kronope, Rumeurs…les possédées de Loudun, créé à la Collégiale de Loudun (joli clin d’œil), a reçu lors de sa présentation en avant-première du festival un succès qui augure bien de son mois de juillet à la Fabrik’théâtre. Sur le papier, l’histoire est plutôt classique bien que célèbre. Urbain Grandier est un jeune prêtre séducteur qui fait tourner les têtes des religieuses du couvent des Ursulines. Un homme qui prend femme, qui n’hésite pas à dénoncer la politique du Cardinal de Richelieu, et devient l’objet des rumeurs les plus graves : il serait l’instrument du diable en personne ! L’histoire se passe en 1617 et le rapprochement avec notre époque encore engluée dans l’étau des manipulations politiques nous trouble forcément. Mais on se prend à l’oublier et entrer complètement dans l’esthétique très baroque du spectacle. Des costumes grandioses aux masques larvaires superbes, du jeu très poussé et Tuer le père ? Premier spectacle aux Doms pendant le Off, première claque ! Les Langues paternelles est une production signée par le Collectif belge De Facto, en collaboration avec le L’L, lieu d’accompagnement d’artistes en émergence, celui-là même qui nous avait permis de découvrir le fantastique J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie, gros succès des Doms en 2006. Ce petit bijou psycho-généalogique sensible et nerveux, fougueux et intelligent, est écrit par David Serge, le double romancier de Daniel Schneidermann. Le metteur en scène Antoine Laubin nous entraîne dans le tourbillon souterrain des relations père-fils, de la transmission inconsciente et inéluctable, du pardon impossible, énergique des cinq comédiens au don d’ubiquité hors norme, la recette de la troupe du Kronope fonctionne toujours. Joëlle Richetta, aussi douée pour inventer des costumes que pour l’art de raconter des histoires, signe une adaptation réussie de La Brûlure de la Rose et Guy Simon met en scène avec vivacité une vraie comédie engagée. Cet Urbain qui ne cesse de répéter que « la force de l’homme existe dans sa capacité à penser sa vie » reste un papillon libre, un électron dans une société où la magie noire et les démons nourrissent les angoisses du peuple. DELPHINE MICHELANGELI Rumeurs… jusqu’au 31 juillet à 18h45 La Fabrik’théâtre 04 90 86 47 81 des regrets de l’enfance « qui file comme un train de campagne ». Au moment d’enterrer leur père, « un père pas comme les autres déguisé en père de famille », à défaut de l’avoir tué, ses enfants dessinent sur une page Sur la terre comme au ciel... Le Galileo de Bertolt Brecht n’est pas un héros, ni un surhomme ; il craint la mort, ses vérités sont à facettes, il a toujours faim, et son « à présent je dois manger » final vaut bien l’invitation voltairienne à cultiver son jardin ; son télescope est braqué avec le même doute ardent sur le mouvement des planètes et les errances de la ménagère romaine en quête de lait ; son abjuration des thèses coperniciennes devant le Saint Siège, avec aparté légendaire « E pur... » est encore dans la pièce le signe de sa profonde humanité et de sa complexité ; il y est question de révolution bien sûr et rien d’étonnant à ce que la Compagnie du Grand Soir se saisisse de ce texte mobile que l’auteur lui-même a retravaillé dans l’après Hiroshima ; cabaret politique donc pour fragmenter et jongler avec les morceaux d’une pièce autrement bavarde et quelque peu démonstrative ; nez rouges ou gazes vaporeuses, tulle coloré, chœurs à gyl blanche, dans un procédé scénique sublime, et pourtant si simple, les mots-maux de sa vie. Les trois comédiens, intenses, justes, aussi drôles qu’émouvants, prennent la parole d’un corps à l’autre, d’un père l’unisson plutôt frères Jacques qu’Armée Rouge, solos de guitare ou de batterie façon ado, les petits camarades occupent la scène allégrement, semblent se susciter les uns les autres, campent sans faillir, à quatre, la trentaine de personnages de passage et tournent autour de Galilée (Régis La Vie de Galilee X-D.R Rumeurs... les Possedees de Loudun, Theatre du Kronope X-D.R Les Langues paternelles Alice Jones à l’autre, d’un fils à l’autre. Superbes d’élégance et de véracité. Ils tricotent, à l’endroit à l’envers, les brins du chemin de la paternelle. De la leur aussi, forcément, si loin si proche. En héritage, ces dernières paroles paternelles, sorties d’un vieux magnéto à bande, foudroyantes et apaisantes à la fois : « on n’hérite jamais d’un père idéal ». Aucun pathos, mais une émotion sincère et bénéfique. DE.M. Les Langues paternelles jusqu’au 27 juillet à 11h (relâche le 19) Théâtre des Doms 04 90 14 07 99 Vlachos, touchant d’incarnation fragile, à distance de la distanciation et c’est tant mieux !) sans entraver la marche en étoile d’un propos moins simple qu’il n’y paraît ; parfois gentiment brouillon, effet d’un découpage pas toujours lisible, le spectacle ne manque pas de rythme et les effets ne s’attardent pas... Le burlesque discret n’écrase pas l’attention au fond et déconnecte heureusement la tentation didactique... « Les maîtres, les curés et les princes violents... » se dissolvent tout seuls dans le rire et c’est bien comme ça ! MARIE-JO DHO La Vie de Galilée jusqu’au 31 juillet à 17h35 Théâtre de la Poulie 06 32 06 05 64



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